1er janvier 2025 Fête de la très sainte Vierge Marie Mère de Dieu.

Frères, lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et soumis à la loi de Moïse, afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loi et pour que nous soyons adoptés comme fils. Et voici la preuve que vous êtes des fils : Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils, et puisque tu es fils, tu es aussi héritier : c’est l’œuvre de Dieu. (Ga 4,4-7)

La Plénitude des Temps.  Nous y sommes.Le Pape Benoît XVI, à Pâques 2006, a eu des expressions très audacieuses pour parler de la résurrection de Jésus : « Si, a-t-il dit dans son homélie de la veillée de Pâques, si  une fois quelqu’un avait été réanimé, et rien d’autre, en quoi cela devrait-il nous concerner ? Mais précisément, la résurrection du Christ est bien plus, il s’agit d’une réalité différente. Elle est – si nous pouvons pour une fois utiliser le langage de la théorie de l’évolution – la plus grande « mutation », le saut absolument décisif dans une dimension totalement nouvelle qui soit jamais advenue dans la longue histoire de la vie et de ses développements : un saut d’un ordre complètement nouveau, qui nous concerne et qui concerne toute l’histoire (…)Ainsi, nous sommes associés à une nouvelle dimension de la vie dans laquelle nous sommes déjà en quelque sorte introduits au milieu des tribulations de notre temps. (…) La résurrection n’est pas passée, la résurrection nous a rejoints et saisis. Nous nous accrochons à elle, c’est à dire au Christ ressuscité. (…)» Pour rebondir sur les propos du Pape Benoît XVI, on peut donc dire qu’après l’homo erectus, l’homo habilis, puis l’homo sapiens, puis l’homo sapiens sapiens, grâce à Jésus, voici l’homo ressuscitatus. C’est le baptisé.

L’espérance chrétienne, l’espérance du baptisé n’est pas de vivre toujours ici-bas, mais d’accéder à une autre forme de vie dans un au-delà. Pas de se survivre mais de se dépasser. Le vœu chrétien n’est pas le sempiternel, mais l’éternel ! Pas le paradis terrestre, mais la béatitude céleste. Même si l’on nous faisait miroiter une vie d’aisance et de confort sempiternel sur cette terre, l’aspiration furieuse qui nous soulève vers le divin ne serait pas tarie en nous. On peut attendre du génie humain toutes sortes d’avancées merveilleuses mais le rêve devient cauchemar s’il se ferme à la seule issue qui puisse combler nos cœurs : voir Dieu et revoir ceux que nous avons aimés. Nous choisissons l’éternité plutôt que la perpétuité. Et pour l’homo ressuscitatus, son éternité c’est Jésus, la présence de Jésus dans son cœur, la présence réelle de Jésus à chaque messe, l’accompagnement indéfectible de Jésus à chaque instant. Le Don de sa maman, de son Corps et de son Sang, de sa Famille l’Eglise, de son Pardon, de sa Parole.

Mais saint Paul part de plus loin. Pour nous ressusciter, Le Père a dû envoyer ses deux « Alter Ego » : son Fils et son Esprit – qui est tout autant « l’Esprit de son Fils ». La théologie dit qu’en Dieu, il y a deux « processions » (une procession, à l’intérieur de Dieu, ce n’est pas une manif religieuse, c’est une « émanation », un Don : celle du Fils qu’on appelle engendrement : « engendré non pas créé » disons-nous du Fils. Et celle du Saint-Esprit : « Il procède du Père et du Fils » disons-nous encore dans le credo. Pour nous sauver, Le Père aurait pu nous envoyer des grâces. Il nous envoie carrément deux Personnes : Le Fils et le Seigneur Esprit-Saint. 

Tout cela, écrit saint Paul, pour nous racheter, nous adopter, nous rendre libres, et même héritiers !

Si dans ce passage si court mais si solennel, saint Paul mentionne « né d’une femme » c’est que cette femme est importante ! Il aurait pu ne rien dire, il aurait pu dire « né d’un homme et d’une femme ». Voici quelques lignes édifiantes d’un ancien évêque auxiliaire de New-York (Mgr Austin Vaughan) qui écrivait en 1991: « Lorsque Dieu a envoyé son Fils dans le monde, Il n’est pas apparu brusquement au sommet d’une montagne. Sa vie a débuté dans le sein de la Vierge Marie. Pendant neuf mois, le centre de l’univers entier, la personne la plus importante et le bien le plus important ont été un bébé à naître dans le sein de Marie. Dieu a fait cela pour nous enseigner le prix qu’Il attache à chaque vie humaine dès son commencement ».

