5° dim. carême année C 2025 Le peuple adultère
Frères et sœurs ! Quelle affaire ! regardons les personnes en place :
La femme adultère. Certains pensent qu’il s’agit d’une femme répudiée puisque le mari à cette époque a le droit de la mettre à la porte si elle fait brûler les plats trop souvent. Mais il la surveille du coin de l’œil. Et le jour où elle se met sous la protection d’un home parce qu’elle n’a ni allocation ni assurance chômage, il la dénonce. Cette hypothèse fait ressortir que curieusement on ne parle ni du mari ni de l’homme avec qui elle a fauté.
Ceux qui l’accusent et qui veulent la faire condamner. Ou plutôt qui veulent tendre un piège à Jésus. En effet, s’il dit de lapider cette femme, il n’est pas aussi bon que ses disciples le disent et qu’il veut le faire croire. S’il dit de la laisser libre, il se positionne contre la sacro-sainte loi de Moïse.
Jésus. Il est venu pour sauver pas pour condamner. Pour faire un jeu de mots : il n’est pas venu pour éliminer mais pour illuminer. Et il va nous illuminer en effet. Quand il dira : « personne ne t’a condamnée ?! » le mot est très fort ; quand on dit d’une porte qu’elle est condamnée c’est que non seulement on l’a fermée à double tour mais souvent qu’on a bâti un mur à la place. Quand on dit d’un malade qu’il est condamné, on sait que la médecine a abandonné tout espoir de guérison. Cette femme est condamnée.
Mais Jésus a plus d’un tour dans son sac ! Il commence par se baisser et écrire sur le sol. Certains ont imaginé ce qu’il écrivait.
- Pour saint Ambroise et saint Augustin, il s’agit d’un geste prophétique qu’ils comprennent à la lumière de Jérémie 17,13 : « Ceux qui se détournent de toi seront inscrits dans la terre ».
- Pour d’autres, Jésus écrit les versets d’Exode 23,1-7 : « Tu ne colporteras pas de fausses rumeurs tu ne prendras pas le parti du plus grand nombre pour commettre le mal Tu ne feras pas dévier le droit de ton pauvre dans son procès. »
- D’autres encore émettent l’hypothèse qu’il écrivait la Loi nouvelle, le cœur de l’évangile.
- D’après saint Jérôme, il a écrit tous les péchés des présents. Vous voyez qu’on ne manque pas d’imagination !
Peu importe au fond. C’est d’abord un geste génial pour arrêter la violence et imposer à tous les spectateurs un temps de réflexion. C’est un geste de délicatesse : pour ne gêner personne, il fait autre chose ; il s’est baissé, il regarde le sol, il ne porte pas de regard accusateur.
Ils s’en vont les uns après les autres. Pourquoi d’abord les plus vieux ? Moi qui suis vieux maintenant, je dis : parce qu’ils ont plus de sagesse. Les jeunes disent : parce que ce sont eux qui ont commis le plus de péchés … !
Il nous faut adopter trois attitudes :
- Nous reconnaître pécheurs.
- Accueillir le pardon de Jésus.
- Imiter Jésus qui garde toujours l’espérance sur tout homme, qui donne toujours une autre chance.
Nous reconnaître pécheurs. Nous sommes le peuple adultère à qui le Seigneur ne suffit pas et va trouver autre chose notamment son petit ego. Nous souffrons tous, comme dit le psaume 19 (verset 3) « d’un mal secret ». Pour nous en débarrasser, il faut que Dieu nous le montre, ce mal secret… Il le fait d’une manière très simple quand nous disons : « Tu as vu l’autre comme il est ? C’est un égoïste, il est coléreux. Tu as vu comment il se comporte avec sa femme ? Tu as vu comment il se comporte avec ses enfants ? mais il est complètement possessif, c’est normal que ses enfants soient comme ça, tu as vu ? Et puis tu as vu l’autre là, mais ce n’est pas possible, c’est un orgueilleux. » Observez : quand on montre du doigt quelqu’un, il y a un doigt qui montre la personne et trois qui nous montrent nous. Quand je vois quelque chose chez un autre, je dois me dire : « C’est peut-être trois fois pire chez moi, mais je ne me rends pas compte. Si Dieu m’a permis de voir chez l’autre un défaut, un péché caché, une petite faiblesse, peut-être est-elle chez moi à la puissance trois. Il m’a montré cela chez mon frère, pour que je la découvre chez moi. » C’est ainsi qu’avec beaucoup de délicatesse, Dieu me permet de faire la vérité en moi. Ainsi, je pense progresser dans l’amour et donc dans l’unité.
