Jeudi 28 mai 2026 Jéricho et Bartimée
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 10, 46b-52) : « En ce temps-là, tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin. Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth,
il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! » Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi ! » Jésus s’arrête et dit : « Appelez-le. » On appelle donc l’aveugle, et on lui dit : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle. » L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus. Prenant la parole, Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » L’aveugle lui dit : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! » Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé. » Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin. »
Jéricho est la ville symbolique s’il en est une. -244 m sous le niveau de la mer. Alors qu’elle est à 30kms de Jérusalem qui, elle, est à 730 m d’altitude. C’est le lieu le plus bas de la terre. C’est La ville des palmiers. Il y a une magnifique palmeraie orangeraie. Un petit Eden parce qu’il y a une source souterraine qui jaillit toute l’année. 7000 avant Jésus, c’est déjà une ville. C’est donc un lieu chargé d’histoire, pas seulement d’Israël. Josué et ses troupes entrent en Terre Sainte. La première ville qu’ils prennent avec des trompettes, on se rappelle les trompettes de Jéricho. Après le septième tour , les remparts s’écroulèrent. « Faire un Jéricho » : c’est louer Dieu pendant 7 jours pour obtenir une grâce. Le problème c’est que c’est un Eden. Dans la Bible, les sédentaires ont mauvaise presse. Depuis Abraham, les hommes de bonne volonté sont des nomades : ceux qui s’installent dans les villes sont tombés dans le piège de Babel. Jéricho est le symbole de la ville piège où les hommes se laissent séduire. Ils s’installent tellement bien qu’ils s’enterrent à – 240 mètres sous terre.
Comme l’écrit saint Paul au deuxième chapitre de sa lettre aux Philippiens : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » Le Christ Jésus descend. Il est au fond de Jéricho. C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé.
Dans l’Evangile selon saint Marc, seuls les disciples portent un nom. Or on sait le nom de cet aveugle : Bartimée ! Attention c’est donc un récit d’appel. Dans l’Evangile selon saint Marc plus nous approchons de la Passion plus il y a problème. Les disciples ont un problème de surdité aigüe. Il faudrait être sourd et aveugle pour ne pas comprendre. La conclusion est claire : Les disciples ne sont pas prêts à suivre Jésus. Le seul capable de suivre Jésus, c’est Bartimée. C’est d’ailleurs le dernier récit de miracle du deuxième évangile.
Bartimée est mendiant et aveugle : il n’est plus dans la ville. C’est un homme qui ne se contente plus de la séduction de Jéricho. Il appelle Jésus : « Fils de David », c’est un titre messianique. L’aveugle discerne le mystère caché. Il faut donc fermer les yeux sur les séductions de ce monde. Il faut avoir pris des claques pour voir mieux que les voyants. En Jn 9,39, Jésus dit : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » Jésus dit aussi aux pharisiens : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché mais parce que vous prétendez voir, vous êtes aveugles ».
Bartimée crie. En grec, il y a deux modes pour dire crier : « houhou » je vous appelle de l’autre côté de la rue. Et « Au secours ! ». Bartimée a crié « au secours ». Quand on entre dans la chapelle, on fait houhou, on ne se mouille pas beaucoup. Or Jésus répond à la mesure de notre initiative. Si nous entrebâillons la porte, il ne met pas son pied comme certains représentants de commerce… Le cri doit sortir du ventre. Vous vous jetez dans ce cri.
La compagnie de Jésus, ce n’est pas brillant : l’aveugle ! Le bon larron !... Qu’est-ce qui les unit ? La misère. La misère qui a reconnu la miséricorde. Saint Pierre fait le service d’ordre. Si Jésus entend, pour sûr, il va s’arrêter. On n’a pas le temps. Jésus s’apprête. Il sort son agenda : on a rendez-vous à KTO. On a préparé la session. On a à écrire l’article pour le bulletin paroissial. On a à préparer la liturgie. Jésus n’aime pas les foules. Il se méfie de leur mouvement. Il aime les personnes. Il n’aime pasle « on » manipulable. Bartimée est invité aux trois vertus théologales : on lui dit « Confiance » C’est la vertu d’espérance ; « Lève-toi », c’est la vertu de foi. « Il t’appelle », pour une aventure d’amour.
Le manteau c’est sa maison (à Jéricho il fait 40° le jour mais il peut geler la nuit), son garde-manger, son portefeuille, son parapluie, sa couverture. C’est là aussi qu’il cache ses pleurs, sa misère. Il laisse tout cela. C’est le baptême. Saint Paul parle de revêtir le nouveau sur l’ancien. Tout notre travail consiste à nous dire : « Bénies soient les blessures de notre vie qui nous permettent de recevoir Jésus. »
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