Une personne dont on ne connaît que le prénom – Claire – a publié son livre témoignage il y a quelques années, un petit livre qu’elle voulait gratuit. Le seul paiement : les frais de port et le faire connaître à d’autres . Elle nous partage ses réflexions suite à sa conversion, suite à sa rencontre avec Jésus. Voici une petite page de ce livre qu’elle a intitulé « Des brebis dans les arbres » : « Deuxième événement de la journée : je me suis réconciliée avec la Vierge Marie, et ce faisant, je me suis réconciliée avec l’image de la mère et de la femme – donc avec moi. C’est une première étape, c’est resté assez timide, à un niveau très intellectuel, mais enfin, la prise de conscience s’est faite. Je me suis concentrée sur ce qu’elle est, ce qu’elle représente, ce qu’elle “émet”, et j’ai ressenti une vraie douceur. Je me suis dit bon, je ne peux pas aller beaucoup plus loin aujourd’hui, mais je sais qu’elle est là, un jour on se retrouvera vraiment. Marie, depuis des dizaines d’années, les savants cherchent partout le chaînon manquant qui relie le singe à l’homme. Ils devraient plutôt s’intéresser à toi, qui es le chaînon marquant qui relie Dieu et les hommes. »

Amen ! Bonne et sainte année 2025, avec Jésus et sa sainte Mère !

Epiphanie 2025

Le jour de l’Épiphanie, l’Église célèbre la manifestation du Christ à toutes les nations. Un rayonnement dont l’universalité est représentée par les Rois mages, ces personnages venus des confins de l’Orient. Dans son homélie du 6 janvier 2006, Benoît XVI éclaire admirablement ce mystère, en s’appuyant notamment sur des notions de physique.

Qui eût cru qu’un bon théologien se devait de maîtriser quelques connaissances en physique quantique ? En revanche, inutile d’être un bon scientifique pour saisir les intuitions du pape Benoît XVI lorsque celui-ci a eu recours à la physique pour prêcher l’Épiphanie du Seigneur le 6 janvier 2006. Il a en effet évoqué une lumière qui se diffuse de manière concentrique, un mouvement d’attraction vers le centre, le phénomène de réflexion de la lumière, ainsi que la force de la grâce… Quatre points qui permettent de mieux comprendre l’éclat incommensurable de l’étoile de Noël, qui n’est autre que le Christ lui-même, et le rayonnement auquel elle nous appelle en tant que baptisés.

1)Une lumière qui rayonne par cercles concentriques

Pour Benoît XVI, l’Épiphanie est un mystère de lumière, représentée de manière symbolique par l’étoile qui a guidé les Rois mages jusqu’à la crèche de Bethléem. Une lumière qui a brillé dans la nuit de Noël et qui aujourd’hui se manifeste à tous. “Toutefois, la vraie source de lumière, c’est le Christ”, précise Benoît XVI. “Dans le mystère de Noël, la lumière du Christ rayonne sur la terre, en se diffusant comme par cercles concentriques.”

À quoi correspondent ces cercles concentriques qui sont progressivement éclairés par la lumière du Christ ? Il s’agit tout d’abord de la Sainte Famille, Marie et Joseph, qui les premiers sont illuminés par la présence de l’Enfant Jésus. Ensuite, la lumière se manifeste aux bergers qui, avertis par l’ange, accourent à la grotte et trouvent l’enfant couché dans une mangeoire. “L’éclat du Christ parvient enfin jusqu’aux Rois mages, qui constituent les prémices des peuples païens”, continue Benoît XVI. La lumière du Christ est d’une puissance telle qu’elle se diffuse dans l’espace. Et avec 2000 ans de recul, il est légitime d’avancer qu’elle se diffuse également dans le temps.

2)Un mouvement d’attraction vers le centre

“Dans le mystère de l’Épiphanie”, remarque encore le pape défunt, “en plus d’un mouvement de rayonnement vers l’extérieur, se manifeste un mouvement d’attraction vers le centre”. Les bergers, les Rois mages sont en effet attirés par la lumière. Cela tient à la source de cette lumière : “La source d’un tel dynamisme est Dieu qui attire tout et tous à lui”, et à sa nature même.

