2 juin 2024 « Ceci est mon corps, ceci est mon sang »

Chers frères et sœurs,

Ces paroles que Jésus prononça au cours de la Dernière Cène, sont répétées à chaque fois que se renouvelle le Sacrifice eucharistique. Elles nous conduisent au Cénacle, elles nous font revivre le climat spirituel de la nuit : célébrant la Pâque avec les siens, Jésus anticipe le sacrifice sur la croix. L’institution de l’Eucharistie nous apparaît ainsi comme une anticipation et une acceptation de la part de Jésus de sa mort. Saint Ephrem de Syrie écrit à ce propos : Au cours de la Cène, Jésus s’immola ; sur la croix, Il fut immolé par les autres »

« Ceci est mon sang ». C’est très clair : Jésus se présente comme le sacrifice véritable et définitif, dans lequel se réalise le pardon des péchés qui, dans les rites de l’Ancien Testament, n’avait jamais été totalement accompli. A cette expression s’en ajoutent deux autres très significatives. Tout d’abord, Jésus  dit que son sang « est versé pour la multitude » comme il est annoncé dans  Isaïe (cf. chap. 53). Avec l’ajout  – « sang de l’alliance » -, Jésus manifeste que, grâce à sa mort, se réalise la prophétie de la nouvelle alliance fondée sur la fidélité et sur l’amour infini du Fils fait homme, une alliance donc plus forte que tous les péchés de l’humanité. L’antique alliance avait été établie sur le Sinaï à travers un rite sacrificiel d’animaux, comme nous l’avons écouté dans la première lecture, et le peuple élu, libéré de l’esclavage d’Egypte, avait promis d’accomplir tous les commandements donnés par le Seigneur (cf. Ex 24, 3). Mais dès le début, Israël, en construisant le veau d’or, s’était montré incapable de rester fidèle au pacte divin. Mais Le Seigneur, lui, reste fidèle et au cours de la Dernière Cène, il établit avec les disciples et avec l’humanité cette nouvelle alliance, la confirmant non pas à travers des sacrifices d’animaux, comme cela avait eu lieu par le passé, mais par son sang, devenu « sang de la nouvelle alliance ». Il la fonde donc sur son obéissance, plus forte, que tous nos péchés.

Aujourd’hui, comme le peuple élu réuni dans l’assemblée du Sinaï, nous aussi, nous voulons répéter notre fidélité au Seigneur. Grâce à notre participation sincère à la double table de la Parole et de l’Eucharistie. Nourris de Jésus, nous, ses disciples, nous recevons la mission d’être « l’âme » de notre ville (cf. Lettre à Diognète ) ferment de renouveau, pain « rompu » pour tous, en particulier pour ceux qui vivent dans des situations de difficulté, de pauvreté, de souffrance physique et spirituelle. Devenons témoins de son amour.

Saint Léon le grand rappelle que « notre participation au corps et au sang du Christ ne tend à rien d’autre qu’à devenir ce que nous recevons ».

Saint Jean Marie Vianney aimait dire à ses paroissiens: « Venez à la communion… Il est vrai que vous n’en êtes pas dignes, mais vous en avez besoin » Nous sommes bien conscients de ne pas être à la hauteur à cause des péchés, mais nous avons besoin de nous nourrir de l’amour que le Seigneur nous offre dans la messe. Lorsque, dans peu de temps, nous répéterons le Notre Père, notre prière par excellence, nous dirons: « Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien », en pensant naturellement au pain de chaque jour pour nous et pour tous les hommes. Mais cette demande contient également quelque chose de plus profond. Le terme grec que nous traduisons par « de ce jour », pourrait également faire référence au pain « supra-substantiel », au pain « du monde à venir ». « Donne-nous aujourd’hui notre pain supra-substantiel ». Je suis allé rendre visite une fois à la petite fraternité des Pères orthodoxes qui sont à Lissac près de Saint-Paulien. Ils disent « Donne-nous aujourd’hui notre pain sur-essentiel ». C’est bien sûr, une référence à l’Eucharistie, le pain de la vie éternelle, du nouveau monde, qui nous est déjà donné aujourd’hui dans la Messe, afin que dès à présent, le monde futur commence avec nous. Avec l’Eucharistie donc, le ciel descend sur terre, le demain de Dieu se fond avec le présent et le temps est comme embrassé par l’éternité divine. En disant cette demande du Notre Père, on peut demander les trois : le pain, la tartine sur laquelle on met du beurre ou du nutella. Mais aussi Le Pain de la Parole du Seigneur, et le pain supra-substantiel, le corps du Christ.

Seigneur Jésus, libère ce monde du poison du mal, de la violence et de la haine qui empoisonne les consciences, purifie-le par la puissance de ton amour miséricordieux. Et toi, Marie, qui as été femme « eucharistique » toute ta vie durant, aide-nous à marcher unis vers l’objectif céleste, nourris par le Corps et par le Sang du Christ, pain de vie éternelle et médecine de l’immortalité divine. Amen !

