4° T.O.  1er février 2026 La charte du bonheur des couples

Comment l’Eglise peut-elle prétendre être qualifiée pour parler du bonheur alors que son emblème est le crucifix ? Et quand elle annonce les “Béatitudes”, il est question de pauvreté, de pardon aux offenses, de pleurs et de persécution. Comment voulez-vous, dans ces conditions, que les chrétiens puissent annoncer le bonheur au monde ?

Lorsque je reçois des fiancés qui veulent se marier à l’Eglise, je leur demande si l’amour de Dieu peut changer quelque chose à leur amour ? ils font une moue et un haussement des épaules qui veut dire « Non » ! Ou bien si Jésus-Christ et l’Evangile ont place dans leur vie ? même moue et haussement des épaules ! Et les Béatitudes : “Heureux les pauvres – Heureux les doux – Heureux ceux qui pleurent, qui sont persécutés” ne vous indiquent-elles pas le chemin de bonheur ? – encore mieux !

   Et pourtant, ces Béatitudes expriment exactement le bonheur de ceux qui s’aiment : “Heureux pauvres” prêts à tout se donner – sans réserve et sans compter – corps et âme. La petite bague est souvent le signe d’une générosité immense, sans aucun profit. Par ailleurs, si  les deux s’étaient comportés en riches, leur histoire n’aurait pas duré six mois. L’un aurait dit à l’autre : « je ne suis pas ton « faire-valoir » ; il n’y a que toi qui comptes ; tout tourne autour de ton ego ». Pour aimer, il faut se reconnaitre pauvre, « ayant-besoin », « non-suffisant ». Pour connaître le bonheur, il faut accepter joyeusement de recevoir de l’autre. “Heureux qui fait de la place ».

“Heureux les doux”… Dans un monde où les moutons se font tondre, ceux qui s’aiment font l’expérience que la tendresse les rend heureux. Dans un foyer, il faut de la délicatesse, de la gentillesse, une communication paisible. Aux fiancés j’aime bien présenter les 5 langages de l’amour identifiés par Gary Chapman. Gary Chapman a écrit un livre qui a eu un succès retentissant qui s’appelle « Les langages de l’amour ». Il y explique que la plupart des difficultés d’une vie de couple viennent du fait que nous ne sommes pas sensibles aux mêmes langages. Le langage de votre amour sentimental et celui de votre conjoint peuvent être aussi différents que le chinois l’est du français. »

Gary Chapman a identifié cinq moyens d’expressions principaux par lesquels chaque personne peut manifester son amour :  les paroles valorisantes.  Les moments de qualité. Les cadeaux. Les services rendus. Le toucher physique.

            Si votre amoureux a besoin de PAROLES VALORISANTES, faites-lui des compliments, remerciez-le, encouragez-le, dites du bien de lui en son absence. Tôt ou tard, cela lui reviendra aux oreilles. Le niveau de son réservoir affectif montera. Dites par exemple à votre belle-mère combien votre femme vous est précieuse. N’hésitez pas à mettre votre conjoint en valeur en société, même en sa présence. Utilisez votre plume pour lui exprimer votre amour, votre estime, votre admiration.

            S’il est plus sensible aux MOMENTS DE QUALITE, maintenez avec lui un contact visuel quand il parle. Cela empêche votre esprit de vagabonder et signifie à votre conjoint qu’il a toute votre attention. Ne faites rien d’autre en l’écoutant. Mais il est possible de lui expliquer que vous avez besoin de dix minutes avant d’être totalement disponible. Soyez à l’affût de ses sentiments et dites-lui : « Il me semble que tu es déçue parce que j’ai oublié ta fête. » il pourra ainsi préciser ses sentiments et il aura l’assurance que vous l’écoutez attentivement. Observez le langage du corps. Les poings serrés, les mains tremblantes, les larmes, les sourcils froncés et le mouvement des yeux vous renseignent sur ce qu’il pense. Demandez des clarifications quand les paroles disent une chose et que le corps semble en dire une autre.