“Qu’est-ce que cette lumière ?”, interroge Benoît XVI. “Est-ce seulement une métaphore suggestive ou cette image correspond-elle à une réalité?” Un élément de réponse se trouve dans la Bible. L’Apôtre Jean écrit :  “Dieu est Lumière, en lui point de ténèbres” (1Jn 1, 5). Puis il ajoute: “Dieu est amour”. Le pape rapproche ces deux définitions et explique : “La lumière, apparue à Noël, et qui se manifeste aujourd’hui aux nations, est l’amour de Dieu, révélé dans la Personne du Verbe incarné”. L’amour infini de Dieu pour chacune de ses créatures possède une véritable force d’attraction.

3)Réfléchir la lumière

L’Épiphanie fait écho à la dimension missionnaire de l’Église. Imprégnée de la lumière du Christ, l’Église est appelée à faire resplendir dans le monde cette lumière, “en la reflétant en elle-même comme la lune reflète la lumière du soleil”, précise Benoît XVI. Il s’agit bien là du phénomène de réflexion de la lumière, consistant à renvoyer les rayons lumineux vers un nouveau milieu. Jésus adulte dira : “De même, que votre lumière brille devant les hommes: alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux” (Mt 5, 16).

4)La force de la grâce

Devenir des disciples du Christ, très bien, mais comment faire puisque, comme le rappelle le pape Benoît XVI, l’Église est sainte mais composée d’hommes et de femmes avec leurs limites et leurs erreurs. Pour Benoît XVI, “seul le Christ, en nous donnant l’Esprit Saint, peut transformer notre misère et nous renouveler continuellement”. C’est la force de la grâce. Et il n’existe pas de formule mathématique pour calculer cette force. Elle est infinie puisqu’elle vient de Dieu.

Être ouvert à la grâce suppose néanmoins une condition : fournir une disponibilité totale à la volonté de Dieu, à l’instar du “fiat” de la Vierge Marie. Marie nous enseigne ainsi à “être “épiphanie” du Seigneur, dans l’ouverture du cœur à la force de la grâce et dans l’adhésion fidèle à la parole de son Fils”, conclut Benoît XVI.

Blagounette : Une femme d’âge mûr qui a constaté une excroissance anormale sur le ventre de sa fille, emmène celle-ci chez le médecin pour un examen.  Le généraliste n’y va pas par quatre chemins :

-Écoutez Madame, c’est facile à comprendre, votre fille est enceinte !

-C’est impossible, ma fille est une enfant très bien élevée et jamais, elle ne compromettrait sa réputation avec un garçon.

Le docteur se lève, se retourne et regarde l’horizon par la fenêtre de son cabinet. Ça dure plusieurs minutes, ce qui a le don d’énerver la mère.  Furieuse, elle agresse littéralement le médecin : -Mais enfin, allez-vous arrêter de regarder par cette fenêtre et vous occuper un peu de nous ?

Le médecin se retourne vers elle calmement :  -Mais je m’occupe de vous ! La dernière fois qu’une chose pareille s’est produite, une étoile est apparue dans le ciel et trois rois mages sont venus pour tout expliquer. Je guette leur arrivée.

Baptême du Seigneur 12 janvier 2025

Frères et sœurs, Jésus n’avait pas besoin d’être baptisé au sens où nous le sommes nous, puisqu’il est Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu. Mais nous le fêtons avec solennité parce qu’il nous révèle qui est Jésus justement. Et aussi parce qu’il nous parle du nôtre.  Un ami diacre, au cours d’une réunion de préparation de baptême où les parents participants avouaient qu’ils ne pratiquaient pas tellement, leur demande seulement : « Si vous aviez un mot à dire à vos enfants, un seul mot, qu’est-ce que vous leur diriez ? » « Eh bien, si je ne pouvais dire qu’un seul mot, je leur dirais « Je t’aime »…Eh bien c’est le premier mot que Dieu vous dit par le signe de la croix. « Je t’aime petit Pierre » « Je t’aime petite Cindy » « Je t’aime Elodie »

