1er mai 2024 Les métiers de Dieu

De l’évangile selon saint Jean : « L’homme partit annoncer aux Juifs que c’était Jésus qui l’avait guéri. Et ceux-ci persécutaient Jésus parce qu’il avait fait cela le jour du sabbat. Jésus leur déclara : « Mon Père est toujours à l’œuvre, et moi aussi, je suis à l’œuvre. » C’est pourquoi, de plus en plus, les Juifs cherchaient à le tuer, car non seulement il ne respectait pas le sabbat, mais encore il disait que Dieu était son propre Père, et il se faisait ainsi l’égal de Dieu. Jésus reprit donc la parole. Il leur déclarait : « Amen, amen, je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de lui-même, il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement.

Car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait. Il lui montrera des œuvres plus grandes encore, si bien que vous serez dans l’étonnement. »

Ce passage d’évangile n’a pas été retenu par la liturgie ni pour le19 mars ni pour le 1er mai fête de saint Joseph travailleur. C’est dommage. Nous venons d’entendre la parabole de saint Joseph dans le chapitre 5 de l’évangile selon saint Jean.

« Il fait quoi, ton père, comme métier ? » C’est la question classique que les enfants se posent à chaque rentrée des classes. Mais si l’un d’entre eux me demandait quel est le métier de Dieu le Père, je répondrais sans hésiter : « Moi, mon Père, ou plutôt, nous, notre Père, c’est le plus fort : il fait tous les métiers du monde ! » Dieu est le plus grand travailleur de l’univers. Il est à la fois artiste et artisan. À la manière d’un potier, il a « moulé la terre ». Pour faire l’homme, il a pris la glaise du sol et a « modelé » son corps. Il a «drapé» les cieux de nuées comme un tisserand. À la manière d’un architecte ou d’un géomètre, il a fait l’univers avec précision et sagesse : « Mais tu as tout réglé avec mesure, nombre et poids. »  Pour nourrir son peuple au désert, il a mis la main à la pâte. Il s’est fait boulanger et a envoyé la manne. Il s’est même fait chasseur pour Israël en tirant des cailles ! Ce grand roi est aussi un berger qui prend soin de son troupeau et le protège des bêtes sauvages. Dieu le Père apparaît, dans les paraboles de Jésus, comme un vigneron attentionné qui ne délaisse pas sa vigne et va jusqu’à envoyer son Fils pour la garder. Dieu le Père, en effet, n’est pas le seul au boulot : « Mon Père travaille toujours, et moi aussi, je travaille. »

Dieu est à l’œuvre dans sa création, sans cesse en travail. Il ne ménage pas sa peine pour faire notre bonheur et nous ramener à lui. Et nous qui, dans nos déserts, murmurions contre lui ! Nous qui le pensions indifférent à nos épreuves, lointain, inactif, en vacances.

Et maintenant contemplons ce paisible atelier de Nazareth. Une agréable odeur de sciure de bois envahit mon être. Admirable ambiance où se mêlent tout à la fois ordre, travail, joie et efficacité ! Dans un coin, des planches de bois classées par essence. Dans un autre, des madriers dressés, prêts à être débités, associés à de belles poutres empilées avec autant d’art que d’amour. 

Ce bois si bien rangé témoigne de l’amour du travail bien fait, un véritable respect de la matière.

De la poussière de bois jonche le sol telle de la mousse sous un chêne. 

Le bois, c’est aussi un cadeau de la nature. Joseph s’y connait en bois ! Les durs, les tendres, les bois noueux, épineux, … Ceux-ci lui font parfois penser à telle ou telle personne.

Le bois peut être apparenté à la vertu de souplesse ou de politesse. 
Ainsi de quel bois suis-je fait ? Selon les humeurs suis-je dur, tendre, épineux, noueux ? Suis-je toujours dans la résistance face à mon environnement ? Est-ce que je suis prêt à me laisser polir par la vie, par les échanges avec les autres ? Est-ce que j’accepte de me laisser sculpter par d’autres et en particulier par la main du noble artisan de Nazareth ? 

Les compagnons de l’atelier : L’atelier de Saint Joseph est un lieu de consultation, nombreux sont ceux qui viennent y recueillir un avis, un conseil, y discerner une orientation. 

Saint Joseph est toujours disponible pour écouter ceux qui frappent à sa porte. En général et sauf exception, il reçoit en tête à tête, rarement plus d’un visiteur dans l’Atelier. Jésus qui travaille avec Saint Joseph est toujours présent. Saint Joseph sait que Jésus a l’oreille discrète et émet souvent de judicieux conseils. 

Quand la situation est particulièrement complexe, Saint Joseph demande alors un avis à Jésus. Parfois, il lui arrive aussi d’aller chercher Marie. Ils forment ainsi un conseil de famille. Saint Joseph résume la situation du visiteur, celui-ci peut, le cas échéant, compléter ; puis Marie et Jésus après avoir pris un temps de prière silencieux partagent ce qui leur vient sur le cœur. L’un ou l’autre a souvent une motion intérieure, une parole de connaissance ou de prophétie qui débloque la situation.

A force de bien conseiller, cela a fini par se savoir ; si bien que beaucoup se rendent dans l’Atelier comme on se rend dans un sanctuaire pour y recevoir des grâces de salut.

