12 décembre 2025 Contre les postures et la « moyenneté », la sainteté.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu : « En ce temps-là,
Jésus déclarait aux foules : « À qui vais-je comparer cette génération ? Elle ressemble à des gamins assis sur les places, qui en interpellent d’autres en disant : “Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé. Nous avons chanté des lamentations, et vous ne vous êtes pas frappé la poitrine.” Jean est venu, en effet ; il ne mange pas, il ne boit pas, et l’on dit : “C’est un possédé !” Le Fils de l’homme est venu ; il mange et il boit, et l’on dit : “Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs.” Mais la sagesse de Dieu a été reconnue juste à travers ce qu’elle fait. » (Mt 11,16-19)
Nous pouvons lire cette petite parabole de Jésus sous différents angles. Celui qui joue de la flûte et entonne des chants de deuil, c’est le Seigneur lui –même. Pour le dire de façon un peu triviale, le Seigneur ne sait pas quoi inventer pour nous mettre en mouvement. En effet, depuis le début de l’histoire du salut, depuis Abraham, croire en Dieu c’est quitter son confort pour aller dans l’inconnu. Jésus nous envoie Jean-Paul II et on dit : « Ce n’est pas un Polonais qui va nous apprendre la religion ! » Il nous donne Benoît XVI et on le traite de « Panzer cardinal ». Il y a longtemps, il a donné sainte Jeanne d’Arc et on l’a condamnée comme sorcière.
Dans les paroisses, on entend : si les chrétiens étaient plus dynamiques, si les chants étaient plus vivants, on aurait envie d’aller à la messe. Soit, le curé et son équipe animatrice font venir pendant quinze jours les jeunes de la Mission Théopolis, de la communauté du Verbe de Vie du renouveau charismatique : oulala, ce sont des exaltés, et puis leurs chants avec la guitare et la batterie !!!….
Pourquoi nous laissons-nous si difficilement interpeller ?
Pourquoi ne sommes-nous pas plus sensibles aux appels, aux interpellations, aux messages du Seigneur ?
On peut lire la parabole d’une deuxième façon : une comparaison peut nous faire comprendre : dans une communauté, dans les familles à l’occasion d’un grand pique-nique d’été, après une réunion paroissiale avec repas (… !), on fait la vaisselle… Et on entend alors : « Nous, nous ne faisons pas comme ça ». He oui, moi je fais comme ça donc tout le monde doit faire comme ça. Pour le Seigneur, ce n’est pas pareil. Il me dit : tu laves les assiettes, tu essuies les couverts, tu nettoies les grosses marmites. Mais Il ne dit pas comment. A nous d’inventer suivant les époques, suivant les cultures, suivant les besoins…
Parmi nos esclavages qui nous enferment, il y a nos « postures ».. Jésus nous invite à sortir de nos « postures ». Une posture c’est un point de vue dans lequel nous nous enfermons. En ce qui concerne la foi, la posture la plus répandue aujourd’hui est celle-ci : « Dieu m’a pris ma grand-mère donc je ne pratique plus…Depuis que Dieu m’a pris mon père j’ai arrêté d’aller à la messe et de prier »… Et il est très difficile de faire sortir la personne de cette posture-là. On a beau expliquer que Dieu ne tue pas, qu’il n’est pas un marionnettiste qui tire les ficelles, ni un programmateur sadique, qu’il fait avec la fragilité de nos gènes, la virulence des virus, notre prudence ou notre témérité, les bonnes influences dont nous bénéficions ou les mauvaises dont nous pâtissons,…il est rare que la personne change d’avis.
Troisième façon d’entendre cette parabole : il y a ceux qui boivent et ceux qui ne boivent pas. Il y a ceux qui mangent et ceux qui ne mangent pas. Il y a les ascètes et il y a les gloutons. Quelle est la bonne attitude à adopter ? Les sages diront : « il faut un juste milieu, être raisonnable, boire, mais pas trop, jeûner, mais pas trop, se faire plaisir, mais pas trop, se contraindre, mais pas trop, donner, mais pas trop », du moyen en toute chose… au risque d’une vie moyenne, elle-même. Cette « moyenneté », qui frôle la médiocrité, n’est pourtant pas le langage du cœur, plus porté à l’excès. L’amour, l’adhésion, l’élan de vie sont de l’ordre du débordement, par définition excessifs. Il y a donc Jean Baptiste le fou de Dieu qui ne mange rien, et il y a Jésus le Fils de Dieu qui ne manque jamais de partager un repas pour se faire de nouveaux amis. Aussi excessifs l’un que l’autre dans leur amour pour Dieu, et pour l’humanité qu’ils veulent sauver. Aucun des deux n’est dans la demi-mesure. Mais l’un et l’autre suivent le chemin de salut qui leur paraît le meilleur. « Au diable les tièdes » dit l’Esprit. Il faut aller « à fond » là où nous pensons que Dieu et nos frères nous attendent. Si nous n’allons pas « à fond », c’est parce que, souvent, le regard des autres nous fait douter de notre bonté, de notre beauté, de notre force ! Et de notre capacité de Dieu ! Alors nous dépensons beaucoup d’énergie à essayer de rentrer dans les cases raisonnables de la « moyenneté ». Nous essayons de faire « comme tout le monde » sans pourtant jamais arriver à plaire à tout le monde. Alors on passe à côté de sa vocation. Qu’on « mange » ou qu’on ne « mange » pas, on s’en fiche. Et ce qu’en pensent les autres, on s’en fiche aussi. La sainteté ne dépend pas de telle ou telle façon de vivre, mais plutôt de la passion, de la générosité, de l’engagement avec lesquels nous vivons. C’est dans cet enthousiasme que se rencontre l’Esprit de Dieu, notre unique guide et notre unique sagesse.
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