Toussaint 2025 Jésus nouveau Moïse proclame les Béatitudes

Frères et sœurs, je me rappelle un partage entre jeunes couples chrétiens. Question : que faut-il faire pour être saints ? Chacun y allait de son couplet : ne jamais manquer une occasion de faire le bien, se remettre en cause avant d’accuser les autres, développer ses talents en faveur des autres, etc.. Finalement une participante dit « je pense qu’il faut surtout avoir la foi, d’abord mettre sa confiance en Dieu ». Les autres ont admis qu’ils n’avaient pas commencé par le commencement.  Aujourd’hui, fête de tous les saints, si nous lisons l’évangile c’est pour être confortés dans notre foi en Jésus, relancés dans notre espérance du Ciel, remotiver pour vouloir du bien aux autres. En quoi cet évangile peut nous aider ?

Cette page d’évangile que nous venons d’entendre est extraite de l’évangile selon saint Matthieu. Or saint Matthieu est celui qui a le plus à cœur de démontrer que Jésus est le Nouveau Moïse. Il est dit dans la Bible, avant que Jésus n’arrive qu’il ne s’est plus jamais levé, en Israël un prophète comme Moïse, lui que le Seigneur rencontrait face à face » (Dt  34,10). Ainsi, de même que Moïse a proclamé les 10 commandements sur la Montagne, Jésus proclame sur la montagne les 9 béatitudes plus un « Réjouissez-vous ».

Dix commandements c’est important parce que la nature humaine a besoin de cadres. Ils sont presque tous formulés à la forme négative : tu n’auras pas d‘autres dieux que Moi, tu ne prononceras le nom de Dieu qu’avec respect, tu ne te feras pas d’idole, tu ne voleras pas, tu ne jalouseras pas, tu n’auras pas de désir impur volontaire, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne tueras pas, tu ne mentiras pas. S’exercer à tout cela, c’est déjà immense.

Moïse était chargé de conduire le Peuple dans la terre Promise, c’est-à-dire un paradis bien humain.

Les dix commandements c’est important pour construire l’égalité entre tous, la liberté, et la fraternité. Mais pour aller au Ciel, les dix commandements ne suffisent pas. Pourquoi ? Parce qu’ils induisent l’idée que pour être sauvé il suffit d’être en règle, comme on dit : « Je n’ai pas tué, je n’ai pas volé ». Pour aller au Ciel, il ne suffit pas de cocher les cases. Jésus nous sauve en sollicitant le meilleur de nous-mêmes, en faisant appel notre inventivité, à notre ingéniosité dans le bien, dans l’amour, dans la justice.

Le terme qu’il emploie a un sens dynamique que ne rend pas l’adjectif « HEUREUX ». Il faudrait traduire : « Félicitations vous les pauvres ou « en marche vers le Royaume vous les pauvres de cœur ».  Etre pauvre c’est accepter d’être redevable alors que nous aimons tellement être autonomes et autosuffisants, c’est accepter des services des autres même s’ils sont moins bien réalisés, c’est faire de la place aux autres, quels que soient leur âge, leur langue, leur couleur de peau, leur odeur, l‘heure à laquelle ils sollicitent. C’est opter pour la gratitude, la reconnaissance, l’Action de Grâce. La pauvreté en fait c’est tout ce que nous dicte l’humilité. Et l’humilité c’est savoir que je dois tout tout absolument tout au Seigneur.

« Heureux les doux ». Il faut être très fort pour être doux. Cette béatitude ouvre la porte à des trésors de tendresse, de délicatesse, de gentillesse, d’attention.

« Heureux les assoiffés de justice ».  S’occuper des autres, s’inquiéter de leurs droits, mais aussi s’ajuster sur Dieu, en imitant Jésus.

« Heureux ceux qui pleurent ». Heureux ceux qui se désolent de ne pas assez aimer, de ne pas être à la hauteur de l’amitié de l’autre, de son affection, de son amour. Ne pas culpabiliser mais être capable de se remettre en question.  