Vendredi 7 juin 2024 Sacré-Cœur

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 19, 31-37) : « Jésus venait de mourir. Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l’autre homme crucifié avec Jésus. Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ; et celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez. Cela, en effet, arriva pour que s’accomplisse l’Écriture : Aucun de ses os ne sera brisé. Un autre passage de l’Écriture dit encore : Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé.

” En mon coeur quel émoi pour lui, je l’aime, oui je l’aime !… ” Devinez qui a dit ça ?
Non, ne cherchez pas du côté de la chanson, bien que : ” Je t’ai donné mon coeur… ” soit, au fond, une chanson de toujours.
Ne cherchez pas non plus dans vos recueils de poésie. Je sais, je sais, il y a de belles choses aussi de ce côté-là, mais ce n’est pas ça.
Alors, qui a dit ça ?
Mais Dieu lui-même, figurez-vous !
” Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël “, dit solennellement le prophète Jérémie (qui était loin d’être toujours aussi triste qu’on le croit).
” Ainsi parle le Seigneur :
” Mon peuple est pour moi un fils chéri,
un enfant qui fait mon bonheur ;
en mon cœur, quel émoi pour lui,
je l’aime, oui je l’aime !… ” (Jérémie 32,41)

Le cœur de Dieu, on en parle tout au long de l’Ancien Testament. Mais il y avait quelque chose qui n’allait pas : c’était seulement une façon de parler.
Alors, Dieu envoie son Fils qui prend chair, qui prend cœur, un vrai cœur qui bat, comme le nôtre.
Il est un vrai homme parmi les hommes, pour nous aimer à la façon d’un homme, mais avec toute la puissance de l’amour immense de Dieu.
L’Ancien Testament, c’est une histoire d’amour tumultueuse et malheureuse entre un Dieu qui aime mais qui n’arrive pas à convaincre, et un peuple qui voudrait l’aimer mais qui, à tous les coups, est dépassé.
Mais Dieu a maintenant un cœur, Il ne nous parle plus par le truchement des prophètes. Sa façon d’aimer est la même, mais il en est un qui peut dire avec une assurance tranquille : ” Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton coeur ! ” Il sait que c’est possible pour nous maintenant, parce qu’il est là et que nous pouvons passer par lui.
Dans le genre histoire d’amour, il était difficile de faire mieux !…

Le concile Vatican II a un passage magnifique sur le mystère de l’Incarnation : “Car, par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. Il a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un coeur d’homme.” (Gaudium et Spes 22,2) … !

La dévotion au Sacré-Cœur telle qu’elle s’est développée entre le XVIème et le XIXème siècles est une mise en valeur concrète et progressive de la tendresse de Dieu pour l’humanité, telle qu’elle nous est révélée dans le Livre du Prophète Osée : « Je guidais mon peuple avec humanité, par des liens de tendresse. Je le traitais comme un nourrisson qu’on soulève tout contre sa joue. Je me penchais vers lui pour le faire manger.

Mais ils ont refusé de revenir à moi : vais-je les livrer aux châtiments ? » (Os 11, 4). Telle est la tendresse du cœur de Dieu pour les hommes, telle est la dynamique de l’amour de Dieu qui va Le conduire jusqu’à venir prendre chair dans l’existence humaine.

Tel est l’amour qui ira jusqu’à l’extrême : « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout » (Jn 13, 1). « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13).

Il nous est offert d’annoncer « la richesse insondable du Christ, et de mettre en lumière le contenu du mystère tenu caché depuis toujours en Dieu ». (Ep 3,8-9) « Nous tombons à genoux devant le Père, écrit Saint Paul. Et il ajoute : « Lui qui est riche en gloire, qu’il vous donne la puissance par son Esprit et vous rende fort, et pour rendre fort l’homme intérieur. Que le Christ habite en vos cœurs par la foi ; restez enracinés dans l’amour, établis dans l’amour. » (Ep 3, 16-17) Voilà cette tendresse de Dieu voilà cette miséricorde de Dieu dont nous sommes les témoins aujourd’hui

Car cette tendresse de Dieu est manifestée par celui qui donne sa vie pour elle. Le cœur du Christ libère des fleuves d’eau vive lorsqu’il est transpercé. Et il fait jaillir dans le cœur de l’homme des fleuves d’amour quand l’homme va jusqu’au bout du don de sa vie pour ceux qu’il aime. Il l’avait déjà promis à Abraham : «  je te bénirai, […] et tu deviendras une bénédiction. » Cette promesse est offerte désormais à chacun.

