Epiphanie 2026- Dimanche 4 Janvier

Frères et sœurs,

Benoît XVI nous a laissé in extremis une trilogie sur Jésus. Dans le dernier tome, celui sur l’enfance, il écrit un chapitre entier sur l’étoile qui a guidé les mages. Le Pape dit qu’on peut tout à fait adopter la découverte de l’astronome Kepler mort en 1630 qui a calculé que pendant l’année vraisemblable de la naissance de Jésus il s’est produit une conjonction des planètes Jupiter, Saturne et Mars qui a fait comprendre aux astronomes de Babylone qu’il se passait quelque chose de très important en Israël. Par ailleurs Kepler et d’autres pensent qu’il y a eu une supernova c’est à dire une étoile sur laquelle une énorme explosion développe pendant des semaines une intense luminosité. C’est l’explication astronomique. Mais Benoît XVI montre aussi que saint Matthieu fait comprendre dans son récit que contrairement à ce que croient beaucoup de peuples, notre destin n’est pas inscrit dans les astres. Les astres pour la Bible ne sont pas des divinités. Ils ne sont que des « lampes ». Ce ne sont pas les astres qui déterminent le destin de cet Enfant. C’est cet Enfant qui guide les astres. La véritable étoile, en fait, c’est Jésus.

Qu’est ce qui le prouve ? Faisons comme les mages ; ils ont eu recours à la Bible pour affiner leur recherche et rejoindre Jésus à Bethléem. Parcourons l’Ancien Testament. Il est traversé par l’attente d’un Sauveur, d’un Messie. Cependant si nous reprenons toutes les annonces, il est bien difficile de faire le « portrait-robot » de ce sauveur (cela part dans tous les sens !) Mais quand Jésus arrive, tout s’éclaire, tout se simplifie. Et on peut même dire que Jésus est la seule personne au monde dont toute la vie était écrite avant qu’il naisse.

Qu’est-ce qui était annoncé ?

1.Une « Bénédiction » pour tous les peuples. C’est une annonce presque délirante : comment ce petit peuple qui avait déjà tant de mal à résister à la tentation idolâtre des grands empires pouvait-il espérer sérieusement leur imposer un jour son Dieu comme le seul vrai ?

2. Un prophète législateur. Un Nouveau Moïse. Et Jésus dit en effet : « Moïse vous a dit .. Moi je vous dis. » (Mt 5)

3.Le Grand Roi descendant de David. Jésus se laisse acclamer comme le Fils de David.

4.Le grand prêtre universel qui offrira des sacrifices non-sanglants comme Melchisédech. Jésus en effet remplace les sacrifices d’animaux par son propre sacrifice, partout renouvelé de façon non-sanglante par la messe.

5.La victime « bouc émissaire » en même temps qu’un Fils de l’homme qui selon les descriptions des prophètes Daniel et Ezéchiel est plutôt du genre « superman ». Jésus est en effet l’agneau immolé et le Ressuscité.

Ce sont des annonces disparates. Mais en Jésus, tout s’éclaire.

L’Ancien Testament annonçait des choses précises sur le moment, sur le lieu, sur le comment et le pourquoi. 

Quand ? Selon la prophétie de Jacob, le messie devait se manifester avant la chute politique de la tribu de Juda (Gn 49,10). La tribu de Juda (les juifs) ont été chassés d’Israël par les romains en 70 ; le temple a été détruit cette année là ; il ne reste plus que le fameux mur des lamentations, un mur de fondation.

Où ? Michée annonce Bethléem.

Comment ? Les prophètes donnent toute une série de détails sur la vie du Messie : sa naissance virginale (Isaïe 7,14) son précurseur (Is 40), sa prédication en Galilée (Is 61) ses miracles  (Is 35), Toutes les béatitudes sont dans les 150 psaumes, etc.. Mais la prophétie de la Passion est particulièrement impressionnante. Chaque année pour Pâques, nous sommes émerveillés par la précision du psaume 21, et du chapitre 53 d’Isaïe.

Pourquoi ? Avant Jésus , difficile de réunir tous les aspects (roi guerrier + berger pacifique + grand prêtre universel + victime expiatoire, etc) . Jésus concilie tout en s’élevant à un niveau supérieur. Il ne vient pas libérer seulement un peuple mais tous les hommes de l’esclavage de Satan ; Il fonde un Royaume spirituel : son Eglise étape terrestre du Royaume des Cieux.