Accueillir le pardon de Jésus. Quand nous avons péché, deux attitudes s’offrent à nous. Il faut choisir la troisième, celle de Jésus. Soit nous décourager (Je suis nul, je n’y arriverai jamais, ce n’est pas pour moi) soit nous justifier (« et alors !? certains font tellement pire ! ce n’est pas si grave ! tout le monde le fait !). Il faut faire comme la femme adultère : saisir la main que Jésus nous tend et nous laisser relever. Et si comme elle, notre péché est l’occasion d’une honte publique, se dire et se redire qu’il faut beaucoup d’humiliation pour un peu d’humilité.
Et puis imiter Jésus. Jésus n’a jamais dit : Il n’y a rien de bon dans celui-ci, dans celui-là, dans ce milieu-ci, dans ce milieu-là. De nos jours il n’aurait jamais dit : Ce n’est qu’un intégriste, qu’un moderniste, qu’un gauchiste, qu’un fasciste, … Il nous faut bannir les « ne que ».. Pour Jésus, les autres, quels qu’ils soient, quels que soient leurs actes, leur statut, leur réputation, sont toujours des êtres aimés de Dieu. Jamais homme n’a respecté les autres comme cet homme. Il est unique.
Il est le Fils Unique de Celui qui fait briller son soleil sur les bons et sur les méchants.
Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de nous, pécheurs ! Amen !
13 avril 2025 Rameaux et Passion
Pourquoi revivons-nous la Passion de Jésus ?
D’abord il vaudrait mieux dire « pourquoi vivons-nous ? » plutôt que « revivons-nous ». Par la Liturgie, nous sommes transportés dans le temps. Nous vivons l’évènement. Nous sommes rendus contemporains de l’évènement.
Pourquoi vivons-nous la Passion de Jésus cette semaine?
Pour nous apitoyer sur l’horreur de son supplice ? Il a fallu qu’il nous aime beaucoup pour aller jusqu’au bout ! Et justement la prière eucharistique n°1 parle non pas de son horrible Passion mais de sa « Bienheureuse Passion » parce que Jésus l’a aussi vécue come l’occasion de montrer combien il aime son Père et combien il nous aime.
Pour nous faire nous lamenter sur nos péchés, responsables de sa mise en croix ? (saint Jean de la Croix : « Quand j’ai quelque chagrin ou dégoût, je me souviens du Christ crucifié, et je me tais ». Il n’a pas souffert la Passion pour nous sauver d’un petit rhume ; ce qui signifie que notre état est bien plus grave que ce que nous pouvons peser spontanément. Un paroissien disait un jour avec malice : « Autrefois on parlait de péché, maintenant à l’époque du tout psychologique on ne parle que d’explications, et pourtant les malheurs s’étalent dans tous les journaux »)
En fait, si nous vivons les Jours Saints, c’est surtout, pour servir nos propres vies. Parce que la croix est une réalité de l’existence de celui qui marche avec Dieu. Notre passion peut sembler pâle comparée à celle de Jésus, moins dramatique, mais elle n’en est pas moins réelle. Comme sera réelle notre résurrection. Ne sommes-nous pas nous aussi dans le don total de notre vie, corps et sang ? Pour faire comprendre voici un beau témoignage : un évêque du Brésil, Mgr Geraldo Verdier, racontait qu’un jour, leur équipe fluviale, composée de deux prêtres, deux religieuses et un médecin, avait accosté dans une région très loin, à tous points de vue, de l’évêché. A peine débarqués, ils rencontrent deux extracteurs de caoutchouc, des seringueiros, transportant dans un hamac un compagnon en état comateux. Le docteur l’examine et diagnostique un cancer de la prostate en phase terminale. Il essaie tout de même de lui mettre une sonde pour le soulager. A leur surprise, le seringueiro revient à lui, ce qui leur permet de se présenter… N’en revenant pas, il murmure d’une voix faible : « Deux prêtres, deux religieuses et un médecin, pour m’aider à mourir… Comme Dieu est bon ! ” Il a de quoi être étonné : cela fait neuf ans qu’il n’est pas sorti de son seringal (zone d’extraction du caoutchouc), vingt ans qu’il n’a pas vu de prêtre, et jamais rencontré de médecin ! ” Qui sait si le Seigneur ne vous réserve pas encore quelques années de vie ? – Non, Padre, je suis à bout. Mais, vous savez, je n’ai rien laissé perdre de mes souffrances. J’ai tout mis sur la Croix de Jésus ! » Cette même nuit, il partit pacifié, à la rencontre de son Seigneur, ” le rempart de sa vie ” (Psaume 26,1) « Je n’ai rien laissé perdre, j’ai tout mis sur la croix de Jésus ». Peut-être pourrions nous retrouver ce que les anciens disaient volontiers « Mon Dieu je vous l’offre » ?