Pourquoi est-ce si important ? Nous constatons qu’il y a en nous un fond de solitude et un fond de peur. Il a dû y avoir quelque part une rupture. Cela expliquerait pourquoi nous voulons être Dieu. Vouloir être Dieu, se mettre à la place de Dieu, se croire tout-puissant, ce sont les vieux démons qui nous habitent. Nous sommes toujours frustrés parce que nous n’y arrivons pas. L’évangile nous montre qu’en Jésus, il n’y a pas cette rupture, il est libéré de la peur parce que libéré de la solitude. Il y a Quelqu’un dans sa vie. Le Baptême et la Transfiguration sont deux moments clés, décrits par les évangélistes, comme une révélation pour nous ; il est dit à Jésus : « Tu es mon Fils bien-aimé ». Il y a Quelqu’un là, et Quelqu’un qui l’aime, Quelqu’un qui lui dit, à lui, cette parole-là (Mt 3,17 ou Mt 17,5) A deux reprises, Jésus est présenté dans l’Evangile comme celui que Dieu aime. Cette conscience vive de la présence dans sa vie de ce Quelqu’un est la source de sa liberté. La grâce du baptême c’est que comme Jésus je consens à être dépendant, à m’abandonne. Au fond, je consens à ce que cette source d’amour soit le fond de mon être.

Il était une fois, au cœur de l’Afrique, un petit village où tous les habitants mouraient de soif, Manuela, jeune adolescente, décida de partir chercher de l’eau. Un matin, elle partit portant une cruche sur sa tête. Elle marcha longtemps, longtemps… Le soleil déjà frappait fort.

– « Manuela, où vas-tu ? » – « Chercher de l’eau », Elle se retourna, vit une multitude de singes qui dansaient, riaient, chantaient… Un singe lui dit :- « Je sais où il y en a. Mais l’essentiel c’est de s’amuser, de danser, de rire. Viens avec nous t’amuser, après nous te dirons ou trouver un puits ». Manuela passa le reste de la journée et la nuit à s’amuser, à danser, à rire… Au matin, les singes lui montrèrent un grand champ labouré et lui dirent que le puits était de l’autre côté. Manuela traversé le champ mais ne trouva pas de puits ; les singes l’avaient trompée… En pleurs, elle reprit sa marche. Soudain elle entendit des pas feutrés derrière elle. Une panthère la suivait : – « Manuela, où vas-tu ? » – « Chercher de l’eau », – « Je sais où il y en a, c’est facile à trouver. Mais l’essentiel, c’est d’être belle et de paraître. Regarde comme notre robe est belle. Viens te faire belle avec nous, puis nous te dirons où trouver un puits ». Manuela passa tout le reste de la journée et la nuit à admirer les robes, à se faire belle et à se faire admirer. A l’aube, les panthères lui montrèrent au loin une petite montagne boisée et lui dirent que le puits était de l’autre côté. Manuela partit… Elle atteignit la petite montagne boisée, la gravit, descendit de l’autre côté, mais il n’y avait pas de puits… Elle s’effondra en pleurs. Un lapin la découvrit (le lapin a de très grandes oreilles pour écouter). – « Manuela, pourquoi pleures-tu ? » – « Les panthères et les singes m’ont trompée… Ils m’ont dit que je trouverai de l’eau et il n’y en n’a pas. Mon village va mourir de soif… » Le sage lapin lui demanda : – « Où habites-tu ? » – « Bien loin d’ici… au-delà de cette montagne, au-delà de la vallée, au-delà du grand champ labouré… » Mettant alors ses oreilles entre ses pattes, le lapin réfléchit et dit : – « Manuela, ne sais-tu pas ce qu’il y a dans le coin abandonné de ta case ?… Tes ancêtres ne t’ont-ils rien dit ?… » Et il appela ses amis lapins. – « Prenez Manuela et sa cruche, et suivez-moi. » Dès leur arrivée à la case, Manuela est tous les lapins se mirent à déplacer les grosses pierres, les vieux paniers à bois, les cruches cassées et grattèrent le sol. Ils découvrirent un puits… Manuela se pencha, aperçut au fond du puits son visage. Elle prit sa cruche, puisa de l’eau et en donna à tout le village et à tous ses amis les lapins…

Du village de Rocoules près de Saugues, une vieille dame sans instruction avait une foi et une intelligence profonde. Monsieur le curé venait de lui donner la communion à domicile. « J’ai bien réfléchi à une chose, dit-elle. On nous a dit que les apôtres avaient de la chance parce qu’ils voyaient Jésus. Ils l’avaient à côté d’eux, devant eux. Moi j’ai plus de chance encore qu’eux. Je l’ai en moi, au dedans de moi. » Au-dedans de nous comme une source, « La » Source de Vie éternelle.

