2° dim. Pâques 7 avril 2024 Dimanche de la Miséricorde

            Frères et sœurs, on raconte que le célèbre peintre allemand Albrecht Dürer a connu une jeunesse difficile. Il partageait son logement avec un camarade qui, lui aussi, maniait habilement le pinceau. L’argent manquait, ils ont donc décidé que l’un accepterait n’importe quel travail manuel pour assurer leur subsistance commune pendant que l’autre se livrerait à son art. Puis, on inverserait les rôles. Le camarade de Dürer trouva un emploi de domestique : couper le bois, porter l’eau, balayer les planchers, étriller les chevaux dans une auberge. Pendant de temps, Dürer était à ses toiles. C’était maintenant au tour de l’ami de prendre les pinceaux. Une terrible déception l’attendait : ses doigts s’étant habitués aux durs travaux ne savaient plus dessiner. Un soir que Dürer rentre après sa journée de travail, il entend comme un murmure. Il ouvre doucement la porte et voit son camarade à genoux qui étend vers Dieu ses mains noueuses et engourdies. Dürer en ressent une profonde émotion : «Le monde doit savoir ce que mon ami a fait pour moi», se dit-il. Et il esquisse les mains qui s’étaient sacrifiées pour lui, un tableau qui est devenu célèbre. Huit jours après sa résurrection, Jésus dit à Thomas : «Regarde mes mains et ne sois pas incrédule, mais croyant». On sait que dans le langage des signes pour les malentendants, pour dire Jésus, on montre les stigmates des trous dans la paume des mains. La Miséricorde de Dieu, on la contemple dans les mains de Jésus.

Maintenant, la miséricorde, Il faut la rendre visible.  Le péché de saint Thomas c’est de n’avoir pas été là et d’avoir voulu croire ses cinq sens plutôt que ses dix frères. Et à cette occasion, on peut remarquer que Jésus n’a pas choisi dans l’homogénéité. Son équipe est hétéroclite, c’est un drôle d’attelage, un drôle de « commando évangélique » ! A vue humaine, il était impossible que ces hommes restent ensemble plus de cinq minutes.

Jésus les fait douze. Laissés à eux-mêmes, ils se seraient joyeusement étripés. Nous aussi, nous sommes très dissemblables. Nous sommes invités à un certain partage de vie.  Les Pères apostoliques invitent sans cesse à la concorde fraternelle.

Saint Thomas a évangélisé la Syrie et la Perse puis l’Inde occidentale mais nous n’avons pas de parole de lui durant cette période. Alors rappelons le témoignage de saint Ignace d’Antioche. C’est un évêque. On l’emmène à Rome pour le juger et lui faire subir le martyr. Il écrit aux chrétiens : « Laissez-moi être la pâture des bêtes, par lesquelles il me sera possible de trouver Dieu. Je suis le froment de Dieu, et je suis moulu par la dent des bêtes, pour être trouvé un pur pain du Christ […] Implorez le Christ pour moi, pour que, par l’instrument des bêtes, je sois une victime offerte à Dieu. Je ne vous donne pas des ordres comme Pierre et Paul : eux, ils étaient libres, et moi jusqu’à présent un esclave. »

Avant les dents des bêtes sauvages, saint Ignace a fait l’expérience d’autres dents qui l’avaient broyé, non pas celles des bêtes sauvages, mais celles des hommes : « Depuis la Syrie jusqu’à Rome – écrit-il – je combats contre les bêtes, sur terre et sur mer, nuit et jour, enchaîné à dix léopards, c’est-à-dire à un détachement de soldats ; quand on leur fait du bien, ils en deviennent pires. « Cela a quelque chose à nous dire aussi. Chacun de nous a, dans son environnement, de ces dents qui le broient. Nous devons apprendre à faire de cette situation un moyen de sanctification et non d’endurcissement du cœur, de haine et de plainte !