Les compagnons de Saint Joseph et la vertu de l’amitié. Quelle joie d’être reçu dans l’Atelier de Saint Joseph, c’est un vrai privilège que d’être reçu par la père adoptif de Jésus ! De pouvoir parler avec lui, lui confier nos soucis mais aussi lui partager nos joies. En nous recevant ainsi, Saint Joseph nous montre le chemin à suivre pour faire de notre propre travail, de notre bureau, un Atelier béni pour tous les visiteurs qui frapperont à notre porte !

6° dimanche de Pâques B 5 mai 2024

« Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres ».(Jn 13,34)

Que nous dit Jésus avec cette petite conjonction de subordination « Comme » ?

Imitation.

Au premier abord, on pense au  « comme » d’IMITATION, de comparaison, comme on dit : « Il a réussi comme son frère » ou bien « Il agit comme s’il avait vingt ans.» La plus belle définition de l’amour, c’est à Jésus qu’on la doit : « donner sa vie. » Aimer, c’est imiter Jésus. De nouvelles religions ont essayé de naître pendant la Révolution française. Un jour, un certain la Revellière-Lepeaux présentait une communication sur la théophilanthropie à l’Institut de France. La … Théophilanthropie !… C’était en 1797, et Talleyrand qui l’avait écouté avec attention lui fit seulement remarquer : « Je n’ai qu’une observation à vous faire : Jésus-Christ, pour fonder sa religion, a été crucifié et est ressuscité. Vous devriez tâcher d’en faire autant. » Jésus est notre modèle.

Intensité.

Il y a aussi le  « comme »  qui marque l’INTENSITE  : « Comme c’est beau ! » « Comme c’est joli ! » « Comme il court vite ! » « Comme ses lettres sont gentilles ! » « Comme il nous a aimés ! »  C’est l’émerveillement. On n’en revient pas. Un prêtre de mon diocèse a cueilli un jour cette belle expression d’une personne qui venait à la sacristie pour lui donner une messe à célébrer : « Vous savez , monsieur le curé, il faut être large. Large comme la croix. » . Si on veut êter large come la croix, il faut viser l’Universel, le Gratuit, sans condition. Le Durable (On est devenu spécialiste des coups de coeurs : au moment du téléthon, « quand  on le sent »  comme on dit. C’est bien mais ça ne suffit pas. Il faut demeurer dans l’amour.  Il y a les deux idées :d’abord l’idée d’habiter l’amour, y être comme chez soi et puis l’idée de durer, persévérer, tenir bon. Il faut viser aussi l’inventif ; Qui aurait imaginé la croix pour sauver le monde ? Le Seigneur Esprit-Saint nous soufflera des idées. Aimer c’est tout donner et se donner soi-même. Le pape Jean-Paul Ier parlait d’un  amour sans prétention  . C’est généralement le seul à notre disposition. Je n’ai jamais eu la chance de me jeter dans les eaux tumultueuses pour sauver un noyé ; mais souvent on m’a demandé de prêter quelque chose, d’écrire une lettre, de donner de modestes indications. Je n’ai jamais rencontré de chiens enragés sur mon chemin ; mais souvent des mouches et moustiques ; je n’ai jamais reçu de coups de bâtons de la part de persécuteurs, mais souvent j’ai été dérangé par des cris dans la rue, le volume excessif de la télévision ou le bruit que font certains en mangeant la soupe. Jésus est notre référence.

Conséquence

Il y a aussi le  « comme »  de CONSEQUENCE : « Il était là, comme quoi, on a bien fait de compter sur lui » « Comme il arrive demain, il faut préparer la chambre. » Ce « comme » signifie « parce que, du fait que. » Ce « comme » est un élan, une rampe de lancement.  Parce qu’il nous a aimés, parce qu’il a commencé le premier, on peut y aller franco. une anecdote.   Un jour, un employé, en ouvrant la porte d’un ascenseur, voit un enfant de sept ans, blotti par terre, son cartable sur le dos. – Mais que fais-tu là ? La réponse inattendue fuse aussitôt : – « Je ne fais pas le poids ». Il réalise alors que cet ascenseur est « étudié » pour qu’un utilisateur pesant moins de 25 kg ne puisse pas s’en servir. Après être monté avec l’enfant à son étage, les idées vont bon train dans sa tête car tout événement surprenant suscite réflexion : Quel adulte ferait le poids pour s’élever au plus haut du ciel ? Aucun être humain ne peut prétendre rejoindre Dieu si celui-ci ne vient pas le chercher, se mettre à ses côtés, pour le hisser jusqu’à lui. Jeune ou vieil écolier de la vie, redisons-nous : «  je ne fais pas le poids ». Alors ne cherchons plus à nous élever par nos seules propres forces, mais, blottis comme un enfant,  mettons notre confiance dans celui qui nous élèvera. Jésus est notre Sauveur.