            Mais elle est peut-être plutôt sensible aux CADEAUX. Dans ce cas-là, ne pensez pas que c’est de l’argent gaspillé de revenir du travail avec une rose, ou un plat cuisiné, ou n’importe quel gadget ou petit souvenir de votre déplacement professionnel. Mais rappelez-vous aussi que dans les moments de crise, le cadeau le plus efficace que vous puissiez donner à votre conjoint est votre présence physique.

            Pour d’autres, la langue dans laquelle ils comprennent le mieux les sentiments d’amour de leur conjoint, ce sont les SERVICES RENDUS. Dans ce cas-là, pour remplir leur réservoir affectif, il faut mouiller la chemise : tondre le gazon, changer le bébé, laver la voiture, passer la serpillière. En reprochant à Marc sa passion pour la chasse, Marie n’exprimait pas une haine pour la chasse. Elle voyait dans ce sport un prétexte qui empêchait son mari de passer l’aspirateur dans la maison et de l’aider à laver les vitres et plier les draps.

            Pour d’autres encore le langage d’amour favori est le TOUCHER PHYSIQUE. Sa femme pourra être un cordon bleu, il préfèrerait qu’elle ne consacre pas autant d’heures à préparer des repas aussi recherchés, mais qu’ils puissent passer davantage de temps ensemble, qu’elle conserve de l’énergie pour d’autres choses. Mais quand on a grandi auprès d’une mère excellente cuisinière et qu’on a eu un papa qui appréciait les bons petits plats, il est difficile d’imaginer qu’on mette les contacts physiques, le toucher affectueux, bien avant la tête de veau ravigote.

“Heureux pacifiques” – “Nous nous sommes livrés l’un à l’autre désarmés” – témoins au coeur d’une société qui dépense des milliards de dollars pour l’armement que l’amour pacifique a une grande place dans notre monde.
“Heureux les miséricordieux”. Si les amoureux ont osé demander pardon ou pardonner, ils ont fait l’expérience que leur amour est plus fort après qu’auparavant.
“Heureux ceux qui pleurent”. Célibataires, chacun vivait seul dans son coin, tranquille. Maintenant qu’ils s’aiment, ils pleurent tant que l’autre n’est pas rentré. Mais quelle chance d’avoir le cœur habité ! Heureux ceux qui pleurent de ne pas assez aimer.
“Heureux les persécutés pour la justice”. Il arriverait du tort à l’autre, que celui qui aime saurait se battre – prendre des coups – et serait heureux de manifester ainsi à l’autre que son amour va jusque-là !
Les Béatitudes sont vraiment la charte du bonheur. Elles révèlent que le monde peut vivre dans une autre dimension que les apparences et les raisonnements à courte vue. Et, si la souffrance est le prix de ce “défi”, ceux qui osent aimer sont prêts à le relever et à en payer le prix. Heureux de découvrir que Dieu leur offre de participer à son bonheur sans bornes, dès maintenant. Amen !

5° T.O. année A. 8 février 2026

« Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »

Frères et sœurs, Charlotte est une mignonne petite fille de quatre ans. Vive, enjouée, elle fait l’émerveillement de ses parents à cause de ses « Pourquoi ? » inattendus et de ses réparties déroutantes. Le papa et la maman de Charlotte vous diront que leur fille est tout à fait exceptionnelle. Bien sûr !… Un soir d’hiver, la petite famille revenait d’une journée passée chez Mamie. Quand on descendit de voiture devant la maison, il faisait tout à fait nuit. Une petite fille n’est jamais bien rassurée quand il fait nuit. C’est pourquoi Charlotte serrait très fort la main de son papa. Cela lui permettait en outre de garder le nez en l’air et d’admirer la lune qui brillait de tout son plein, en cette soirée glaciale. « J’aime bien la lune, dit Charlotte tout à coup. – Oui, dit papa, elle est belle, la lune. – Elle est belle la lune, répète la petite, conciliante. » Mais, esprit pratique, elle ajoute aussitôt : «  Et puis elle sert à quelque chose : elle éclaire. Si la lune n’était pas là, on n’y verrait rien du tout ! – Et le soleil ? dit papa, pour encourager la conversation. Tu aimes aussi le soleil ? – Mmmoui…  fait Charlotte, condescendante. – C’est beau aussi, le soleil ! – Oui, mais cela ne sert à rien. – Pourtant, le soleil éclaire aussi : bien plus que la lune, même ! – Oui, réplique Charlotte péremptoire, mais le soleil, il éclaire quand il fait jour : cela ne sert à rien ! »  Elle n’avait pas encore réalisé que le soleil est la source de la lumière du jour et que la lune n’est que le reflet du soleil.

