Vendredi 8 mai 2026 Aimez-vous

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 15, 12-17) : « En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. Voici ce que je vous commande : c’est de vous aimer les uns les autres. »

Nos contemporains sont un peu comme quelqu’un qui se réveillerait sur un bateau au beau milieu de l’océan. D’où je viens ? Je ne sais pas.  Où je vais ? Je ne sais pas. Qui m’a mis dans ce bateau ? Je ne sais pas. Pour quoi faire ? Je ne sais pas. Edmond Rostand : « Nous venons de rien. Nous allons vers rien. Nous ne sommes rien. Â» Ce n’est pas très grisant. Eh bien l’évangile nous répond : quelles que soient les circonstances dans lesquelles il a été conçu, chacun existe d’abord parce qu’il a été désiré par Jésus. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis Â». Et chacun est appelé à « naître d’En-Haut Â» comme une chenille qui est appelé à découvrir et à déployer ses ailes.  Jean XXIII, devenu pape, à l'âge de soixante-dix-huit ans, se mit à apprendre les langues : il ne connaissait, en plus du latin, que l'italien et le français. Cela lui était pénible : à son âge, sa mémoire était rebelle. Sur son lit d'agonie, il dit au prélat qui lui avait donné des leçons d'anglais : " Je vais dans un pays où l'on ne parle qu'un langage, celui de l'Amour. " Nous avons une vie pour apprendre cette langue universelle et éternelle.

. Jésus n’a pas dit : « Aimez-vous les uns les uns les autres les autres. Notre amour doit être universel. Le pasteur évangélique Carlos Payan disait avec humour : « Si on s’aime les uns les uns les autres les autres, on devient zinzin. Â» …. ! Comment faire pour s’aimer les uns les autres ? Une distinction très simple peut nous aider : la différence entre respect et tolérance. Tout être humain quoi qu’il ait fait est infiniment respectable. Mais il y a des opinions, des idées, des comportements qui sont intolérables. « Je t’aime mon frère mais je te dis que tu nous mènes à la catastrophe. Â» Le mot « tolérer Â» ne convient pas pour les idées puisqu’il y en a des intolérables. Il ne convient pas non plus pour les personnes car toute personne aimera toujours mieux  être respectée qu’être simplement tolérée. C’est un mot biaisé.

. Deuxièmement Jésus n’a pas dit : « Si les conditions vous le permettent aimez- vous Â». Un jeune écrivait à sa petite fiancée, et il y avait mis tout son cÅ“ur, toute son application. « Ma chérie, je t'aime, je t'aime tellement ! pour toi je traverserais les torrents les plus impétueux, j'escaladerais les rochers les plus vertigineux, je braverais toutes les tempêtes… Â»  Et il continuait ainsi, tout aussi lyrique. Il racontait aussi ce qu'il avait fait et ce qu'il projetait de faire… Puis il concluait : « Bon, alors, je te dis  Ã  dimanche  s'il ne pleut pas Â»â€¦ !!! Notre amour doit être inconditionnel. Le meilleur modèle c’est la maman. Son enfant peut lui en faire voir de toutes les couleurs : fugues, prison, drogue, violence,… elle continue de l’aimer.

. Jésus n’a pas dit : « Aimez-vous, vous verrez : ça paiera. Â» Un dessin de Sempé : un monsieur s’adresse à Dieu au sommet d’une montagne : « Seigneur, j’ai pardonné à tout le monde, mais j’ai des noms Â». Je t’aime mais il faut que tu sois bien sage, Je t’aime mais il faut que tu fasses mes quatre volontés : cela ne marche pas. Je t’aime. Point. Pas de chantage, pas de manipulation d’aucune sorte. Aimer c’est un aller simple, pas forcément un aller-retour…

Petite confidence : j’ai été vicaire d’un curé pendant six ans, le Père Charles. Un jour, il me racontait qu’il avait dû se montrer sévère envers quelqu’un. J’ai voulu faire de l’humour en lui disant : « A défaut de se faire aimer, il faut savoir se faire craindre Â». Il n’a entendu que la première partie et il m’a remonté les bretelles : « Si tu cherches à te faire aimer, tu es foutu. L’amour viendra ou ne viendra pas. Il ne vient que par surcroit Â». Nous n’aimons pas pour avoir du retour. L’amour est gratuit.

