2° Avent 2025. Carmes Solignac

Frères et sœurs, une des clefs des lectures de ce deuxième dimanche de l‘Avent est dans la première lecture : « La Connaissance du Seigneur remplira l’univers mieux que l’eau ne couvre les mers. » Connaître Dieu. Ce n’est pas avoir une opinion sur Dieu. C’est avoir accès à Dieu. Etre intime de Dieu. Avoir ses entrées chez Dieu. C’est tutoyer Dieu. Il a promis par son prophète Isaïe que cette connaissance serait très très répandue, donc accessible au plus grand nombre. Du côté de Dieu, il fallait donc que ce soit très simplifié, que les démarches soient faciles (On nous promet depuis longtemps la simplification des impôts, mais c’est repoussé d’année en année). Si pour avoir accès à Dieu, il fallait avoir un bac + 14, qui le connaîtrait ?

Mais ce que Dieu promet, il le fait. Il a simplifié jusqu’à réduire le mot de passe à deux syllabes : JE–SUS. Sur internet, nous pouvons voir des images de ces rassemblements étonnants en Egypte, en Iran, en Algérie réunissant d’anciens musulmans qui ont rencontré Jésus et qui scandent ces deux syllabes avec une joie inouïe.

Une religieuse catéchiste pose une devinette à son groupe : qu’est-ce qui est roux, qui saute de branche en branche ? un enfant lui répond : je pense que c’est un écureuil mais vous connaissant c’est peut-être Jésus. Des amis ont un grand fils de vingt ans ; quand il était petit, il avait compris la ferveur de sa maman. Et quand il lui posait une question, il répondait volontiers, un peu interrogatif : « Jésus ? ». Jésus est le sésame pour accéder à Dieu. Et de notre côté, il suffit que nous voulions le connaître. Saint Jean Baptiste le dit avec pudeur : cela ne veut pas dire d’abord : ne dites plus de gros mots, ne trahissez pas votre ami, mais tournez-vous vers Jésus. Saint Jean Baptiste fait comme saint Padre Pio qui ne mâchait pas ses mots quand il voyait arriver à son confessionnal un soi-disant chrétien qui en fait cherchait à sauver la face… mais n’avait pas le désir de Jésus. Engeance de vipères… ! Oulala ! Qu’est-ce qui lui prend ? Il lui prend que nos cœurs ne sont pas donnés à Jésus. Dans nos cœurs, il y a toute une ménagerie qui lui barre l’accès, pas seulement la vipère et sa langue bien connue mais aussi le chien colérique, le lièvre peureux, le ver sournois de l’inquiétude, le pachyderme insensible,… Ne dit-on pas rusé comme un renard, fier comme un coq, têtu comme un âne, malin comme un singe ou simplement un chaud lapin, frais comme un gardon. Il y a anguille sous roche, tête de linotte, copain comme cochon, prêt à gueuler comme un putois. Une vraie peau de vache, quoi ! Et vous, vous êtes fait comme un rat, vous roulez des yeux de merlan frit, vous êtes rouge comme une écrevisse, mais vous restez muet comme une carpe, vous finissez par noyer le poisson, vous avez le cafard. C’est pas que vous êtes une poule mouillée, vous ne voulez pas être le dindon de la farce sous vos airs d’ours mal léché, faut pas vous prendre pour un pigeon car vous pourriez devenir le loup dans la bergerie. Et puis, ça aurait servi à quoi de se regarder comme des chiens de faïence.

Or Jésus est Celui qui baptise dans l’Esprit Saint et dans le feu, qui donne la connaissance du vrai Dieu, le seul qui transmet le feu de Dieu. Comment savons-nous que nous avons le vrai Jésus ? Est-ce que nous aimons sa maman ? La Sainte Vierge Marie garantit que Jésus n’est pas un rêve, une idée. Le Seigneur a simplifié au maximum avec quatre syllabes : JE- SUS-MA-RIE. A nous de valider ou non. Les Corses ont suffisamment d’histoires pour que nous puissions les taquiner. Rappelons-nous aussi que les stéréotypes, c’est bien pratique ! Nous sommes au bistrot d’un petit village. Alors qu’il y a déjà beaucoup de tables occupées, entre un aveugle avec ses lunettes noires et sa canne blanche. Il va s’asseoir à sa place habituelle. Le barman s’approche de lui. L’aveugle a repéré qu’il y a dans le bistrot quelqu’un qui n’est pas du village et il demande à voix basse : « Doumé, qui c’est ce gars avec l’accent qui n’est pas de chez nous ? » …  Et le barman lui dit : « Eh bien, figure-toi que c’est Jésus » … « Oh, dit le malvoyant porte lui un café de ma part ». Un moment après, entre dans le bar un gars sur un fauteuil roulant. Dès qu’il entre il aperçoit au fond de la salle ce beau jeune homme d’une trentaine d’années, belle barbe, très beaux cheveux longs… Et comme il demande au barman qui est ce nouveau venu, il a la surprise de s’entendre dire que c’est Jésus… « Jésus lui-même ?! » « Oui, c’est Jésus » « Oh, écoute, offre-lui une liqueur de châtaigne de ma part ». Quelques minutes plus tard arrive dans le bar un villageois d’une quarante d’années. Lui ne semble pas avoir de handicap particulier. Lui aussi repère tout de suite cet homme qui n’a pas du tout le type ni l’accent corse. Discrètement, il se renseigne auprès du barman. Et quand il apprend que c’est Jésus, il lui fait porter de sa part un pastis.