« Heureux les artisans de paix car ils seront appelés fils de Dieu ». Comme une multitude de gouttes d’eau sale ne formera jamais une mer propre, de même, une multitude de cœurs en guerre ne formera jamais une humanité en paix. « D’où viennent les guerres, d’où viennent les batailles parmi vous ? N’est-ce pas précisément de vos passions, qui combattent dans vos membres ? » ( Jc 4,1)

La paix ne s’obtient pas comme la guerre. Faire la guerre nécessite de longs préparatifs, la formation, de grandes armées, la création de plans et de stratégies, et un assaut compact et groupé. Non, la paix se fait vraiment par petits groupes, en commençant dès maintenant, là où nous nous trouvons. De même qu’il suffit de deux créatures humaines, un homme et une femme pour donner une vie là où d’innombrables ouvrages et de multiples tables rondes sur le sujet ne suffiraient pas, il suffit de deux personnes pour créer la paix. La paix ne se fait pas comme la guerre, mais elle se construit comme une avalanche. L’avalanche grossit en avançant, au point de tout emporter sur son passage. Mais comment débutera-t-elle ? Par une boule de neige qui se met en mouvement du haut de la montagne et qui commence à emporter avec elle toute la neige qu’elle rencontre sur son chemin. Comment devient-on artisan de paix ? Un moyen important est d’abord de ne pas répandre le mal, de ne pas être un agent de l’accusateur qui sème la zizanie. Il s’agit d’être les « terminaux » des paroles méchantes, des jugements hostiles et des critiques. Le terminal est le lieu qui marque le point d’arrivée d’un moyen de transport. Il s’agit d’être comme un gouffre qui engloutit toutes les méchancetés.

2 novembre 2025 L’âme qu’est-ce que c’est ?

1.    Les quatre éléments qui composent chaque personne.

 Les calculs scientifiques nous apprennent qu’il y a eu sur la terre jusqu’à présent à peu près cent milliards d’êtres humains, sept milliards vivent actuellement et quatre-vingt treize milliards sont morts. Notre terre ne serait-elle qu’un vaste tombeau ? Pour répondre à cette question, nous avons d’abord à nous émerveiller. « Je vis ! On est vivant ! » Il y a des milliards de mondes qui nous entourent mais il n’y a aucune trace de  vie…Dans cet univers infini, il y a une toute petite goutte d’eau, la terre, qui tourne autour d’une petite flamme qui s’appelle le soleil ; et sur cette « goutte d’eau » il y a la vie !… Cette vie est menacée par les pollutions (eau, air, terre), par les maladies (aux niveaux physique et psychique),  et aussi par la mort spirituelle (péché). En effet, chacun de nous est un corps, mais aussi une âme et un esprit. Nous sommes quatre éléments : le corps : élément chimique organique accessible à la science : il reste inanimé après que l’âme l’a quitté (à la mort). L’âme végétative comprend la nutrition, la respiration, la reproduction, etc.. L’âme « sensible » comprend (1) les cinq sens externes et (2) la mémoire, l’imagination, l’affectivité.  L’esprit ou âme « spirituelle » c’est l’intelligence et la volonté, le sanctuaire intime, le lieu de la présence divine, la réceptivité à l’Esprit de Dieu.

2.    L’âme est la « forme du corps ».

Au cimetière de Saint-Laurent à Rome, on peut lire : « Nous étions comme vous, vous serez comme nous ». Cela ne doit pas nous faire peur. Cela nous protège de l’orgueil et de l’arrogance. En effet comme pour le Christ, nos corps sont destinés, par une transformation radicale, à la résurrection glorieuse.  Le Concile de Florence définit que « L’âme est la forme du corps ». La « forme » est ce qui donne l’information. « Je suis une information vivante », c’est la même chose que de dire : « Je suis une âme ». Voici une comparaison pour comprendre : il nous est arrivé de passer dans une ville comme le Puy ou Lyon dans un quartier historique. Un jour, vous voyez avec peine que l’on a détruit la maison du XVIII ème. Quel dommage ! On a mis des étais pour que les deux maisons d’à côté ne s’écroulent pas. Un an plus tard, vous repassez. Voilà la maison reconstruite… !!! L’architecte explique alors : « Oui, tout a été démoli mais on a rebâti parce qu’on avait l’information, les plans : on a creusé des caves très profondes, on a mis des isolations thermiques, on a farci d’électronique, de domotique. » Eh bien cette maison, c’est nous ressuscités. La mort va tout démolir, mais il va rester le plan, l’information. C’est notre âme, « une information vivante ». N’allez pas penser cependant que nous serons bourrés d’électronique (… !)