Après cela nous pouvons poser une question. Alors à quoi ou à qui vaut-il mieux se confier : à l’astrologie, à l’horoscope, à la fatalité, à la numérologie, à la chance, à l’argent… ou à Jésus ? Il faut se méfier de toutes ces idoles, elles promettent la sécurité et, à la place, la prennent; elles promettent la liberté et la détruisent. Un jour on demandait à une chrétienne de quel signe du zodiaque elle était. Elle a répondu malicieusement : « Moi je suis du signe … de la croix ». Prions pour que tous les jeunes parents aient cette année le désir de mettre leurs enfants sous le signe de la croix et de leur faire découvrir la grâce inouïe d’être né (par le baptême) sous la Bonne Etoile. Amen !

11 janvier 2026 Le baptême de Jésus.

Un ami prêtre raconte qu’un jour, à la maison de retraite, il a surpris une discussion acharnée entre un instituteur laïque à la retraite et une béate, c’est-à-dire une consacrée qui faisait fonction dans le village de catéchiste, garde-malade, assistante sociale, animatrice de prière …
«  Monsieur le curé, avec mademoiselle, nous ne sommes pas d’accord. Figurez-vous qu’elle prétend que le baptême de Jésus a été célébré au Jourdain. Ce serait donc un baptême d’adulte. Il est pourtant clair que le baptême de Jésus, c’est sa circoncision, huit jours après sa naissance. C’est un baptême d’enfant. » Les deux se soutiennent. La circoncision, depuis Abraham, le « Père des croyants », marquait l’entrée dans le Peuple de l’Alliance. Jésus a reçu officiellement son nom ce jour-là, comme nous le raconte saint Luc au chapitre 2, verset 21 de son évangile. Et pourtant, le baptême qui ressemble le mieux au nôtre est celui qu’il a voulu recevoir de son cousin Jean-Baptiste : il y a l’eau, il y a la voix du Père, il y a le Fils, et le Saint-Esprit sous la forme d’une colombe… Cependant, Monsieur le Curé leur a dit sans ménagement : « Vous avez tort tous les deux. » En effet, Jésus n’avait pas besoin d’être baptisé. Le baptême, ce n’est pas seulement l’admission dans le Peuple de Dieu, l’entrée dans l’Église. Ce n’est pas seulement l’attribution du prénom. C’est un Mystère d’Adoption. Jésus n’avait pas besoin d’être baptisé parce qu’il est Fils de Dieu, par nature. Le baptême au Jourdain est une théophanie, c’est-à-dire une révélation, une manifestation visible d’une réalité cachée, mais bien réelle. Ce jour-là, il apparaît que Jésus n’est pas seulement un prophète de plus genre Isaïe, un maître de sagesse genre Bouddha, un guide spirituel genre saint Jean de la Croix, un très grand homme genre Gandhi. Il est Dieu le Fils en personne. Il est le Verbe du Père qui se rend visible, qui vient vivre en homme sa vie éternelle de Deuxième Personne de la Trinité. Ce qu’il était par nature, nous le devenons par grâce. À notre Baptême, Dieu nous adopte comme fils. Au sortir du baptême, Dieu le Père nous considère comme si nous avions personnellement souffert la Passion de son Fils.

Une religieuse m’a raconté qu’elle avait été témoin d’une dispute entre deux enfants d’une dizaine d’années, deux frères dont l’un était adopté et l’autre « fait maison » comme disent joliment les parents. Sous le coup de la colère, l’un d’eux dit à l’autre : « De toute façon, tu n’es qu’un adopté »… Et aussitôt son frère lui rétorque : « Oui… mais moi, j’ai été choisi tandis que toi, tu as été seulement accepté »… Quand elle a rapporté cette conversation à leur maman, celle-ci en a été très heureuse. Le jeu de mots de son fils adoptif lui a mis beaucoup de baume au coeur.

Nous avions entendu également un beau témoignage à Paris lors d’un rassemblement national des équipes Notre-Dame. Un couple qui intervenait nous avaient raconté qu’ils ont adopté un petit garçon polonais. Au début de son année de catéchèse de CE2, quand il s’est agi pour lui de se présenter, il a dit au groupe : « Moi ce n’est pas pareil. Quand je suis né, j’avais deux ans »… Quelle joie pour les parents en apprenant ce petit mot de la bouche de la catéchiste !!