Une maxime souvent répétée dans les communautés religieuses dit : « Vivre en communauté est la plus grande de toutes les mortifications «. Non seulement la plus grande, mais aussi la plus utile, plus méritoire que bien d’autres mortifications volontaires. Cette maxime ne s’applique pas seulement à ceux qui vivent dans des communautés religieuses, mais à toute coexistence humaine. A mon avis, le lieu où elle se réalise de la manière la plus exigeante, c’est dans le mariage, et il faut être plein d’admiration devant un mariage vécu fidèlement jusqu’à la mort. Passer toute sa vie, jour et nuit, en acceptant la volonté, le caractère, la sensibilité et les particularités d’une autre personne, surtout dans une société comme la nôtre, est quelque chose de grand et, si c’est fait dans un esprit de foi et d’amour, cela devrait déjà être qualifié de « vertu héroïque «.

Et dans le service et le travail ? Les occasions à ne pas rater – si nous voulons nous aussi être moulus pour devenir farine de Dieu – sont nombreuses. Une opportunité est d’accepter d’être contredit, de renoncer à se justifier et à vouloir toujours avoir raison, quand l’importance de l’affaire ne l’exige pas. Une autre, c’est de supporter quelqu’un dont le caractère, la manière de parler ou d’agir nous énerve, et de le faire sans nous irriter intérieurement, en pensant plutôt que nous aussi en sommes peut-être le sujet pour quelqu’un.  Ecouter patiemment une personne ennuyeuse (J’espère que ce n’est pas ce que vous êtes en train de faire !…) Ce qui est le plus difficile à « broyer « en nous, ce n’est pas la chair, mais l’esprit, c’est-à-dire l’amour-propre et l’orgueil, et ces petits exercices remplissent magnifiquement leur fonction.

Dans la Lettre aux Hébreux, nous lisons cette exhortation aux premiers chrétiens, qui peut aider en de pareilles occasions : « Méditez l’exemple de celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle hostilité, et vous ne serez pas accablés par le découragement. « (He 12, 3)

Il s’agit d’avoir foi qu’à la fin, comme cela s’est produit pour Jésus, la vérité triomphera du mensonge.

Mains en prière — Wikipédia (wikipedia.org)

8 avril 2024 Annonciation du Seigneur

Du livre du prophète Isaïe : « En ces jours-là, le Seigneur parla ainsi au roi Acaz : « Demande pour toi un signe de la part du Seigneur ton Dieu, au fond du séjour des morts ou sur les sommets, là-haut. » Acaz répondit : « Non, je n’en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve. » Isaïe dit alors : « Écoutez, maison de David ! Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu ! C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel, car Dieu est avec nous. »

J’emprunte au Père Guy Vandevelde de belles lignes.

Il est clair que la parole d’Acaz à Isaïe, écrit-il, est le contraire de la foi. Nous pourrions dire, pharisiens que nous sommes: « magnifique! Pas besoin de signe! » Mais c’est au contraire le refus de connaître la volonté de Dieu, pour continuer à se débrouiller tout seul: je ne savais pas, je n’étais pas au courant.. Mais nous sommes au courant, nous savons, nous qui avons accueilli la Bonne Nouvelle. Et voilà pourquoi nous devons exercer le culte en esprit et en vérité, en nous offrant nous-mêmes au Seigneur. C’est en effet le seul moyen que Dieu puisse continuer à trouver sa complaisance en notre terre: que l’Eglise resplendisse de la sainteté du Christ, que les chrétiens vivent de la charité de Jésus.

            Le prophète Isaïe reproche à Acaz de refuser le signe que Dieu lui donne: s’il s’agissait de douze légions d’anges pour repousser le siège de Jérusalem par les chaldéens, il se serait empressé! Mais que la Vierge enfante un fils.. C’est pourtant la faiblesse de Dieu plus forte que l’homme, la Sagesse de Dieu qui rend folle la sagesse de ce monde. Nous y entendons d’ailleurs l’écho de la nuit de Noël: les chaussures des soldats, leurs manteaux couverts de sang, les voilà remisés, car un enfant nous est né, un Fils nous est donné, l’insigne du pouvoir est sur son épaule, on l’appelle merveilleux conseiller, Dieu fort, prince de la paix.