3.    Comment nous reconnaîtrons-nous ?

Ce sera mieux que cela, en fait. Au ciel, nous nous reconnaîtrons par les signes de l’Amour. De quoi s’agit-il ? Pensons à l’apôtre saint Thomas : il est le plus croyant des apôtres parce qu’il ne demande pas de voir le visage du Christ mais les signes de sa crucifixion. Il a touché l’humanité et il a confessé la divinité. Au Ciel, nous nous reconnaîtrons par les signes de l’Amour. Ecoutons le témoignage d’un ami prêtre : « J’entendrai longtemps les bruits des talons de ma maman qui court vers un métro alors qu’elle nous a laissés, mes frères et moi, chez la nounou. Elle était pressée mais elle se retournait encore pour nous faire un petit coucou. » Si nous cherchons bien, nous avons tous des témoignages de ce genre sur nos défunts :  «  Mon père était représentant de commerce ; il ne revenait que le vendredi soir, mais il nous appelait tous les soirs au téléphone et il nous rapportait toujours un petit cadeau.. » « Je la revois approuver de son sourire alors qu’elle ne pouvait plus parler depuis trois semaines » « Ma maman allait toujours lui ouvrir les portes du garage pour qu’il parte plus vite » (c’était un pompier ; ce geste en disait long : tu me manques chaque fois que tu es ‘bipé’ mais j’aime que ta passion soit de porter secours aux autres…)

Les signes de l’amour, c’est quelque chose ! Même sainte Thérèse  de l’Enfant-Jésus était « jalouse » de sainte Marie Madeleine qui avait pu verser du parfum sur les pieds de Jésus, ses larmes aussi qu’elle essuyait avec ses cheveux.

Nous sommes sur terre pour apprendre à aimer et tout est bon pour cela. Dieu se sert de tout pour cela, y compris de nos faiblesses, de nos erreurs, de nos épreuves. Il y a un travail à faire sur soi pour aimer et devenir aimable. A l’Esprit-Saint « qui est Seigneur et qui donne la Vie », il faut demander en permanence l’intelligence parce qu’on est des cruches et la volonté parce qu’on est des mous. Il faut compter sur la grâce de Dieu dans les sacrements de la messe et de la confession.

Une sociologue allemande a écrit avec malice que les gens du Moyen-Age vivaient beaucoup plus longtemps que nous !?! En effet, nous avons une espérance de vie de 80 ans. Eux vivaient quarante ans et toute l‘éternité ! Non, la terre n’est pas qu’un vaste tombeau. C’est un aéroport, une piste d’envol pour mettre sur l’orbite de l’Eternité ceux dont l’ambition est de devenir des saints, des êtres qui finiront par ne faire qu’aimer et se laisser aimer.

9 novembre 2025 Dédicace de la Basilique du Latran.

Frères et sœurs, cette année, à la place du XXXIIe dimanche du temps ordinaire, on célèbre la fête de la dédicace de l’église-mère de Rome, la basilique du Latran, dédiée maintenant à saint Jean Baptiste. C’est un peu curieux que nous fêtions un bâtiment et que cette fête soit plus importante qu’un dimanche ! Fêter l’anniversaire des personnes que ce soit de leur naissance ou de leur naissance au Ciel, oui ; mais fêter le baptême d’un édifice (puisque Dédicace pour une église, c’est comme le baptême pour une personne) c’est étonnant. Est-ce qu’il y a écrit quelque part que le Verbe s’est fait Pierre ? Le Verbe s’est fait chair, oui. Mais le Verbe se serait fait pierre ?

