10 janvier 2026 Diminuer.
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 3, 22-30) : « En ce temps-là, Jésus se rendit en Judée, ainsi que ses disciples ; il y séjourna avec eux, et il baptisait. Jean, quant à lui, baptisait à Aïnone, près de Salim, où l’eau était abondante. On venait là pour se faire baptiser. En effet, Jean n’avait pas encore été mis en prison. Or, il y eut une discussion entre les disciples de Jean et un Juif au sujet des bains de purification. Ils allèrent trouver Jean et lui dirent : « Rabbi, celui qui était avec toi de l’autre côté du Jourdain, celui à qui tu as rendu témoignage, le voilà qui baptise, et tous vont à lui ! » Jean répondit : « Un homme ne peut rien s’attribuer, sinon ce qui lui est donné du Ciel. Vous-mêmes pouvez témoigner que j’ai dit : Moi, je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui. Celui à qui l’épouse appartient, c’est l’époux ; quant à l’ami de l’époux, il se tient là, il entend la voix de l’époux, et il en est tout joyeux. Telle est ma joie : elle est parfaite. Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue. »
Les évangiles ne cessent d’évoquer la taille de saint Jean-Baptiste ! « Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant, le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui. » Lui-même dit qu’il doit « diminuer ».
Pour nous, tous appelés à être prophètes (et on ne peut refuser cet appel impérieux quand il arrive), cette double dynamique est essentielle : petitesse et grandeur. C’est être grand que petit serviteur du Dieu très haut. Regardons les humbles, regardons quelle grandeur émane d’eux : une sorte de classe « hors catégorie », au-dessus de toutes les vanités de ce monde que peuvent représenter le rang social, les diplômes, la reconnaissance (tout cela étant bien sûr utile, quand c’est à sa place, au service du bien commun). Les humbles sont les grands de ce monde !
Cette humilité n’a pas son origine en elle-même : elle se nourrit de la contemplation de ce qui est plus grand. On est humble parce que l’on voit grand et juste. C’est parce que l’on sait qui est Dieu que l’on peut être soi, petit… et heureux de l’être.
Aux célébration de mariage il m’est arrivé de raconter cette blagounette. On demandait à quelqu’un de trouver une comparaison pour dire ce qu’est la journée du mariage. – « C’est comme un mirage. Tu vois l’oasis, le ciel bleu azur, les dunes ondulées par le vent, les palmiers chargées de dattes. Et puis petit à petit tout s’estompe et disparaît et il ne te reste plus que le chameau ! »
C’est une vision un peu pessimiste mais reconnaissons que nous avons tous nos côtés « chameau »… ! Mais précisément au sujet du chameau il y a une étymologie très intéressante… chameau, il y a quelque chose d’intéressant. Vous savez peut-être que le mot hébreu que l’on traduit par bénédiction se dit beraka. » C’est la même racine que le mot arabe que tout le monde connaît : le mot baraqa. « Avoir la baraqa », c’est avoir de la chance, être béni. Or c’est le même verbe que l’on emploie pour le chameau. Faire baraquer un chameau, c’est le faire mettre à genoux de façon à pouvoir le charger ; aussi il pourra accomplir sa mission. Les deux chameaux qui se retrouvent après la disparition du mirage restent avec la grâce de leur mariage. Ils seront « baraqués » chaque jour s’ils restent « baraqués ». Ils seront bénis s’ils restent humbles et pauvres. Entre mariage et mirage, il n’y a qu’un « a » de différence ; c’est le « a » de la grâce… Et la grâce, c’est en personne celui qui est l’Alpha et l’Oméga, Jésus.
Prenez un nid d’oiseau. Regardez-le de près. C’est assez fantastique tous les matériaux qui le composent : de la mousse de sous-bois, de la laine de brebis mais aussi des bouts de plastique, des plumes et même de la fiente d’oiseaux qui sert de ciment colle ! Souvent ce sont des matériaux qui ne sont pas ragoûtants. Et pourtant un nid voit naître la vie … ! Mais pourquoi un nid enfante-t-il la vie ? Parce qu’il est ouvert ! De même, ma vie peut être faite de bric et de broc et même de blessures, de passages pas très reluisants. Elle peut porter du fruit si elle est ouverte à la grâce. Si elle est … céleste !
L’humilité chrétienne ne consiste pas à se sentir un méprisable ver de terre, c’est avoir un juste respect de soi-même. Jean-Louis Brugès, o. p., a écrit que l’humilité est le nom chrétien de l’estime de soi. « Grâce à l’humilité, je demeure en moi », satisfait d’être qui je suis. C’est une libération de la rivalité, du besoin de se mesurer sans cesse aux autres. L’humilité me donne une ambition à la mesure de ce que je peux faire et me libère de l’imagination de ce dont je suis incapable. Mgr Ullathorne, l’archevêque bénédictin de Birmingham, au XVIe siècle avait un juste sens de ses capacités : à quelqu’un qui lui demandait un jour s’il existait de bons ouvrages sur l’humilité il répondait : « Il n’y en a qu’un, c’est moi qui l’ai écrit ».
On dit que l’humilité vraie c’est comme le bon parfum : il n’y a que la personne qui en est imprégnée qui ne se rend compte de rien. Seigneur accorde-nous de diminuer, non pour échapper à la mission que tu nous as confiée mais comme la lampe en argile qui permet à la lumière d’éclairer, comme la voix qui permet à la parole d’être entendue, comme l’ami de l’époux qui permet à l’épouse d’entrer dans la joie parfaite, comme le poteau qui indique le chemin. Même si la lampe est ébréchée, même si la voix est éraillée et prise de bégaiement, même si l’ami de l’époux n’est pas brillant, même si le poteau est terne à force de subir les intempéries. « Il faut qu’il grandisse » même si pour cela je dois non pas disparaitre mais diminuer. Soyons comme une bougie : elle n’éclaire qu’en se consumant.
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