19 janvier 2025 Semaine de prière pour l’unité des chrétiens

et deuxième dimanche du temps ordinaire.

Frères et sœurs, Comment se pose la question  de l’unité entre chrétiens catholiques, protestants, orthodoxes? Nous devons croire de toutes nos forces que l’unité n’est pas perdue, même si elle est cachée par nos faiblesses ou nos péchés. Il y a une vingtaine d’années, le Pasteur protestant Thomas Roberts avait reçu cette vision : il voyait des étangs, des lacs, des pièces d’eau un peu partout et dans chaque pièce d’eau vivaient des poissons complètement différents – et, à part les anguilles, ils ne pouvaient pas aller d’une mare dans une autre pour rencontrer des poissons différents d’eux. Alors il y a eu des réunions de poissons et ils ont dit : « Comment peut-on faire pour se joindre aux poissons des autres étangs ? » Ils ont parlé très très longtemps mais ils ne se rejoignaient toujours pas ! Certains poissons pouvaient décrire un peu ce qu’ils voyaient dans d’autres mares. Certains aussi disaient : « Dieu a fait la diversité et c’est bien comme ça ; restons séparés… » Cependant, les poissons avaient dans le cœur la certitude qu’ils étaient faits pour vivre ensemble dans la diversité. Un jour le ciel est soudain devenu noir et menaçant et les poissons ont eu très peur. Il a commencé à pleuvoir, il a plu pendant très longtemps… Et l’eau dans les mares a monté, l’eau a débordé, certaines mares ont commencé à communiquer, les poissons ont commencé à aller d’une mare dans l’autre ; et ils ont trouvé que cela était très bon ! Chaque mare est restée ce qu’elle était mais en même temps tous les poissons pouvaient se visiter.

Et la Vierge Marie dans le dialogue œcuménique ? N’est-elle pas un obstacle ? Les catholiques et les orthodoxes l’ont en très grande vénération. Les protestants s’interdisent presque d’en parler. Le Père Raniero Cantalamessa théologien de la maison pontificale raconte qu’il avait été sollicité pour parler au cours d’un rassemblement de protestants. Comme il est de sensibilité charismatique, il demande au Seigneur quel sujet il doit aborder. Le Seigneur lui répond : « La Vierge Marie ». Il a voulu obéir mais il appréhendait beaucoup. Et pourtant, après avoir fait sa conférence que ces milliers de frères chrétiens avaient écouté d’une façon très attentive, il a surpris une dame dire à une autre : « Ne me parle pas de ce que nous avons entendu ce matin sinon, je vais pleurer ». Cela avait été un moment de guérison ; et le Père Raniero dit qu’il est temps de ne plus penser que la Vierge Marie est un sujet de discorde mais qu’elle est un moyen parmi les plus puissants de concorde et d’unité entre tous les enfants du Seigneur, comme toute maman s’applique à l’être entre ses enfants.

Pourquoi ? Parce que la Vierge Marie est un modèle de foi. Elisabeth lui dit en la voyant : « Bienheureuse toi qui as cru en l’accomplissement des paroles qui te furent dites de la part du Seigneur ». Cette phrase est prononcée par Elisabeth mais saint Luc nous dit qu’elle était rempli de l’Esprit-Saint. C’est donc le Seigneur Esprit-Saint qui béatifie Marie.

La foi de Marie a-t-elle été une foi facile ?  Marie connaissait la Loi de Moïse : « La Jeune fille qui le jour de son mariage ne sera pas trouvée vierge sera reconduite dans la maison de son père et lapidée ». Par ailleurs Marie n’avait aucun exemple, aucun antécédent sur lequel s’appuyer. L’Ancien Testament raconte bien des naissances miraculeuses mais il s’agit de femmes âgées ou stériles et la naissance arrive finalement par la façon habituelle. Carlo Carreto est un « Petit frère de Jésus », un petit frère de saint Charles de Foucault. Il a vécu longtemps en ermite au désert du Sahara. Dans son livre sur la Vierge Marie, il raconte ce fait bouleversant. Un jour arrive dans son ermitage une caravane de Bédouins. Il prend conscience qu’il y a un jeune couple officiellement marié mais qui ne vit pas ensemble. Ce petit couple le touchait parce qu’il lui rappelait Joseph et Marie ; trois ans plus tard, il voit revenir les mêmes bédouins mais il ne voit pas le jeune couple. Il en demande des nouvelles et il sent un malaise. Finalement, on fait devant lui un geste sans équivoque : on a tranché la gorge de la fille parce qu’elle n’a pas été trouvée vierge à sa nuit de noces. Carlo Carreto dit qu’il a compris ce jour-là la hauteur de la foi de Marie, et qu’il l’a prise comme Maitresse de foi.