Il faut partir de l’Evangile de Jean 4, 21 qui dit : « L’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père ». Jésus enseigne que le temple de Dieu est tout d’abord le cœur de l’homme qui a accueilli sa parole. En parlant de lui et du Père, il dit : « Nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui » (Jn 14, 23) et saint Paul écrit ceci aux chrétiens : « n’oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu » (1 Co 3, 16). On raconte qu’un enfant était allé au catéchisme le mercredi matin. L’abbé lui avait expliqué que nous sommes le Temple du Saint-Esprit. L’après-midi, parce qu’il a fait une bêtise à la ferme paternelle, il se reçoit un coup de pied au derrière de la part de son père. Un coup de pied gentil. Le gamin lui dit alors : ” Tu viens de faire un gros péché ! – ?!? – Tu viens de donner un coup de pied au Temple du Saint-Esprit “… Mais aussitôt son père lui dit : ” Je veux bien avoir donné un coup de pied à la sacristie du Temple, mais pas au Temple “…Le croyant est donc le nouveau temple de Dieu. Mais le lieu où deux ou trois sont réunis en son nom (cf. Mt 18, 20) est aussi le lieu de la présence de Dieu et du Christ. Le Concile Vatican II arrive jusqu’à appeler la famille chrétienne une « église domestique » (LG 11), c’est-à-dire un petit temple de Dieu justement parce que grâce au sacrement du mariage, celle-ci est par excellence le lieu dans lequel « deux ou trois » sont réunis en son nom. 

Pourquoi les chrétiens donnent-ils alors tant d’importance à l’église, si chacun de nous peut adorer le Père en esprit et en vérité dans son cœur ou chez lui ? Pourquoi cette obligation d’aller à l’église tous les dimanches ? La réponse est que Jésus Christ ne nous sauve pas séparément les uns des autres ; il est venu pour se constituer un peuple, une communauté de personnes, en communion avec lui et entre elles. L’église est pour la famille de Dieu ce que la maison d’habitation est pour une famille. Il n’y a pas de famille sans maison.

C’est pour cela que l’abandon en masse de la fréquentation de l’église et donc de la messe du dimanche est un phénomène douloureux. Cela ne veut pas dire que tous ceux qui ne vont pas à l’église ont perdu la foi, mais que la religion « sur mesure » a remplacé la religion instituée par le Christ. On pratique sa foi comme au supermarché. Chacun se fait sa propre idée de Dieu, de la prière, et a la conscience tranquille. 

On oublie ainsi que Dieu s’est révélé à travers le Christ, que le Christ a prêché un évangile, a fondé une ekklesia, c’est-à-dire une assemblée d’appelés, qu’il a institué des sacrements, comme signes et canaux de sa présence et du salut. Celui qui ignore tout cela s’expose à se fabriquer un dieu à son image, une projection de ses nécessités et de ses désirs ; ce n’est plus Dieu qui crée l’homme à son image, mais l’homme qui se crée un dieu à son image. Mais c’est un Dieu qui ne sauve pas ! 

Il est vrai qu’une religiosité faite uniquement de pratiques extérieures ne sert à rien ; Jésus combat ce type de religiosité tout au long de l’évangile. Mais il n’y a pas d’opposition entre la religion des signes et des sacrements et la religion profonde, personnelle ; entre le rite et l’esprit. Les grands génies religieux (nous pensons à saint Augustin, à Pascal) étaient des hommes d’une intériorité profonde et très personnelle et en même temps ils étaient intégrés dans une communauté, fréquentaient leur église. Ils étaient « pratiquants ». 

Dans les Confessions (VIII, 2) saint Augustin raconte comment le grand rhéteur et philosophe romain Marius Victorinus se convertit du paganisme. Désormais convaincu de la vérité du christianisme, il dit au prêtre Simplicien : « Sache que désormais, moi je suis chrétien ». Simplicien lui répondit : « Je ne te croirai pas tant que je ne te verrai pas dans la maison du Christ ». « Ce sont donc les murs qui font de nous des chrétiens ? » rétorqua-t-il. La discussion se poursuivit quelque temps mais un jour Victorinus lut la parole suivante du Christ, dans l’Evangile : « Celui qui aura rougi de moi et de mes paroles dans cette génération… le Fils de l’homme aussi rougira de lui ». Il comprit que c’était son amour propre, la peur de ce qu’auraient dit ses collègues savants, qui le retenaient d’aller à l’église. Il alla voir Simplicien et lui dit : « Allons à l’église, je veux devenir chrétien ». Les églises ont leurs grâces propres. Pensons aux grands convertis comme Paul Claudel, André Frossard, Ratisbonne, etc etc.. Et tout ce que nous avons reçu nous-mêmes de joie, de consolation, de réconfort, simplement parce que nous étions dans une église. La grâce de Dieu imprègne aussi la pierre. Amen ! 