. Jésus n’a pas dit : « Si vous le sentez, aimez-vous Â». L’amour ne s’enracine pas dans le ressenti mais dans la volonté.  Mgr Brincard interpellait un jour des jeunes en leur posant la question : « Est-ce que tu es la source de l’amour ? Si tu me dis « Oui Â», je te demande : pourquoi n’aimes-tu pas tout le temps ? Une fontaine ne coule pas par intermittence. Si tu me dis non, alors qui est la Source de l’amour ? D’où vient-il ? Â». Il vient de Jésus. Voilà la bonne nouvelle. C’est pourquoi nous venons faire le plein régulièrement Ã  la messe ;  nous pensons que les autres ont droit à plus qu’à notre bonté naturelle. Ils ont droit à l’amour même de Dieu qui peut couler à travers nous à l’insu de notre plein gré.

Les bonus : Ding Dong! Quelques expressions bibliques à la fin de son intervention. A écouter jusqu’au bout.
https://youtu.be/NqV5qz0W4GI?is=HSLzhrMVqG4Kzx4X 

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Samedi 9 mai 2026 Dans le monde mais pas du monde.  

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 15, 18-21) : «En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples : « Si le monde a de la haine contre vous,
sachez qu’il en a eu d’abord contre moi. Si vous apparteniez au monde, le monde aimerait ce qui est à lui. Mais vous n’appartenez pas au monde,
puisque je vous ai choisis en vous prenant dans le monde ; voilà pourquoi le monde a de la haine contre vous. Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : un serviteur n’est pas plus grand que son maître. Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi. Si l’on a gardé ma parole, on gardera aussi la vôtre. Les gens vous traiteront ainsi à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas Celui qui m’a envoyé. »

Jésus disait à ses disciples : « Si le monde a de la haine contre vous, sachez qu’il en a eu d’abord contre moi. Si vous apparteniez au monde, le monde aimerait ce qui est à lui. Mais vous n’appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous prenant dans le monde ; voilà pourquoi le monde a de la haine contre vous. Â»

En Haute-Loire, le « monde » a un sens particulier. Ce sont les gens en général, autrui, l’humanité : « Y a pas plus de voleurs que de monde ». « C’est du monde sans bruit ». «  C’est pour le dit du monde »..  Après le mot « monde » nous mettons le pluriel : « C’est du monde qui font pampille ». « Je ne sais pas comme le monde sont devenus ». « Qu’est-ce que le monde doivent dire » ! Cela peut vouloir dire aussi les proches : « Elle ne reconnaît plus son monde, beausseigne ! »

Mais en français courant, en principe quand on parle de " monde ",  il s'agit d'un tissu de relations qui favorisent des contacts. Il y a... le monde de la haute finance, le monde rural, le monde citadin, le monde politique, le monde des jeunes. C'est un ensemble de coutumes, de réflexes, de codes.  Le monde nouveau du ressuscité c'est de ce genre-là... Là où il y a de l'amour, de la générosité, de la Bonté, la Trinité est la source.