La foi de la Vierge Marie est à la fois « objective » et « subjective ». Objective c’est à dire qu’elle n’a pas cru en un dieu à sa mesure, à son idée. Elle a reçu le Dieu de son Peuple, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Sa foi est insérée dans l’histoire du Salut. Mais sa foi est aussi « subjective », faite de confiance, d’abandon à Dieu, de remise d’elle-même.

On le sent dans l’évangile d’aujourd’hui, Marie et Jésus, c’est 30 ans de complicité. On sent que Marie est impatiente que Jésus dise qui il est. ET Jésus semble la rabrouer : « Femme que me veux-tu ? » On peut traduire la parole de Jésus par : « Qu’est-ce qu’il y a entre toi et moi ; nous avons ressenti la même chose, n’est-ce pas ? » Benoît XVI écrit « Jésus l’appelle « Femme » – pourquoi ne dit-il pas: «  mère »? En réalité, ce titre exprime la position de Marie dans l’histoire du salut. Il renvoie à l’avenir, à l’heure de la crucifixion, où Jésus lui dira :  “Femme, voici ton fils – Fils, voici ta mère” (cf. Jn 19, 26-27). Il indique donc à l’avance l’heure où Il fera devenir la femme, sa mère, mère de tous ses disciples. D’autre part, ce titre évoque le récit de la création d’Eve:  Adam, au milieu de la création et de toute sa richesse, se sent seul, comme être humain. Eve est alors créée, et en elle, il trouve la compagne qu’il attendait et qu’il appelle du nom de “femme”. Ainsi, dans l’Evangile selon saint Jean, Marie représente la femme nouvelle, définitive, la compagne du Rédempteur, notre Mère:  l’appellation apparemment peu affectueuse exprime en revanche la grandeur de sa mission éternelle. »

Quand elle dit à l’ange Gabriel « qu’il me soit fait selon ta parole» cela veut dire :  « Ce qui te plait à toi, Seigneur, me plait aussi à moi ».

En plus la foi de Marie est une foi joyeuse. Comment le savons-nous ? L’évangile a été écrit en grec. Le verbe grec traduit en français par « Qu’il me soit fait » est à un mode que nous n’avons pas dans nos langues européennes actuelles. Nous avons l’indicatif qui dit ce qui a été fait, ce qui est fait, ce qui sera fait. Nous avons le conditionnel qui dit ce qui pourrait se passer ou pas. Le grec a un autre mode : l’optatif. On l’emploie quand on veut exprimer le désir que quelque chose arrive, l’impatience même. Saint Luc et à travers lui le Seigneur Esprit-Saint nous dit que Marie n’a pas répondu oui en inclinant la tête comme une soumission à une volonté étrangère, mais qu’elle a dit : « Oui, je suis contente de faire ta volonté ».

Qu’elle nous obtienne la grâce d’imiter cette foi généreuse, joyeuse, enthousiaste, ingénieuse ! Amen.

26 janvier 2025 3° dim. ord. C

La Parole de Dieu : Dieu se « livre ».

Frères et sœurs, Aujourd’hui, selon le vœu du Pape François, c’est le dimanche de la Parole de Dieu (et la journée mondiale des lépreux). Posons une question disons pédagogique, en tout cas, pas du tout polémique : Que répondre aux musulmans qui nous disent qu’il n’y a de Parole de Dieu que le Coran ? Lisez la Bible et vous vous apercevrez vite que des passages entiers ne sont pas la parole de Dieu. Les 150 psaumes, par exemple sont des prières adressées à Dieu : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien »…« Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour »… « Tu me scrutes et me connais, Seigneur »… Par ailleurs, il y a de longs récits historiques, des recueils de proverbes, des paraboles, des livres entiers qui racontent des vocations de prophètes. Dans le Coran au contraire, de la première à la dernière sourate, c’est Dieu qui dit qui il est et ce que l’homme doit faire.