Un moment plus tard, Jésus se lève. Il s’approche de l’aveugle et lui dit : « Je te remercie infiniment pour le café. Cette attention m’a beaucoup touché ». Et comme il donne une petite tape amicale sur le dos de l’aveugle, voici que cet homme retrouve la vue. Jésus s’approche ensuite du jeune homme sur son fauteuil roulant et lui dit : « Mille mercis pour la liqueur. En vérité je te le dis, qui aura donné un simple verre d’eau fraîche à l’un de ces petits qui sont les miens ne perdra pas sa récompense ». En disant cela, il le prend par les épaules. Et voilà que le paralysé ressent une grande chaleur dans son corps. Il retrouve aussitôt l’usage de ses jambes ! Jésus s’approche enfin du troisième qui avait eu une attention pour lui. Mais celui-ci lui dit : « Ne me touche pas, je suis en arrêt maladie ».

            C’est une « blagounette ». Mais elle peut nous faire réfléchir. Souhaitons-nous vraiment l’action de Jésus sur nous… ? Sommes-nous vraiment prêts à le laisser agir en nous ? Avons-nous suffisamment confiance en lui pour lui laisser les clefs de tous les secteurs de notre vie : notre façon de gérer la télévision, notre façon de conduire, l’usage que nous faisons de tous les biens à notre disposition, notre façon de veiller sur notre santé, sur notre équilibre. Se laisser toucher par Jésus n’est peut-être pas aussi évident que cela ! Et pourtant ! Amen.

Lundi 8 décembre 2025

Spiritualité et histoire pour honorer Marie Lumière

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ ! Il nous a bénis et comblés
des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ. Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté, à la louange de gloire de sa grâce, la grâce qu’il nous donne dans le Fils bien-aimé. En lui, nous sommes devenus le domaine particulier de Dieu, nous y avons été prédestinés selon le projet de celui qui réalise tout ce qu’il a décidé : il a voulu  que nous vivions à la louange de sa gloire, nous qui avons d’avance espéré dans le Christ. »

Le 8 décembre 2017, le pape François a dit : « La « pleine de grâce » a vécu une vie belle. Quel était son secret ? Marie avait l’habitude d’écouter Dieu et de s’entretenir avec lui. En restant avec Dieu, en dialoguant avec lui en toutes circonstances, Marie a embelli sa vie. Ce n’est pas l’apparence, ce n’est pas ce qui passe, mais c’est le cœur tourné vers Dieu qui rend la vie belle. Aujourd’hui, regardons avec joie la pleine de grâce. C’est Bernanos qui a eu cette jolie expression : “La Vierge Marie est plus jeune que le péché” Demandons-lui de nous aider à rester jeunes en disant « non » au péché, et à vivre une vie belle, en disant « oui » à Dieu.

Le Pape Benoît XVI lui, a dit : “Elle nous dit : fais comme moi ! Ouvre-toi à lui ! Fais-lui de la place dans ta vie. Fais -lui de la place dans ton temps, dans ton coeur dans ta volonté et dans tes actes. Laisse-le entrer, qu’il trouve de la place en toi, et qu’à travers toi, Dieu prenne un peu demeure, qu’il ait de la place dans ce monde, ce monde qui pense être déjà si encombré que Dieu lui semble une entrave, alors que lui seul nous donne de l’espace et nous rend libres. ” Fais comme moi”dit Marie “ouvre-toi à lui, laisse-le entrer en toi.”

D‘où découle la tradition d’illuminer les fenêtres avec des lumignons en l’honneur de la Sainte ViergeMarie. Bref historique. En 1850, l’afflux des pèlerins à la chapelle de Fourvière (la basilique n’est pas encore construite) nécessite son agrandissement et le clocher, qui a reçu un boulet de canon en 1848, est à consolider. Les laïcs de la confrérie de Fourvière souhaitent qu’il soit surmonté d’une statue de la Sainte Vierge pour que “son éclat rayonne aux quatre points cardinaux et témoigne des merveilles qui se produisent dans ce lieu vénéré.” Le Cardinal de Bonald, archevêque de Lyon, autorise cette réalisation. C’est le projet de Victor Fabisch, professeur de sculpture à l’école des Beaux-Arts de Lyon, qui l’emporte, par concours, sur trente-deux autres. La statue fait 5,60 mètres. Le 8 septembre (fête de la Nativité de la Vierge) 1852 est choisi. La Providence ne le permettra pas. Des pluies diluviennes tombent en juillet et août. Le Rhône a emporté les digues, des maisons s’écroulent, Charpennes est sous l’eau avec une partie de la place Bellecour. L’atelier du fondeur, quai de Saône, est inondé. Le 8 décembre, fête de l’Immaculée conception*, est finalement choisi. A 11 heures, Messe solennelle d’inauguration par le Cardinal entouré de 400 prêtres et diacres. Mgr Chalandon, évêque de Belley, est venu en voisin. Mais, l’après-midi, l’orage se déclare. Le vicaire général prévient par les journaux du soir et les églises que l’illumination de la statue risque d’être reportée au dimanche suivant. La tempête s’arrête à la tombée de la nuit. C’est alors que, spontanément, les lyonnais, frustrés de l’absence des illuminations de la nouvelle statue de la Vierge, vont illuminer eux-mêmes leurs fenêtres “du rez-de-chaussée jusqu’aux mansardes, de toutes les rues, de la plus grande à la plus petite”, à partir de 18 heures. A 20 heures, toute la Ville est embrasée ! Les gens faisaient la chaîne aux portes des magasins pour avoir de l’huile, des bougies… Tout fut dévalisé en quelques minutes !