            Dieu a voulu, dans un plan qui nous demeurera à jamais insondable, accomplir le salut de l’homme en répondant au péché non pas seulement par le pardon, mais par l’effusion stupéfiante d’une miséricorde infinie. Il a choisi dans sa souveraine liberté de déposer sur la nature humaine blessée, comme une sorte d’onguent, de baume précieux, la nature divine. Et non pas sur la plaie seulement, mais sur tout le corps, pour que par une sorte d’osmose, les propriétés de la divinité se communiquent à l’humanité pour autant qu’elle puisse les recevoir, pour la guérir, la vivifier, la fortifier et lui communiquer finalement, non pas seulement l’immortalité originelle dont était doté Adam, mais la résurrection et la vie éternelle, la vie même de Dieu.

            A nous en tenir aux formules dogmatiques de l’Eglise: dans le mystère de l’Incarnation, la divinité et l’humanité sont unies dans la personne du Verbe, sans confusion et sans séparation, de sorte que chacune des deux natures agit selon ce qui lui est propre en communion avec l’autre, l’humanité servant d’instrument de la divinité, et la divinité s’exprimant dans l’humanité. Ce mystère ineffable est accessible par la foi: car seul ce qui est humain est visible; Dieu, personne ne l’a jamais vu. C’est ainsi, comme le rappelle Jean Paul II, que la Vierge Marie cheminait dans la foi et qu’elle atteignait aux sommets de la foi: car il lui était plus difficile encore qu’à nous de croire que Jésus était Dieu le Fils, puisque que toutes les fibres de son être lui criaient qu’il était son tout petit.

« Alors l’ange la quitta. Et il n’y reviendra pas, car l’annonce a été parfaitement reçue. À Dieu qui se révèle, comme dit le Concile, est due l’obéissance de la foi, c’est-à-dire l’hommage de l’intelligence et de la volonté par lequel l’homme s’en remet tout entier et avec confiance à Dieu qui se donne. En un instant le temps se remplit, il est tout entier assumé et dépassé parce que cet instant est plus grand que tout le déroulement du temps et il en habite pour ainsi dire chacun des instants: c’est la plénitude du temps. Le Verbe se fait chair et nous découvrons la vraie stature de Marie: elle est la Mère de Dieu.

            Cet instant est réellement divin et profondément humain. C’est vers lui que tendent tous les siècles qui ont précédés, depuis la première parole adressée par Dieu à la créature en la créant; la promesse du salut à Ève dès après la chute « ta descendance lui meurtrira la tête »; la promesse à Abraham « toutes les nations se béniront par le nom de ta descendance »; toutes les préfigurations de Moïse et des Prophètes « je serai votre Dieu vous serez mon peuple »; « vous serez saints parce que je demeure au milieu de vous »; tout cela devient en cet instant réalité: « Dieu a planté sa tente au milieu des nôtres » dira saint Jean émerveillé.

3°Dim. Pâques 14 avril 2024 Vals et Guitard

Frères et sœurs, ce qui est frappant c’est que Pierre reprend pratiquement mot à mot les paroles de Jésus Ressuscité.  Saint Luc écrit : « Alors Jésus ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures. Il leur dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. À vous d’en être les témoins. » Et dans son discours, saint Pierre dit : « … Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait d’avance annoncé par la bouche de tous les prophètes : que le Christ, son Messie, souffrirait. Convertissez-vous donc et tournez-vous vers Dieu pour que vos péchés soient effacés. »

Deux questions : où est-il écrit que le Messie devrait mourir et ressusciter ? Et quel lien entre conversion et pardon des péchés ?

Ne peut-on pas voir déjà une allusion à la résurrection dès la toute première page de la Bible qui fait commencer le jour par le soir ? « Il y eut un soir, il y eut un matin et ce fut le premier jour, le deuxième jour, le troisième jour etc…». Le jour commence par la pénombre, il se poursuit par l’obscurité, mais il se termine par la lumière éclatante de l’après-midi.