Les chrétiens sont « dans » le monde (dans l’humanité) : ils ne sont pas une secte qui se met à part.  Mais ils ne sont pas « du » monde ;ils doivent garder leur liberté par rapport aux agissements du monde, aux lois de la république, aux injonctions des médias (…de grand chemin). Voici quelques exemples cueillis au fil des années (les prénoms ont été changés): Julie et Bernard ont six enfants : ils racontent qu'à partir du quatrième, ils ont trouvé chaque fois une boîte de pilules contraceptives dans leur boîte à lettres... Théo et Sylvie ont perdu deux enfants. Ils en ont encore six dont un petit trisomique adopté. Sylvie était avec les trois premiers en bas âge dans une rue de Saint-Etienne quand elle a entendu cette réflexion : "Elle ne sait pas que la pilule existe". Paul et Emilie ont trois garçons. Ils attendent un quatrième bébé. On leur dit : "Vous voulez faire une équipe de foot ?!". On leur dit aussi : "C'est un accident ou bien c'est voulu ?" Philippe et Lydie ont un grand garçon L.. Ils ont adopté un petit éthiopien M. puis une petite trisomique, C. Quand C. est arrivée, un beau-frère leur a dit : "Vous voulez faire un élevage ?!". Jacques et Virginie avaient deux enfants, un garçon de 18 mois et une fille de 4 mois. Virginie passe une échographie pour sa troisième grossesse. Au fil de l'examen, elle voit la tête du gynécologue s'allonger et son air de plus en plus inquiet. Elle lui dit : "Il y a un problème, docteur ? Vous avez vu quelque chose d'anormal ?" Il lui répond : "Oui, je crois bien qu'il y a un gros problème : vous attendez des jumeaux" " Ah dit Virginie radieuse, c'est pas vrai ! Depuis toute petite j'espère avoir des jumeaux". Le médecin pose alors son appareil et lui dit " De quoi, déjà que vous faites comme les lapines". En fait Virginie n'attendait pas deux petits lapins mais une magnifique petite fille. Sylvain est un des enfants « faits-maison » de Luc et Chloé qui en ont adopté six. On connaît leur convictions chrétiennes. T. a 10 ans et demi. C'est un garçon à l'intelligence très vive et très fine. C'est aussi un garçon d'une rare délicatesse de cÅ“ur. Une délicatesse qui est sans doute agaçante pour certains puisque sur la cour de récré, un garçon lui a dit : "Chrétien de merde". Il rapporte cette réflexion blessante à sa maman. Sa maman lui dit : "Tu sais bien qu'll nous a dit : Heureux êtes-vous quand vous serez persécutés à cause de moi". Nadia et Jean viennent d’avoir leur cinquième enfant. Plusieurs fois, ils entendent la même réflexion : « Vous êtes des égoïstes ; vous faites des enfants pour vous faire plaisir. Est-ce que vous pensez à eux et à leur avenir ? »

« Vous êtes dans le monde, mais vous n’êtes pas du monde ». Merci Seigneur pour tous ceux qui te font confiance au point de s’exposer aux moqueries aux haussements d’épaule, aux persécutions directes ou indirectes.

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6° dimanche de Pâques A. 10 mai 2026 Ceyssac Cussac

Frères et sœurs, Puisque Jésus en parle abondamment, réfléchissons sur l’idée de de commandement.

Au séminaire, j’ai eu beaucoup de merveilleux compagnons dont un qui était auparavant capitaine dans l’armée de l’air. Nous plaisantions en disant que lorsqu’il serait prêtre, il inviterait à prier ensemble le Notre Père en disant : « Comme nous l’avons appris du Père et à son commandement, nous osons dire (la formule du missel est « selon son commandement Â»)

Commandement, cela fait très militaire. Et ça pose question. Jésus résume tous les commandements en disant : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cÅ“ur, de toute ton âme, de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même. Â»

J’ai eu bien des fois les confidences de garçons amoureux. Je me souviens d’un avec qui j’ai marché côte à côte pendant deux heures durant une marche de nuit en direction du Mézenc. Il avait repéré depuis des semaines, une fille superbe Géraldine… Mais il était inquiet : Si je lui avoue que je l’aime qu’est-ce qu’elle va me répondre ? Il avait peur qu’elle lui dise : Â« Bof ! Tu es un bon copain, je t’apprécie, mais je n’ai pas de sentiment particulier pour toi Â»â€¦ Il savait qu’il ne pourrait pas lui dire : « Tu m’aimeras. Je t’oblige à m’aimer. Comme dit le philosophe Emmanuel Levinas par un beau jeu de mots : il ne pouvait pas lui « intimer l’ordre Â» de l’aimer. Tu m’aimeras de tout ton cÅ“ur, de toute ton âme, de tout ton esprit. Mais le Seigneur, lui peut le faire ; pourquoi ? Il peut m’intimer l’ordre de l’aimer. Il peut mettre dans mon intimité, dans mon cÅ“ur, ce commandement, parce qu’il est au-delà de tout, il n’est pas une créature. C’est une immense grâce qu’il me fait de m’autoriser à l’aimer. En même temps qu’il m’en donne l’ordre, il m’en donne la capacité. (Pour la petite histoire, quand François a dit à Géraldine qu’il en pinçait pour elle, elle lui a dit qu’elle aussi. Et j’ai béni leur mariage deux ans plus tard.)

Deuxièmement, il faut entendre ce commandement comme une révélation. Ce commandement en fait est vécu par Dieu de toute éternité. Dieu le Père aime son prochain qui est Dieu lui aussi : le Fils. Il l’aime à la perfection d’où le fait que ce qu’ils ont en commun est la Troisième Personne de la Trinité, le Saint-Esprit.   Bouleversant. 