Jésus nous invite non pas à être dans la lune mais être comme la lune qui réfléchit la lumière du soleil.  Il nous invite aussi à accueillir la Lumière par les autres. Pas  de vie sans lumière. Toujours plus de vie quand nous la transmettons ou savons la recevoir. Alors voici des témoignages. Bien simplement.   

Un salarié découvre qu’il est atteint d’un cancer du foie. Il est mis en arrêt maladie. Aussi son entreprise a-t-elle décidé de libérer chaque mercredi deux de ses collègues pour le soutenir. Ils partent à midi de l’entreprise ; ils l’emmènent au restaurant et passent l’après-midi avec lui… Et ils sont payés par l’entreprise !

Le Père Roger Roger a un vrai charisme de présence auprès des pauvres. Il est aussi aumônier des « gens du voyage ». Un jour on lui apprend qu’une famille vient de perdre un bébé d’un mois. Les bruits courent que celui-ci a été étouffé ; en fait, il s’agit de la mort subite du nourrisson. Le Père Roger les écoute longuement avant que ne leur vienne l’idée : « Si vous êtes là, alors, nous pourrions faire quelque chose à l’église ? ». Le jour dit, il a préparé le cierge pascal et un petit cierge de baptême. Il a aussi préparé des lumignons. Il pensait que trois ou quatre suffiraient mais il n’a pas eu assez des soixante qu’il avait apportés. Tous voulaient faire le chemin de lumière. Au cimetière la maman avait apporté une petite couverture pour envelopper le cercueil ; elle avait peur que son enfant ait froid.

Une maman de trois enfants qui ont déjà entre 21 et 28 ans raconte que son plus jeune fils a perdu son meilleur copain dans un  grave accident de voiture. La bande a abandonné toute pratique religieuse. Mais ils se réunissent chez elle et demandent à la maman ce qu’ils peuvent faire pour la célébration à l’église de Sanssac qui rassemblera plus de deux cents jeunes. Depuis, ils signalent régulièrement qu’ils sont allés faire une visite à leur copain au cimetière. Cette maman leur a permis d’entrevoir l’espérance chrétienne.

Je viens de passer 10 jours seule à la montagne et j’ai sympathisé avec deux couples dans un hôtel avec 500 personnes. En souriant un peu et en discutant (écouter plus que parler) j’ai découvert que ces deux couples avaient perdu un enfant (papa de 36 ans cancer il y a 15 ans et un jeune ado de 15 ans suicide il y a 2 ans). Les deux familles se sont confiées et j’ai parlé de ma foi. Ils m’ont dit : » je souhaite avoir la même foi que vous ça doit être plus facile ! ». Je n’avais pas de réponse pour expliquer pourquoi ils ont subi une telle perte (« si Dieu existe pourquoi il l’a fait ça ? ») mais je les ai écoutés et j’ai parlé de la paix que je ressens et de mon espérance d’un amour inconditionnel… j’espère avoir été une petite lumière vers la réconciliation avec le Seigneur ! Ils n’étaient pas ou plus en colère seulement en chemin !