Jusqu’à il y a quelques années, l’adoption consistait à donner un enfant à un couple qui ne pouvait pas en avoir. Depuis une vingtaine d’années, certaines adoptions consistent à donner une famille à des enfants qui n’en n’ont pas. A ces parents, ne posez surtout pas la question : « Combien sont à vous ? » Ils vous répondront avec un air faussement indigné que tous sont à eux, en vous expliquant que le lien d’adoption est aussi fort que le lien biologique. Mais, comme ils ont de l’humour, ils vous répondront : « Nous avons trois adoptés et quatre « faits-maison. »

« Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, dit Le Seigneur, c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure » (Jn 15,12).

Il faudrait vraiment que nous prenions l’habitude : au lieu de dire : « J’ai été baptisé le…. » dire plutôt « Je suis baptisé depuis le… » Et fêter l’anniversaire de notre baptême !

Une image peut nous aider.  Mais il faut revenir des années en arrière à l’époque des photos argentiques. Comprendront bien ceux d’entre vous qui ont déjà eu l’occasion de développer des photos. Que fait-on dans ce cas-là ? Après avoir soin d’être dans le noir, on prend un papier que l’on appelle sensible. Pendant un court instant, on expose sur ce papier, le négatif qu’un jet de lumière traverse. Après cette première opération, si on regarde le papier sensible, rien n’est changé, rien n’est apparu, le papier sensible est toujours vierge et cependant on le sait, la photo est là, bien qu’invisible. Il faut que le papier soit plongé dans un bain, que l’on appelle le révélateur, pour qu’alors sous nos yeux, progressivement, les contours de la photo puis chacun des détails apparaissent. N’en est-il pas de même pour le baptême ? La grâce de Dieu qui nous soutient au travers des sacrements, des rencontres, des événements traversés fait que peu à peu apparaisse ce qui nous a été donné le jour de notre baptême. Avançons avec confiance ! Amen !

18 janvier 2026 2° T.O. année A
Pourquoi saint Jean Baptiste désigne-t-il Jésus comme l’Agneau de Dieu ?

Au niveau simplement humain, le symbole est déjà très fort. Y a-t-il un animal plus fragile, plus vulnérable, plus doux ? Même un poussin peut se défendre en se cachant sous les bois. Le bébé serpent peut faire peur. Le chaton ou le chiot peuvent griffer. Mais l’agneau ne peut ni piquer, ni mordre, ni griffer, ni se cacher, ni s’envoler. C’est encore Noël. En hébreu, enfant et Agneau c’est le même mot. Dieu nous sauve en se faisant petit, fragile, vulnérable. Nous attendions un superman dépanneur, interventionniste. Nous avons comme sauveur un agneau qui sollicite notre cœur. Certains lui offriront de l’or, de l’encens, de la myrrhe. D’autres des crachats, des insultes, et des coups. Certains lui offriront l’eau vive de leur amour. D’autres le vinaigre de leur amertume. Certains lui offriront leur empathie. D’autres leur indifférence. Certains lui offriront leurs péchés. D’autres s’empêtreront dans leurs péchés au lieu de les lui donner.

Car si saint Jean-Baptiste désigne Jésus comme l’agneau, c’est surtout parce que l’agneau est un des fils rouges les plus éclairants de l’Ancien Testament. Rappelons-nous. Au tout début, Abel et Caïn. Abel offre les agneaux de son troupeau. Caïn les légumes de ses champs. Caïn se met à penser que Dieu aime l’agneau plus que les légumes. Il laisse entrer dans son cœur la jalousie qui était tapie à sa porte, jalousie qui va le pousser à tuer son frère.  Passons ensuite à Abraham qui demande à son fils de partir avec lui pour offrir un sacrifice. Un dialogue bouleversant.  Isaac dit à son père Abraham : « Mon père ! – Eh bien, mon fils ? » Isaac reprit : « Voilà le feu et le bois, mais où est l’agneau pour l’holocauste ? » Abraham répondit : « C’est Dieu qui fournira l’agneau pour l’holocauste, mon fils. »  La Bible aurait pu s’arrêter là car le sens du sacrifice est inversé. Extraordinaire prophétie d’Abraham. Explication de saint Paul : (Rm 8, 31b-34) « Frères, si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Il n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? » Ce n’est pas nous qui offrons le sacrifice. C’est le Seigneur.  Nous, nous y communions en l’accueillant, en donnant notre adhésion, en « validant ». Certes en donnant de notre temps, un peu de notre argent (quête, offrande de messe) mais surtout de notre Foi.