16 nov. 2025 33ème dim. du T.O. C Pas les pierres mais nos cheveux !

Frères et sœurs nous pourrions méditer sur deux paroles de Jésus : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. » et puis à la fin de sa déclaration : « Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. »

Le lundi 18 avril 2005, un certain cardinal Joseph Ratzinger, la veille du Conclave qui allait l’élire Pape, a prononcé une homélie dans la chapelle Papale. Dans cette homélie, il a dit ceci : « Nous devons porter un fruit qui demeure. Tous les hommes veulent laisser une trace qui demeure. Mais qu’est-ce qui demeure ? Pas l’argent. Même les constructions ne demeurent pas ; les livres non plus. Après un certain temps, plus ou moins long, toutes ces choses disparaissent. L’unique chose qui reste pour l’éternité est l’âme humaine, l’homme créé par Dieu pour l’éternité. Le fruit qui reste est donc ce que nous avons semé dans les âmes humaines – l’amour, la connaissance ; le geste capable de toucher le cœur, la parole qui ouvre l’âme à la joie du Seigneur. Alors, allons et prions le Seigneur, pour qu’il nous aide à porter du fruit, un fruit qui demeure. Ce n’est qu’ainsi que la terre peut être transformée d’une vallée de larmes en un jardin de Dieu. »

Le philosophe Fabrice Hadjaj converti au catholicisme il y a quelques années raconte avec humour qu’un coiffeur chez qui il a maintenant ses habitudes, lui disait un jour sa foi tranquille. Il s’interroge sur ce qui motive cette mystique capillaire, et le coiffeur lui répond avec surprise : « Allons, vous n’avez pas la foi ? (Je croyais pourtant l’avoir, dit-il …). L’histoire de Samson et Dalila suffirait à vous suggérer la gravité d’une coupe de cheveux.- en effet Samson avait fait confidence à Dalila que sa force résidait dans ses cheveux très longs et elle l’avait trahi en les lui coupant pendant son sommeil. Et les ennemis avait fait prisonnier Samson. Mais quand, dans sa prison, ses cheveux auront repoussé, il triomphera en faisant s’écrouler le palais sur ceux qui se croyaient invincibles. Et le coiffeur continue : pensez aussi  à  l’onction de la pécheresse, puis à  celle de Marie de Béthanie, l’une et l’autre essuyant les pieds du Christ avec leur chevelure. Cette répétition devrait vous alerter. Rappelez-vous seulement avec insistance le Seigneur Jésus lui-même en Luc 12 ‘ Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et après cela ne peuvent rien faire de plus (…). Vos cheveux même sont tous comptés’ ; puis en Luc 21 ‘Vous serez haïs de tous à cause de mon nom, mais pas un cheveu de votre tête ne périra.’ Vous comprenez ? » Pas très bien à vrai dire. Mais ces dernières paroles furent une illumination : « Je voudrais témoigner de l’amour de Dieu pour la moindre partie de notre corps. Quand on a cette assurance de la gloire à venir du cheveu, quand on croit que nos cheveux même sont appelés à la vie céleste, on surmonte sa peur et l’on devient capable de témoigner jusqu’au bout. » Ce coiffeur a même appelé son salon de coiffure et mis comme enseigne ‘La coupe du Salut’. Ce coiffeur était à un cheveu du mystère et il ne coupait pas les cheveux en quatre. L’âme reste et à la résurrection de la chair le Seigneur lui donnera le pouvoir de ressusciter notre corps.

Que nous demande Jésus finalement ? : « Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par … votre persévérance que vous garderez votre vie. »