Samedi 8 Juin 2024 Le Cœur immaculé de la bienheureuse Vierge Marie

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 2, 41-51) : «Chaque année, les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, ils montèrent en pèlerinage suivant la coutume. À la fin de la fête, comme ils s’en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents. Pensant qu’il était dans le convoi des pèlerins, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances. Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem, en continuant à le chercher.C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses. En le voyant, ses parents furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! » Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait.Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements. »

Dans son livre : « L’enfance de Jésus » Joseph Ratzinger-BENOIT XVI commente : « Ce sont des journées de souffrance à cause de l’absence de Jésus, des journées d’une obscurité dont la gravité se perçoit à travers les paroles de sa Mère… […] …Ainsi, un arc s’étend depuis la première Pâque de Jésus jusqu’à sa dernière Pâque, celle de la Croix. » (p.176)

C’est un événement qui éclaire sur la relation de Jésus et ses parents, particulièrement sa mère. On remarque déjà la liberté de ce jeune, la grande confiance qu’ils ont en lui, puisqu’il se promène apparemment parmi toute la caravane, certainement en compagnie des jeunes de son âge. Ce n’est que le soir venu[PT1] , probablement au moment du repas, quand on se rassemble en famille qu’ils s’aperçoivent de son absence. Leur stupeur est grande, ils le cherchent parmi toutes les connaissances qu’ils ont dans la caravane, et au fur et à mesure que leurs espoirs sont déçus, leur inquiétude grandit. Ils refont le chemin dans l’autre sens jusqu’à Jérusalem, toujours en le cherchant, ce qui veut dire qu’ils n’imaginent pas que Jésus soit resté dans le Temple. En fait, il ne l’a apparemment pas quitté ! Les parents sont « frappés d’étonnement » ils n’avaient jamais pensé pendant tout ce temps de recherche le retrouver là. Joseph, fidèle à lui-même se tait ! Seule, Marie ne peut retenir ses paroles, elle a eu si peur, ces trois jours ont été tellement terribles ! Elle ne reconnaît pas le comportement de son fils, si prévenant, si attentif à eux ! C’est le cri de soulagement mais aussi d’incompréhension d’une mère : « Pourquoi[PT2]  ? ».

 Mais la réponse de Jésus, est aussi inattendue pour eux. Il semble, que lui-même n’ait jamais pensé qu’il ait pu les inquiéter, lui aussi est étonné, jamais apparemment il n’aurait cru qu’ils le chercheraient, parce qu’il était « chez son Père ». Il se sentait à sa place !

Benoît XVI continue :« …Jésus dit à ses parents : je suis exactement là où est ma place -près de mon Père, dans sa maison » (p.177)

Pour Benoit XVI : « La parole de Jésus est trop grande pour le moment. La foi de Marie est aussi une foi « en chemin », une foi qui, à maintes reprises, se trouve dans l’obscurité et qui, en passant à travers l’obscurité doit mûrir. Marie ne comprend pas la parole de Jésus, mais elle la conserve dans son cœur et là, elle la fait parvenir petit à petit à sa maturité.                                                                                                                       « Toujours à nouveau les paroles de Jésus sont plus grandes que notre raison. Elles dépassent toujours à nouveau notre intelligence. La tentation de les réduire, de les manipuler pour les faire entrer dans notre mesure est compréhensible… […] Il nous pense capables de grandes choses. Croire signifie se soumettre à cette grandeur et croître pas à pas vers celle-ci » ( p.179) Et Marie est l’image même de celle qui a « cru » en cette grandeur et qui a marché jour après jour, et souvent dans l’obscurité, avec comme seule force l’amour et la confiance en Dieu.

 Cependant, ayant retrouvé Jésus, la tristesse, l’angoisse des parents en recherche du fils perdu, se transforme en joie et ils repartent tous ensemble à Nazareth :  « Il leur était soumis. Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements. Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes » (v51-52).

Mais, certainement que même si la vie reprend comme avant dans la petite maison de Nazareth, même si Joseph continue à apprendre à son fils adoptif le métier de charpentier, même si celui-ci reste plein d’attention à leur égard,  obéissant et que chaque jour ils continuent à prier et à lire ensemble la grande histoire du peuple d’Israël, les choses sont différentes.

Dans « Redemptoris Mater » Jean Paul II poursuit sa méditation sur la relation entre le Fils et la Mère :

« Jésus avait donc conscience de ce que « seul le Père connaît le Fils » (cf. Mt 11,27), à tel point que même celle à qui avait été révélé plus profondément le mystère de la filiation divine, sa Mère, ne vivait dans l’intimité de ce mystère que par la foi ! Se trouver aux côtés de son Fils, sous le même toit, et « gardant fidèlement l’union avec son Fils », elle « avançait dans son pèlerinage de foi »… (n°17 p.35)


9 juin 2024 10° dim ord B  Béelzéboul

Frères et sœurs,

Ses opposants accusent Jésus d’agir au nom de Béelzébul, le chef des démons. Jésus ne dit pas : « oh mais ça, ça n’existe pas ». Il rebondit en l’appelant Satan. Béelzébul en hébreu veut dire « le chef des  mouches », sans doute une ironie. Satan signifie l’ennemi, l’adversaire.