Passons ensuite au Livre de l’Exode : (Ex 12, 1-8.11-14) : « En ces jours-là, dans le pays d’Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron : « …que l’on prenne un agneau par maison… on l’immolera au coucher du soleil. On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera… Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai. » Le sang de Jésus sera répandu sur le linteau et le montant de la croix, non plus pour un peuple seulement mais pour la multitude.

Puis Isaïe : « Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous. Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche ». Et Jérémie : « Moi, j’étais comme un agneau docile qu’on emmène à l’abattoir. »

A chaque messe, le pardon du Seigneur nous est donné, non pas comme une amnistie qui décrète que l’on fait comme s’il n’y avait pas eu d’infraction, mais comme une réconciliation, une libération. Jésus a payé notre dette ; nous n’avons plus qu’à « endosser » le chèque c’est-à-dire à mettre notre signature sur le verso du chèque.

On comprend tout ce que la parole de saint Jean-Baptiste contient quand il dit ce que nous entendons à chaque messe : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ».

Il faut encore citer l’Apocalypse (5, 6-12) : « Et j’ai vu, entre le Trône, les quatre Vivants et les Anciens, un Agneau debout, comme égorgé … Quand l’Agneau eut pris le Livre, les quatre Vivants et les vingt-quatre Anciens se jetèrent à ses pieds. Ils tenaient chacun une cithare et des coupes d’or pleines de parfums qui sont les prières des saints. Ils chantaient ce cantique nouveau : « Tu es digne, de prendre le Livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu fus immolé, rachetant pour Dieu, par ton sang, des gens de toute tribu, langue, peuple et nation. Pour notre Dieu, tu en as fait un royaume et des prêtres : ils régneront sur la terre. » Ils disaient d’une voix forte : « Il est digne, l’Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et louange. » 

Pour résumer :dans l’histoire de l’humanité, on sait que l’homme a éprouvé très tôt le besoin d’offrir des sacrifices à la divinité. Sa générosité et son inventivité pour se concilier les bonnes grâces de l’Etre supérieur sont pathétiques. La Bible nous raconte longuement les rituels des sacrifices offerts depuis Abraham, pour avoir accès à Dieu. Dieu n’était pas insensible à tous ces sacrifices qui lui disaient la reconnaissance de l’homme. Mais cela ne suffisait pas. Alors Le Seigneur a donné son Fils pour que nous puissions, en aimant vraiment son Fils, lui donner notre Amour. Ce qui fait plaisir à Dieu, c’est que nous lui donnions librement notre cœur. Pour le dire autrement, Dieu ne nous demande pas notre cœur. Il nous demande de lui donner notre cœur.

L’agneau de la discorde est devenu l’agneau du sacrifice qui nous permet d’accueillir Le Seigneur lui-même et de donner notre consentement, notre coopération à son œuvre de Salut. Tout cela dans la douceur et l‘humilité. Amen !

3°dim. A 2026- Dimanche 25 janvier- Les Carmes CONVERSION

Frères et sœurs, Le commencement absolu de la prédication de Jésus est comme le résumé de sa prédication. « Le temps est accompli, le royaume de Dieu est parmi vous. « Convertissez-vous et croyez en l’évangile ». Avant le Christ, lorsqu’on parlait de conversion , on entendait toujours un mouvement en arrière. Le verbe hébreu (shub) indique un mouvement en arrière. C’est un des rares mots hébreux que j’ai retenus parce qu’il me fait penser à chambouler. Shub, chambouler.  Le sens est que quelqu’un qui se rend compte qu’il a pris un mauvais chemin, qu’il a tourné le dos à la loi, se repent et il revient en arrière. Les prophètes parlent sans arrêt de ce retour en arrière. « Revenez ! revenez ! revenez ! » « L’hirondelle connaît le chemin de son retour, le cheval le soir, connait le chemin de son retour, mon Peuple, dit le Seigneur, a oublié le chemin de son retour ». Même dans la bouche de saint Jean Baptiste, la conversion signifie toujours cela. C’était une signification morale, ascétique, elle impliquait un changement de vie, de comportement, un changement concret de sa manière de vivre.