La persévérance, ce n’est pas la caractéristique principale de notre société. Nous sommes plutôt dans le zapping, l’innovation, l’original, le changement. Alors pensons à Guillaumet. Son aventure a été racontée par Antoine de Saint-Exupéry dans Terre des Hommes. Guillaumet, un des pionniers de l’aéropostale se trouve un jour naufragé dans la Cordillère des Andes. Ce pilote hors-pair va marcher 5 jours et 4 nuits dans le froid glacial, sans piolet, sans cordes, sans vivre, escaladant des cols de 4500 m. ou progressant le long des parois verticales, saignant des pieds, des genoux et des mains par 40 de froid. Vidé peu à peu de son sang, de ses forces, de sa raison, il avançait avec un entêtement de fourmi revenant sur ses pas pour contourner l’obstacle, se relevant après les chutes ou remontant celle des pentes qui n’aboutissaient qu’à l’abîme, ne s’accordant aucun repos car il ne se serait pas relevé du lit de neige. Et en effet, quand il glissait, il devait se redresser vite afin de n’être point changé en pierre. Le froid le pétrifiait de seconde en seconde et pour avoir goûté, après la chute, une minute de repos de trop il devait faire jouer pour se relever des muscles morts. Il résistait aux tentations.  Dans la neige expliquait-il après, on perd tout instinct de conservation ; après deux, trois, quatre jours de marche, on ne souhaite plus que le sommeil. Je le souhaitais, mais je me disais : “Ma femme, si elle croit que je vis, croit que je marche. Les camarades croient que je marche. Ils ont tous confiance en moi”. Et il marchait, et de la pointe du canif, il ouvrait chaque jour un peu plus, l’échancrure de ses souliers pour que ses pieds qui gelaient et qui gonflaient puissent y tenir. “Ce qui sauve c’est de faire un pas, encore un pas. C’est toujours le même pas que l’on recommence…” Sa phrase célèbre : “Ce que j’ai fait, je le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait”.

Que le Seigneur nous donne la grâce des petits pas pour embellir notre âme et qu’un jour nous ayons la plus belle coiffure du monde ! Amen !

Christ-Roi Carmes Valvert 2025

Frères et soeurs, ce vendredi  21 novembre, c’est une jeune Mexicaine de 25 ans qui a remporté la couronne Miss Univers 2026. Aussitôt couronnée elle a fait le signe de la croix. Et elle a lancé un « ¡Viva Cristo Rey !»,  une expression inséparable de l’histoire chrétienne mexicaine et des témoins de foi qui ont marqué son pays. Par cette simple expression, elle aura donné à son couronnement un sens qui dépasse l’éclat des projecteurs pour toucher à l’essentiel : affirmer publiquement que la beauté la plus authentique est celle qui s’unit à la foi et à la dignité.

Vive le Christ Roi. Quel est le sens de cette fête ?

Il y en a plusieurs. Cette fête conclut l’année liturgique. Elle tourne nos regards vers la fin de l’histoire du monde. Toute l’humanité est en route vers la manifestation glorieuse de Jésus.  « Il reviendra dans la Gloire pour juger les vivants et les morts ». Nos petits catholiques ne le savent pas vraiment parce que nous ne leur faisons pas beaucoup de catéchèses sur cet événement qui couronnera l’aventure de l‘univers mais les musulmans le savent. L’histoire a un sens.

Ce que les musulmans ne savent pas en revanche, c’est la façon dont Le Roi de l’univers nous conduit. Ni par la force ni par la violence mais par Celui qui a été en permanence son Conseiller, son Réconfort, son Souffleur, son Avocat pendant ses 33 années sur terre : Le Seigneur Esprit-Saint. On dit de l’Esprit-Saint qu’il est « une Personne en d’innombrables personnes ».

Ce sont les paraboles qui nous parlent du Règne. Ces histoires typiques de Jésus ne commencent pas par « Il était une fois » mais par « Le Royaume de Dieu est semblable à ». Il est semblable à des petites choses qui paraissent insignifiantes mais qui sont en fait essentielles : une graine, un peu de levain, du sel, la lumière, une paille, une perle, un moucheron, une séance d’embauche, une veuve casse-pied, un berger qui fait son travail, … Mais le Règne de Jésus-Christ est semblable aussi à des choses qui témoignent d’un grand sens de l’organisation et de l’importance du temps : développer ses talents, prévoir assez d’huile, organiser un repas, des semailles, dégoter un trésor et s’arranger pour le posséder, gérer une vigne, organiser des secours à des blessés, etc etc… Là nous retrouvons ce qui a inspiré  Pie XI en 1925 lorsqu’il a institué cette fête. Il a voulu souligner la dimension politique du Royaume de Jésus.. En effet il y a un risque : cantonner la  religion à la sphère privée. Un amiral avait invité les évêques, alors qu’ils venaient de se prononcer sur la dissuasion nucléaire, à “se mêler de leurs oignons”. C’est dans l’air du temps : les méfaits du capitalisme sauvage ? Pas leurs oignons. Le racisme ? l’euthanasie ? Pas leurs oignons. Le chômage, les rapports Nord-Sud, les rythmes scolaires, les sans-papiers, la vie, la mort, le lundi de Pâques, férié ou non ? Idem. Les évêques, toute révérence gardée, se trouveraient face à la société comme le Figaro de Beaumarchais : « Pourvu que je ne parle en mes écrits, ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose ; je puis tout imprimer librement sous l’inspection de deux ou trois censeurs.” Pourvu que les évêques ne parlent de rien ils peuvent traiter de tout.