Ensuite Noé. Le déluge semble avoir tout anéanti mais quarante jours après, la terre reverdit !

Abraham : en commençant l’ascension du Mont Moriya, il voyait déjà son fils bien-aimé si désiré mort. A sa grande surprise, il lui est rendu.

Jacob lutte toute la nuit avec l’ange du Seigneur. Mais au matin il est vivant. Il porte simplement les stigmates du Combat mystérieux :sa hanche est déboitée.

Joseph est considéré comme mort par ses frères qui l’ont moqué, martyrisé, vendu. Joseph descend dans l‘enfer de l’Egypte. Mais ses frères le reverront vivant et il les sauvera de leur misère.

Moïse est jeté dans l’eau du Nil. Il en ressort miraculeusement et devient le libérateur du peuple auquel il fait traverser la Mer Rouge à pied sec. Cet exode est le signe par excellence de la résurrection de Jésus qui nous fait passer de l’esclavage à la liberté, du péché à la libération, des ténèbres à la lumière, de la peur à la confiance, de l’égocentrisme au Christocentrisme, des idoles au Dieu-Amour.

Ezéchiel a une vision grandiose : des squelettes se couvrent de chair et reprennent vie. « Le Seigneur me dit alors :  Vous saurez que Je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter, ô mon peuple ! Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez »

Elisée ressuscite le fils de la veuve de Sarepta (2 Rois 8,1-5).

Dans le deuxième livre des Maccabées (2 Mac 7) la promesse est explicite : (9) « Au moment de rendre le dernier soupir, il dit : «… puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle. » (14) Sur le point d’expirer, il parla ainsi : « Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie. »

En Isaïe (Is 26,19) également : « Tes morts revivront, tes cadavres ressusciteront ».

Il faut bien penser que nous sommes déjà en voie de résurrection.  Le Pape Benoît XVI, à Pâques 2006, a eu des expressions très audacieuses pour en parler : « Si, a-t-il dit dans son homélie de la veillée de Pâques, si  une fois quelqu’un avait été réanimé, et rien d’autre, en quoi cela devrait-il nous concerner ? Mais précisément, la résurrection du Christ est bien plus, il s’agit d’une réalité différente. Elle est – si nous pouvons pour une fois utiliser le langage de la théorie de l’évolution – la plus grande « mutation », le saut absolument décisif dans une dimension totalement nouvelle qui soit jamais advenue dans la longue histoire de la vie et de ses développements : un saut d’un ordre complètement nouveau, qui nous concerne et qui concerne toute l’histoire (…)Ainsi, nous sommes associés à une nouvelle dimension de la vie dans laquelle nous sommes déjà en quelque sorte introduits au milieu des tribulations de notre temps. (…) La résurrection n’est pas passée, la résurrection nous a rejoints et saisis. Nous nous accrochons à elle, c’est à dire au Christ ressuscité. (…)»Pour rebondir sur les propos du Pape Benoît XVI, on peut donc dire qu’après l’homo erectus, l’homo habilis, puis l’homo sapiens, puis l’homo sapiens sapiens, grâce à Jésus, voici l’homo ressuscitatus. C’est le baptisé.

Et le lien conversion pardon ? C’est Le Seigneur qui nous sauve. Voici une histoire pour soutenir la détermination de ceux qui ont compris qu’ils ont droit au salut mais qui désespèrent d’y arriver. Un chercheur de vérité, patient, acharné, gravissait jour après jour la montagne au sommet de laquelle il espérait trouver. Sur la paroi abrupte et vertigineuse, il taille chaque marche, et chaque marche après l’autre se dérobe sous le pas qui la quitte, et l’oblige ainsi à toujours monter sans espoir de retour. Il arrive enfin au sommet, le ciel sur la tête, la brume à ses pieds posés sur cette pointe de sa terre. Et là, à ses pieds justement, une échelle est couchée. Comment dresser cette échelle qu’on ne peut appuyer nulle part ? Le sol rocheux est insensible. On ne peut rien y enfoncer. Et que fait cet homme sur cette cime ? Peut-être réfléchit-il ? Peut-être désespère-t-il ? Peut-être prie-t-il ? Enfin il trouve. Il se dresse, lui, bien droit, et pose l’échelle debout appuyée contre son dos. Alors un ange apparaît en haut de cette échelle et descend. Une fois qu’on a fait tout ce qu’on a pu, il faut attendre l’aide, attendre l’ange, qui, sûrement, lui, n’attend que ça. Amen !