La banlieue ne fut pas en reste: les Charpennes, Villeurbanne, les Brotteaux, la Guillotière… La colline de Fourvière ne s’illuminera que le 12, lors des illuminations officielles avec celles des bâtiments publics: l’Hôtel-de-Ville, la Préfecture, les places, les quais, etc. Les communes de Brignais, Oullins, Sainte-Foy, Neuville, Saint-Cyr; le Beaujolais et l’Ain ont suivi l’exemple et se sont couverts d’illuminations en l’honneur de la Vierge Marie protectrice de la Ville de Lyon.

Rappelons les dates et les faits historiques: en 1643: la peste. Le choléra-morbus en 1832, 1835 et 1850. Plus tard, en 1870: les Prussiens…. C’est en effet le 8 octobre 1870 que 8 à 10.000 femmes montent à la chapelle de Fourvière, chapelet en mains, sous une pluie glacée, pour demander à l’Eglise de prononcer un voeu pour la construction d’une basilique si les Prussiens ne parvenaient pas jusqu’à Lyon.

Ranimons notre Foi! Invoquons la Vierge Marie! Mettons nos familles, nos paroisses, nos églises, notre pays sous Sa protection et illuminons nos maisons pour manifester au monde que la vraie lumière n’est pas celle “des lumières” mais de Celui qui a dit: “Je suis la Lumière du monde, qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie” (Jean 8,12).

3° Avant A Dimanche 14 décembre 2025 (Malpas et Valvert).

Ne pas gémir.

Frères et sœurs, c’est le dimanche de la joie et nous pourrions nous arrêter sur ce conseil de saint Jacques : « Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres »

Il faut d’abord nous rappeler que face aux agressions, nous ne sommes pas égaux. Nous avons tous un filtre et un filtre plus ou moins négatif. La maman d’une petite Myriam raconte : « Je me souviens du jour où j’ai dit à Myriam : « Tu as taché ta robe ». Elle m’a répondu : « ça fait une décoration ! »  Le lendemain, je lui fais remarquer un accroc à sa jupe. Et sa réponse fut : « ça fait une dentelle ! » Sa fille a vingt-cinq ans aujourd’hui et elle a toujours un regard aussi positif. Nous n’avons pas hélas tous ce regard positif sur les événements et sur les personnes. Et quand nous avons un filtre négatif, nous sommes plus portés à nous plaindre, à gémir, à critiquer.

Pourquoi nous gémissons ? Sans doute connaissez-vous l’histoire de Kirikou et la sorcière. Il s’agit d’un conte africain repris par Michel Ocelot. Un village souffre énormément du mal incarné par Karaba, la sorcière orgueilleuse et jalouse du bonheur des villageois : elle « mange » les hommes dès qu’ils s’approchent d’elle. Le mal est sans remède et la lutte totalement inégale, mais un enfant, le petit Kirikou est très malin. Il découvre la faille : Karaba est méchante car elle souffre   ! Elle souffre parce qu’une épine a été enfoncée dans son dos. Kirikou réussira ce tour de force de la lui enlever et la méchante sorcière se transformera en une très belle femme, douce et aimante. Kirikou grandira rapidement et se mariera avec Karaba. Elle est méchante car elle souffre.

Une paroissienne qui avait alors une soixantaine d’années, me dit : « J’ai confié mon souci à notre médecin de famille. En effet, mes parents se sont toujours beaucoup aimés. Nous les avons toujours vus plein d’attention l’un pour l’autre. Et voilà que maintenant à l’âge de 80 ans ils n’arrêtent pas de se chamailler. Cela nous rend tristes, leurs enfants, de les voir se faire de la peine. Et le docteur m’a répondu : vous savez on ne se plaint qu’à ceux qu’on aime ».  Il faut que nous acceptions d’être des éponges pour nos proches, des exutoires, des « amortisseurs », c’est-à-dire des personnes capables d’entendre des plaintes sans faire d’histoires. 

Il faut nous dire aussi qu’il y a le niveau psychologique mais aussi le niveau spirituel. Nous sommes engagés dans un combat spirituel.  

Concrètement qu’est-ce que cela veut dire ? Si un petit grain de sable s’introduit dans une huître, il provoque une irritation telle que celle-ci cherche aussitôt à se débarrasser du corps étranger. Ne pouvant réussir, elle l’enveloppe de nacre. C’est ainsi que se forme une perle. Que de “grains de sable” s’introduisent dans nos vies : contrariétés, ennuis de famille, soucis de travail, difficultés dans nos rapports avec nos semblables. Pourquoi ne ferions-nous pas une “perle” de chacun de ces petits problèmes irritants ? On m’adresse une remarque peu aimable que je n’ai pas méritée ? Voilà le grain de sable qui me blesse. Si j’y réponds par la douceur, c’est comme une perle précieuse. On me traite injustement ? Encore un grain de sable. Si j’accepte l’injustice dans un esprit d’humilité, c’est aussi une perle. Le secret : compter sur Jésus, et au besoin, l’appeler au secours.

Voici un témoignage tout récent. Marie avait été invitée à un repas par des amis. Mais envahie par la peur, elle avait préféré leur téléphoner de ne pas l’attendre. Le soir, elle s’adresse à Jésus : « Seigneur ça fait quarante ans que je vis dans la peur de rencontrer certaines personnes, il n’y a que toi qui peux me délivrer de ces peurs, de ces angoisses, de ces appréhensions. Je t’en supplie : libère-moi ».   A ce moment-là, elle entend monter dans son esprit ce chant d’acclamation que l’on entend notamment à Lourdes pour la procession du Saint-Sacrement : « Lauda Jerusalem Dominum, Lauda Deum tuum Sion ! Hosanna Hosanna Hosanna Filio David ! » En même temps, elle « voit » Jésus sur un petit âne blanc monter la route qui le conduit à Jérusalem.