Qu’est-ce qui caractérise Satan, Belzébul, le chef des démons ? Plusieurs choses. Il est champion pour créer des divisions et culpabiliser l’autre : Adam dit que c’est la faute d’Eve et Eve dit que c’est le serpent.  Il est champion pour créer des usines à gaz. On le voit dans l’évangile de ce jour : Jésus a tôt fait de démonter le raisonnement. Quel intérêt j’aurais à chasser les démons si j’agissais au nom de leur chef ?  Le Diable est champion pour faire croire. Il fait croire que l’autre nous en veut, qu’on n’y arrivera jamais, que Dieu n’existe pas, qu’il se fiche bien de nous, que la vie se termine à la mort, que l’on peut faire le mal en toute impunité, etc etc… Jésus dit qu’il n’y aura qu’un péché qui ne pourra pas être pardonné ; il l’appelle « le blasphème contre l’esprit ». Au fond c’est nier l’évidence. Un prêtre avait eu ce joli mot au sujet d’un journaliste qui avait décidé de ne rien comprendre : « Il est grand le mystère de la mauvaise foi »… !  Il ne pourra pas être pardonné parce qu’il ne se reconnait pas pécheur.

Mais bonne nouvelle : Jésus a pris le temps de ligoter cet homme fort. Et maintenant on peut « piller sa maison » c’est  à  dire ne pas se laisser impressionner et même puiser dans ses méfaits. On a comparé parfois Satan aux gargouilles des cathédrales. Elles font peur mais elles permettent au mur de ne pas être abimé puisqu’elles rejettent l’eau loin du mur.

Les saints sont très forts pour ça. La vie de chaque saint est une preuve de la victoire de Jésus. Par exemple les analyses graphologiques de l’écriture de saint François de Sales montrent qu’il était de caractère très violent ; or, c’était le plus doux des hommes. Or, pour être doux, il ne faut pas être mou. Pour être doux, délicat, gentil, attentionné, tendre, il faut être très fort ! Sainte Thérèse de l’enfant-Jésus était au Carmel de Lisieux avec une sœur qui lui était très antipathique. He bien cette sœur croyait qu’elle était sa préférée. Un jour elle lui a dit : « Voudriez-vous me dire, ma sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus, ce qui vous attire tant vers moi : à chaque fois que vous me regardez, je vous vois sourire ?» Ah ! ce qui m’attirait, conclut Thérèse, c’était Jésus caché au fond de son âme.» Même la propre sœur aînée de Thérèse, Marie, était jalouse de l’affection qu’elle donnait à cette sœur !  Mais on pourrait raconter d’autres anecdotes ! Au Carmel de Lisieux, une sœur âgée était allergique aux parfums des fleurs. Et voilà qu’on avait fait don au Carmel de fleurs artificielles. Thérèse les met à la statue du cloître. En sortant de la chapelle, elle pressent un mouvement d’humeur de la vieille sœur. Nous, qu’aurions-nous fait ? Le réflexe normal aurait été de prendre une petite revanche en laissant la sœur protester et se ridiculiser en public. Avec un peu plus de vertu, on aurait souligné que la crainte était inutile puisque les fleurs étaient artificielles. Thérèse, tout de suite, comprend, et d’un réalisme absolu, immédiat, prend les devants et dit : « Oh, ma sœur, regardez comme aujourd’hui on imite bien la nature… » Thérèse savait se mettre toujours avec Jésus.

Car il est là le secret. Un chrétien n’est pas plus malin que les autres. Il est pécheur comme les autres. Mais il a un secret : Il peut appeler Jésus à la rescousse. Il peut dire : « Par le sang de Jésus versé sur la croix, je prends autorité sur cette colère. » « Par le sang de Jésus versé sur la croix, je prends autorité sur cette envie de vengeance » « Par le sang de Jésus versé sur la croix, je prends autorité sur cet agacement, cette antipahie » « Par le sang de Jésus versé sur la croix, je prends autorité sur ce découragement ».

Et après il pourra dire plus facilement : Au lieu de mentir , j’ai dit la vérité.  Au lieu de bouder, j’ai rendu service.  Au lieu de râler quand j’ai perdu au jeu, j’ai souri.  Au lieu de tricher, j’ai été honnête.  Au lieu de jouer « perso » au foot, j’ai fait des passes.