Lorsque Jésus prononce ce mot de conversion, le sens du mot est changé, non pas parce que Jésus s’amusait à changer le sens des mots mais parce que la réalité est changée. Il ne faut plus regarder en arrière. La réalité est devant nous. La signification, n’est plus revenir en arrière mais faire un bon en avant. Et entrer dans le Royaume, s’emparer du royaume. Vous savez ce qu’est un « coup de main » : c’est à plusieurs et très rapidement devenir maitre d’une situation, comme s’emparer d’un poste de garde, ou d’une place forte dans une guerre. L’idée est que Dieu, sans attendre que les hommes changent leur manière de vivre fait advenir  librement, gratuitement le Royaume, le Christ, l’évangile (c’est la même chose). Jésus le dit avec la parabole des invités aux festins : « Venez maintenant tout est prêt ». L’ordre n’est plus : d’abord la conversion puis il y aura le salut. L’ordre est désormais : le salut est arrivé, il est là. La conversion, c’est l’effet du salut, ce n’est plus la cause. C’est en  ce changement radical, absolu qu’est la nouveauté chrétienne. (Rm 3, 20- 25) : « Ainsi, par la pratique de la Loi, personne ne deviendra juste devant Dieu. En effet, la Loi fait seulement connaître le péché. Mais aujourd’hui, indépendamment de la Loi, Dieu a manifesté en quoi consiste sa justice : la Loi et les prophètes en sont témoins. Et cette justice de Dieu, donnée par la foi en Jésus Christ, elle est offerte à tous ceux qui croient. En effet, il n’y a pas de différence : tous les hommes ont péché, ils sont privés de la gloire de Dieu, et lui, gratuitement, les fait devenir justes par sa grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus. Car le projet de Dieu était que le Christ soit instrument de pardon, en son sang, par le moyen de la foi. C’est ainsi que Dieu voulait manifester sa justice, lui qui, dans sa longanimité, avait fermé les yeux sur les péchés commis autrefois. »

Mais 2000 ans après la majorité des chrétiens n’a pas réalisé cette nouveauté. C’est à nous de la faire découvrir. Se convertir et croire, ce ne sont pas deux choses différentes. C’est la même chose. Convertissez-vous, cela veut dire croyez. Saint Thomas d’Aquin dit que la première conversion consiste précisément à croire. Voilà la bonne nouvelle. Jésus nous dit que la porte d’entrée dans le Royaume ce n’est pas d’être irréprochable, parfaitement converti. C’est la candeur des enfants. Si c’était l’observance de la loi, nous en serions exclus pratiquement tous. Mais si la porte d’entrée est la foi, alors nous avons nos chances. Dieu nous a créés libres précisément pour que nous soyons capables de poser l’acte de foi qui sauve.

Voilà le grand message évangélique. La fameuse justification gratuite par la foi qui a constitué le thème d’un débat de plusieurs siècles entre catholiques et protestants. Cette révolution dans la manière de voir vient de Jésus. Saint Paul l’a développé dans toutes ses lettres parce qu’il en a fait l’expérience. Il est au fond comme un homme qui marche dans la nuit avec une toute petite torche, juste pour lui éviter les écueils du chemin. Et soudain sur le chemin de Damas, c’est la lumière complète du jour. Il n’a plus besoin de la petite torche. Toutes les religions commencent par dire ce que l’homme doit faire. Le christianisme est la seule religion qui commence par dire ce que Dieu a fait. Avant les commandements il y a la grâce, le Don. Les devoirs de l’homme viennent précisément du Don. La morale chrétienne est basée sur la gratitude.  

Il nous faut faire le coup de main, le coup d’audace. Prenons une comparaison. Il y a de plus en plus de SDF dans les rues du Puy. Imaginons qu’un jour, la nouvelle se répand qu’une propriétaire de magasins de vêtements invite tous ces SDF couverts de haillons, à aller chez elle prendre une douche et s’en aller habillés de neuf. Cela n’arrive jamais mais avec le Christ si. Au baptême le nouveau baptisé enfant ou adulte est revêtu de la robe de baptême, de l’aube ou symboliquement de l’écharpe. Seigneur Dieu, tu es mort sur la croix je te confie mes péchés mes échecs, mes blessures. Je m’en vais, ils sont à toi, tu t’en occupes.

Le Pasteur Thomas Roberts était anglo-saxon mais il était tellement malicieux qu’il arrivait à faire des jeux de mots en français. C’est ainsi qu’il avait sa façon bien à lui de traduire le passage d’évangile de ce dimanche: « Passant au bord du lac, Jésus vit Pierre et André qui lavaient leurs filets. Il leur dit : « Venez à ma suite et je vous enverrai pêcher non plus des poissons mais des hommes. » … Et aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent » (Mc1, 18) Le pasteur Thomas résumait avec humour : « Et Jésus leur dit : Jetez vos péchés et filez »…! Amen !