Les moines n’ont pas le droit de se plaindre. Or voici qu’un frère au cours du repas en silence comme il se doit, a la désagréable surprise de voir arriver dans son assiette au milieu de la louche de haricots, une souris. Elle avait dû tomber dans la marmite et cuire en même temps que les fayots. Que faire ? Il appelle le frère qui vient  de lui remplir son assiette, et lui dit tout bas, en lui montrant son assiette et celle de son voisin : « Pourquoi mon frère, lui, n’a-t-il pas de viande ? » Cultiver l’humour nous aide.

Une réflexion très courte mais qui vaut son pesant d’or de Anne-Dauphine Julliand, une journaliste écrivain d’une quarantaine d’années. Avec Loïc, son mari, ils ont perdu trois de leur quatre enfants. Elle écrit dans son petit livre « Ajouter de la vie aux jours ». Toutes mes journées commencent comme ça. «  Allez, on y va ! » Je le répète parfois deux fois. Même trois. «  Allez, on y va ! » Où ça ? Nulle part. Ou du moins pas loin. Dans la cuisine petit déjeuner, dans la pièce d’à côté travailler. Pour cela, il faut se lever, avancer, aller à la rencontre de la réalité. Pourquoi ne pas rester couchée, attendre que la journée s’achève, que la vie passe ? Chaque matin, je connais cette hésitation, cette négociation intérieure. Alors … je convoque les mots : «  Rien que pour aujourd’hui. » Lève-toi rien que pour aujourd’hui, agis rien que pour aujourd’hui, souris rien que pour aujourd’hui, …Il m’arrive encore de renoncer, de me cacher sous la couette, de déserter le jour. Mais ces démissions se font moins fréquentes. Les pourparlers ne s’éternisent plus autant. … C’est la victoire de la volonté sur l’apathie, du courage sur le désespoir, de la force de vivre. Quand je pose un pied sur le sol, j’ai l’impression de me relever. D’être au milieu du chaos toujours, mais d’être debout encore. J’entends Loïc murmurer lui aussi en s’extirpant du lit :«  Allez, on y va ! »

Pour ne pas gémir, ou pour moins gémir, Seigneur, donne-nous la grâce de changer notre filtre, une bonne capacité pour encaisser les remarques blessants, l’idée de nous regarder avec autodérision, et la grâce de nous savoir engagés dans un combat spirituel que nous ne gagnerons qu’en te faisant appel. Amen !

4° Avent année A 21 décembre 2025 Saint-Antoine et Les Carmes

Frères et sœurs, nous allons nous poser deux questions. Comment se fait-il que La Vierge Marie et saint Joseph aient pu vivre en frère et sœur ? Et si c’est le cas, comment ce couple atypique peut-il être donné comme modèle aux couples chrétiens ?

Pour répondre à la première question, j’emprunte quelques lignes au livre plutôt décoiffant de Fabrice Hadjadj : Etre père avec saint Joseph Petit guide de l’aventurier des temps post-modernes Paru le 13 mai 2021. Que ceux qui l’ont lu et qui connaissent son style un peu cru, se rassurent : j’ai … épuré »…

« Joseph est célébré comme « chaste époux ». Je ne sais pas qui, de nos jours, pourrait bien lui envier ce titre. Dans « chasteté » nous entendons désormais « castration », « efféminement », […] Le chaste est le malheureux en amour qui fait d’impuissance vertu. Comme le dit Célimène dans Le Misanthrope : « On peut, par politique, en prendre le parti, / Quand de nos jeunes ans l’éclat est amorti ; / Cela sert à couvrir de fâcheuses disgrâces. »

Le Catéchisme de l’Eglise Catholique dit tout autre chose (§ 2337) : « La chasteté signifie l’intégration réussie de la sexualité dans la personne et par là l’unité intérieure de l’homme dans son être corporel et spirituel. » Elle correspond donc, non à une mutilation, mais au vivant déploiement de la relation sexuelle.

On l’annexe souvent à la tempérance, en tant qu’elle passe la bride aux chevaux de notre appétit, lesquels se ruent trop vite vers les premières voluptés. Mais il convient de la rattacher davantage à la justice. Plutôt que maîtrise de soi, elle est accueil de l’autre dans le respect de la différence […]. La chasteté masculine préserve le mystère du féminin. Elle ne le dissout pas dans les jouissances. Elle ne le réduit pas à des fonctionnalités domestiques. Elle ne le vaporise pas non plus dans les spéculations philosophiques ou dans les blasons poétiques. Par sa disposition, l’homme n’est plus seulement à convoiter dans la femme une monture, un administrateur, le motif d’un lyrisme, le moment d’un système. Il n’est plus ni avec une moitié, ni avec bobonne, ni même avec l’âme sœur (projection incestueuse). Il comparaît devant cette femme, Siffreine – ou Marie – comme ce qui engage son désir toujours au-delà de ses attentes.

En cela le chaste Joseph est viril. Il ne fait pas viril. Pour faire viril, on doit soulever de la fonte, se laisser pousser la moustache, s’habiller dans le style cow-boy, policier ou biker. Avoir une grosse cylindrée […] est un véritable atout. On préconise aussi le tatouage manchette, avec un motif viking ou tribal, et les bottes en crocodile. Avec son lys à la main, Joseph fait erreur sur la panoplie. […]

Quand vous êtes viril, il ne s’agit pas que de travailler une image ou de connaître un rôle. Cela jaillit du fond de vous-même, cela se cultive comme une plante dont il vous faut raisonnablement accompagner la pousse.