Au lieu d’accaparer la ps4 ou de regarder la tablette, j’ai joué avec mes frères et sœurs.  Au lieu de dire non, j’ai rangé ma chambre.  Au lieu de ma cacher dans les toilettes, j’ai mis le couvert.  Au lieu de me venger, ou de rester fâché, j’ai pardonné.

Au lieu de dire du mal d’un camarade, je l’ai défendu.  Au lieu de l’envier, je me suis réjoui de sa joie. 

La victoire de Jésus se situe là.  Il faut se mettre avec le plus fort : « Au nom de Jésus, je prends autorité sur cette envie de bouder, de prendre tout pour moi…

« Par le sang de Jésus versé sur la croix, je prends autorité » …  Amen !

16 juin 2024 11° dimanche ordinaire B

Frères et sœurs, Quand Ezéchiel annonce que le Seigneur prendra une tige et la plantera sur une haute montagne, que cette petite tige poussera et sa ramure couvrira la terre, on peut penser qu’il s’agit de Jésus le meilleur produit du Peuple d’Israël et qui maintenant fait produire de succulents fruits à ceux qui sont greffés sur lui.

Jésus le confirme dans l’évangile. Son Royaume sera toujours fait de petites choses. A l’occasion du 80° anniversaire du débarquement, nous avons pu entendre avec sa croix en or autour du cou, une « grande fille » comme elle dit en souriant : 96 printemps. En revanche, Monique était encore une petite fille en 1940, quand, avec ses parents et sa sœur, elle a pris la route, avec d’autres réfugiés, pour fuir les Allemands. Au bout de trois jours, alors qu’ils n’ont plus rien, une camionnette de soldats français les croise et leur jette une boîte de bœuf bouilli en conserve. Ils sont si contents que son père sort son appareil photo pour immortaliser le « festin ». Elles sont tout sourire. Las, des avions allemands passent à ce moment. Sa mère se jette sur Monique, son père sur sa sœur. Ils mourront tous les deux dans le bombardement. « Elle me serrait fort, j’avais très peur, elle priait, elle disait : “Cœur Sacré de Jésus, protégez-nous, Cœur Sacré de Jésus, protégez-nous, Cœur Sacré de Jé… », avant de s’arrêter net : « Je suis touchée. – Moi aussi », répond son mari. Ils meurent sur le coup. Mais ils ont sauvé leurs filles. 

Le monde tient par ce genre d’actes héroïques. On rêverait que les journaux télévisés en fassent l’énumération chaque soir. Quelle belle stimulation pour tous les téléspectateurs !

Un jeune papa dont je fais connaissance m’apprend qu’il est une sorte de douanier. Avec les gendarmes, il circule sur la route pour contrôler les camionneurs, notamment. Un jour ils arrêtent un camion bulgare. Pour échanger avec le chauffeur, ils utilisent un traducteur sur le smartphone. C’est pratique mais compliqué. Le chauffeur a un comportement bizarre. Il parait timide mais l’est-il vraiment ? N’est-il pas un peu dans la manipulation ? Toujours est-il qu’il ne présente pas les papiers demandés. Ce papa contrôleur me dit : « J’étais en droit de lui dire : « vous n’êtes pas en mesure de me présenter les documents, je vous verbalise ». Mais j’ai joué la carte de la confiance. Quand le chauffeur m’a présenté un gros paquet de papiers, j’ai pris le temps de feuilleter et j’ai trouvé tout ce que nous demandions. Il n’était pas manipulateur. Il était brouillon. » Ce papa me racontait ce fait sans esprit de vanité mais comme quelque chose de naturel. L’aumône ne se fait pas qu’avec de l’argent…

Il y a au moins deux enjeux. D’abord, le salut personnel de chacun : saint Paul dit clairement : « Car il nous faudra tous apparaître à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun soit rétribué selon ce qu’il a fait, soit en bien soit en mal, pendant qu’il était dans son corps. »

Autre enjeu : l’avenir de notre société et l’avenir de notre Eglise. Puisque ce dimanche nous rendons grâce à Dieu pour 8 paroissiens qui ont œuvré dans une grande discrétion pendant des décennies au service de leur paroisse, je rappelle avec humour une « fiche technique » souriante.

Le bénévole, (activus benevolus) est un mammifère bipède qu’on rencontre surtout dans les associations, où il peut se réunir avec ses congénères. Les bénévoles se rassemblent à un signal mystérieux appelé “convocation”. On les rencontre aussi en petits groupes dans divers endroits, quelquefois tard le soir, l’œil hagard, le cheveu en bataille et le teint blafard, discutant ferme la meilleure façon d’organiser un rassemblement, de préparer une journée, un flyer, une année pastorale,  les prochaines compositions florales, ou la Pâque des malades,  ou de dépenser le moins possible pour ne pas mettre la paroisse dans le rouge.  