Jeudi-Saint 17 avril 2025 La messe c’est de l’amour visible et efficace
Frères et sœurs, aujourd’hui Jésus institue la messe. Qu’est-ce que la messe ? C’est un signe efficace de grâce.
Nos vies sont faites de signes. Un signe est fait si possible de gestes et de paroles.
Quand je lève le pouce sur le bord de la route, j’exprime le minimum de l’amour : « Je vous fais confiance et vous pouvez me faire confiance, j’aimerais être pris dans votre voiture. »
Autre exemple : Le matin, j’ouvre mes volets et de l’autre côté de la place mon voisin ouvre les siens. Mon voisin va avoir droit à un signe d’amitié de ma part : je lui fais un signe de la main et lui aussi.
Je vois mon enfant, mon conjoint…je ne lui fais pas un signe de la main… Je l’embrasse. Je lui fais de gros baisers. Je vais visiter des personnes à l’hôpital, ces personnes sont fragilisées, je vais envelopper de mes deux mains, très délicatement, très précautionneusement pour ne pas risquer de lui faire mal une de ses mains. Et, je vais la regarder dans les yeux. Le signe, c’est de l’amour rendu visible. Le propre d’un signe c’est d’être efficace, il peut faire arrêter la voiture, donner du réconfort, de la consolation, ensoleiller une journée et même guérir. Pensons à la maman qui fait un baiser là où le petit s’est fait mal. La messe c’est le signe de l’Amour. Activité spirituelle en permanence du Seigneur qui nous en a donné la preuve le vendredi Saint et le dimanche de Pâques. C’est le signe en concentré de la Passion et de la Résurrection. Alors que tout le mal, tout le péché, toutes les puissances occultes diaboliques se sont déchainées sur Jésus, il n’a pas fléchi. Il a gagné, il a été plus fort, le mal a été trouvé léger. L’amour humain est beau, grand, noble mais il est limité, imparfait, faible, il peut défaillir. Notre capacité d’aimer a besoin d’être sauvée, c’est-à-dire éduquée mais aussi réparée, perfectionnée. Le Seigneur nous éduque par ses commandements, ses conseils mais aussi par l’exemple. Petite devinette de Carambar : « Comment un cygne prouve-t-il son amour à son amoureuse ? » Il lui fait un petit « cygne » ! Dieu nous fait signe pas seulement pour nous dire : « coucou je t’aime » mais il nous rend féconds. Je participe à la messe, je communie ; je peux alors transmettre l’amour de Dieu ; la messe nous rend plus patients, plus indulgents, plus inventifs dans le bien.
Deuxième blague Carambar : « Comment un crocodile déclare-t-il sa flamme à son amoureuse ? » Il l’accoste ! (Lacoste publicité gratuite). La messe ce n’est pas seulement une pharmacie qui dispense de la nourriture vitaminée pour mon âme, c’est d’abord une rencontre. Le Seigneur m’accoste. C’est plus une agence matrimoniale qu’une pharmacie. Le Seigneur se présente comme l’époux de mon âme. Il veut tisser avec moi un lien encore plus étroit qu’un lien entre un époux et une épouse qui se veulent du bien depuis 40,50,60 ans. Le record du monde est depuis une vingtaine d’années, un couple Britannique qui en était arrivé à 85 ans de mariage : 105 ans le monsieur, 103 ans sa petite femme. Et quand on a demandé au monsieur quel était son secret, il a répondu : « Toute ma vie j’ai dit : « Yes my dear » – « oui ma chérie ». La messe est faite pour entretenir et perfectionner mon OUI dit au baptême, dès l’aube de ma vie à cet Amour qui a débaroulé dans mon cœur, sans qu’il n’y ait aucun mérite de ma part.
La messe c’est Jésus qui me dit : « Ceci est ma vie pour toi ». Et moi qui lui dis : « Jésus, ceci est ma vie pour toi. » Amen !