Que répondre ? Personnellement, si on m’avait demandé de donner une comparaison pour expliquer ce qu’est la Parole de Dieu, j’aurais dit qu’elle est comme le code de la route avec des sens interdits, des sens obligatoires, des panneaux indicateurs. Elle nous permet de rester dans le droit chemin et d’arriver à destination. Ou bien, j’aurais dit qu’elle est comme un plan d’architecte. Le Seigneur veut bâtir son Royaume : il dit à tous les hommes de bonne volonté comment y parvenir en assignant un rôle précis à chacun. Une autre image pourrait être celle d’une recette. Le Seigneur connaît bien la nature humaine. Il vaut mieux en suivre le mode d’emploi si nous voulons réussir notre humanité.

Curieusement, dans toute la Bible, il n’y a aucune comparaison qui ressemble à celles-ci. Par contre, il est écrit que la Parole de Dieu est comme la pluie qui descend du ciel pour féconder la terre, ou comme la graine semée. Quelle puissance contenue dans une graine ! Que de murs bâtis pour l’éternité se lézardent et s’écroulent parce qu’un merle est venu y déposer une graine de sureau !!!

La Parole de Dieu, ce ne sont pas que des directives ou des reproches qui tombent du ciel. C’est Dieu qui communique sa vie. En nous parlant, Dieu se « livre » de plus en plus jusqu’à se faire l’un de nous. Il nous parle en utilisant non seulement le mode prophétique, mais tous les genres littéraires. Une maman ne parle pas à son enfant qu’en lui intimant des ordres, des menaces ou des conseils. Elle lui raconte des histoires édifiantes, elle lui apprend des prières. Et surtout, en lui parlant, elle lui livre son jardin secret. Le Père André Manaranche résume tout par ce beau jeu de mots : « Dieu cause en causant ». Quand il nous parle, il agit. Sa parole atteint son maximum d’efficacité quand, à la messe, il dit par la bouche du prêtre : « Ceci est mon corps livré pour vous ».

On peut dire pour simplifier que, pour l’islam, la Parole de Dieu est un livre (le Coran, dont il est dit qu’il est dans le ciel au pied de Dieu) qui est transmis par un homme (Mahomet). Pour les chrétiens, la Parole de Dieu est une Personne (Jésus) transmise par un livre. Il faut préciser que pour un protestant, la Parole de Dieu est tout entière contenue dans la Bible, alors que pour un catholique, la Parole de Dieu lui vient par la Bible, interprétée authentiquement par le magistère des évêques unis au Pape à la lumière de la Tradition vivante.

Voici pourquoi, lorsque nous proclamons notre credo, n’insistons pas trop sur la liaison : « Dieu s’est fait – t’homme. » Dieu ne se réduit pas aux « tomes » d’un livre. Dieu se livre en se faisant « homme »…

Cette Parole agit comme une graine qui va produire des fruits tout au long d’une vie (Selon le Psaume 91 : « Vieillissant, ils fructifient encore. Ils gardent leur sève et leur verdeur, pour annoncer : Le Seigneur est droit, Il est mon rocher. ») Elle agit parfois comme un coup de tonnerre : c’est le cas dans les conversions fulgurantes, mais aussi les consolations, les libérations, les appels fulgurants (personnellement, j’avance, depuis près de 45 ans, sur deux paroles du Seigneur reçues lors de l’Effusion du Saint-Esprit le 14 mars 1982 : « Pierre avance au large et jette le filet » (Lc 5) et « Si je veux qu’il en soit ainsi, que t’importe ! Toi, suis-moi » ! J21)

« Moi je l’écoute à la messe mais je ne retiens rien ! » Ne nous décourageons pas, car le simple fait d’essayer de la garder produit toujours en nous quelque chose. Une femme se plaignait à un missionnaire  qu’elle n’arrivait pas à mémoriser la Parole de Dieu. Comme elle tient un panier d’osier en main, le missionnaire lui dit : « Va à la rivière, remplis ton panier d’eau et reviens me voir ! » – Mais c’est impossible ! lui dit-elle, il va se vider ! – » et le missionnaire de lui répondre : « Va ! ». Elle part, remplit plusieurs fois son panier, mais à chaque fois, bien sûr, l’eau s’écoule aussitôt. Elle retourne voir le missionnaire et lui dit : « Tu vois, je te l’avais dit, un panier ne retient pas l’eau. – Non, lui dit-il, mais regarde comme il est propre maintenant ! » Quand on fait l’effort de lire et de mémoriser la Parole de Dieu jour après jour, au final, la Parole nous lave, elle nous embellit pour nous rendre toujours plus semblables à Dieu.