L’ennemi héréditaire du bénévole est le “yaqua”. Le yaqua est aussi un mammifère bipède, mais il semble ne connaître que quelques lettres “il n’y a qu’à” ce qui explique son nom. Le yaqua, bien abrité dans la cité anonyme, attend. Il attend le moment où le bénévole fera une erreur, un oubli, pour bondir et lancer son venin qui atteindra son adversaire et provoquera chez celui-ci une maladie très grave : le “découragement”. Les premiers symptômes de cette implacable maladie sont visibles rapidement : absences de plus en plus fréquentes aux réunions, intérêt croissant pour son jardin, sourire attendri devant une canne à pêche, et attrait de plus en plus vif qu’exercent un bon fauteuil et internet sur le sujet atteint. Les bénévoles décimés par le découragement risquent de disparaître et il n’est pas impossible que dans quelques années, on rencontre cette espèce uniquement dans les zoos où comme tous ces malheureux animaux enfermés, ils n’arrivent plus à se reproduire. Les yaquas, avec leur grande langue, viendront leur lancer des cacahuètes pour tromper l’ennui. Ils se rappelleront avec nostalgie le passé pas si lointain où le bénévole abondait et où on pouvait le traquer sans contrainte.

Le trait est très forcé évidemment. Aujourd’hui nous prions pour qu’il y de moins en moins de Yaqua et plus d’Actus Benevolus !

Il en va de l’avenir de notre Eglise et de notre société. Pourquoi ? Jésus a formulé le secret du bonheur : « Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir ». Aujourd’hui beaucoup de « ismes » nous poussent au repli : individualisme, relativisme, aquoibonisme (à quoi bon ?). L’image de la graine semée nous dit qu’il faut prendre le risque de se donner.

Ah si nous pouvions faire découvrir la grâce de vivre avec Jésus, par Jésus, en Jésus. Par Lui, avec Lui, et En Lui. On le sait : le Pap François nous invite à être tous des « disciples missionnaires ». Aux JMJ de Rio de Janeiro il avait dit aux jeunes qu’il fallait quitter le canapé avec le smartphone.  Un français a traduit la pensée du Pape François au sujet de ses invitations répétées à être des disciples missionnaires par un beau jeu de mots : le chrétien doit quitter le vieux divan pour annoncer le Dieu vivant.

L’abbé Pierre disait : « à la fin de votre vie, on ne vous demandera pas si vous avez été croyant mais si vous avez été crédible ». Suis-je crédible ?

23 juin 2024 12°dim. B C’est qui le Patron

Frères et sœurs, la première lecture est magnifique. Job se retrouve dans le malheur – on dit d’ailleurs » pauvre comme Job » – et passé les premières jérémiades, il en remonter à Dieu. Qu’ai-je fait pour mériter ça ? Et le Seigneur le prend de haut en commençant par lui dire : « Qui donc a retenu la mer avec des portes, quand elle jaillit du sein primordial ; quand je lui mis pour vêtement la nuée, en guise de langes le nuage sombre ; quand je lui imposai ma limite, et que je disposai verrou et portes ? Et je dis : “Tu viendras jusqu’ici ! tu n’iras pas plus loin, ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots !” Au fond le Seigneur commence par dire à Job qu’il ne faudrait pas qu’il oublie que rien n’existerait s’il n’y avait pas un créateur. Il est arrivé à Job ce qui est arrivé à un certain Brice. Fin avril nous avons vu arriver au Puy un frère avec une belle croix pectorale représentant le Christ de Saint Damien, sur une bure franciscaine bleue. Il marche avec une ânesse qui se prénomme Espérance, et un petit chien. Il est venu partager notre repas du lundi soir 29 avril 2024 à la cure des Carmes et nous a raconté son histoire pas banale. Ses parents sont athées et anticléricaux. Aujourd’hui ils ne comprennent absolument pas son choix mais préfèrent qu’il soit sur la route plutôt que dans un monastère, ce qui serait pour eux l’abomination de la désolation. La Moselle, son département d’origine étant  concordataire, même à l’école publique, il a eu droit aux cours de religion chrétienne. Et c’est ainsi qu’il a préparé et fait sa première communion. Ne se doutant pas de la tournure qu’allaient prendre les choses, ses parents finissent par le mettre dans un collège privé catholique en raison de difficultés dans l’établissement public. A sa préadolescence, il lit les évangiles mais pour y rechercher des contradictions, des incohérences, des preuves que tout cela est faux dans le but d’embêter les prêtres avec des questions embarrassantes. Un jour il s’apprête à piéger un prêtre. Mais c’est le prêtre qui va le pièger en lui disant : « Maintenant ça suffit ; c’est moi qui vais poser les questions et toi qui vas répondre. Dis-moi si tu connais un Dieu comme celui de la religion catholique, un Dieu qui vient sur terre pour mourir sur une croix ?». C’est cette question qui le fait basculer dans la foi en Jésus.  Ce prêtre devient le Père spirituel de Brice qui a du mal à trouver sa vocation : ni chez les Carmes, ni chez les Bénédictins, ni chez les trappistes. Finalement il comprend que le Seigneur l’appelle à une vie d’évangélisation au grand vent comme une espèce de saint Benoît Joseph Labre.  Il sillonne à pied les routes de saint Jacques de Compostelle, d’Allemagne, d’Autriche, d’Italie, de Turquie, de Grèce, pour le moment ! Il a le désir de se rendre à Jérusalem mais sa première tentative n‘a pas abouti.   Il peut parler pendant des heures du Seigneur et de ses rencontres improbables, de la façon dont cette ânesse l’a choisi chez l’éleveur de Brive La Gaillarde en venant naturellement à lui. Il l’avait découverte sur le Bon Coin, elle a souffert de maltraitance. C’est lui qui lui a donné son nom : Espérance, en pensant à son espoir d’aller avec elle jusqu’à Jérusalem. 