4° Pâques 2024 Saint-Antoine (18h15)

Frères et sœurs, avouons-le : l’image du bon berger, de la brebis et du troupeau, ne sont plus vraiment à la mode. L’homme d’aujourd’hui rejette avec dédain le rôle de brebis et l’idée de troupeau. Et pourtant, pourtant,  il ne réalise pas combien il vit en pratique la situation qu’il condamne en théorie. La presse, la télévision, internet, sont appelés « moyens de communication de masse », mass-médias, non seulement parce qu’ils informent les masses, mais aussi parce qu’ils les forment. Sans nous en rendre compte, nous nous laissons guider sournoisement par toutes sortes de manipulations et de persuasion occultes. Des personnes créent des modèles de comportement et des objectifs de progrès ; et nous suivons parce que nous avons peur de perdre le rythme.  Nous suivons parce que nous sommes conditionnés par la publicité. Nous mangeons ce qu’ils nous disent, nous nous habillons selon ce que nous impose la mode, nous parlons comme nous entendons parler.

Pour comprendre dans quel sens Jésus se proclame bon berger il  faut penser qu’Israël était, à l’origine, un peuple de bergers nomades. Dans cette société, la relation entre berger et troupeau n’est pas seulement économique, basée sur l’intérêt. Une relation presque personnelle se noue entre le berger et le troupeau. Des jours et des jours passés ensemble dans des endroits solitaires, sans âme qui vive alentour. Le berger finit par tout savoir sur chaque brebis ; la brebis reconnaît la voix du berger qui parle souvent à haute voix à ses brebis, comme s’il s’agissait de personnes. En passant de la situation de tribus nomades à celle de peuple sédentaire, le titre de berger est donné, par extension, à ceux qui agissent au nom de Dieu sur la terre : les rois, les prêtres. Et dans cette optique, saint Augustin dira au peuple : « Pour vous je suis évêque, avec vous je suis chrétien ! »

Carl Jung définit le psychiatre comme « Un médecin blessé ». Il veut dire qu’il faut connaître ses propres blessures psychologiques pour pouvoir guérir celles des autres – et que connaître les blessures des autres aide à guérir les siennes. L’intuition du psychanalyste s’applique également aux blessures spirituelles. Le prêtre est lui aussi un « médecin blessé », un malade qui doit aider les autres à guérir.

Quelle est le mal caché  de ses brebis que d’un bout à l’autre de la Bible le Seigneur cherche à guérir ? C’est la peur ! La peur nous accompagne de l’enfance jusqu’à la mort. L’enfant a peur de beaucoup de choses ; on appelle ça les terreurs infantiles ; l’adolescent a peur du sexe opposé et s’empêtre parfois dans des complexes de timidité et d’infériorité ; Jésus a donné un nom à nos principales peurs d’adultes : la peur du lendemain – « Que mangerons-nous ? » (Mt 6, 31), la peur du monde et des puissants, « ceux qui tuent le corps » (Mt 10, 28). Sur chacune de ces peurs, il a prononcé son « N’ayez pas peur ! » qui n’est pas comme le simple : « Allez ! Courage ! »  que nous disons nous

