Jeudi 23 avril 2026. Tu l’as bien cherché.
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 6, 44-51) : «En ce temps-là ,
Jésus disait aux foules : « Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. Quiconque a entendu le Père et reçu son enseignement vient à moi. Certes, personne n’a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui- là seul a vu le Père. Amen, amen, je vous le dis : il a la vie éternelle, celui qui croit. Moi, je suis le pain de la vie. Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts ; mais le pain qui descend du ciel est tel que celui qui en mange ne mourra pas. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. »
Un prêtre témoigne : « Il y a quelques années, je célébrais l'eucharistie dans une maison de personnes âgées. L'une d'elle à qui je donnais la communion me dit : « Merci beaucoup Monsieur, c'est gentil de nous donner ce biscuit ; et vous en donnez à tous : c'est très gentil... » ; tout en disant cela, elle s'apprêtait à mettre l'hostie dans son sac. Visiblement, nous n'étions pas sur la même longueur d'ondes. L'incident m'a fait réfléchir ; non sur l'attitude de la dame, mais sur la mienne et ma façon de la vivre. Au début de mon ministère, j'aurais probablement été fort mal à l'aise, y voyant je ne sais quel crime de « lèse-majesté » ou, pire, de « lèse-divinité ». Vingt-cinq ans plus tard, j'ai pu garder mon sourire et intérieurement, je crois même avoir dit au Seigneur - qu'Il me le pardonne : « Tu l'as bien cherché ! »
A Noël, les chrétiens célèbrent le Fils de Dieu qui entre dans l'histoire. Mesurent-ils le risque qu'il a pris ce jour-là ? Cela a commencé dès la naissance, où Jésus a échappé de peu au glaive d'Hérode, et jusqu'à la croix où, cette fois, la lance ne l'a pas manqué. Entre ces deux événements, que de paroles mal comprises, de signes mal interprétés. Une existence « exposée », au sens le plus fort de ce terme : livrée sans défense entre les mains des hommes qu'il a voulu rejoindre.
A l'aube du christianisme déjà , les chrétiens ont senti le besoin de conserver du pain eucharistique pour les malades qui n'avaient pas pu participer au repas du Seigneur. Puis ils ont pris du temps pour honorer le signe de ce mémorial. N'était-ce pas risqué ? Assurément : on allait rencontrer le piège de la chosification, du regard magique… Comme Jésus a été "exposé", le pain eucharistique l'est tout autant. C'est comme cela que l’on peut entendre aussi cette expression du langage catholique : « exposition du Saint Sacrement ». La présence incarnée du Seigneur dans le monde des hommes est présence exposée.
Le Fils de Dieu, vulnérable à l'extrême ; vulnérable aussi le pain eucharistique conservé en mémoire de Lui. Mais vulnérabilité pour quelles merveilleuses et secrètes fécondités ! Le détenu qui, dans sa cellule d'isolement, demande la « communion » ; le priant - laïc ou religieux - qui au plus aride de sa prière ne peut que durer en tentant d'être présent au signe de la Présence ; cette femme un peu « mal fagotée » qui s'est engouffrée dans une église parce que là , elle a moins froid au coeur... J'y vois à chaque fois une trace de la « Visitation » de Dieu qui vient dire à l'homme, comme à Noël : « Ne crains pas, je m'appelle Emmanuel, « Dieu avec nous ».
On connaît Simone WEIL, non pas madame le ministre des Affaires Sociales sous Giscard d’Estaing, mais cette grande philosophe qui est morte en 1943, (elle avait trente-quatre ans) dans un camp de concentration. D'origine juive, elle s'est convertie au catholicisme. Cependant, elle a choisi de ne pas être baptisée pour rester solidaire de son peuple qui était persécuté, pourchassé et supprimé. Simone Weil a dit : « Si un jour je suis vieille, je voudrais être gâteuse (c’est ainsi que l’on disait à l’époque ; aujourd’hui on dit confus cérébraux)... pour mieux ressembler à Jésus-Hostie. » En effet, une personne âgée qui perd complètement la mémoire, est entièrement dépendante des autres, elle est à la merci de son entourage ; elle ne peut ni se défendre, ni réclamer. Elle voulait dire par là le réalisme de la communion. Jésus Dieu s'est livré entièrement entre nos mains. Il est à la merci de notre respect, ou de notre désinvolture, de notre adoration ou de nos moqueries, de notre vénération ou de notre indifférence.
Parfois on entend l’expression : « Jésus réellement présent dans l'hostie". Il faut absolument proscrire le mot "dans" et le remplacer toujours par "sous les apparences de". Puisque la substance a été changée, il n'y a plus d'hostie "dans" laquelle on puisse se tenir; mais des apparences conservées, "sous lesquelles" on se tient. L'inconvénient de la formule "Jésus est dans l'hostie", c'est qu'elle est aberrante: on le croit parce que c'est dit, mais c'est tout. Et on peut laisser tomber d'une seconde à l'autre, il n'y a rien à quoi se raccrocher derrière. Alors que le changement opéré d'une substance en une autre substance, avec des apparences qui restent, cela est parfaitement compréhensible et reste d''aplomb. Son corps est là , même si je ne crois plus, et si je décide de me détourner de Jésus, je n'irai plus le voir, mais je sais toujours que son corps est là , et donc aussi son âme et sa Personne.. C'est pourquoi Paul VI dans son credo du Peuple de Dieu en 1968 demandait qu'on dise le mot transsubstantiation même aux enfants, et qu'on le leur explique précisément.
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L'importance décisive des miracles et du surnaturel / 1000 RAISONS DE CROIRE