Contenu

Après les « comme » d’imitation, d’émerveillement, et de conséquence, il en reste un quatrième, le « comme » de CONTENU. « Qu’est-ce que vous prendrez comme dessert ? » « Comme bagage, il avait un sac. » « Qu’est-ce que vous avez comme voiture ? »  Un dessinateur a tout résumé dans une page d’une revue chrétienne. On voit deux médecins en blouse blanche en train d’ausculter le globe terrestre marqué par la haine, le racisme, les purifications ethniques, les tortures, l’avortement, etc. « Votre avis cher collègue ? » « C’est grave, il faudrait une greffe du coeur de toute urgence ! » « Une greffe du coeur ? » dit l’autre. « Mais j’y pense, nous avons un donneur ! Il n’attend même que cela depuis 2000 ans ! » Jésus est notre nourriture. Un enfant interrogé par le Père curé sur ce que sa première communion allait lui faire, a répondu : « Je vais pouvoir me donner à Jésus ».

Comme provisions pour aimer le monde, nous pouvons puiser en Jésus.

Jésus qui va même jusqu’à dire : Celui qui croit en moi fera des œuvres plus grandes que moi parce que je vais vers le Père … qui vous donnera l’esprit de Vérité » (Jn 14, 12…17)

Solennité de l’ASCENSION 2024

Frères et sœurs,

Et si, pour notre méditation, nous nous arrêtions juste sur le mot Ascension !?

Ce mot peut très bien définir le programme de vie du chrétien. La vie comme une ascension. Et ceci jusqu’au bout !

L’homme peut monter très haut, au contraire de l’animal qui ne peut pas progresser : l’hirondelle construit le même nid depuis la nuit des temps ; l’abeille ne varie pas la conception des alvéoles de sa ruche.  L’homme, lui, peut monter très haut ; il peut aussi tomber très bas. Il est appelé par Le Seigneur à une Ascension. Cette ambition est rappelée tous les jours à la messe : ELEVONS NOTRE COEUR.

La vie doit ressembler à une course en montagne. Le sommet : vous connaissez peut-être la devinette : quel était le plus haut sommet de la terre avant que l’on ne découvre l’Everest ? (… !) C’était l’Everest. On ne le savait pas, on ne le connaissait pas mais c’était le plus haut sommet 8848,86 m ! De même, on ne le voit pas, beaucoup ne le savent pas ou ne veulent pas le savoir, et pourtant, le sommet à atteindre pour tout le monde c’est le Ciel.  

Ce n’est pas le registre de l’alpinisme mais un prêtre a cette belle expression : « Le jour où je pourrai expliquer à un poisson qui vit dans un bocal d’eau douce ce qu’est l’océan, je pourrai expliquer le Ciel ». « La Trinité c’est un Océan d’amour sans rivage et sans fond » disaient les Pères de l’Eglise.

Or, qui peut nous conduire au Ciel ?  La réponse est bien exprimée dans l’épitre aux Hébreux (9,24) « Le Christ n’est pas entré dans un sanctuaire fait de main d’homme, figure du sanctuaire véritable ; il est entré dans le ciel même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu ». […] (10,19) « Frères, c’est avec assurance que nous pouvons entrer dans le véritable sanctuaire grâce au sang de Jésus :  nous avons là un chemin nouveau et vivant qu’il a inauguré en franchissant le rideau du Sanctuaire ; or, ce rideau est sa chair. »


Comme en montagne, l’aventure vers le Ciel suppose qu’on ait mis toutes les chances de son côté : équipement adapté, entraînement, équipier bien choisi et nourriture substantielle.

– Equipement : celui de l’alpiniste est très diversifié et il faut éviter de s’encombrer de poids inutile. Par contre il faut absolument :
. une boussole, pour garder le cap même s’il y a du brouillard. L’évangile.
. des lunettes pour bien voir le paysage et éviter d’être gêné par la réverbération. Dans l’aventure vers le Ciel nos lunettes à regarder le monde  doivent être teintées aux couleurs de l’émerveillement et de l’espérance.
. des crampons pour ne pas dévisser sur les pentes glissantes ; il nous faut le sens des responsabilités, la conviction que les devoirs sont inséparables des droits, le discernement, l’indépendance d’esprit. (Dans le désordre actuel des idées, le discernement permet de distinguer le vrai du faux, le beau du laid, le bien du mal). (L’indépendance d’esprit évite de penser ou d’agir comme tout le monde).

– Entraînement : dans la vie, comme dans les Alpes, il y a tout intérêt à commencer à grimper jeune ou progressivement. Savoir, par exemple, dire non, à 10 ans, à la tricherie scolaire peut nous préparer à refuser plus tard de céder à la tentation de l’adultère ou des fausses factures.

– Equipiers : Dans la vie, comme dans la montagne, il est déconseillé de partir seul. Chacun a besoin d’équipiers qui soient capables de l’encourager durant la montée, de le retenir s’il trébuche, de l’aider, le cas échéant à se sortir d’un mauvais pas   Il faut s’accorder, s’encorder solidement, en laissant assez de mou pour que chacun se sente libre tout en assurant l’autre. Ce qui est beau c’est que l’on ne sait pas qui guide l’autre Est-ce que ce sont les parents qui élèvent le bébé ou le bébé qui les « élève » ? Est-ce que ce sont les petits-enfants qui soutiennent la mamy qui n’a plus toute sa tête ou la mamy qui les recentre sur l’essentiel ? Est-ce que c’est l’ « éduc spé » qui aide la personne porteuse de handicap ou est-ce la personne à particularités qui ouvre des chemins imprévus ?