| Prière | Jésus en Croix | Le fond de son cœur | Son enseignement | Le péché |
| Mt 5,9-13 | A la croix | Les béatitudes | L’Amour (1 cor 13,4-7) | Le péché |
| 1.Notre père Qui es aux cieux | 1.« Femme, voici ton fils Jean, voici ta mère. » Jean 19,26-27 | 1.« Heureux les artisans de paix Car ils seront appelés fils de Dieu. » Matthieu 5,9 | 1.L’Amour n’est pas envieux, ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas d’orgueil. (v4) | Orgueil |
| 2.Que ton Nom soit sanctifié. | 2.« Père, entre tes mains, Je remets mon esprit. » Luc 23,46 | 2.« Heureux les cœurs purs Car ils verront Dieu. » Matthieu 5,8 | 2.L’Amour ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt.(v5). | Luxure |
| 3.Que ton règne vienne. | 3.« Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis. » Luc 23,43 | 3.« Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, Car le Royaume des cieux est à eux. » Matthieu 5,3 | 3.L’Amour croit tout, espère tout. (V7) | Avarice |
| 4.Que ta volonté soit faite sur la Terre comme au Ciel. | 4.« Tout est accompli. » Jean 19,30 | 4.« Heureux les doux, Car ils posséderont la terre. » Matthieu 5,9 | 4.L’Amour est serviable. (v4) L’Amour prend patience. (v4) | Acédie |
| 5 .Donne-nous aujourd’hui Notre Pain de ce jour. | 5.« J’ai soif. » Jean 19,28 | 5.« Heureux les affamés et assoiffés de la justice, Car ils seront rassasiés. » Matthieu 5,6 | 5.L’Amour met sa joie dans la Vérité. (V6) | Gourmandise |
| 6.Pardonne-nous nos offenses Comme nous pardonnons aussi A ceux qui nous ont offensés. | 6.« Père Pardonne-leur, Ils ne savent pas ce qu’ils font. » Luc 23,34 | 6.« Heureux les miséricordieux Car ils obtiendront miséricorde. » Matthieu 5,7 | 6.L’Amour excuse tout (v7) L’Amour supporte tout (v7) | Colère |
| 7.Et ne nous soumets pas à la tentation mais délivre-nous du mal. | 7.« Mon Dieu, Mon Dieu Pourquoi m’as-tu abandonné. » Matthieu 27,46 | 7.« Heureux les affligés Car ils seront consolés. » Matthieu 5,5 « Heureux êtes-vous Quand on vous insultera Quand on vous persécutera. » Matthieu 5,11 | 7. L’Amour ne s’emporte pas, ne se réjouit pas de ce qui est mal. (v5) | Jalousie |
Personne n’en sera étonné : il est facile de mettre en parallèle, en synopse, les 7 paroles de Jésus en croix, les demandes du Notre Père, les Béatitudes, l’hymne à la charité , et les 7 péchés capitaux ; C’est bien le même Jésus qui nous révèle le fond de son âme, et nous dit comment l’imprimer en nous-mêmes, comment en tapisser le fond de noter propre âme pour la libérer des péchés capitaux, des péchés de tête qui menacent son salut.
19 avril 2025 Samedi-Saint
Comme Jésus l’avait prédit, il est trahi par l’un de ses disciples, Judas Iscariote, et il est arrêté. Lors d’un faux procès auquel préside le gouverneur romain, Ponce Pilate, il est accusé de trahison et condamné à mourir sur une croix en bois. Avant d’être cloué sur la croix, Jésus est brutalement battu au moyen d’un fouet romain, un fouet à neuf lanières dont les extrémités étaient nouées avec des morceaux d’os et de métal qui accrochaient la chair pour la déchirer. Il reçoit des coups de poing répétés, des coups de pied et on lui crache dessus.
Ensuite, il doit porter sa croix. Arrivés au Golgotha, à coup de maillets, les bourreaux romains enfoncent les gros clous de fer forgé dans les poignets et les pieds de Jésus. Finalement, ils plantent la croix dans un trou au sol entre deux autres croix sur lesquelles sont cloués des bandits.
Jésus pend sur cette croix pendant environ six heures. Puis, à trois heures de l’après-midi—c’est-à-dire à l’instant même où l’agneau de Pâque est sacrifié en offrande expiatoire des péchés (le symbolisme est évident) Jésus s’écria (en araméen) : ” Tout est accompli “, puis il meurt. Soudain, le ciel devient sombre et un tremblement de terre secoue la terre.
Pilate veut vérifier que Jésus est mort avant d’autoriser la mise en tombe de son corps crucifié. Donc un garde romain plonge une lance dans le côté de Jésus. Le mélange de sang et d’eau qui s’échappe est une indication nette que Jésus est mort. Le corps de Jésus est alors descendu de la croix et placé dans la tombe de Joseph d’Arimathie. Les gardes romains scellent alors la tombe et y postent une garde de 24 heures.