Nous avons cela dans les textes de ce dimanche :  la première lecture nous rappelle l’immensité, la supériorité, la grandeur infinie de Dieu – on dit sa « Transcendance ». Et l’évangile nous fait comprendre qu’en fait ce Dieu Tout-Puissant est dans la barque, avec nous dans la tempête. Il est avec nous comme un enfant puisqu’il dort sur un coussin. Nous ne le reconnaissons vraiment que lorsque nous-mêmes acceptons de calmer les tempêtes de ce monde, PAR LUI,  AVEC LUI, ET EN LUI. 

Conclusion : Dieu ne nous reprochera jamais de Lui poser des questions, mais tout dépend du ton de ces questions.  Il y a le pourquoi hargneux qui accuse plus qu’il ne questionne, et il y a le pourquoi secrètement humble du “blasphème” de Job. Il y a la question émerveillée de l’enfant qui demande pourquoi le soleil se lève : ce “pourquoi” fait plaisir aux parents, même s’ils ne savent pas répondre. Et c’est au fond le pourquoi des savants, s’ils sont de vrais savants… c’est-à-dire des contemplatifs. Un vrai savant, c’est un enfant qui a de la patience. Il échafaude des hypothèses, mais si ça ne marche pas, il recommence : il ne critique pas la réalité, il critique son hypothèse. Il s’efface et il s’oublie : ses questions à la Nature sont des questions d’amoureux, non de jaloux. Il y a le pourquoi des sceptiques, qui n’attend même pas de réponse, comme Pilate. Il y a des questions qui sont des blasphèmes, et il y a des “blasphèmes” qui sont une adoration. Il y a le pourquoi des enfants en colère. Il y a la question de Marie : “Comment cela se fera-t-il ?” Il y a le pourquoi du Christ en croix : “Mon Dieu pourquoi m’as-Tu abandonné ?”… et la réponse, c’est la Résurrection. Sur quel ton posons-nous des questions à Dieu, à l’Eglise et aux prêtres ? Donc, premier point : attention à la manière dont nous posons des questions. Deuxième point : sommes-nous capables d’écouter la réponse ? De la recevoir, et non pas de la fabriquer ? Seigneur accorde-nous la grâce que tu as octroyée à Job et à frère Brice : poser les vraies questions, celles qui traversent les siècles, et accueillir vraiment tes réponses. Amen !

29 et 30 juin 2024

(car aux Carmes, nous fêtons saint Pierre le dimanche après la solennité)

Frères et sœurs, pourquoi cette page d’évangile pour la fête de saint Pierre et saint Paul ? Saint Pierre personnifie l’Eglise ; et quelle est la mission de l’Eglise ? faire connaître Jésus : il est le Messie, le Fils du Dieu vivant, Dieu le Fils. Et ce n’est pas évident. A preuve d’abord deux petites histoires souriantes avant d’exposer les enjeux incommensurables de répandre cette affirmation de foi.

C’était avant le concile Vatican II, à une époque où le catéchisme consistait en une série de questions-réponses à apprendre et à réciter par cœur.  « Qui est Dieu ? Où est Dieu ? Que fait Dieu ? etc. … »  Dans cette paroisse, c’est le dimanche de la fête patronale. On a aménagé un bel autel en plein air sur le podium où, l’après-midi, se produiront les enfants qui ont passé des semaines à préparer des danses, des petits sketches, et des morceaux de musique. Mais avant le divertissement, la prière ! Le Père curé célèbre la messe de la kermesse. Quatre enfants de chœur l’assistent. Soudain, une petite bourrasque de vent se lève qui emporte l’hostie consacrée et la fait tomber quelque part sur l’estrade. Ne voyant pas où elle est tombée, le prêtre se tourne vers l’enfant de chœur et lui dit : « Où est le Bon Dieu ? »  Et l’enfant croyant à une question de catéchisme par surprise lui répond : « Dieu est au Ciel, sur terre, et en tous lieux. » Le prêtre l’interrompt et lui dit : « Pas celui-là ! L’autre ! » C’était probablement sous le coup de l’émotion que lui avait jailli cette expression pour le moins maladroite. Et pourtant, aussi incroyable que cela puisse paraître, le Créateur de l’univers est bien le même que celui que nous recevons dans l’hostie ! Dieu se met à notre portée pour nous hisser à son niveau.