– Nourriture : En montagne on consomme beaucoup d’énergie. Dans la vie aussi. Il faut donc reconstituer périodiquement nos réserves spirituelles : prière, lecture de la Parole, sacrements. Une vie spirituelle intense sérieuse nous aide en même temps à  recaler notre boussole   ; à  désembuer nos lunettes   ; à  aiguiser nos crampons .
JESUS : il est tout à la fois
le sommet (le ciel c’est Jésus, être avec Lui) ;
la boussole (se laisser attirer par son pouvoir  aimant  ) ;
les lunettes (entrer dans son regard) ;
l’entraîneur (conseiller, avocat, guide, ami, confident) ;
l’équipier ; et même la nourriture (Eucharistie, Parole).
AVEC LUI, ELEVONS NOTRE COEUR, TOURNONS-LE VERS LE SEIGNEUR. AMEN

Dimanche 12 mai 2024 Les Douze

Frères et sœurs, pourquoi était-il si important que Judas soit remplacé ?   On connaît le mot d’Alfred Loisy, à la fin du XIX° : « Jésus a annoncé le Royaume, et c’est l’Eglise qui est venue ». On l’a souvent compris comme une ironie : on attendait un avènement formidable, et on nous a confectionné une institution rabat-joie. Or on voit dans l’évangile que pour Jésus la première urgence c’est de constituer son Eglise.

La constitution de la hiérarchie de l’Eglise dans l’évangile est décrite dans des lignes d’une densité, d’une précision et d’une sobriété bouleversante. Saint Luc précise que Jésus avait passé la nuit en prière. Parmi les disciples, il appelle à Lui ceux qu’il veut. Jésus agit souverainement. Il institue les Douze.  Instituer : le verbe est très fort. Il institue les Douze comme plus tard en Gaule, on instituera le Onze tricolore ou le Quinze de France. Il ne les crée pas seulement pour son temps. Mais pour des générations et des générations. Et puis il ne faut pas se limiter trop précisément au chiffre en lui-même. Il y a aussi les remplaçants. Un jour Matthias remplacera Judas. Pourquoi Douze ?  Parce qu’il fallait que l’Eglise repose sur douze «colonnes»  comme le Peuple de la Première Alliance reposait sur les douze fils de Jacob. Jésus dit clairement qu’il est Dieu qui fonde le peuple de la Nouvelle Alliance. Nous sommes dans une paroisse à Marseille. Monsieur le curé visite le groupe de catéchisme de CM1 de madame S. Après avoir salué la catéchiste et les enfants et fait le moment de prière, monsieur le curé leur pose quelques questions. – « Les enfants, pourquoi l’Eglise de Jésus, c’est du solide ? Elle dure depuis 2000 ans et elle continue de se développer. » Etienne lève le doigt pour répondre. – « Oui, Etienne, pourquoi l’Eglise c’est du solide » ? – « L’Eglise c’est du solide, parce que Jésus l’a bâtie sur Ciment-Pierre »…

Pourquoi constitue-t-il les Douze apôtres ? Pour l’aider, pour le seconder, pour le représenter, pour le rendre présent. Sans doute. Mais d’abord « pour qu’ils soient AVEC LUI ».

Celui qui est appelé à être apôtre doit d’abord entrer en intimité avec Jésus, rester en communion avec lui, après seulement il pourra prêcher, et chasser les esprits mauvais. Au fond, l’apôtre doit rester disciple, c’est-à-dire un éternel étudiant toujours à l’écoute du Maître. La Bienheureuse Elisabeth de la Trinité demande au Seigneur la grâce d’être toujours « enseignable » afin d’apprendre tout de lui …

Pourquoi l’Eglise ? Pour que nous ayons en permanence Jésus.  Justus et Mathias ont été proposés parce qu’ils ont vécu avec Jésus jour et nuit pendant trois ans, et surtout parce qu’ils ont « mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts ». L’Eglise est uniquement basée sur l’expérience des apôtres. C’est pourquoi elle est dite « apostolique », et pas onirique (du rêve) ou  idéologique (un système de pensée). Elle traverse les siècles pour nous donner Jésus. Car en fait, le Royaume de Dieu, c’est Jésus !

Mais que fait Jésus ? La réponse est dans l’évangile : Il « se (sanctifie) (sacrifie) consacre lui-même, pour que nous soyons (sanctifiés)(sacrifiés) consacrés ».

Qu’est-ce que ça signifie ? Jésus est comme un alpiniste qui a ouvert une voie que l’on croyait infranchissable. Il y a laissé sa vie mais il s’est sorti de la mort.  Saint Basile dit que grâce à Jésus nous gagnons la « citoyenneté céleste ». Si je m’unis à lui, je pourrais moi aussi passer en Dieu. « Sacrifier » vient de « sacrum facere » : « faire saint », au fond c’est «  faire divin, faire passer en Dieu ». Depuis 2000 ans, cette consécration des hommes se fait par les sacrements. Le premier : le baptême. Parce que nous naissons tous avec un manque. Nous sommes incapables de connaître le Vrai Dieu. Le baptême nous ré-oriente vers Lui. La confirmation vient confirmer cette aptitude à nous unir au Vrai Dieu.