Dans notre société souvent bien éloignée de la morale chrétienne, comment tracer son chemin sans renier, abjurer, trahir, entendre chanter le coq trois fois ? La clé, c’est une jeune prof de philo, qui l’a donnée à ses élèves de terminale, lors d’une réunion de rentrée où il était question d’épreuves du bac et de Parcours Sup, en un moment où les écoles catholiques sont spécialement scrutées pour ne pas dire – comme l’on dit familièrement – marquées à la culotte : « Il ne faut pas toujours dire ce que l’on pense : il faut toujours penser ce que l’on dit. » Cette citation est prêtée à la marquise de Lambert, femme de lettres du XVIIIe siècle, mais elle est éternelle. Il n’est pas interdit d’être stratège, tacticien, adroit, délicat, diplomate, astucieux, malin… mais il est interdit de mentir. Si l’on veut continuer à pouvoir se regarder dans la glace. Et être lumière du monde.

6° dim.ord. 15 février 2026 (Malpas 18h, Valvert (10h45)

Frères et sœurs, on dit qu’on n’attrape pas des mouches avec du vinaigre. Jésus ne devait pas connaitre ce proverbe parce que s’il veut attraper des disciples en leur disant ce qu’il vient de dire, ce n’est pas gagné ! Selon Jésus, il ne faut pas se mettre en colère, il ne faut traiter de fou personne, il faut se réconcilier dès qu’on est en froid avec quelqu’un, il ne faut pas avoir de « mauvais désir » ni même de « mauvaise pensée », et quand on a dit « oui » ne jamais se dédire, et quand on a dit «  non » ne jamais revenir dessus. Il faut savoir en plus que nous sommes dans une société qui manie de façon machiavélique l’ingénierie sociale et on nous amène à penser par exemple que par dignité il faut tuer, que par amour il faut supprimer une personne soit en son commencement, soit en sa fin. Donc, ce que dit Jésus est encore plus impossible qu’il y a 2000 ans.  

Cependant, la première lecture de ce dimanche commence par : « Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. » « Si tu le veux » Tout est question de volonté. Mais quelle volonté ? Celle du héros qui n’a aucune faiblesse, celle du self made man ou de la superwoman qui ne font aucun écart ?  Cette volonté-là conduit à l’orgueil, la pire des choses, parce qu’il conduit au mépris des autres, et au désespoir. Mais Ben Sira le sage continue : « Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. » L’expression nous fait penser au baptême. L’eau symbolise l’esclavage dont nous avons été libérés. A notre baptême nous avons passé la Mer Rouge et le Jourdain à pied sec (seule notre tête a été mouillée !) Nous avons été introduits en terre Promise, c’est-à-dire en Compagnie du Seigneur, dans la communion avec le Seigneur. Communion : on pense que ce mot vient de « union avec ». En fait c’est plus que ça. Communion vient du mot latin « munus », la tâche, la mission.  Notre grandeur, c’est que le Seigneur nous sauve en nous associant à son Œuvre. Pour un chrétien, le salut ce n’est pas être en règle avec tous les commandements, c’est d’être inventif dans le don de soi. Le danger qui nous menace c’est de retourner, hélas, à nos esclavages. Mais nous avons les moyens de rester dans le feu de l’Amour de Jésus. Il se passe aujourd’hui comme dans cette histoire : un matin, devant un magasin fermé, il y a une file d’attente monstrueuse. Dimitri arrive, il voit la queue ; alors il double tout le monde. Manque de chance,  le premier qui faisait la queue ne se laisse pas doubler et lui met une belle gifle. Les autres, voyant que le gars ne se défend pas, lui sautent tous dessus et il se retrouve à nouveau au bout de la queue. Dimitri décide une deuxième fois de passer devant, et là encore il se fait éjecter. Il décide d’y retourner une troisième fois, mais la même chose se reproduit : tout le monde lui saute dessus !! A la fin, dépité, il regarde tout le monde et dit : « Tant pis, je n’ouvrirai pas le magasin aujourd’hui ! » … Jésus vient nous ouvrir les portes du possible mais on se croit plus malin et on reste cantonné sur nos droits. Rappelons sept convictions :

1.L’évangile est un défi. Qui se lance d’emblée avec enthousiasme dans l’aventure qui consiste à aimer ses ennemis, à pardonner soixante-dix-sept fois sept fois, à ne pas aimer l’argent, aimer durablement inconditionnellement, etc,etc… Qui n’est pas désorienté par les béatitudes ?