Troisièmement, le fait qu’il nous donne des commandements correspond tout à fait à notre nature humaine.  J'interrogeais un ami, papa de sept enfants dont j'admirais le charisme d'éducateur. Il était à la fois très exigeant et très affectueux. Il a eu cette parole : « Un enfant à qui on impose des règles précises est plus heureux que celui qui n'en a pas Â»... J'ai trouvé confirmation plusieurs années plus tard dans une conférence d'une pédopsychiatre. Cette dame faisait remarquer que les petits bébés, quand on les dépose dans le landau, cherchent aussitôt les bords. Ils ont besoin d'être rassurés : leur espace est limité. Leur espace est sécurisé. Les institutrices qui se trouvaient dans la salle ont tout de suite confirmé qu'elles repéraient très vite les enfants qui n'ont pas de règles précises : ce sont des enfants angoissés. Les interdits sont très importants dans l'éducation. Le mot lui-même est très expressif. Il s'agit d' inter - dire. C'est parce qu'il y a des « dires Â» très clairs qu'il peut y avoir des « inter Â», des « espaces » de construction personnelle. On sait aussi qu’un fleuve sans rive devient hélas un marécage inhospitalier. Bruno Rabourdin est de plus en plus connu. C’est un chrétien aux talents éclectiques : il illustre souvent des articles dans le journal « la Croix Â» ; il a publié des bandes dessinées et également plusieurs livres. Il est aussi à ses heures, peintre, sculpteur, chanteur, conférencier, Son nom d’auteur est simplement Brunor : son prénom et la première lettre de son nom de famille.

Au cours de l’émission d’Emmanuelle Dancour sur KTO, V.I.P (Visages Inattendus de personnalités), il a raconté ce souvenir : à cette époque, il avait été embauché par l’Association des « Orphelins Apprentis d’Auteuil Â» pour enseigner le dessin. Dans le parc de l’école, on lui avait attribué un bungalow. Il l’avait aménagé en salle de dessins et il attendait ses premiers élèves, une trentaine de garçons et de filles pas très faciles et même plutôt durs. Il les fait asseoir. Certains commencent à chahuter, se moquent un peu, continuent des apartés. Bruno se présente et leur dit qu’ils vont s’apercevoir très vite que ce cours n’est pas ennuyeux du tout. Il leur demande, pour commencer, de dessiner, sur la feuille qu’ils ont chacun devant eux, un bonhomme. Cela lui permettra de savoir où chacun en est du dessin et quels sont les talents de chacun.

A ce moment-là, il les voit tous faire la tête et dire - « Oh non !…. La galère !… Pas ça !… C’est nul !….C’est trop compliqué… ! Â»  Et nombreux sont ceux qui, d’un revers de  main, jettent la feuille de dessin par terre. Pendant ces réactions qui le désarçonnent complètement, Bruno Rabourdin invoque le Saint Esprit : « Seigneur, donne-moi vite une idée Â»â€¦ Et il s’entend alors leur dire : - « Attendez, je n’ai pas fini Â» (alors qu’il n’avait en fait pas prévu autre chose, ni de suite, ni de solution de recours) Attendez, je n’ai pas fini. Je vous demande de dessiner un bonhomme, oui…, mais avec un chapeau sur la tête ! Â»

Et à ce moment-là, ils voient les visages se détendre et les élèves disent : «  Alors là, oui d’accord, c’est super… Â» Ceux et celles qui avaient jeté leur feuille la ramassent et tous s’appliquent pendant un bon quart d’heure. Pendant que Bruno loue le Seigneur en silence et le bénit d’avoir dénoué une situation critique, les trente jeunes réalisent des dessins tous plus beaux, plus inventifs, plus rigolos les uns que les autres : des clowns et des pierrots, des cow-boys avec le chapeau du far-west, des chapeaux pointus de carnaval, des casquettes de rappeurs,  des bérets, des hauts de forme, des chapeaux de paille, des képis de gendarme, des chapeaux extravagants, des élégantes au pied de la tour Eiffel, le chapeau de Charlot….etc…

Cela fait réfléchir : le bonhomme, c’est trop grand, c’est trop vaste. Nous avons besoin d’un espace limité pour être créatifs. Nous avons besoin de règles précises pour nous épanouir. 