Jésus « recycle » tout : nos performances en les introduisant dans son action de grâces. Nos péchés en les prenant sur lui. A condition que nous lui donnions tout. Les anciens disaient « mon Dieu je vous l’offre ». A la messe, nous unissons nos vies à la Vie, à la Passion, à la mort de Jésus pour son Corps qui est l’Eglise. « Aimer c’est donner sa vie ». Donner de soi. Se donner soi-même. Jour après jour tout donner. Sans arrière-pensée, sans condition.  Mgr Rey Dominique à Paray le Monial a fait rire aux éclats les 5000 participants à la session réunis sous le chapiteau en disant « Je vais vous poser une question d’ordre gastronomique ». Dans une omelette, quelle est la différence essentielle entre les œufs et les lardons ? Grand silence : « Eh bien, dit-il, les œufs sont un cadeau de la poule, les lardons sont le cochon lui-même. La poule donne ses œufs. C’est très bien. Mais le cochon, lui, se donne lui-même. Alors vous allez penser que je vous invite à aimer comme un cochon ? Oui. C’est bien de donner ce que nous avons. C’est encore mieux de donner ce que nous sommes. Amen.

Solennité de Pentecôte 2024

Et si nous écoutions attentivement saint Paul quand il dit aux Galates  « Frères, je vous le dis : marchez sous la conduite de l’Esprit Saint, et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair. Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit. » ?

Chair Esprit Esprit Chair, cela nous paraît peut-être un peu complexe. Alors ne retenons que l’explication : « On sait bien à quelles actions mène la chair : inconduite, impureté, débauche, idolâtrie, sorcellerie, haines, rivalité, jalousie, emportements, intrigues, divisions, sectarisme, envie, beuveries, orgies et autres choses du même genre. » Saint Paul est très clair : «  Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait : ceux qui commettent de telles actions ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu. »  L’enjeu est de taille ! On joue son Ciel !  « Mais voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit. »

Prenons chacune des actions auxquelles mène la chair.

Inconduite :  c’est se mettre en dehors des clous.

Impureté : c’est tout ce qui concerne la « ligne de flottaison » (… !) Est-ce que je me laisse mener par « la ligne de flottaison » ou bien est-ce que je supplie le Seigneur de la gouverner ? Est-ce que je prends les moyens de maîtriser inter-pas-net ou « internénette », ou pas ? 

Débauche : il n’y a qu’un pas de l’impureté à la débauche, tant il est vrai que notre époque a vite fait d’appeler bien le mal.

Idolâtrie : un prêtre prédicateur de retraite allongeait sur la table devant lui un beau crucifix. Il le laissait admirer par les retraitants puis il mettait dessus un billet de 100 euros. Et maintenant, lequel voyez-vous en premier ? l’idolâtrie c’est se choisir un dieu à notre mesure, à notre portée, bien rassurant, commode, pas dérangeant :   l’argent mais aussi la science, le pouvoir, le magnétisme.

Juste après, saint Paul cite justement la sorcellerie : nous ne sommes pas bêtes à aller offrir un poulet chez un sorcier vaudou… ! quoique ? Mais on nous parle de magnétiseur, de radiesthésiste, de coupeur de feu, et aussitôt on tend l’oreille ; alors que Jésus n’a pas forcément notre adhésion aussi rapidement.

Haine : comme il est facile de laisser monter en nous ce sentiment, de le laisser s’installer prêt à bondir dès que l’émotion de l’agression revient.

Rivalité : au lieu de voir les autres comme nos complémentaires, nous les voyons comme des concurrents. Ils nous font de l’ombre.

Jalousie : On nous a dit 100 fois « comparaison = poison ». Dès qu’on se compare, on prend un peu de poison mortel. Et pourtant on continue !

Emportements : il est bien plus facile de céder à la colère que d’aller puiser dans le Seigneur de la consolation et de la paix. « Si je suis énervé, c’est de ta faute ! »

Intrigues : on se complait dans les interprétations sans fin.

Divisions :  semer la zizanie ou plus trivialement la m.e.r.d.e., ça nous connaît.

Sectarisme : c’est tellement facile de fonctionner par « sphères », par esprit de clochers, de s’affilier à tel ou tel gourou bien en vue sur les media. Or il faut faire attention de ne pas se gourer de gourou !

Envie : nous sommes dans une société qui fait marcher du matin au soir la machine aux envies. Rien ne nous satisfait. La nouveauté de ce soir sera une antiquité demain matin.

Beuveries et orgies… Pas besoin de commentaire.

Les fruits de l’Esprit sont beaucoup moins nombreux mais tellement plus attrayants !

L’amour : quelle grâce de donner de soi-même. Quelle inventivité le Seigneur Esprit-Saint suscite !

La joie : c’est la seule chose que l’on peut donner , … même si on n’en a pas ! Exemple : le clown ; il peut être triste et pourtant donner beaucoup de joie ! u

La paix : en soi-même, avec les autres. Gardien de la Paix : c’est une très belle vocation !

La bonté : On nous dira que bon ne s’écrit pas avec un « c ». Mais Le Seigneur Esprit-Saint nous apprend que pour être bon, il faut tout de même un petit peu de candeur, un peu de naïveté, et beaucoup d’espérance.

Patience : « supportation » disent les Italiens. Capacité d’encaisser et ténacité.

Bienveillance : on aurait dû traduire « bien-voyance » : capacité à voir le bien, à repérer les bons côtés de la personne et les lui dire. C’est la meilleure façon de la voir progresser.