On nous dira : « et pourtant Jésus a dit ‘Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu’ ». Comme si cette parole séparait ce qui est du ressort du religieux et ce qui est de la compétence du politique. Comme s’il y avait d’un côté Dieu et d’un côté les politiques. Or cette parole de Jésus ne veut pas dire : Ne vous engagez pas dans la société civile, ne faites rien pour votre pays, ne faites rien pour le Bien Commun.

Si Jésus doit régner, cela veut dire que cela doit se voir dans les institutions civiles. Jésus, du haut de sa croix, veut attirer à lui tous les hommes. Par son sang, il a mérité le salut de tous. Mais comment être sauvé dans un contexte social qui inciterait au péché si fortement qu’à moins d’être un saint il serait impossible de suivre l’évangile ? On voit bien dans l’histoire de France qu’à mesure que les hommes entrent dans le monde révélé, ils organisent spontanément la cité terrestre en fonction de leur idéal surnaturel.

Autant que faire se peut. Sans violenter les consciences des non-croyants ou attenter à leur liberté. Sans dénaturer non plus l’ordre temporel qui a ses lois propres (économies, diplomatie, politique, etc.) La Cité n’est pas un couvent. Mais regardons dèjà ce qui favorise ou défavorise la vie divine au sein d’une famille. On n’est pas chrétien sans un contexte favorable. Le poisson ne peut vivre hors de l’eau et de l’eau qui lui convient (salée, douce…). La Royauté sociale du Christ est celle de l’évangélisation des structures. Un monde où il serait très difficile de se loger, se marier, avoir des enfants et les éduquer selon sa conscience, travailler, se déplacer, etc., ne saurait être conforme à la volonté du Seigneur. Par-delà la piété envers sa personne, Jésus nous demande de lui offrir une société plus saine que celle que nous voyons se faire ou se défaire autour de nous. La charité passe par le don de soi au quotidien mais aussi par l’organisation de la société de façon à ce que tout le monde mais notamment les plus fragiles puissent vivre et s’épanouir. Le Christ n’a jamais interdit de s’engager en politique. Au contraire ! Si on ne peut pas s’engager soi-même on peut soutenir financièrement ou par les « pouces en l’air » comme on dit maintenant. Vive notre Roi, sa Royauté et son Royaume. Amen !

Premier dimanche de l’avent 30 novembre 2025.

Frères et sœurs, où allons-nous ? Que se passera-t-il à la fin ?

A ces questions, les hommes apportent trois sortes de réponses :

  1. Une réponse optimiste et volontariste: génération après génération, par son effort et son intelligence, l’homme s’achemine vers la cité idéale. (en gros, c’était la réponse marxiste, c’est la réponse aujourd’hui qu’on appelle scientiste : on va améliorer le génome humain). Conséquence :   retroussons nos manches et ne nous aliénons pas en comptant sur quelqu’un d’autre que nous-mêmes. (Problème : pour le marxisme et le nazisme : en gros 60 millions de mort chacun. Pour le scientisme, avec les expérimentations dans tous les labos du monde, on a dû déjà dépasser ce chiffre largement. )
  2. Réponse pessimiste et passive : une catastrophe viendra un jour ou l’autre mettre fin à l’aventure humaine : soleil refroidi, collision astrale, déflagration nucléaire, épidémie (les scenarii ne manquent pas dans les romans et les films). Tout sombrera dans le néant et nous n’y pouvons rien. Conséquence :   à quoi bon nos projets et nos efforts ?
  3. Et puis il y a la réponse de l’évangile plutôt étonnante : en fait, la fin du monde est déjà arrivée … ! Saint Augustin disait avec un peu d’humour : « Nous sommes à la dernière heure, même si cette heure est longue… » En effet, à partir du moment où Dieu le Fils lui-même est venu dans le monde, il y a 2000 ans, les temps sont accomplis, le monde a atteint sa fin, son but, sa finalité. Conséquence :   nous ne sommes pas ici par hasard : nous sommes les fruits d’un projet qui nous précède. Nous allons vers le Royaume de Dieu. Notre responsabilité n’en est pas moins entière : notre manière de vivre chaque jour nous achemine vers ce Royaume ou nous en éloigne. Il n’y a ni automatisme, ni fatalité. Nous sommes pris au sérieux, nous ne sommes pas des pantins irresponsables. Et notre existence prend sens par rapport à quelqu’un qui nous précède, nous appelle, nous invite. La mort et la résurrection de Jésus sont décrites en termes de tremblement de terre. Lors d’un séisme, on parle de sur-vivants. Les chrétiens, qui vivons depuis notre baptême, de la vie de Jésus, nous sommes – nous devrions être -des « sur-vivants » au sens fort, des « super-vivants »… L’avenir c’est Jésus. »