Avant tout, ce n’est pas une question de biceps ni de pilosité, mais de creusement du désir, d’hospitalité à l’autre sexe, dans son hétérogénéité engageante et sa liberté imprévisible. C’est une question de tact et de retenue. Une force intérieure.

Selon le mot d’Albert Camus : « Un homme, ça s’empêche. Voilà ce que c’est qu’un homme, ou sinon … » Sinon c’est une lavette. Celui qui, pareil au caniche devant le sucre, se dresse sur ses pattes arrière devant le premier décolleté venu, celui qui augmente son tableau de chasse, ignorant la personne derrière le trophée, celui-là n’est pas viril, mais veule et gluant. » Le chaste Joseph est viril.

Deuxième question. En quoi ce couple si spécial est-il modèle pour les autres couples ? Pour au moins deux raisons. L’ange dit à saint Joseph au nom de Dieu : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse ». On comprend ainsi ce qu’est fondamentalement le mariage. C’est Dieu qui donne les époux l’un à l’autre. Dans le mariage chrétien on reçoit l’autre, on ne le prend pas. Chacun est don de Dieu pour l’autre. Comme c’est beau quand les jeunes fiancés, ou ceux qui ont 50 ans de mariage, vivent leur rencontre et leur destinée commune dans cet esprit : « Tu es le plus beau des cadeaux que Dieu m’a fait » et en ayant l’audace de dire aussi : « Je suis le plus beau cadeau que le Seigneur pouvait te faire »… ! Cadeau pour te faire du bien et aussi te … sanctifier, te faire progresser dans la patience, l’endurance  ! Le sacrement de mariage advient avec la formule que se disent les fiancés devant le prêtre : « Je te reçois comme époux et je me donne à toi. » Cela est déjà magnifiquement exprimé dans le Livre de la Genèse. Rappelez-vous comment est décrite la création de la femme : elle est créée pendant le sommeil mystérieux dans lequel Dieu a fait sombrer Adam. Adam ne va pas la chercher encore moins l’acheter. Il la reçoit sans qu’il ait levé même le petit doigt. Prions pour que les fiancés s’ouvrent à ce mystère : « c’est Dieu qui de toute éternité t’a préparé(e) pour moi » !! Le don du corps est le symbole du Don du Cœur. Le Don du Cœur pour être vrai ne peut être que total pas à moitié, pas aux trois-quarts. Et pour être total il ne peut être que définitif. Les jeunes disent, quand on leur expose cela : « C’est surhumain. »  Oui ! Ce n’est pas inhumain, mais surhumain (surnaturel) parce que cela peut être vécu avec Jésus, par Lui et en Lui. »

Le couple de Joseph et de Marie est exemplaire en un deuxième sens : ils ont mis Jésus au centre. Prions pour que tous les couples s’ouvrent à cette grâce : mettre Jésus au centre de leur vie comme source de tout, d’inspiration, de sanctification, de pardon, d’espérance, de charité. Amen !

Mercredi 24 décembre 2025 Il rachète son peuple.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 1, 67-79) :  « En ce temps-là,
à la naissance de Jean Baptiste, Zacharie, son père, fut rempli d’Esprit Saint et prononça ces paroles prophétiques : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui visite et rachète son peuple. Il a fait surgir la force qui nous sauve dans la maison de David, son serviteur, comme il l’avait dit par la bouche des saints, par ses prophètes, depuis les temps anciens : salut qui nous arrache à l’ennemi, à la main de tous nos oppresseurs, amour qu’il montre envers nos pères, mémoire de son alliance sainte ; serment juré à notre père Abraham de nous rendre sans crainte, afin que, délivrés de la main des ennemis, nous le servions dans la justice et la sainteté, en sa présence, tout au long de nos jours.Toi aussi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ; tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins, pour donner à son peuple de connaître le salut par la rémission de ses péchés, grâce à la tendresse, à l’amour de notre Dieu, quand nous visite l’astre d’en haut, pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix. »

Zacharie loue le Seigneur qui visite et rachète son peuple. Pour la « visite » il aurait pu envoyer un messager de plus, un ange ou un prophète. Non, il vient lui –même. Que veut dire : il « rachète » son peuple. Ce mot vient de loin. Il vient de la pratique du rachat de prisonnier ou d’otage.  Aujourd’hui de quoi sommes-nous prisonniers, de quoi sommes-nous otages ? Du péché et de celui qui en est l’auteur. Jésus vient nous racheter.