Fidélité : le mot vient de « fides » la foi. Entretenir la confiance. C’est une plante fragile mais tellement précieuse !

Douceur : « Heureux les doux », pas les mous ; il faut être très fort pour être gentil, délicat, tendre, attentionné !

Maîtrise de soi : c’est la liberté intérieure.  Etre capable de dominer les tentations, ses instincts, ses passions.

On le voit bien : le Seigneur Esprit-Saint, l’Assistant de Jésus qui lui a permis d’aller sur l’Everest de l’amour, veut être aussi notre maître d’apprentissage. En ce jour de Pentecôte, signons ou renouvelons notre signature pour obtenir un jour notre C.A.P., notre Capacité d’Aimer en Plénitude. Amen !

Lundi de Pentecôte: 20 mai 2024 Marie Mère de l’Eglise

Il y a au moins quatre Marie dans l’Evangile.

Marie, la sœur de Marthe : celle qui reste aux pieds du Seigneur pendant que sa sœur s’active en cuisine. Marie est figure de la femme qui boit les paroles de Jésus. Marie, sœur de Marthe peut   être une image de l’Eglise qui a faim de la Parole de Dieu. Quelle place tient la Parole de Dieu dans ma vie active ?

Il y a une autre Marie,  beaucoup plus effacée et même inconnue, c’est la femme de Cléophas : elle n’est nommée qu’une fois : au pied de la croix, dans st Jean, avec d’autres femmes qui s’appellent d’ailleurs presque toutes Marie. Or, Cléophas, c’est l’un des disciples d’Emmaüs que Jésus rejoindra le dimanche de Pâques, Ressuscité. Ce que je suppose, (plus pour les besoins de cette catéchèse que pour défendre une vérité historique !) c’est que Cléophas est parti de Jérusalem avec sa femme. Et donc que Marie est ce deuxième disciple. Après tout, personne n’a dit que c’était un homme ; on parle juste de disciples. Déjà qu’il abandonne Jésus, on peut supposer qu’il n’abandonne pas, en plus, sa femme ! En tout cas, ça enrichit notre image de l’Eglise. Cette Marie-là est donc figure avec son époux de ceux qui ont peur de la croix et de la souffrance, mais que le Seigneur vient rejoindre pour les faire passer de la peur à la foi. Ainsi, cette Marie avec son mari ( !) sont la figure de ceux à qui Jésus ressuscité révèle comment Il est présent dans nos souffrances,  dans nos fuites, dans nos peurs. Il est le Pain de Vie. Il est l’Eucharistie, la force des faibles, la puissance des croyants. C’est en ce sens que nous avons tous besoin de l’Eglise ! Pour connaitre Jésus Ressuscité réellement présent dans la vie sacramentelle !

Il y a aussi Marie-Madeleine à qui Jésus Ressuscité va apparaitre en premier le matin de Pâques, devant son tombeau. Elle a été libérée par Jésus et elle devient LA fidèle numéro un de Jésus. Et même l’Apôtre des Apôtres. C’est à elle que Jésus demande d’aller voir ses frères ! Car sa rencontre a transformé toute sa vie et toute sa foi.

Pour se sortir d’une addiction, d’un péché récurrent, il faut une immense révélation, une immense rencontre. Le changement de vie de Marie-Madeleine va être la conséquence de sa rencontre avec Jésus et non sa condition. Il ne faut pas attendre d’être sans péché pour  connaitre Jésus. La nouvelle vie de Marie est possible parce qu’elle a rencontré le Christ. Ainsi Marie-Madeleine peut aussi être image de notre Eglise : d’une part parce qu’elle est pécheresse. Et d’autre part parce que sa rencontre avec le Christ la transforme totalement. Nous avons tous une rencontre nouvelle à vivre avec le Christ.

Et enfin Marie, LA mère.  Sainte Marie. A la fois mère du Christ, épouse de st Joseph et figure de la nouvelle Eve. A Cana comme à la croix, Jésus appelle sa mère : « femme ». Ça ne peut évidemment pas être une injure ou un manque d’affection, c’est donc un titre. Marie reprend le flambeau et le titre donné à Eve (« celle-ci sera appelée : femme »). Mais en l’inversant : Celle qui est saluée par le « Ave » de l’ange est Eva. Au pied de la croix, elle naît à une nouvelle vie qui vient du nouvel Adam, Jésus. Jésus inverse le geste de la première Eve qui avait donné à manger à Adam. Et Jésus, nouvel Adam, va donner à manger à la nouvelle Eve, le fruit de l’arbre de vie qu’est la croix : son propre corps. Et, dans la souffrance de ce Oui de son Fils, Marie dit son 2ème OUI au Père : « Je suis encore, au pied de la croix, la servante du Seigneur, qu’il soit fait selon la Parole de mon Fils ». En ce sens elle est bien notre mère, elle est l’Eglise-mère de tous les disciples de son Fils. Notre Mère !

« Dès cette heure, le disciple l’accueillit chez elle… » dit saint Jean. Cette parole concerne Marie pour saint Jean, mais elle concerne l’Eglise pour nous. Nous sommes invités à prendre l’Eglise chez nous, à la préférer. Non pour l’idolâtrer, juste pour se sentir aimée d’elle. Pour qu’elle nous câline comme une mère !

