Jeudi 23 juillet – Commandement
Puisque Jésus en parle abondamment, réfléchissons sur l’idée de de commandement.
Au séminaire, j’ai eu beaucoup de merveilleux compagnons dont un qui était auparavant capitaine dans l’armée de l’air. Nous plaisantions en disant que lorsqu’il serait prêtre, il inviterait à prier ensemble le Notre Père en disant : « Comme nous l’avons appris du Père et à son commandement, nous osons dire (la formule du missel est « selon son commandement »)
Commandement, cela fait très militaire. Et ça pose question. Jésus résume tous les commandements en disant : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même. »
J’ai eu bien des fois les confidences de garçons amoureux. Je me souviens d’un avec qui j’ai marché côte à côte pendant deux heures durant une marche de nuit en direction du Mézenc. Il avait repéré depuis des semaines, une fille superbe Géraldine… Mais il était inquiet : Si je lui avoue que je l’aime qu’est-ce qu’elle va me répondre ? Il avait peur qu’elle lui dise : « Bof ! Tu es un bon copain, je t’apprécie, mais je n’ai pas de sentiment particulier pour toi »… Il savait qu’il ne pourrait pas lui dire : « Tu m’aimeras. Je t’oblige à m’aimer. Comme dit le philosophe Emmanuel Levinas par un beau jeu de mots : il ne pouvait pas lui « intimer l’ordre » de l’aimer. Tu m’aimeras de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit. Mais le Seigneur, lui peut le faire ; pourquoi ? Il peut m’intimer l’ordre de l’aimer. Il peut mettre dans mon intimité, dans mon cœur, ce commandement, parce qu’il est au-delà de tout, il n’est pas une créature. C’est une immense grâce qu’il me fait de m’autoriser à l’aimer. En même temps qu’il m’en donne l’ordre, il m’en donne la capacité. (Pour la petite histoire, quand François a dit à Géraldine qu’il en pinçait pour elle, elle lui a dit qu’elle aussi. Et j’ai béni leur mariage deux ans plus tard.)
Deuxièmement, il faut entendre ce commandement comme une révélation. Ce commandement en fait est vécu par Dieu de toute éternité. Dieu le Père aime son prochain qui est Dieu lui aussi : le Fils. Il l’aime à la perfection d’où le fait que ce qu’ils ont en commun est la Troisième Personne de la Trinité, le Saint-Esprit. Bouleversant.
Troisièmement, le fait qu’il nous donne des commandements correspond tout à fait à notre nature humaine. J'interrogeais un ami, papa de sept enfants dont j'admirais le charisme d'éducateur. Il était à la fois très exigeant et très affectueux. Il a eu cette parole : « Un enfant à qui on impose des règles précises est plus heureux que celui qui n'en a pas »... J'ai trouvé confirmation plusieurs années plus tard dans une conférence d'une pédopsychiatre. Cette dame faisait remarquer que les petits bébés, quand on les dépose dans le landau, cherchent aussitôt les bords. Ils ont besoin d'être rassurés : leur espace est limité. Leur espace est sécurisé. Les institutrices qui se trouvaient dans la salle ont tout de suite confirmé qu'elles repéraient très vite les enfants qui n'ont pas de règles précises : ce sont des enfants angoissés. Les interdits sont très importants dans l'éducation. Le mot lui-même est très expressif. Il s'agit d' inter - dire. C'est parce qu'il y a des « dires » très clairs qu'il peut y avoir des « inter », des « espaces » de construction personnelle. On sait aussi qu’un fleuve sans rive devient hélas un marécage inhospitalier. Bruno Rabourdin est de plus en plus connu. C’est un chrétien aux talents éclectiques : il illustre souvent des articles dans le journal « la Croix » ; il a publié des bandes dessinées et également plusieurs livres. Il est aussi à ses heures, peintre, sculpteur, chanteur, conférencier, Son nom d’auteur est simplement Brunor : son prénom et la dernière lettre de son nom de famille.
Au cours de l’émission d’Emmanuelle Dancour sur KTO, V.I.P (Visages Inattendus de personnalités), il a raconté ce souvenir : à cette époque, il avait été embauché par l’Association des « Orphelins Apprentis d’Auteuil » pour enseigner le dessin. Dans le parc de l’école, on lui avait attribué un bungalow. Il l’avait aménagé en salle de dessins et il attendait ses premiers élèves, une trentaine de garçons et de filles pas très faciles et même plutôt durs. Il les fait asseoir. Certains commencent à chahuter, se moquent un peu, continuent des apartés. Bruno se présente et leur dit qu’ils vont s’apercevoir très vite que ce cours n’est pas ennuyeux du tout. Il leur demande, pour commencer, de dessiner, sur la feuille qu’ils ont chacun devant eux, un bonhomme. Cela lui permettra de savoir où chacun en est du dessin et quels sont les talents de chacun.
A ce moment-là, il les voit tous faire la tête et dire - « Oh non !…. La galère !… Pas ça !… C’est nul !….C’est trop compliqué… ! » Et nombreux sont ceux qui, d’un revers de main, jettent la feuille de dessin par terre. Pendant ces réactions qui le désarçonnent complètement, Bruno Rabourdin invoque le Saint Esprit : « Seigneur, donne-moi vite une idée »… Et il s’entend alors leur dire : - « Attendez, je n’ai pas fini » (alors qu’il n’avait en fait pas prévu autre chose, ni de suite, ni de solution de recours) Attendez, je n’ai pas fini. Je vous demande de dessiner un bonhomme, oui…, mais avec un chapeau sur la tête ! »
Et à ce moment-là, ils voient les visages se détendre et les élèves disent : « Alors là, oui d’accord, c’est super… » Ceux et celles qui avaient jeté leur feuille la ramassent et tous s’appliquent pendant un bon quart d’heure. Pendant que Bruno loue le Seigneur en silence et le bénit d’avoir dénoué une situation critique, les trente jeunes réalisent des dessins tous plus beaux, plus inventifs, plus rigolos les uns que les autres : des clowns et des pierrots, des cow-boys avec le chapeau du far-west, des chapeaux pointus de carnaval, des casquettes de rappeurs, des bérets, des hauts de forme, des chapeaux de paille, des képis de gendarme, des chapeaux extravagants, des élégantes au pied de la tour Eiffel, le chapeau de Charlot….etc…
Cela fait réfléchir : le bonhomme, c’est trop grand, c’est trop vaste. Nous avons besoin d’un espace limité pour être créatifs. Nous avons besoin de règles précises pour nous épanouir.
Nous pouvons accueillir le commandement du Seigneur comme une révélation, comme une autorisation bouleversante, comme un chemin parfaitement adapté à notre nature humaine et aussi, quatrièmement, comme une promesse : « Tu aimeras, … tu verras, tu y arriveras. Par ma grâce un jour tu finiras par aimer, par avoir ton C.A.P. Capacité d’Aimer en Plénitude ! »
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