Pendant ce temps, les disciples de Jésus sont en état de choc. On devine à quel point ils sont frappés et confus après la mort de Jésus sur la croix. ” Ils ne croient plus fermement que Jésus a été envoyé par Dieu. Ils ont appris, par ailleurs, que Dieu ne permettrait pas que son Messie souffre la mort. Alors ils se dispersent. Le Mouvement Jésus en arrive pratiquement à une fin brutale. ”
Tout espoir s’est évanoui. Rome et les chefs juifs ont gagné—ou, du moins, c’est ce qu’il semble.
Le Père Henri Haas, un prêtre belge facétieux a traduit ainsi le Samedi-Saint dans un de ses poèmes disons burlesques :
Le poème s’appelle « Boîte » :
Boîte : Fabrication humaine qui consiste à enfermer, pour un temps ou définitivement, hommes et bêtes.
Les sardines s’en plaignent, les canards aussi.
Les petits pois s’y sentent à l’étroit et les moyens, écrasés.
Les bêtises s’y ennuient à Cambrai et les calissons à Aix.
Le thon se console au naturel, les pilules attendent les haleines aspirantes et fétides qui les sortiront de là, et les danses africaines languissent dans les boîtes à rythmes des stars adolescentes.
Parfois elles sont de nuit, les boîtes, et l’on y voit des gesticulations de pantins, on y entend des bruits métallurgiques, on y sent les odeurs lourdes des aisselles exsudantes sous la lumière complice des spots ecstasyés…
Les hommes s’amusent.
Jésus ne supportait pas la mise en boîte et sortit du tombeau.
Pâques 2025
Frères et sœurs, ce que croit un catholique peut se résumer ainsi : Dieu crée l’homme. Il le crée naturellement bon. Mais l’homme pense que la liberté, c’est de choisir entre le bien et le mal. Or, dès qu’on choisit le mal, on en devient esclave. L’exemple typique, c’est la cigarette. Vous choisissez de prendre une cigarette, il est assez probable que quinze jours après, vous en soyez accro. Bref, l’homme s’est mis dans la panade. Que fait Dieu ? Il vient en personne. En Jésus, Dieu le Fils. Il vit une vie d’homme normale, mais sans jamais pêcher. Il accepte le rejet violent pour renverser le mal. Jésus est comme un cœur que l’on grefferait à une personne. On sait que tout son organisme va se mobiliser contre ce corps étranger qui peut pourtant lui sauver la vie. Jésus est venu se donner et nous le refusons. Mais il sort du tombeau, Il ressuscite. Ce qui signifie que tout ce qu’il a dit et fait est vrai. Et qu’il est désormais parmi nous à proposer la force de sa Vie de ressuscité.
Comment ça marche ?
Nous constatons qu’il y a une loi universelle qu’on retrouve à chaque étage de la nature. Les processus cosmiques sont rythmés par la sortie et le retour, le flux et le reflux ; l’inspiration et l’expiration ; pour le cœur, diastole et systole, etc… etc… Prenons l’exemple du souffle. Si nous inspirons de l’oxygène, (qui est la source indispensable de notre énergie), nous expirons le gaz carbonique (qui est toxique pour notre métabolisme). Tout à l’inverse, la plante capte le gaz carbonique et rejette l’oxygène. Dans la société de consommation c’est je prends, je consomme et je jette, dans la vraie vie, c’est une boucle où, ce qui est jeté, peut être donné pour qu’un autre le reçoive. Aujourd’hui, l’écologie montre que tout est lié, les cycles de l’eau, du carbone, de l’oxygène, etc.. englobent la totalité des règnes minéral, végétal et animal qu’autrefois on cloisonnait. Notre pensée occidentale, jusqu’ici linéaire doit intégrer cette pensée circulaire pour laquelle tout ce qui sort, comme la pluie des nuages, revient tôt ou tard par évaporation. Or nous avons cela dans la Bible (Isaïe 55) : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. » Et cette loi est si profonde qu’elle trouve son fondement ultime dans le Dieu Trinité. Jésus qui est sorti de Dieu, s’en va vers Dieu, et dans sa vie intime, le Père engendre le Fils en son sein, et le Fils, qui est tout tourné vers Dieu son père, y retourne dans l’Esprit.
Alors comment les créatures retournent-elles à Dieu dont elles ont jailli ? Par la gratitude ; c’est-à-dire par la louange, par l’action de grâce, par le merci. Soit consciemment et intentionnellement, par la louange humaine ; soit inconsciemment par la louange des créatures omniprésentes dans la Bible. Le psautier s’achève ainsi : « Que tout être vivant chante : louange au Seigneur ». Le Père dominicain Jacques Fontaine aimait répéter : « l’action de grâce, c’est la clé de l’harmonie universelle. » Nous sommes les bénéficiaires passifs du don de Dieu et nous avons à revenir activement à Lui. Toute grâce qui vient de Dieu est ainsi appelée à retourner vers Dieu en action de grâce. Jésus, on peut dire qu’Il est l’Eucharistie par excellence. Il est l’eucharistie tout court parce qu’Il a tout reçu du Père et Il fait tout remonter vers Lui dans la joie.