Je laisse la parole au Père Guy Vandevelde. C’est un peu difficile et un peu abrupt pour une veille de Noël. Mais Noël ce ne sont pas des enfantillages…On n’imagine pas la vitesse à laquelle on descend la pente. La dégringolade qui s’accélère avec la surenchère de nos transgressions parlementaires devient une véritable descente aux enfers (pour ne pas dire en enfer… !) Saint Paul la décrit magnifiquement: ils ont fait la sortie d’Egypte; ils ont mangé la manne; ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait; ce rocher c’était le Christ, et pourtant leurs corps jonchèrent le désert, il n’en manqua pas un seul! Nous avons eu saint Pie X et Benoît XV; Pie XI et Pie XII; Jean XXIII et Paul VI; Jean Paul I et Jean Paul II; Benoît XVI… nous avons traversé le terrifiant XX° siècle et les commencements du III° millénaire. Mais nous ne sommes pas morts au désert. Si on a pu parler dans les années cinquante du drame de l’humaniste athée, qui lacérait l’âme d’un Camus par exemple, il s’agit maintenant de la tragédie du nihilisme qui recouvre tout de son cynisme qui n’est plus humain, mais diabolique. Car ces « jeunes éternels » resplendissant de santé commencent maintenant à vieillir et deviennent malades; et ils vont être déchirés, en vertu des législations qu’ils ont eux-mêmes votées, par leurs propres enfants, leurs trop rares enfants dont ils ont fait des fauves, en ne leur transmettant aucun repère si ce n’est la blessure d’une violence aveugle et innomée, qui les rend fous, fous furieux. Le cri qui nous reste dans la gorge, n’est pas celui de nos maux, ni même celui des malheurs des autres, que nous regardons de toujours plus loin, sans état d’âme, la tripe sensible et le coeur sec: il est l’horreur de nos crimes, et l’effroi d’une indicible angoisse: « Qui voudra encore nous aimer? Qui pourra nous pardonner? » « C’est Moi, dit Dieu. Je Suis Celui qui Suis. L’Etre même. » « Je Suis » au Nom imprononçable qui nous sauve et nous bénit! « Le Seigneur » qui ne vient pas avec colère, au milieu de nous il est le Saint! Voilà la Révélation ancienne et toujours nouvelle, le seul Salut: c’est lui Dieu et nul autre. Il est le Bon Dieu et il se fait notre Rédempteur: c’est-à-dire celui qui nous rachète, celui qui répond pour nous, celui qui se substitue à nous et va payer pour nous; celui qui peut tout réparer, tout expier; pour nous pardonner, nous délivrer, nous relever, nous redonner la vie et faire de nous des saints, un peuple de prêtres, de prophètes et de rois. Que devons-nous faire? Nous tourner vers lui et l’adorer. Pourquoi donc Benoît XVI nous pousse-t-il à réorienter nos célébrations? A nous mettre à genoux devant notre Dieu? Par nostalgie d’avant le Concile?… N’importe quoi! Au contraire, le seul avenir possible pour le genre humain est de retrouver le goût de Dieu, de se plonger dans la miséricorde de son Coeur comme pour un nouveau baptême, de se jeter dans les bras du Père: comme un enfant qui a provoqué des catastrophes, peut-être tué. « ce n’est plus moi; Papa prend tout sur lui; il arrangera tout; il fera un ciel nouveau et une terre nouvelle; il n’y aura plus d’injustice ni de pleurs; même les morts ressusciteront par lui ». « Si vous ne devenez pas comme ces enfants-là, vous n’entrerez pas dans le Royaume de Dieu ». Alors mettons-nous à l’école des enfants: ayons des enfants, plein d’enfants, dans une confiance éperdue en la Providence: c’est le seul moyen d’enrayer la machine infernale, en quittant le mensonge pour retrouver la réalité à la base, en son commencement. « Tu mets ta louange sur les lèvres des enfants, des tout-petits, rempart que tu opposes à l’Adversaire, où l’Ennemi se brise en sa révolte ». Recevons par les enfants l’humanité nouvelle comme sortie des mains de Dieu; prenons coeur et prenons courage en découvrant à leur Baptême, qu’avant tout mouvement, sans mérite de notre part, Dieu donne l’Esprit sans mesure, et la rémission des péchés, et la vie éternelle.

Noël 2025

Chers frères et sœurs, si vous aviez à citer une parole de Jésus, la plus facile à retenir, la plus connue, mais la plus mystérieuse aussi, en quatre mots…Peut-être pourrions-nous dire « Ceci est mon corps ».

Il ne dit pas : Ceci représente mon corps ou ceci évoque mon corps ou ceci fait penser à mon corps. Il dit Ceci est mon corps. C’est bien moi.

Or il le dit en montrant un bout de pain.

Pourquoi parler de cela pour une homélie de Noël ?

Parce qu’il se trouve que Le Seigneur qui ne laisse rien au hasard a voulu naître à Bethléem et Bethléem, ce mot signifie « La Maison du Pain ». Et par ailleurs saint Luc prend bien soin de nous préciser par trois fois que Dieu-Le-Fils a été déposé dans une …mangeoire ! ce qui est mis dans une mangeoire est fait pour être mangé. N’avez-vous jamais surpris une jeune maman dire à son bébé : « Je t’aime tellement que je te mangerais » ? C’est que l’amour porte au désir de fusion, de communion… Une amie malicieuse fait remarquer :« On dit ça quand ils sont bébés et quand ils ont quinze ans, on regrette de ne pas l’avoir fait … ! »

Dans la tradition d’Israël, on s’interroge sur le jugement qui frappe le serpent au début de la Genèse, ce serpent qui a déformé la parole de Dieu et entraîné Eve à manger du fruit défendu. Dieu condamne le serpent à se nourrir de la poussière du sol, et les rabbins font remarquer que c’est curieux, car s’il y a une chose qui ne manquera jamais, c’est bien la poussière ! Ce n’est pas ceux et celles qui font le ménage de leurs maisons qui diront le contraire… Les sages d’Israël continuent leur réflexion en disant que cela veut donc dire que le serpent aura toujours de quoi manger, et que de ce fait il n’aura jamais faim ; or, concluent-ils, c’est là que réside la malédiction : dans le fait de ne pas avoir faim.

Bravo pour votre faim du Seigneur.

