Jeudi 30 juillet - Le chapelet
Dans la mission de Père curé il y a des célébrations pour enfants. Ce jour-là nous avons eu un contretemps et la célébration a dû être reportée. Une maîtresse de CE1 Brigitte m’a raconté qu’elle l’a annoncé à sa classe : « Nous avons appris ce matin que finalement, la célébration prévue sera plus tard. Une petite Maëwenn dit alors : « Alors on ne dira pas le Notre Père et le Notre Mère ? » alors nous avons dit ensemble le Notre Père et le … Je vous salue. » Saint Cyprien disait qu’il est plus facile de dire « Notre Père » quand nous savons que nous pouvons compter sur une Maman.
Nous nous confions à notre maman du Ciel souvent en récitant le rosaire.
Quand vous entendez cette demande de Jésus « ne rabâchez pas vos prières comme le font les païens, ils s’imaginent qu’à force de répéter répéter, ils seront plus facilement exaucés», peut-être pensez-vous avec un peu de gêne « Et le chapelet ? ». C’est vrai que si vous dites un chapelet, vous répétez 53 je vous salue Marie, et 6 Notre Père et 6 Gloire au Père, en une vingtaine de minutes. N’est-ce pas du rabâchage ? Est-ce que nous ne contournons pas la volonté du Seigneur quand nous récitons le Rosaire ?
Le Père Jérôme est une des grandes figures spirituelles du XXème siècle. Moine de l'abbaye Notre-Dame de Sept-Fons de l'Ordre cistercien (trappiste), ingénieur agronome, né dans l'île de Rhodes, de nationalité suisse, il vécut toute sa vie dans son monastère, en Bourbonnais. A une époque difficile de l'histoire de l'Eglise contemporaine, il sut transmettre sa "science" à des élèves, et les conduire à Dieu par des chemins sûrs. Sans Père Jérôme, Sept-Fons ne connaîtrait sans doute pas son efflorescence actuelle. Un jour, il confiait sa façon de prier le je vous salue Marie : « Lorsque nous disons des Je vous salue Marie, ne traitons pas à la légère ni celle que nous saluons, ni le salut que nous lui adressons. Quand je salue quelqu’un, c’est dans l’intention qu’il tourne son regard vers moi, qu’il s’arrête à cause de moi. Ô Vierge Sainte, en cet instant où je vous salue, arrêtez-vous. Arrêtez toute occupation céleste, et faites attention à moi. De mon côté, souvent je m’arrête aussi un instant après ces derniers mots, pour attendre que vous soyez tournée vers moi. Je veux vous laisser le temps de dire : « Ah ! C’est encore toi, mon enfant ! » C’est beau ! « Arrêtez toute occupation céleste et tournez votre regard vers moi » ! Quel réconfort de penser que la Vierge Marie entend notre salutation parmi des millions au même moment et qu’elle a une attention pour chacun …j’allais dire de ses fans… de ses enfants ! Les amoureux qui se disent cent fois par jour « je t’aime » savent que ce n’est pas du rabâchage… !
Par ailleurs la prière du chapelet est très bien organisée : à chaque dizaine nous méditons un mystère de la vie de Jésus et de sa Sainte Mère. Il y en a 20 depuis l’annonciation jusqu’à son couronnement au Ciel. Ainsi pendant quatre minutes nous sommes à Nazareth en présence de l’ange Gabriel. Les quatre minutes suivantes à Aïn Karem chez Elisabeth et Zacharie. Ensuite à Bethléem dans la grotte de la nativité, puis à Jérusalem pour la présentation au temps avec Siméon et la prophétesse Anne. Le lendemain les mystères douloureux nous emmènent à Gethsémani, puis devant la flagellation, le couronnement d’épines, sur la Via Crucis pour le portement de la croix, et sur le Golgotha. Etc etc…
Mais il est possible de dire le chapelet d’autre autre façon, dans un autre esprit. Le chapelet c’est : énonciation du Mystère, fruit du mystère, Notre Père, dix Je vous salue Marie dans la foulée et à allure assez vive, Gloire au Père, et la petite adresse finale demandée à Fatima qui fait toute la différence « O Jésus, pardonne-nous nos péchés, préserve-nous du feu de l’enfer et conduis au Ciel toutes les âmes surtout celles qui ont le plus besoin de ta sainte Miséricorde » ; puis deuxième Mystère et ainsi des cinq. Quand c’est fini, au revoir et merci : «Ai-je bien prié, ai-je médité, c’était bien, c’était raté, j’étais distrait ? En plus, c’est répétitif, on n’en peut plus… ». Mais la grâce puissante du chapelet est tellement plus profonde que tout ça ! Le chapelet est la fronde de David contre Goliath. En matière d’armement, on a beaucoup progressé depuis David et Goliath. Quand on dit le chapelet, il faut penser au tir de barrage : on tire en face n’importe comment et surtout sans s’arrêter ; l’Ennemi est empêché et bloqué par la puissance de feu. Cela, pour la défensive. Et pour l’attaque, il faut penser aux orgues de Staline : une cinquantaine de tuyaux comme ceux d’un orgue, mais pour une autre musique, embarqués sur des camions, qui envoient non pas des croquettes mais des roquettes chacun à son tour en quelques secondes et en continu, jusqu’à ce qu’on puisse avancer et reprendre le terrain. En vérité, le génie c’est l’humilité de prendre le moyen qui est offert par le Ciel, la dévotion au Coeur immaculé de Marie, Tout est dans ce Coeur. « A la fin, mon Cœur immaculé triomphera » a promis la Sainte Vierge ; et le Sacré-Coeur de Jésus à sainte Marguerite-Marie : « Ne crains rien, je régnerai malgré mes ennemis et ceux qui voudront s’y opposer ».