Et la Vierge Marie, qui est la première disciple de son Fils, reçoit son Fils par la grâce de son OUI, et le redonne par l’action de grâce de son Magnificat.
On comprend donc que sans la gratitude, sans le merci, l’univers est amputé. Il manque le deuxième temps qui constitue le rythme intégral de la création. La louange, c’est l’attitude fondamentale de l’homme devant Dieu. Comme un pont qui n’aurait qu’une arche, ou un cœur qui ne serait que diastole.
Même si la passion et la résurrection nous obtiennent le salut, il faut que chacun de nous entre dans ce mouvement.
C’est sainte Catherine Labouré qui a eu les apparitions de la Vierge Marie dans la chapelle de la rue du Bac à Paris (Un enfant disait : la rue de Pâques. Elle dit que la Vierge Marie apparaissait avec les mains tendues vers le bas de chaque côté et, de ses mains sortaient des rayons lumineux. Or, elle distingue que dans les rayons lumineux, il y a aussi des rayons éteints et elle dit : « Pourquoi ces rayons éteints ? » Et la Vierge Marie dit : « c’est toutes les grâces que l’on m’a demandées, mais qui n’ont pas été reçues parce qu’il n’y a pas eu de merci. » En effet, dire merci, c’est faire nôtre ce que l’on nous donne. Imaginons une marraine a préparé un beau cadeau pour son filleul et le filleul ne sait pas dire merci. A qui est le cadeau quand elle lui a donné ? Il est à lui, bien sûr, mais il n’en a pas accusé réception. Il ne l’a pas fait sien. Il ne s’en est pas imprégné. Outre le fait que la marraine sera un peu triste, le petit n’a pas réceptionné, alors que s’il dit merci, il donne de la joie et il fait sien ce cadeau.
On raconte aussi que, quelqu’un arrivant au Ciel, visite le vestibule et il voit plein de casiers. Alors il regarde, il cherche le sien, il le trouve et il a la surprise de voir dans son casier plein de cadeaux qui sont là, en attente. Et il dit à l’ange qui lui fait visiter, mais qu’est-ce que c’est que ces cadeaux ? C’est tout ce que tu as demandé à Dieu, mais qui n’est pas parti parce que tu n’as pas remercié, tu n’as pas su dire MERCI.
Nous avons un moyen de dire merci. C’est la messe chaque semaine. Dieu nous donne 168 heures ! Ne serait-il pas normal de lui en donner une ? Ça fait 0,7% de notre temps. Et ces 0,7% de notre temps sont faits pour que Dieu puisse nous donner ce qu’Il a prévu. Parce que Dieu attend de nous la conversion de nos péchés. Mais Il veut aussi la conversion de nos vertus. C’est-à-dire qu’Il aurait de quoi nous dire de temps en temps : « Est-ce que je t’ai demandé ça ? » Vous savez, c’est le fameux : « j’assume, je contrôle, je gère, je maîtrise, j’assure. Je… je… je… je… je… » alors que le Seigneur veut peut-être tout autre chose. En lui donnant un peu de ce qui nous est le plus précieux (du temps !) nous lui permettrons de nous dire ce qu’il attend de nous et de nous donner les moyens de l’accomplir. Pour notre joie et la joie du monde. Amen ! Il est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité !
21 avril 2025 Femmes premiers témoins
Il est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu : « En ce temps-là, quand les femmes eurent entendu les paroles de l’ange, vite, elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » Elles s’approchèrent, lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui. Alors Jésus leur dit : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. »
Tandis qu’elles étaient en chemin, quelques-uns des gardes allèrent en ville annoncer aux grands prêtres tout ce qui s’était passé. Ceux-ci, après s’être réunis avec les anciens et avoir tenu conseil, donnèrent aux soldats une forte somme en disant : « Voici ce que vous direz : “Ses disciples sont venus voler le corps, la nuit pendant que nous dormions.” Et si tout cela vient aux oreilles du gouverneur, nous lui expliquerons la chose, et nous vous éviterons tout ennui. » Les soldats prirent l’argent et suivirent les instructions. Et cette explication s’est propagée chez les Juifs jusqu’à aujourd’hui. »
Pourquoi Jésus est-il apparu d’abord à des femmes ?