Au contraire, des témoignages nous encouragent à tout faire pour venir communier aussi régulièrement que possible…

« J’ai vécu pendant vingt ans sans aller tellement à la messe, sauf pour les communions et le baptême de mes enfants, à la maison on ne parlait pas de religion. Nous sommes entrés à l’église pour nous marier et nous n’y sommes plus jamais retournés. Mais depuis j’ai retrouvé la foi et quand je rencontre une personne qui ne l’a pas je prie pour elle, car je me dis : « Quelle chance, j’ai du caviar et eux n’ont rien à manger ! ».

Vianney a six ans. Il fait partie d’une joyeuse tribu de 25 cousins de 3 mois à 16 ans qui s’apprête à partir en pèlerinage en Terre Sainte. En effet, leur jeune grand-mère, veuve depuis deux ans a décidé d’offrir ce beau voyage à ses sept enfants, à ses gendres, ses belles-filles, et tous ses petits-enfants. Du coup, Vianney et Dauphine feront la première de leur communion à la splendide chapelle des Franciscains qui jouxte la salle mémorielle du Cénacle. Vianney est tout excité à l’idée de prendre l’avion, de passer six jours avec tous ses cousins germains. Il s’exclame : « Vivement qu’on soit à Jésus-ralem »… !!

Un samedi soir (le 27 mai 2017), je commence la célébration de la messe. Après le chant d’entrée, je bénis l’eau pour le rite de l’aspersion. Pendant que le magnifique chant « J’ai vu l’eau vive jaillissant du Cœur du Christ » retentit, je descends les allées pour bénir l’assemblée. Arrivé au fond de l’église, sous la tribune, grande surprise : trois rangées de bancs sont occupées par des jeunes de 16 – 18 ans dont certains visages que je reconnais. J’aurai l’explication à la sortie de la messe : une des filles fête ce soir-là ses 18 ans. Quand ses amis lui ont demandé ce qu’il lui ferait plaisir comme cadeau d’anniversaire, elle leur a dit : « Le plus beau cadeau que vous puissiez me faire, c’est de venir à la messe ». Dans les jours qui suivront, sa maman me dira qu’ils ont parlé de l’homélie au cours de la soirée, signe qu’ils n’avaient pas fait que de la figuration mais qu’ils avaient écouté. Par ailleurs, ils ont vu qu’ils avaient fait tellement plaisir à leur amie par leur présence qu’ils lui ont promis de revenir une autre fois. L’histoire a eu une petite suite en cours de philosophie avec le professeur. Le sujet était la religion, il a interrogé Valentine qui a répondu et a fait une allusion à ces amis qui étaient présents samedi soir. Il n’a pas bien compris, la classe s’est tournée vers eux, en fin de cours, le professeur a demandé des explications à Valentine qui les lui a données. Humour du Bon Dieu qui donne des coups de pouce aux jeunes chrétiens pour témoigner à une époque où la question de Dieu est complètement taboue.  Mère Térésa a dit : «C’est une grâce que Dieu agisse dans ta vie.  C’est une grâce plus grande quand tu prends conscience que Dieu agit dans ta vie.  C’est une grâce encore plus grande quand tu peux partager à d’autres ce que Dieu fait dans ta vie.

Pourquoi partage-t-on la galette des Rois le jour de l’épiphanie ? Cela tient à la forme de la galette (à la frangipane bien entendu !) et à ce qu’est une fève, une vraie fève de haricot. La galette est ronde : elle représente le monde. La fève a la forme d’un embryon, d’un bébé. : elle représente Jésus. Chacun a droit a sa part du monde. Mais heureux celui qui trouve Jésus. Il devient le roi. Le roi de sa vie parce que Jésus le rend libre. Le roi de son destin parce que Jésus le rend souverain par rapport à tous les esclavages qui le menacent. « Prêtre prophète et roi » comme il nous a été prophétisé à notre baptême.

Fête de la sainte Famille. 28 décembre 2025.

Monique est une jeune grand-mère qui reçoit très souvent durant la semaine ses petits enfants dans son petit appartement. Au début de l’Avent, elle a profité du calme d’un dimanche après-midi pour installer la crèche. Avec du papier rocher, elle a confectionné une belle grotte sur le buffet, et elle a disposé tous les petits santons. Mercredi matin, arrive un de ses petits-enfants, accompagné de sa maman. Il s’appelle Gabin. Il a cinq ans. Il remarque d’emblée la belle crèche et en est tout heureux. Il observe. Puis soudain, il demande : « Mamy, comment ils sont venus ? » Sa grand-mère explique :  «  ils sont tous venus à pied. Oh, peut-être la Vierge Marie est-elle montée sur l’âne ; mais à cette époque, rares étaient ceux qui pouvaient monter à cheval ou même sur des chars à bœufs. Ils sont tous venus à pied… ! » Gabin dit alors :  « Mais ça ne va pas… ça ne va pas »  Et joignant le geste à la parole, il enlève un à un tous les santons et les met sur la table de la cuisine. Sa maman pousse les hauts cris mais grand-mère dit à sa fille de laisser faire son garçon…  «Mamy, où est mon camion en bois ? – Tu sais bien où il est. Il n’a pas changé de place. Il est dans ton placard. » Gabin va chercher son beau petit camion tout en bois. Gabin essaie de mettre le santon de saint Joseph dans la cabine sur le siège du chauffeur. Mais le santon est trop grand ; il ne passe pas. Qu’à cela ne tienne, il prend place sur l’impériale. Et Gabin, imitant alors le bruit du moteur, comme savent le faire les enfants, transporte en autant de voyages qu’il est nécessaire, tous les santons ; et il les dispose là où sa grand-mère les avait mis. Et voilà tous les santons bien arrivés à Bethléem, non pas « Toutankhamon » mais tous en camion. Traditionnellement en effet, les santons de la crèche représentent l’Eglise, le corps du Christ composé des pauvres et des savants, des hommes, des femmes, des enfants de toutes les nations, des ânes et des chameaux. Pour le chauffeur du camion, Gabin avait mis spontanément  saint Joseph.