Aujourd’hui, faisons le plein de cette sainteté de l’Eglise. Car il n’y a pas deux Eglises : celle des pécheurs et celle des saints, celle de la terre et celle du Ciel, celle des tradis et celle des modernes. Il n’y a qu’une seule Eglise ! Elle est mariale. On ne peut tenir l’une que si on tient l’autre. On ne peut tenir à l’une que si on tient à l’autre. On ne peut en accepter une que si on célèbre l’autre. Elle est un grand mystère de péché recouvert par un plus grand mystère de grâce. La grâce de la Vierge Marie, c’est de porter en son Assomption, cette Eglise dans la sainteté de son Fils.

FETE DE LA SAINTE TRINITE

 (Vals le samedi soir. Polignac le dimanche matin : premières communions et baptêmes de Giulio et de sa petite soeur de quatre ans Lise)


On a demandé récemment à des étudiants de Sorbonne ce qu’est la Trinité… Beaucoup n’ont pas su répondre et certains ont même dit qu’il s’agissait de la devise républicaine : « Liberté, Egalité, Fraternité » !…

Non pas problème à résoudre mais mystère à contempler !

Certains pensent qu’il s’agit d’un problème d’arithmétique.

Comment résoudre l’équation 1 + 1 + 1 = 1, 1 = 3 ? Notre Dieu s’appelle Trinité (= « trois et unité ») mais quitte à mettre Le Seigneur en équation, il vaudrait mieux dire que un = un « multiplié par » un « multiplié par » un (1 x 1 x 1 = 1). L’Amour du Père se multiplie par l’Amour du Fils qui est lui-même multiplié dans l’Amour du Saint-Esprit.


Certains pour le comprendre donnent des images.

Quand j’étais en CM1 (à cette époque, on parlait encore de la classe de 8ème), le catéchiste nous avait dit que la Trinité c’était comme l’électricité qui produit trois énergies différentes : la lumière, la force, la chaleur. Cela m’avait éclairé (c’est le cas de le dire !). J’ai compris plus tard au séminaire que ce n’était pas très juste.. Père, Fils et Saint-Esprit désignent bien trois Personnes et non pas trois « fonctions » d’un même Dieu. On utilise l’image du triangle qui, dès qu’il existe, a ses propriétés. Dés que vous dessinez un triangle, vous savez que la somme de ses angles est égale à 90 degrés, par exemple. De même, le Père n’était pas avant le Fils. Ils sont. Eternels. S’il faut des images, les meilleures sont celle du credo : Le Fils est vrai Dieu né du vrai Dieu, lumière née de la lumière, mais jamais le Père n’a été sans le Fils ni sans le Seigneur Esprit-Saint.


Si je suis chrétien c’est à cause de la Sainte Trinité.

Parmi les prêtres qui sont partis missionnaires dans un pays lointain, il y en a un qui restera célèbre : le Père Montchanin. Il est resté plus de cinquante ans en Inde, à une époque où les liens avec la France étaient rares. Cela veut dire qu’il avait épousé la langue et beaucoup de coutumes et d’habitudes du pays. Il appréciait toutes les richesses de la culture indienne et particulièrement la sagesse des religions bouddhiste et hindouiste… Eh bien, le Père Monchanin disait à la fin de sa vie : « Si je suis chrétien, c’est à cause de la Trinité ». Il disait aussi : « L’adoration de la Trinité, c’est notre but unique, notre unique désir ». Pourquoi ? Nous baignons dans la Sainte Trinité
En fait, là encore, la pratique est beaucoup plus simple que la théorie. Chrétiens, nous professons tous les jours notre foi en la Sainte Trinité. Dès que nous faisons le signe de la croix. Nous ne répétons pas : au nom du Père, au nom du Fils et au nom du Saint Esprit car les trois ne font qu’un. Nous ne mettons pas « au nom » au pluriel (« aux noms »). Et surtout nous disons notre désir d’être enveloppé de la tête aux pieds et de gauche à droite, de l’Amour qui unit le Père, le Fils et le Saint Esprit. Et ainsi toute la vie en Eglise porte l’empreinte de notre foi trinitaire.

Un océan d’Amour sans rivage et sans fond qui s’est « christallisé » en Jésus.
Croire en la Trinité, cela se fonde essentiellement sur deux grandes vérités :  1. Dieu est Amour , tendresse infinie, un océan sans rivage et sans fond de miséricorde.

2. Jésus est Dieu. Pour comprendre le mystère de la Sainte Trinité, il faut donc utiliser à fond les capacités de notre intelligence. Mais cela ne suffit pas : notre foi ce n’est pas uniquement l’adhésion à un catalogue d’articles à digérer coûte que coûte, mais c’est aussi la confiance en quelqu’un qui est abîme de tendresse. Le grand saint Augustin, quand il parlait de la Trinité, disait : « Amenez-moi un amoureux, il comprendra ». Et si possible un amoureux qui l’est resté après cinquante ans de mariage… ! Car l’amour n’est pas sentiment furtif, mais l’amour est Don de soi et Accueil.

