9 janvier 2026. Une seule maladie, diverses vocations.
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 5, 12-16): « Jésus était dans une ville quand survint un homme couvert de lèpre ; voyant Jésus, il tomba face contre terre et le supplia : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. » Jésus étendit la main et le toucha en disant : « Je le veux, sois purifié. » À l’instant même, la lèpre le quitta. Alors Jésus lui ordonna de ne le dire à personne : « Va plutôt te montrer au prêtre et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit ; ce sera pour tous un témoignage. »De plus en plus, on parlait de Jésus. De grandes foules accouraient pour l’entendre et se faire guérir de leurs maladies. Mais lui se retirait dans les endroits déserts,
et il priait. »
Pourquoi Jésus lui dit-il de ne raconter à personne ? Parce que Jésus risque sa vie. D’ailleurs c’est en raison de ses miracles qu’il sera crucifié.
En touchant un lépreux, Jésus a introduit comme de la « dynamite » dans notre humanité. Ce geste annonce saint François d’Assise et le baiser au lépreux, Père Damien contractant la lèpre et mourant de cette terrible maladie sur l’île de Molokai où l’on parquait les lépreux, Raoul et Madeleine Follereau, Mère Térésa. Et les frères Jaccard. Disons un mot du Père Damien : Joseph Deveuster, né à Malines en Belgique, reçoit le nom de Damien en entrant à 19 ans dans la congrégation des Sacré-Cœur, dite de Picpus, à Louvain. Il s’embarque à l’âge de 23 ans pour les îles Hawait. D’abord, dans un secteur de mission en sommeil, il redonne vie à une communauté. Mais les responsables locaux et les missionnaires s’inquiètent surtout d’une épidémie de lèpre qui sévit sur la plus grande des îles. On décide d’envoyer tous ceux qui sont atteints par le mal sur l’île de Molokai. Quatre missionnaires se relaient alors sur les lieux pour soigner et réconforter les malades. Mais c’est Damien qui, en 1873, à 33 ans ; propose librement de s’enfermer sur l’île des lépreux. Définitivement Les œuvres, surtout, l’attendent, il soigne les corps et les âmes, développe des travaux manuels, crée une vie sociale dans cet enfer. Il s’investit tellement avec ce peuple maudit qu’il devient lui-même lépreux. Il s’engage aussi dans l’éducation religieuse, respectant les diverses cultures et traditions. Bientôt, la vie de Molokai cesse de tourner autour de la maladie. Tout le monde se soigne, bien sûr, mais Damien redonne une dignité en confiant tâches et responsabilités aux uns et aux autres. On parle même de la « joie de Molokaï » et Damien lui-même se définit comme le missionnaire le plus heureux. Sa renommée gagne le monde entier. C’est grâce à son exemple que sera engagée une lutte méthodique contre la lèpre. Revenons sur les frères Jaccard. Raymond est devenu prêtre et son frère aussi. On les connaît comme « des chirurgiens aux mains nues » parce qu’ils ont voué toute leur vie aux lépreux. Raymond Jacquard, en effet, est parti en Inde soigner les lépreux. Il reste quatre ans à leur faire des pansements ce qui ne sert strictement à rien. Mais il ne connaît rien à la lèpre. Un jour, il rencontre un chirurgien à qui il dit : « Il faut venir soigner les lépreux ». Mais le chirurgien n’a absolument pas le temps. Alors, il dit à Raymond : « Si tu veux, en quatre heures, je t’apprends à les opérer. »
Et Raymond a appris. Un jour, il reçoit une lettre de son frère Pierre qui lui écrit qu’il ressent l’appel à le rejoindre. Raymond lui répond que cet appel vient de Jésus. Il a tellement besoin d’aide ! Son frère arrive. On lui fait visiter la léproserie. Il entre dans une chambre. Quand il voit la femme malade et qu’il sent l’odeur, il fait volte-face et se retrouve le dos plaqué au mur du couloir. Il dit à son frère qui l’emmène : « Je dors chez toi cette nuit et demain, je reviendrai demander pardon à cette femme lépreuse et je repartirai en France. »
Le lendemain, il entre à la léproserie, pousse la porte de la chambre ; la malade lui tend la main ; il la saisit ; elle lui dit : « Maintenant qu’on se connaît, on ne se lâchera plus. » Il est resté.
Les deux frères sont allés trouver Mère Teresa pour lui expliquer qu’il fallait que les sœurs s’occupent des lépreux. Première réaction de mère Teresa : « Il n’en est pas question, je ne veux pas que les sœurs attrapent la lèpre. » Les frères insistent. Mère Teresa tape du doigt sur la table en disant : les prêtres ont la tête dure comme cette table. Les prêtres rétorquent en tapant la main sur le mur : « Et mère Teresa a la tête dure comme ce mur ». Mais dans les jours qui ont suivi cette rencontre haute en couleurs, mère Teresa est allée avec quelques-unes de ses sœurs implanter une fraternité auprès des lépreux.
Un jour les deux frères Jaccard sont convoqués par l’ordre des médecins ; Ils n’ont pas le droit d’opérer alors qu’ils n’ont aucun diplôme. Ils prennent sur eux pour écouter patiemment le réquisitoire pendant une heure. Quand le verdict est tombé, Raymond se lève et va vers le premier médecin : « Avez-vous déjà opéré un lépreux ? » « Non » « Et vous ? » « Non, plus » « Et vous ? » « Non plus » etc « Eh bien, quand vous serez venus nous remplacer, nous arrêterons de soigner nos frères. »
Diacre comme saint François, religieuse comme Mère Térésa, prêtre comme le Père Damien ou les frères Jaccard, laïcs comme le foyer Follereau, Jésus mobilise toutes les vocations contre toutes les lèpres.
Les bonus : extraordinaire : « À un pas du Ciel » : Père François Potez