Qui se penche sur les récits de résurrection est frappé par la place tellement importante prise par les femmes. En tout cas, les premières personnes à avoir vu Jésus ressuscité sont des femmes : Marie Madeleine, et ses compagnes qui s’étaient levées dès l’aube – mais avaient-elles même dormi ? – pour aller laver, parfumer, donner une sépulture digne au corps de Jésus. Pourquoi Jésus est-il apparu d’abord à des femmes ? Les mauvaises langues disent que c’est pour que la nouvelle se répande plus vite… En effet, les dames savent qu’un secret, c’est très difficile à tenir ; donc, pour le tenir elles se mettent à plusieurs. Je plaisante. Je crois même que c’est le contraire : la planète Vénus sait en général, mieux garder les secrets que la planète Mars. Quand on dit de quelqu’un « c’est un tombeau » on veut dire que cette personne est d’une absolue discrétion. Marie-Madeleine et ses compagnes pouvaient être des « tombeaux » puisque la vérité leur a précisément été révélée devant le tombeau ouvert. Donc, cette explication n’est pas la bonne.
Pourquoi Jésus est-il apparu d’abord à des femmes ?
Plus sérieusement, j’ai trouvé deux autres explications.
D’abord, celle d’Eric-Emmanuel SCHMITT. Ce romancier s’est rendu célèbre par ses écrits : « Evangile selon Pilate » et « Oscar et la Dame en rose ». Il a découvert la foi chrétienne à la faveur d’une nuit dans le désert saharien puis quatre ans plus tard, lors d’une nuit mystique au cours de laquelle, il lit d’un trait les quatre Evangiles. Il a cette réflexion : « Tout ce que les hommes ont construit prend sa source, le plus souvent, dans la peur de l’autre. La force du christianisme c’est de dénoncer cette peur et d’oser affirmer que les rapports humains pourraient se fondre dans l’amour. Il y a une dimension féminine dans le message du christianisme qui, face à la haine, à la rivalité, à la jalousie, à l’agressivité des hommes, propose des valeurs comme la tendresse, le soin de l’autre, le respect du corps ; l’engendrement… » « La croix, dit-il dans une interview à Panorama, est un scandale qui nous sauve car il vient jeter à la face de l’humanité cette effroyable vérité : Regardez ce que vous êtes capables de faire à un homme qui, toute sa vie, n’a fait que témoigner de l’amour ! » Ecce Homo ! (Interview dans Panorama n 408 mars 2005, page 18). Le fait que les femmes aient été les premières à entendre l’annonce de la résurrection de Jésus met en relief cette dimension féminine du christianisme.
Il y a une autre hypothèse : nous autres, hommes, ne faisons dans notre corps que l’expérience du temps qui s’écoule et qui va vers la vieillesse, vers la mort. Les femmes, lorsqu’elles attendent un enfant, expérimentent un temps qui coule dans l’autre sens, un temps qui va vers la vie, vers la naissance. C’est ce qui les qualifiait pour attester du retournement inauguré par Dieu à l’aube du matin de Pâques et pour être porteuses de la joyeuse annonce : « Il est vivant » !
Il est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité
Deuxième dimanche de Pâques 2025.
Frères et sœurs, le doute de saint Thomas nous donne l’occasion de réfléchir à nos propres doutes qui peuvent nous traverser l’esprit. On dit que « la Foi c’est pas évident mais que c’est une certitude ». Or on entend dire parfois : « J’ai la foi mais j’ai des doutes ».
Dans « La Bible de l’humour juif », j’ai trouvé une histoire que je « traduis » en catholique. Un moine reçoit la visite d’un jeune qui se présente comme fervent athée. – « Cher jeune, dit le moine, avant d’accepter ou de repousser une religion, avant de croire ou de ne pas croire, il faut d’abord connaître de quoi on parle, es-tu d’accord avec moi ? » – « Oui, approuva le jeune. – « Alors je te demande ! as-tu étudié l’évangile ? » – « Un petit peu oui, avant de faire ma première communion, je suis allé au caté. » – « Et as-tu étudié les Lettres de saint Paul, et l’ancien Testament ? » – « Père, vous savez bien que plus personne n’ouvre la Bible de nos jours ! » « Hmmm… Et nos grands penseurs, saint Augustin, saint Thomas d’Aquin, et nos théologiens actuels, le Père Descouvemont, Frère Paul-Adrien, Joseph Ratzinger, Le Père Daniel-Ange,…. ?» – « Non, je ne connais pas… » – « Jeune homme, conclut le moine, tu connais très peu l’évangile, tu ne sais rien ou presque de la Bible, tu n’as jamais entendu parler de nos grands penseurs, et tu te permets de te prendre pour un athée. Mon cher, tu n’es pas athée, tu es tout simplement ignorant ! ». Nos doutes sont parfois uniquement de la paresse intellectuelle.
