Vendredi 5 décembre 2025 accepter d’être instruit
Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 29, 17-24) : «Ainsi parle le Seigneur Dieu : Ne le savez-vous pas ? Encore un peu, très peu de temps, et le Liban se changera en verger, et le verger sera pareil à une forêt. Les sourds, en ce jour-là, entendront les paroles du livre. Quant aux aveugles, sortant de l’obscurité et des ténèbres, leurs yeux verront. Les humbles se réjouiront de plus en plus dans le Seigneur, les malheureux exulteront en Dieu, le Saint d’Israël. Car ce sera la fin des tyrans, l’extermination des moqueurs, et seront supprimés tous ceux qui s’empressent à mal faire, ceux qui font condamner quelqu’un par leur témoignage, qui faussent les débats du tribunal et sans raison font débouter l’innocent. C’est pourquoi le Seigneur, lui qui a libéré Abraham, parle ainsi à la maison de Jacob : « Désormais Jacob n’aura plus de honte, son visage ne pâlira plus ; car, quand il verra chez lui ses enfants, l’œuvre de mes mains, il sanctifiera mon nom, il sanctifiera le Dieu saint de Jacob, il tremblera devant le Dieu d’Israël. Les esprits égarés découvriront l’intelligence, et les récalcitrants accepteront qu’on les instruise. »
Parmi toutes les actions du Messie annoncées par le prophète Isaïe, à votre avis, quelle est la plus difficile ? changer le Liban en verger ? Permettre aux sourds d’entendre les paroles du Livre ? Permettre aux aveugles de recouvrer la vue ? Faire en sorte que les malheureux sautent de joie ? Signer la fin des tyrans ? exterminer les moqueurs ? supprimer ceux qui font le mal ? éclairer l’intelligence des esprits égarés ? Peut-être est-ce la dernière citée qui est la plus difficile : arriver à ce que les récalcitrants acceptent qu’on les instruise. En tout cas pour notre époque, la tâche la plus difficile pour le Seigneur c’est que ses enfants acceptent de l’écouter. Un livre sur le Père Jérôme moine de la Trappe de Sept-Fons, mort en odeur de sainteté porte le titre L’art d’être disciple. Voici quelques extraits : Saint Thomas d’Aquin a écrit un traité intitulé : Le maître. Son époque, en effet, a connu les réformes culturelles et l’effervescence des idées nouvelles, tout comme la nôtre. Nombreux étaient alors ceux qui se présentaient comme maîtres à penser ou maîtres à construire. Sans doute, quelques-uns parmi ceux-là n’étaient-ils que des usurpateurs de vérités. Voilà pourquoi saint Thomas d’Aquin écrivit son traité : Le maître, pour fixer certains traits du maître digne de ce nom. Aujourd’hui, tous les maîtres qui s’offrent à nous sont, je veux le supposer, des maîtres véritables. Mais, à côté de ces compétences, toutes éminentes, avons-nous pareillement des disciples, de vrais disciples ? Plusieurs déclarent que le manque se trouve maintenant de ce côté-là. Y aurait-il une parcelle de vérité dans ce que disent certaines très vieilles gens : « Aujourd’hui, plus personne n’obéit à personne ; plus personne ne veut rien recevoir de personne » ? Dans ce cas, le temps serait venu de substituer au traité de saint Thomas sur le maître, un traité sur l’art d’être disciple.
Ne vous effrayez pas ! Cet art-là consiste simplement à savoir se faire aider par les gens et par les choses. L’art d’être disciple, comprenez-le comme étant l’art de gagner du temps, comme l’art de trouver l’adresse utile, l’art de profiter de la voiture qui passe et vous prend à son bord, comme l’art de presser le citron pendant qu’on a soif et qu’on le tient dans la main. Pour acquérir une discipline, accéder à un savoir quelconque, il faut nécessairement commencer par demander et recevoir. C’est là un art, l’art d’être disciple.
Lorsque j’étais élève au collège, je disais souvent : « Montrez-moi un homme de valeur, et je le suivrai partout ». Je demandais un homme ayant tout acquis de ce qui fait l’homme et qui sût aussi transmettre son acquis. Oui, un homme qui aurait joint en sa personne savoir et sagesse, enthousiasme et maturité, rigueur et imagination.
En la présente année 1969, plusieurs monastères de notre cher ordre cistercien instituent des groupes de dialogue entre les moines. Qu’espère-t-on trouver ? Sans doute une heureuse influence des moines les plus qualifiés sur les autres, et d’abord dans le domaine privilégié pour nous, celui de notre consécration au Seigneur par la prière ? Or, les monastères possédaient déjà depuis longtemps un moyen d’obtenir ce résultat, par l’institution des pères spirituels, véritables maîtres dans la véritable science, celle des voies de Dieu. Mais la paternité spirituelle existe-t-elle encore, alors que n’existe quasiment plus l’art d’être disciple ? On se plaint que, d’une part, la compétence ait disparu ; mais bien plus probablement, n’est-ce pas la docilité qui manque, d’autre part ? Avant de voir renaître l’art d’être disciple, il faudra donc, et durant longtemps encore, faire l’essai de beaucoup de bonnes intentions juvéniles, éparpillées sans profit, faute de cette docilité initiale. L’absence de docilité prouve l’absence d’un vrai désir de savoir. Prétendre chercher le vrai, le bien, en se passant d’un enseignement magistral, est aux antipodes d’une recherche sincère. Voyez les hommes qui ont émergé ; bien loin de commencer par contester, ils ont d’abord cherché un maître.
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