Un prêtre curé en milieu rural visite une famille. Il trouve la grand-mère qui garde son petit-fils de sept ou huit ans. Elle lui dit tout de go : « Monsieur le Curé, je suis en colère    –  Et pourquoi ?   –  Parce que le petit vient de blasphémer.»  Le Père curé se demande bien ce qu’un petit de cet âge peut dire pour blasphémer et mettre sa grand-mère dans un pareil état. – « Qu’est-ce qu’il vous a dit ?   –  …  –  Vous n’osez pas me le dire ?   –  Il a dit que le petit Jésus faisait pipi dans ses culottes. »   Le prêtre se tourne alors vers le petit : «  Tu t’es trompé parce qu’à cette époque-là, les petits ne portaient pas de culotte. »    Et, en se tournant vers la grand-mère, il lui dit :   « Jésus, c’était un homme comme nous.   –  Mais il est Dieu ! – Oui mais il était vraiment homme. »  Alors, il lui dit : « Je vais vous dire une chose : vous êtes monophysite. »   Cette dame se demandait sans doute s’il s’agissait d’une maladie psychiatrique ou d’un nouveau péché ;  c’est une hérésie, l’hérésie de ceux qui niaient l’humanité de Jésus, qui disaient qu’en Jésus il n’y avait qu’une seule nature (mono -physis), la nature divine. Selon eux, le Fils de Dieu avait fait semblant d’être homme. Le chemin a été long avant que l’Eglise définisse qu’en Jésus, il y a une seule Personne, et deux natures…

Comment bien dire que Jésus est Dieu, qu’il est égal au Père, égal au Saint-Esprit, et complètement home ? On dit que Jésus est 100% Dieu et 100% homme.

Mais quels sont les enjeux ? Ce n’est pas une question en option. C’est le cœur du réacteur. Historiquement, savez-vous que c’est la pensée chrétienne qui a forgé le concept de « personne »? Dès les premiers siècles de l’Eglise, pour parler du mystère de la Sainte-Trinité, un seul Dieu en trois personnes, il a fallu réfléchir, préciser, définir ce terme. Il existait déjà mais il a fallu dire clairement que Père, Fils, Saint-Esprit, ce ne sont pas trois façons de parler comme quelqu’un peut être à la fois père de famille, médecin et pianiste ; ou bien trois effets de Dieu comme l’électricité produit de la chaleur avec les convecteurs, de la lumière avec les lampes, de la force avec les machines. Non ! le Père est bien distinct du Fils et le Saint Esprit n’est pas un deuxième Fils : Ce sont trois personnes. On a pâti pour l’exprimer avec justesse. Et comme la Bible nous dit que l’homme est à l’image et à la ressemblance de Dieu, l’Eglise a dit : « Chacun est une personne. » Avant, quand on croyait que Dieu était un vieux solitaire, grand architecte un peu tyrannique, on disait : individu. « Personne », cela dit beaucoup plus. Une personne, ce n’est pas un numéro, c’est quelqu’un. C’est un être en relation. Et en relation d’abord avec son créateur. On demandait un jour au Père Sève comment il expliquait que si peu de chrétiens vivent vraiment l’amour pour leurs frères. André Sève a répondu : « J’ai peut-être une explication. Sur ma route, je n’ai pas tellement fréquenté de chrétiens inébranlablement persuadés que Dieu les aime avec tendresse. La plupart n’arrive pas à vivre dans cette certitude. Alors, eux-mêmes, pour Dieu et pour leurs frères, n’ont guère de tendresse. Les deux choses se tiennent, je le vois bien : plus on se sait aimé par Dieu, plus on a envie d’être bon. »

Aujourd’hui, alors qu’on ne sait plus ce qu’est un homme, une femme, un enfant, une personne âgée, une personne porteuse de handicap, il est absolument crucial que l’Eglise soit là pour rappeler que Dieu s’est fait homme, et pas seulement « humain », que si Dieu lui-même s’est fait embryon et a accepté d’être crucifié, c’est que chacun a un prix infini, qu’il soit petit bébé caché sous le cœur d’une maman ou personne totalement dépendante.   

Que nous ne nous fatiguions pas de proclamer à la suite de saint Pierre et de saint Paul : « Jésus tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant » Amen !