La libération de la peur n’est plus dans une idée ou une technique, mais dans une personne ! Le « dissolvant » de toute peur est Jésus.  Il y a un philosophe qui s’appelle Martin Heidegger.  Il réfléchit sur le danger de la technologie pour l’homme moderne, et à la fin, comme s’il jetait l’éponge, il s’exclame : « Seul un dieu peut nous sauver  ! » « Un dieu » (avec une minuscule !) est la façon mythique habituelle de parler de quelque chose au-dessus de nous. Nous supprimons, nous, l’article indéfini et disons « seul Dieu » (et nous savons quel Dieu !) « peut nous sauver » ! Il ne s’agit pas de reporter nos responsabilités sur Dieu, mais de croire qu’en fin de compte,  « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8, 28).  Lorsqu’on a affaire à Dieu, la mesure, c’est l’éternité. On peut être déçu dans le temps, mais pas pour l’éternité. Face aux bouleversements physiques et moraux du monde nous pouvons dire le psaume 45 : « Dieu est pour nous refuge et force, secours dans la détresse, toujours offert. Nous serons sans crainte si la terre est secouée, si les montagnes s’effondrent au creux de la mer. »

Avant Jésus, on n’avait jamais entendu dire dans la Bible que le bon berger donne sa vie pour ses brebis. Qu’il les connaisse, qu’il les guide, qu’il prenne soin d’elles, les défende, ça oui, mais qu’il donne sa vie pour elles. Inouï ! Mais Jésus a promis de le faire et il l’a fait ! Il a pris nos peurs sur lui. Jésus est le véritable  « médecin blessé », dont parlait le psychologue, le blessé qui guérit les blessures. Et le « médecin transpercé » est ressuscité des morts. Et il a dit : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Dans les Actes des martyrs de Carthage, mis à mort sous l’empereur Septime Sévère au début du IIIème siècle, on lit que l’une d’eux, nommée Félicité, était enceinte, dans son huitième mois, et que dans les douleurs de l’enfantement, elle gémissait. L’un des gardiens lui dit : « Si tu te plains maintenant, que feras-tu quand tu seras jetée aux bêtes sauvages dans l’arène ? » Elle répondit : « Maintenant, c’est moi qui souffre, mais alors, un autre souffrira pour moi ! » Un poète brésilien raconte son rêve :  Il marche sur le sable au bord de la mer, laissant derrière lui non pas une, mais deux paires d’empreintes de pas. il comprend que la deuxième paire, ce sont les pas de Jésus marchant à ses côtés et il est heureux. Mais voilà qu’à un moment donné, cette deuxième paire disparaît et seules les empreintes de deux pieds sont visibles sur le sable. Et il constate que ceci se produit précisément en correspondance avec les moments les plus sombres et les plus difficiles de sa vie. Il s’en plaint et il dit :  « Seigneur, tu m’as laissé seul juste au moment où j’avais le plus besoin de toi ! »  « Mon fils – lui répond Jésus – les seules deux empreintes de pas étaient les miennes. Tu étais sur mes épaules ! » Amen

5ème dimanche de Pâques 2024 Saint-Antoine 10h30

Frères et sœurs, Si vous demandez à brûle-pourpoint aux gens : «Qu’est-ce-que le baptême ?», vous obtiendrez peut-être cette réponse : «C’est un peu comme prendre votre carte de la société de pêche ou celle de football. Cela vous donne l’accès à des droits (par exemple vous pourrez vous marier à l’église) (On pense un peu moins que cela crée des devoirs, des obligations…). Vous bénéficiez d’une structure. Vous entrez dans un ensemble de relations, de compétences. »  Tout cela est vrai mais c’est encore bien loin de la grâce du baptême qui est dite dans ces deux paroles de Jésus : « Demeurez en moi et moi en vous ». Il s’agit d’être chez Jésus comme chez soi…. ! Et que Jésus soit dans ma vie comme chez lui, que rien ne lui fasse honte… ! Dans « demeurer » , il y a l’idée d’habiter, mais aussi de durer, de persévérer. Comment est-ce possible ? parce que dit Jésus, «Je suis la vigne et vous êtes les sarments».