2. L’évangile est une invitation. Jésus ne dit pas : “Il faut être pauvre, il faut pleurer, il faut être assoiffé de justice,…” mais “bienheureux…!” Le christianisme est d’abord une invitation.

3. L’évangile est rigoureusement impraticable. Mais il  nous est demandé d’essayer. Et compter sur la grâce. Car “rien n’est impossible à Dieu”. Saint Augustin compare le baptisé à un voilier. Il a tout ce qu’il faut : des voiles, un mât solide, un bon gouvernail, un sextant… Et il est envoyé en haute mer. A lui de mettre toutes ses énergies à profiter au mieux du Vent de l’Esprit, de savoir faire de bonnes escales dans le port auprès de Jésus, son phare. Le malheur est de se croire une “galère” qui ne peut compter que sur la force de ses bras…

4. Rappelons-nous souvent les trois mots appelés “de la miséricorde” : POUR LE MOMENT. “Je n’y arriverai jamais”… POUR LE MOMENT.  “Je ne peux pas lui pardonner”…POUR LE MOMENT.  “Je n’y crois pas assez”…POUR LE MOMENT.

5. On ne peut pas imaginer qu’il y ait une gradualité de la Loi ; cela signifierait que le sommet pourrait être rabaissé. Par contre il existe forcément une loi de gradualité : on ne peut pas rejoindre le sommet d’un coup. L’essentiel est d’y tendre.

6. Nous ne sommes pas sur terre pour une œuvre à faire mais pour une réponse à donner à Quelqu’un. Et Le Seigneur depuis 2000 ans a suscité plein de mouvements, d’équipes, de spiritualités, comme une aide pour donner cette réponse. Par l’amitié des équipiers, par leur réflexion, par leur foi , par tel rassemblement, par le moyen qu’il voudra, un jour Le Seigneur nous donnera ce qui nous avait paru inaccessible.

7. Une institutrice raconte qu’elle était chaque jour très touché par la complicité entre un enfant et sa grand-mère qui l’amenait matin, midi et soir.  La façon dont le petit donnait la main à sa grand-mère, leurs regards échangés respirant la confiance. L’enfant passait la majeure partie de ses mercredis en sa compagnie. Un matin, le garçon est accompagné de sa mère. Au premier regard, la maîtresse sent que quelque chose ne va pas. Et le surlendemain, elle apprend que la grand-mère est morte. Lorsqu’ils rentrent en classe à 13h30, l’enfant s’assied, pose la tête dans ses bras croisés sur le bureau et pleure. Les autres s’installent dans un grand silence et attendent… Au bout de quelques minutes, une petite voix pas très assurée se fait entendre : « si on priait ? » Nous disons un « je vous salue Marie »…. Le lendemain, la maman revient avec son fils : « je ne sais pas ce qui s’est passé hier ni ce que vous lui avez dit, mais il est rentré apaisé » souffle-t-elle.  

Et si on priait ?!…

Premier dimanche de carême A 22 février 2026.

Foyer Bon accueil  de Solignac et Saint-Antoine

Frères et sœurs, revoyons chacune des tentations auxquelles le diable a soumis Jésus.

Première tentation. « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »

Dans la tradition d’Israël, on s’interroge sur le jugement qui frappe le serpent au début de la Genèse, ce serpent qui a déformé la parole de Dieu et entraîné Eve à manger du fruit défendu. Dieu condamne le serpent à se nourrir de la poussière du sol. Pourquoi cette condamnation ?  Les rabbins font remarquer que c’est curieux, car s’il y a une chose qui ne manquera jamais, c’est bien la poussière ! Ce n’est pas ceux et celles qui font le ménage de leurs maisons qui diront le contraire… Les sages d’Israël continuent leur réflexion en disant que cela veut donc dire que le serpent aura toujours de quoi manger, et que de ce fait il n’aura jamais faim ; or, concluent-ils, c’est là que réside la malédiction : dans le fait de ne pas avoir faim. C’est le drame de notre époque : tout le monde a de quoi manger, et largement. On est dans la surconsommation. Et on s’en arrête là. Pas de place pour notre vie intérieure notre vie spirituelle. Préservons notre vie spirituelle. Pensons à la vie éternelle, qui n’est pas dite éternelle parce qu’elle n’aura pas de fin. Sinon, on parlerait de vie perpétuelle ! Mais parce que c’est la Vie de l’Eternel dès maintenant.