Une jeune femme musulmane qui s’appelle Fatima avait rencontré Jésus. Elle s’était préparée pendant trois ans au baptême. La veille de son baptême, le prêtre lui demande : – Comment appelles-tu Dieu aujourd’hui, Fatima ? – Allah. – Et demain à partir de ton baptême ? Ses yeux se sont illuminés et dans un immense sourire, elle a dit : – « Demain, je l’appellerai Papa ! – Et pourquoi ? Elle a eu cette réponse merveilleuse : – Je l’appellerai Papa parce que Jésus l’appelait Papa et moi, par le baptême je serai kif-kif avec Jésus ». – Et encore ? – Parce que je serai kif-kif avec Jésus, j’aurai droit à sa maman, la Vierge Marie – Parce que je serai kif-kif avec Jésus, j’aurai droit à sa Famille, l’Eglise. – Parce que je serai kif-kif avec Jésus, j’aurai droit à l’esprit de la Famille, le Seigneur Esprit-Saint.

Il y a deux mille ans, quand Jésus a dit à ses apôtres : portez l’évangile partout sur la terre, baptisez-les au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ! il pensait déjà à nous, pour nous immerger dans l’amour de la Trinité. Amen !

V 31 mai 2024- Fête de la Visitation

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 1, 39-56) : «En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !   Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. »

Pourquoi la Vierge Marie enceinte du petit Jésus est-elle partie immédiatement chez sa cousine Elisabeth ? Et qu’est-ce qui, pour nous, est imitable dans cette démarche ?

. Est-ce que c’était pour vérifier ce que venait de lui dire l’ange Gabriel ? C’est vrai qu’à cette époque il n’y avait pas d’échographie, et que pour soutenir notre foi, nous avons besoin de signes. Et le Seigneur nous en donne. Marie n’a pas dit : « Moi qui suis la reine des mystiques, je suis bien au-delà de ces signes » Non, elle vit de foi ; elle est la mère des croyants. Elle accueille ce signe qui va la soutenir pour traverser les épreuves à venir : le massacre de saints innocents, la fuite en Egypte, etc etc…

.Est-ce que c’était pour  rendre service à sa cousine âgée ? Elle est la Servante. Une catéchiste demandait aux enfants ce qu’avait répondu la Vierge Marie à l’ange Gabriel ; un enfant d’une famille aisée avait répondu qu’elle avait dit « Je suis la …bonne ». Dieu ne la prend pas comme boniche ; elle sert le Projet de Dieu.  Mais ce Service avec un grand « S » va passer par des services très humbles. La première à servir c’est Elisabeth ; elle y va.. La présence de la petite Marie a dû ensoleiller, et faciliter beaucoup, les derniers mois de cette grossesse sans doute difficile. Marie est pour nous un modèle d’esprit de service. Notre foi doit se traduire dans un amour inventif.

. Mais la première raison de ce voyage de 150 kilomètres environ et de ce séjour prolongé à Aïn Karem, tout près de Jérusalem, c’est la sanctification du petit Jean que l’on surnommera « le Baptiseur ». C’est tout le sens de la mission chrétienne. Pourquoi La Vierge Marie est-elle partie en toute hâte ? Elle-même n’aurait peut-être pas pu le formuler. C’était un impératif divin, une nécessité dans le Souffle de l’Esprit-Saint. Demandez donc aux catéchistes, aux membres de l’aumônerie de l’hôpital, aux animateurs du C.P.M., à tous ceux qui font œuvre d’évangélisation directe : ils auront du mal à expliquer pourquoi précisément eux. La seule réponse c’est : parce que Dieu le veut.

            Qu’est-ce que nous avons à transmettre ? Des commandements ? Des valeurs ? Nous avons d’abord à porter Jésus. Parce que dans tout enfant du caté même le plus turbulent, dans toute personne malade même la plus révoltée, dans tout fiancé même le plus critique sur la morale de l’Eglise, il y a un petit Jean-Baptiste qui sommeille et qui attend Jésus.

            C’est très exactement notre mission : porter Jésus. Et lorsque nous nous jetons à l’eau, nous sommes toujours surpris, car, en fait, il nous précède… Dans les années 77, à la fin d’une récollection sur l’urgence de l’évangélisation, une jeune fille timide demande au Père Aubry, homme de Dieu qui n’y allait pas par quatre chemins : Moi aussi, je voudrais témoigner, mais j’ai peur… – « Comment êtes-vous venue ? » – « En bus » – « Donc en rentrant par le bus, parlez de Jésus à la première personne qui s’assied à côté de vous… » C’était un dimanche après-midi, il n’y avait pas grand monde, elle pria pour que personne ne vienne s’asseoir à côté d’elle ! Mais un homme mûr finit par s’installer sur le siège voisin. Les yeux fermés, elle pria longuement encore pour être inspirée… ou dispensée par le départ de l’homme ! En vain ! Alors sans ouvrir les yeux, elle osa : « Connaissez-vous Jésus ? » Silence. Elle perçut que l’homme pleurait. Elle parla sur la prière et la miséricorde puis descendit. Elle ne sut jamais ce que devint l’inconnu. Mais quant à elle sa vie changea. Elle fut une des premières à fonder des groupes de prière charismatique en Afrique.

Nous avons à  porter Jésus. Les prêtres. Mais aussi les mamys de 80 ans même à toute extrémité… C’est Jésus qui fait la mission, il fait du bon travail. Nous ne sommes pas sauvés par une Loi, par des valeurs, mais par le Don du Fils de Dieu, de proche en proche.