Par le baptême, nous sommes greffés sur Jésus. La greffe d’un arbre a quelque chose de fascinant. Petits, mes frères et moi avions été tellement émerveillés que mon père ait pu faire revivre une toute petite branche de poirier qui nous semblait morte, que nous avions essayé de faire la même chose sur des «balais» (genêts) avec de la pâte à modeler… C’est la plus belle des images pour exprimer ce qui se passe au baptême. Il faut simplement penser que les éléments de la comparaison sont inversés. Dans le jardinage, c’est l’arbre porte-greffe qui est sauvage et qui ne donnerait que des «pouns tsanüs», des pommes acides, des poires immangeables ; et le greffon va lui permettre de donner de beaux fruits. Dans le baptême, c’est le contraire : c’est le greffon qui est sauvage et qui, sans «Jésus porte-greffe», ne donnerait que des fruits sporadiques, douteux, inconstants. Le jardinier fait une incision sur le porte-greffe. Il y glisse le petit greffon taillé en biseau. Avec une ligature de raffia, du mastic, le miracle va se produire : la sève du tronc va monter dans cette petite branche qui semblait morte et la faire pousser. Ce n’est pas le jardinier qui donne la croissance, mais il aura beaucoup de travail pour que l’arbre porte de beaux fruits (les jardiniers, c’est vous les parents, les parrain et marraine et les catéchistes) 

Cette image du sarment greffé sur la vigne de Dieu nous dit au moins quatre choses.

1.Nous ne sommes pas seulement accompagnés par Jésus, inspirés par Jésus. Nous sommes greffés sur lui. Jésus le dit clairement : «Sans moi vous ne pouvez rien faire». Un prêtre avait été nommé dans une paroisse en difficulté. Un an plus tard, son évêque visite la paroisse et constate avec plaisir qu’elle a évolué très favorablement. Désireux de manifester sa satisfaction tout en préservant l’humilité de son prêtre il lui dit : – Quel magnifique travail l’Esprit-Saint a fait dans cette paroisse par votre intermédiaire ! – Oui, monseigneur, répond le prêtre. Mais vous auriez dû voir l’état de la paroisse lorsque l’Esprit-Saint était seul à s’en occuper ! Ce prêtre avait dit cela avec un grand sourire parce qu’il savait très bien que sans le Saint-Esprit il n’aurait rien pu faire. Paul écrit : « Dieu est là qui opère en vous à la fois le vouloir et l’action elle-même, au profit de ses desseins bienveillants» (Phi 2,13

2.Pour qu’il y ait greffe, il faut qu’il y ait deux blessures… Il ne faut donc pas avoir peur de nos «blessures». Nos soi-disant perfections et nos réussites risquent de nous barrer l’accès à Dieu. Au contraire nos blessures sont des brèches par lesquelles la Sève de Dieu peut entrer : saint Paul est allé jusqu’à dire : « Je ne me glorifierai que de mes faiblesses, car le Seigneur m’a dit : «Ma grâce te suffit : la puissance se déploie dans la faiblesse» (2 Cor 12, 5-9). N’ayons pas peur de nos pauvretés.

3. De prendre conscience que nous sommes greffés nous introduit dans une formidable liberté. C’est paradoxal, mais plus nous nous attachons à Jésus plus nous sommes libres ! Quand vous allez chercher le pain à vélo en haut de l’avenue Foch, si vous ne l’attachez pas, vous le surveillez derrière la vitrine, mais quand arrive votre tour vous n’avez pas l’esprit libre et vous allez le plus vite possible ; vous ne prenez pas le temps de parler à la boulangère, lui demander des nouvelles de sa maman ou de ses enfants. Jésus est comme le cadenas de notre vélo. Il nous rend libre par rapport aux affaires du monde. Il nous permet de mettre en priorité le Royaume des Cieux.

4. Nous avons en nous la même sève que Arnaud Beltrame, le gendarme qui a donné sa vie pour sauver celle de Julie. Il était baptisé depuis huit ans depuis l’âge de 33 ans. La même sève que les 21 martyrs chrétiens égyptiens. Et la même sève que tant et tant de chrétiens qui donnent leur vie au quotidien sans tambour ni trompette contre vents et marées.     

Le baptême c’est Jésus en moi. A moi de le laisser vraiment agir. Amen !