Il est le Chef de la sainte Famille. Ce n’est pas Marie qui a ouvert la Tora (la Bible) à Jésus. Le Père Philippe Mestre dit : « Il faut remettre Joseph au même niveau que Marie. Il faut réajuster le cerveau gauche et le cerveau droit. Saint Joseph a été nécessaire pour la croissance de Jésus. Il a pris les responsabilités de l’éducation de Jésus.» Explication : il y a deux étapes très importantes dans la croissance de Jésus : à 12 ans et au baptême à 30 ans. A douze ans, il reste trois jours au temple de Jérusalem. La Vierge Marie et Joseph, le cherchent pendant trois jours. Un vrai ado, quoi !  qui ne s’est pas rendu compte qu’il allait inquiéter ses parents. Au temple, il dit : « C’est chez moi. Dans quelques années je vais prendre un fouet et chasser les marchands. » Pourquoi ?  Le temple c’est le lieu où l’on fait des offrandes pour obtenir la bienveillance de Dieu. C’est un commerce spirituel. Il chasse tous les animaux ;  il n’en laisse qu’un seul : l’Agneau de Dieu, lui-même. Il a préparé sa propre offrande. Il s’est préparé à ça.  Qui l’a préparé ? C’est Joseph ; qui a éduqué spirituellement Jésus ? C’est Joseph !

Joseph n’est pas que le charpentier qui a appris à Jésus à raboter le bois. Sa responsabilité c’est de nommer l’enfant : « Tu es Jésus, c’est-à-dire que tu es Dieu-qui-sauve ; on va chercher dans la Tora là où il est dit que le fils de David est Dieu qui sauve. Ils ont lu la Tora ensemble. Ils ont dû faire une grande exégèse.  Isaïe, le portrait du Messie « L’Esprit du Seigneur est sur moi » Quand à trente ans, il dira cela, « Aujourd’hui cette parole s’accomplit », on lui dira : « Tu n’es pas le fils de Joseph ? »   « Si, c’est lui qui m’a appris. »

Etant le Fils Bien Aimé du Père de toute éternité, il sait qu’il est. Il se voit Fils dans les bras du Père, dans le sein du Père. A trois ans, il le sait déjà, au sommet de sa conscience. Il a la science infuse de tous les mystères. Mais il y a des choses qu’il a dû apprendre dans sa conscience d’homme : parler, lire la Tora (livre qui est la Parole de Dieu), comment il allait exercer le salut. Tenez, imaginez ce moment. Avec Joseph, ils en arrivent au passage d’Isaïe chapitre 53 (le fameux portrait du Serviteur Souffrant). Jésus a vu concrètement l’agneau qu’on égorgeait, qui ne se défendait pas. Au moment ultime, l’agneau ne se défend pas. Jésus a dû demander à Joseph : de qui parle le prophète ? Il a dû y avoir un grand silence. Il y a une tradition qui représente notre Joseph en train de tailler une croix avec Jésus.  C’est inouï : c’est un homme qui a appris à Dieu comment il devait sauver l’humanité !

Dans la Sainte Famille il y a trois personnes : Dieu-le-Fils, l’Immaculée Conception et saint Joseph.

Saint Joseph prend sa juste place.  L’humilité ce n’est pas la fausse modestie. C’est s’engager là où on n’est pas en zone de confort, là où on n’est pas le meilleur. Les papas ne sont pas forcément les meilleurs dans la famille. Un papa donne justement son témoignage :  « En couple, on avait laissé tomber la prière. Et puis on a eu un petit dernier.  Il est comme un ange ».  Et il s’entend dire : « Alors reprends le leadership, ce petit a besoin de voir son père à genoux. Saint Jean-Paul II a dit combien il a été saisi en voyant son père qui était la plus grande personne du monde se mettre à genou devant plus grand que lui encore. Ça vaut mieux que tous les discours. » Les papas ont le leadership en ce qui concerne le spirituel.

Chez les Juifs, celui qui préside le shabbat, c’est le Père.  La femme allume la menora et l’homme dit la Parole et conduit la prière. Peu importe qu’il soit moins disposé, moins spirituel. C’est la même chose pour un Prêtre qui confesse des saints et des saintes ;  c’est lui qui doit dire : « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, je te pardonne » ! Pour donner une comparaison : un Prêtre avait été sollicité par Mère Teresa.  A la fin de sa confession, il hésitait à lui donner l’absolution. Elle lui dit : « Vous voulez m’envoyer en enfer ? »  Un pauvre homme qui donne l’absolution à une Sainte !  Elle avait besoin de cette parole d’autorité. Dans votre maison, votre famille, votre travail, vous avez autorité. L’autorité, c’est parler et agir au nom d’un autre, pas en vertu d’une qualité.  

Tugdual Derville aime faire cette comparaison : « Tout père est un roi, toute mère une reine, les enfants des princes et princesses, le domicile familial un palais ». A l’image de la sainte Famille de Nazareth, dans chaque famille la souveraineté est entre les mains des parents pour le bien du Royaume. Demandons au Seigneur la grâce que chacun trouve sa juste place. Amen .