31 octobre 2026 S’abaisser.
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc : « Un jour de sabbat, Jésus était entré dans la maison d’un chef des pharisiens pour y prendre son repas,
et ces derniers l’observaient. Jésus dit une parabole aux invités lorsqu’il remarqua comment ils choisissaient les premières places, et il leur dit : « Quand quelqu’un t’invite à des noces, ne va pas t’installer à la première place, de peur qu’il ait invité un autre plus considéré que toi. Alors, celui qui vous a invités, toi et lui, viendra te dire : “Cède-lui ta place” ; et, à ce moment, tu iras, plein de honte, prendre la dernière place. Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira : “Mon ami, avance plus haut”, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui seront à la table avec toi. En effet, quiconque s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »
Jésus ne ferait-il que nous donner un principe de savoir-vivre ?
L’histoire s’est passée au millénaire dernier bien avant qu’on imagine les téléphones portables … Un jeune avocat vient de s'installer un magnifique bureau. Pour couronner l'ensemble, il s'est offert un téléphone de luxe qui trône provisoirement sur son bureau. Un client est annoncé. Le premier !
Le jeune avocat commence par le laisser attendre un quart d'heure - par principe. Pour faire plus grande impression encore sur son client, l'avocat décroche son téléphone au moment où il entre dans le bureau, et il simule une importante conversation téléphonique. "Mon cher directeur général, nous perdons mutuellement notre temps... Oui, si vous y tenez vraiment... mais pas à moins de 50 000 francs... Alors bon, c'est entendu... Au revoir, monsieur !" Il raccroche. Le client, en effet, semble très impressionné. Presque abasourdi. - "Vous désirez, monsieur ?" - "Je... suis le technicien des télécom... je voudrais brancher le téléphone".
« Quiconque s’élève sera abaissé. » !
Evidemment Jésus voit plus loin. Il est descendu du Ciel pour nous conduire au Ciel. Lui l’Eternel s’est abaissé au point de ne pas être reconnu par les siens, et même jusqu’à mourir, et mourir sur une croix ! pour que nous apprenions à mourir à nous-mêmes. Selon le mot de sainte Bernadette, « il faut beaucoup d’humiliations pour un peu d’humilité ».
Deux témoignages pour nous encourager sur cette voie que seul l’évangile nous indique. On peut dire que saint Thomas d’Aquin est le plus grand penseur de l’Eglise catholique de tous les temps. En 1244, il est étudiant. Ses supérieurs décidèrent de l’envoyer à Cologne afin de l’y laisser parfaire ses études sous la direction du meilleur des maîtres, Albert qu’on surnommait déjà le Grand. Le jeune homme, tenu par son vœu d’obéissance, obtempère mais il est inquiet de cette distinction qui souligne, trop à son goût, ses succès d’étudiant. Ce qui trouble surtout Thomas, c’est le plaisir secret qu’il prend à ces compliments, y voyant une faute grave contre l’humilité. Alors au cours du voyage qui le conduit en Rhénanie, il prend une décision héroïque : cacher ses capacités intellectuelles et ses talents à ses nouveaux professeurs et à ses condisciples. Pour cela, il gardera le silence, quitte à passer pour un crétin débarqué par erreur dans l’une des plus prestigieuses universités d’Europe.
Courageusement, des mois durant, il s’en tient à ce plan. Ses camarades, sujets brillants, eux aussi, ou qui se croient tels, s’y laissent prendre et ne tardent pas à voir en cet Italien taciturne un abruti. Thomas est un grand garçon charpenté, qui semble fort comme un bœuf. Alors ils l’affublent du surnom très charitable de « grand Bœuf », bos magnus en latin, langue commune de ces étudiants de toutes origines ; puis, quelques mois plus tard, devant un mutisme qu’ils prennent pour une démonstration de débilité mentale, ils complètent ce surnom et l’appellent bos magnus et mutus, le grand bœuf muet. Thomas le sait et ne réagit pas, parfaitement indifférent aux plaisanteries.
Ce silence, au lieu de les calmer, les pousse à renchérir dans la méchanceté. Un matin qu’ils étudient au scriptorium, l’un des jeunes frères, se trouvant très drôle, s’écrie : « Frère Thomas, viens vite voir ! Là-haut, dans le ciel, il y a un bœuf qui vole ! » Et Thomas accourt, comme s’il le croyait. Alors, ouvrant pour une fois la bouche, il dit doucement : « Mes frères, il m’est plus facile de croire à l’existence d’un bœuf volant qu’à celle d’un religieux menteur… ».
La leçon porte pour l’un au moins des étudiants qui, pris de honte, décide de se racheter en venant en aide à ce camarade qui peine si manifestement dans des études trop difficiles pour lui. Il s’offre à lui donner des leçons particulières pour rattraper ce qu’il pense être son lourd retard scolaire. Fidèle à son rôle, Thomas accepte et s’en montre reconnaissant, jusqu’au jour où son ami, face à une question de théologie complexe, reste incapable de la résoudre. Devant son embarras, Thomas, qui ne voit aucune difficulté en ce problème, le résout en une phrase, d’une telle clarté, d’une telle évidence, que l’autre le supplie de le pardonner, et d’avoir voulu enseigner à celui qui devrait bien plutôt l’enseigner.
Les bonus : Comment Dieu peut-il prouver qu’Il nous aime vraiment ?