Nous pouvons accueillir le commandement du Seigneur comme une révélation, comme une autorisation bouleversante, comme un chemin parfaitement adapté à notre nature humaine et aussi, quatrièmement,  comme une promesse : « Tu aimeras, … tu verras, tu y arriveras. Par ma grâce un jour tu finiras par aimer, par avoir ton C.A.P. Capacité d’Aimer en Plénitude ! Â» Amen !

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https://youtu.be/J72acyMbhkE?is=hvmahdq01_CehmoJ

Lundi 11 mai 2026 L’œuvre du Paraclet

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 15, 26 – 16, 4a) : «En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous allez rendre témoignage, car vous êtes avec moi depuis le commencement. Je vous parle ainsi, pour que vous ne soyez pas scandalisés. On vous exclura des assemblées. Bien plus, l’heure vient où tous ceux qui vous tueront s’imagineront qu’ils rendent un culte à Dieu. Ils feront cela, parce qu’ils n’ont connu ni le Père ni moi. Eh bien, voici pourquoi je vous dis cela : quand l’heure sera venue, vous vous souviendrez que je vous l’avais dit. »

La liturgie a traduit par « le Défenseur Â» ce qui dans le texte de saint Jean est « Le Paraclet Â» ; Le Paraclet c’est « celui–qui–se-tient-à-côté Â». Suivant le cas, il est soit le Défenseur, l’avocat, le consolateur, le souffleur, le témoin.

Voici aujourd’hui un témoignage connu mais toujours bouleversant.

Jésus annonce à ses disciples deux choses : « ..  vous allez rendre témoignage Â» et :  « l’heure vient où tous ceux qui vous tueront s’imagineront qu’ils rendent un culte à Dieu Â». Un ami prêtre disait : « Qu’est-ce qui est plus probant qu’un fait ? … Eh bien ce sont deux faits ! Â»

Donc en guise d’homélie, voici le testament spirituel du Père Christian de Chergé, Prieur du monastère de Thibirine dont la plupart des moines sont morts martyrs entre le 27 mars 1996 date où ils ont été kidnappés et le 30 mai 1996 jour où l’on a retrouvé leurs têtes :

Quand un A-DIEU s'envisage...

S'il m'arrivait un jour - et Ã§a pourrait être aujourd'hui - d'être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j'aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays. Qu'ils acceptent que le Maître Unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu'ils prient pour moi : comment serais-je trouvé digne d'une telle offrande ? Qu'ils sachent associer cette mort à tant d'autres aussi violentes, laissées dans l'indifférence de l'anonymat.


Ma vie n'a pas plus de prix qu'une autre. Elle n'en a pas moins non plus. En tout cas, elle n'a pas l'innocence de l'enfance. J'ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde et même de celui-là qui me frapperait aveuglément. J'aimerais, le moment venu avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m'aurait atteint. Je ne saurais souhaiter une telle mort. Il me paraît important de le professer. Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j'aime soit indistinctement accusé de mon meurtre. C'est trop cher payer ce qu'on appellera, peut-être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu'il soit, surtout s'il dit agir en fidélité à ce qu'il croit être l'Islam.

Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement. Je sais aussi les caricatures de l'Islam qu'encourage un certain islamisme. Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes. L'Algérie et l'Islam, pour moi, c'est autre chose, c'est un corps et une âme. Je l'ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j'en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l'Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église. Précisément en Algérie, et, déjà, dans le respect des croyants musulmans. Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m'ont rapidement traité de naïf, ou d'idéaliste : « Qu'il dise maintenant ce qu'il en pense ! » Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui ses enfants de l'Islam tels qu'Il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de Sa Passion investis par le Don de l'Esprit dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion et de rétablir la ressemblance en jouant avec les différences.

Cette vie perdue totalement mienne et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l'avoir voulue tout entière pour cette JOIE-là, envers et malgré tout. Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d'hier et d'aujourd'hui, et vous, ô mes amis d'ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes sœurs et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis ! Et toi aussi, l'ami de la dernière minute, qui n'aura pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet "À-DIEU" envisagé de toi. Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s'il plaît à Dieu, notre Père à tous deux

AMEN ! Inch'Allah !

Alger, 1er décembre 1993 Tibhirine, 1er janvier 1994 Christian

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