Deuxième tentation. Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. »

J’ai connu le Père Claude Garnier. Le Père Claude était le plus doux des hommes, le plus bienveillant des prêtres, mais il avait parfois des indignations virulentes. C’est ainsi qu’un jour il déclare avec vivacité : « Vous savez ce dont la France aurait besoin, c’est d’une bonne dictature : cinq ans de dictature, cela remettrait les choses en ordre ». Le Père Rémi, son ami, prend alors la parole « Claude, je suis d’accord avec toi. Mais à une condition … C’est que le dictateur, ce soit toi ! » 

Le seul qui doit régner sur nos cœurs, sur nos vies, sur nos pays, c’est Jésus.

Ne faisons pas comme le Père Eugène… Le père Eugène va bientôt passer l’arme à gauche, et Monsieur le Curé est à son chevet pour lui donner l’extrême onction. Le Père curé le connaît bien. Il le tutoie. Comme le Père Eugène est sourd, il s’approche le plus près possible et lui dit à l’oreille :

 – Avant de mourir, dis ta foi en Notre Seigneur Jésus Christ et renie le Démon.

Mais le père Eugène se tait. Le curé lui demande :

– Allons, père Eugène, quand on quitte ce monde, il faut se préparer et renier le mal pour rejoindre le Seigneur aussi pur que possible…

Pourquoi ne veux-tu pas renier le Démon ?

Le Père Eugène lui dit : ” J’hésite “

– Comment tu hésites. Il est plus que temps de t’abandonner entre les bras de Jésus et d’abjurer le démon.

Alors le vieux, d’une voix chevrotante :

– Tant que je ne sais pas chez qui je vais aller, je ne veux vexer personne.


La blague est jolie – Mais elle est dangereuse. Elle laisse penser qu’aller au Ciel ou aller en Enfer c’est équivalent. Or, nous sommes faits pour le Ciel. La liberté ce n’est pas de pouvoir choisir entre le bien et le mal. C’est précisément de se décider pour le Beau, le Bien, le Juste, le Pur, le Vrai.

Troisième tentation. « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit :Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et :    Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara :
« Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »

Il y avait un homme, dans un bar de l’Alaska, en train de s’enivrer.

Dieu… Il ne voulait plus en entendre parler. Son avion s’était écrasé.

Il a été enseveli, mourant, dans la neige, et a prié Dieu de le sauver, mais non… rien !… Il se sent complètement abandonné. Le barman alors lui dit :

–        Mais tu es là ! Tu as été sauvé !

–        Tu parles ! C’est juste qu’un esquimau est passé par là…

Il se peut que nos prières soient exaucées mais que nous ne nous en apercevions même pas. Nous pouvons interpeller le Seigneur (comme dans les psaumes où le priant n’hésite pas à exposer ses souffrances, son ras-le- bol). Mais en dernier ressort, confiance, confiance confiance dans le Seigneur. Il voit plus loin que nous. Jésus a accepté la croix plutôt que la Gloriole.

On l’aura compris : le diable veut nous détourner de l’essentiel, nous faire passer à côté de la vie éternelle, il veut nous faire miroiter l’espoir d’un homme providentiel ou d’une idéologie qui nous sauverait enfin, il veut nous faire croire que Dieu est indifférent à ce qui nous arrive. Jésus a gagné le Combat pour qu’à notre tour nous soyons vainqueurs et que nous ayons un moral de vainqueurs. Amen !