Un homme et son fils, un garçon de huit ans, marchent depuis déjà longtemps côte à côte, le sac au dos bien amarré. Le petit pose des questions : – « Dis papa, pourquoi le ciel est bleu ? » – « Là, tu me poses une colle. » – « Dis papa, pourquoi au printemps, les fleurs des arbres arrivent avant les feuilles ? – « Je n’en ai pas la moindre idée. » – « Dis papa, pourquoi les avions si lourds arrivent à voler ? » – « Je ne me suis jamais posé la question » – « Dis papa, j’ai l’impression que je t’agace avec mes questions. » – « Mais pas du tout mon fils, si tu ne poses jamais de question, comment sauras-tu les choses ? » Ce pauvre papa était porté de bonne volonté mais il ne transmettait pas grand-chose à son fils. Pour surmonter nos doutes, il faut deuxièmement poser les questions à qui a les réponses.
Mais il faut autre chose. Dieu ne nous reprochera jamais de Lui poser des questions, mais tout dépend du ton de ces questions. Il y a le pourquoi hargneux qui accuse plus qu’il ne questionne, et il y a le pourquoi secrètement humble du « blasphème » de Job. Il y a la question émerveillée de l’enfant qui demande pourquoi le soleil se lève : ce « pourquoi » fait plaisir aux parents, même s’ils ne savent pas répondre. Et c’est au fond le pourquoi des savants, s’ils sont de vrais savants… c’est-à-dire des contemplatifs. Un vrai savant, c’est un enfant qui a de la patience. Il échafaude des hypothèses, mais si ça ne marche pas, il recommence : il ne critique pas la réalité, il critique son hypothèse. Il s’efface et il s’oublie : ses questions à la Nature sont des questions d’amoureux, non de jaloux. Il y a le pourquoi du sceptique, qui n’attend même pas de réponse, comme Pilate. (Entre parenthèse, il peut y avoir des fausses sceptiques qui soient de vraies croyantes… !) Il y a des questions qui sont des blasphèmes, et il y a des « blasphèmes » qui sont une adoration. Il y a le pourquoi des enfants en colère.
Sur quel ton posons-nous des questions à Dieu, à l’Eglise et aux prêtres ? En avril 2024, nous avons vu arriver au Puy un frère avec une belle croix pectorale représentant le Christ de Saint Damien, sur une bure franciscaine bleue. Il marche avec une ânesse qui se prénomme Espérance, et un petit chien. Il est venu partager notre repas du soir au presbytère et nous a raconté son histoire pas banale. Ses parents sont athées et anticléricaux. Aujourd’hui ils ne comprennent absolument pas son choix mais préfèrent qu’il soit sur la route plutôt que dans un monastère, ce qui serait pour eux l’abomination de la désolation. La Moselle, son département d’origine étant concordataire, même à l’école publique, il a eu droit aux cours de religion chrétienne. Et c’est ainsi qu’il a préparé et fait sa première communion. En collège, il lit les évangiles mais pour y rechercher des contradictions, des incohérences, des preuves que tout cela est faux dans le but d’embêter les prêtres avec ses questions. Un jour il va piéger un prêtre. Mais c’est le prêtre qui le piège en lui disant : « Maintenant ça suffit ; c’est moi qui vais poser les questions et toi qui vas répondre. Dis-moi si tu connais un Dieu comme celui de la religion catholique, un Dieu qui vient sur terre pour mourir sur une croix. Si tu avais eu à imaginer Dieu, est-ce que tu l’aurais imaginé comme celui dont parle l’évangile ? Et si tu avais eu à fonder une Eglise, est-ce que tu aurais raconté ce que dit l’évangile des apôtres : jaloux, peureux, lâches, renégat, lents à comprendre ? ». Ce sont ces questions qui le font basculer dans la foi en Jésus. Ce prêtre le Père André Dukiel va aider Brice à trouver sa vocation : ni chez les Carmes, ni chez les Bénédictins, ni chez les trappistes, mais une vie d’évangélisation au grand vent comme une espèce de saint Benoît Joseph Labre. Il sillonne à pied les routes de l’Europe avec le désir de se rendre à Jérusalem.
Sommes-nous capables d’écouter la réponse à nos questions et déjà prêt à en accepter les conséquences ? Pensons à la question de la Vierge Marie : « Comment cela se fera-t-il ? » et au pourquoi du Christ en croix : « Mon Dieu pourquoi m’as-Tu abandonné ? »… et la réponse, c’est la Résurrection.