L’avent commence. Il a pour but de nous faire vivre plus intensément ce qui est la colonne vertébrale de la foi chrétienne : attendre Dieu, tout attendre de Dieu, toujours attendre Dieu, s’attendre à tout puisque Dieu nous aime. 

Je ne sais pas si vous lisez Tintin… Dans « Tintin au Tibet », le capitaine Haddock se réveille dans un monastère de lamas tibétains et il se met à hurler parce qu’il se trouve en face d’un démon grimaçant : ce n’est que la statue d’une divinité bouddhique ! Les hommes ont inventé toutes sortes de dieux, de demi-dieux, de héros, d’esprits. Ils sont parfois gentils, mais peuvent être monstrueux. Le dieu hindou Ganesha dans les vitrines des magasins : il a un corps d’homme et une tête d’éléphant, il est très sympa, mais quand il se fâche, il est très violent. Tout cela existe dans le monde des rêves de nos inconscients qui se souviennent de terreurs ancestrales, de monstres, de tremblements de terre, d’incendies et de déluges ; nos inconscients ont cherché à pactiser avec toutes ces forces hostiles pour pouvoir survivre ; et les dieux ressemblent à ce qui nous fait le plus peur. Pour s’imaginer Dieu, les hommes ont pensé à tout : des serpents à plumes ou des hommes à têtes de rapaces. Mais jamais jamais à ce qui est écrit dans l’évangile ;  un bébé ! Dieu nous arrive ; c’est un bébé, un tout petit bébé, encore un peu fripé mais tellement mignon ! Ses petits doigts sont si fins qu’on ose à peine les toucher, mais quand on introduit le petit doigt dans la paume minuscule de la main, ils se resserrent, ils vous agrippent. Il ne vous voit pas vraiment, mais on sent une présence si intense qu’on a l’impression qu’il vous suit des yeux. Il vient d’être lavé et il sent bon, je le prends dans mes bras et je fais bien attention à soutenir sa tête car il ne sait pas encore la tenir tout seul. Je parle de Dieu, c’est Dieu dans mes bras, Emmanuel, Dieu avec nous, Dieu avec moi, Dieu avec vous. Il a besoin de moi pour l’habiller, bien le couvrir, le nourrir, lui parler, lui donner de la tendresse. C’est inimaginable !

Quelle autre preuve faut-il aux hommes pour croire en la Bonne Nouvelle, pour croire qu’elle est authentique, qu’elle est radicalement nouvelle ? Mais l’accepter c’est renoncer à nos jugements de valeur, c’est même les inverser : il n’y aura plus d’autre hiérarchie qu’une hiérarchie inverse, le plus faible, c’est le plus fort, le plus grand, c’est le plus petit, le dernier, c’est le premier, le maître c’est celui qui sert. Le coup de la Nativité, aucun homme n’aurait pu l’inventer ! Dieu est absolument inimaginable.

Alors, nous avons un petit mois pour nous préparer à cette joie, et laisser monter en nous l’espérance. Si Dieu est venu sous les traits d’un bébé, faisons lui confiance pour la surprise qu’il nous prépare quand il se manifestera en plénitude ! Amen !