Mardi 21 juillet - La racine de tous les maux
Dans sa première lettre à Timothée saint Paul lui écrit que « a racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent. »
C’est vrai : l’argent est capable de faire exploser les familles au moment des héritages, de faire perdre toute compassion, de devenir un critère d’évaluation des personnes et ainsi de fausser complétement les relations, de faire croire qu’il peut remplacer Dieu très avantageusement. Benoît XVI a dit un jour que derrière tous les problèmes de l’humanité, il y a l’égoïsme, ce qui est une autre façon de dire que si l’argent était à sa juste place de serviteur, tous auraient de quoi boire de l’eau potable, manger une nourriture saine, pourraient accéder aux soins.
Alors parce que c’est un sujet tellement sérieux, tellement grave, laissons nos frères juifs et leur sens de l’autodérision nous en parler avec humour pour dénoncer l’avarice, l’accaparement, le mépris pour les pauvres que risque d’engendrer l’argent. Qui, encore une fois, lorsqu’il est à sa juste place de serviteur, peut faire des merveilles.
Pourquoi dit-on que les gens pauvres n’ont pas de chance - Parce que, s’ils en avaient, seraient-ils pauvres ?... Quelle différence y a t-il entre un riche et un pauvre ? - Le pauvre s‘inquiète de ce qu’il va manger demain, alors que ce qu’il a mangé la veille inquiète le riche.
Un dénommé Isaac déjà très âgé, voyage en train de Vienne à Prague, dans le même compartiment que le jeune Joseph. A chaque station Isaac sort précipitamment, achète un billet à la caisse et reprend sa place, tout essoufflé. Joseph est très étonné. Quand le manège s’est répété plusieurs fois, le jeune homme finit par demander : - Monsieur, jusqu’où allez-vous ? - Jusqu’à Prague, si Dieu me prête vie. - Alors pourquoi n’achetez-vous pas le billet « Vienne-Prague » ? Cela vous éviterait toute cette fatigue. - Non, réplique Isaac, J’ai une maladie incurable et le docteur m’a dit que je risquais de mourir d’un instant à l’autre. Je n’ai pas envie d’acheter un billet pour rien !
A quoi te sert donc ton argent ? demanda-t-on un jour à Avrom. Même dans le train, tu ne voyages qu’en troisième classe, dans le wagon réservé aux animaux ! - Ce n’est quand même pas de ma faute, rétorqua Avrom, s’il n’y a pas de quatrième classe
Un pauvre demandait un jour à son rabbin pourquoi cette injustice : les riches peuvent faire tout ce qu’ils ont envie et les pauvres non, comme s’il y avait deux lois différentes. - Je vais t’expliquer, répondit le rabbin. Tu te rappelles quand Moïse est descendu avec les tables de la Loi ?- Oui ! -Et quand il a vu le veau d’or ? - Oui ! - Il s’est mis très en colère et, dans sa fureur, il a jeté les tables et les a brisées en mille morceaux ? – Oui -Eh bien, les tables étaient faites de pierres précieuses et de diamants. - Oh ! - Oui, et quand le peuple s’est précipité pour ramasser les miettes, comme d’habitude les riches sont arrivés les premiers et ils ont réussi à attraper les plus gros morceaux, là où étaient écrits les mots les plus longs comme « voleras » « convoiteras ». Quant aux autres, ils n’ont pas eu plus de chance que d’habitude, ils n’ont récupéré que les petits morceaux, où étaient écrits tous les « Ne… pas ».
Le Père Bernard Bro racontait : Un père de mon couvent, 54 ans, luttait depuis des années contre une tuberculose des reins. On était en pleines vacances. Le frère de la clinique lui annonce que cette fois c'est sans rémission. Alors le père Chifflot fit venir un père du couvent : "On m'a dit que je dois normalement mourir d'ici un mois ou deux. Vous allez voir mon médecin et vous lui demanderez premièrement si c'est vrai ; deuxièmement si pour le sacrement des malades, ça peut attendre le retour de mes neveux ; troisièmement si ça peut attendre le retour du père Carré" (alors prieur du Couvent).
Le Père revint avec réponse affirmative sur les trois points. On assista alors à une bifurcation dans l'attitude profonde du père Chifflot. Lui qui vivait pour vivre, vécut alors pour se préparer à la mort. Et cependant il continua à travailler à ce qui devait devenir la Bible oecuménique.
Une fois que tous furent rentrés à Paris, la cérémonie de l'onction des malades eut lieu. En présence du père de Vaux, directeur de l'Ecole biblique de Jérusalem, du père Carré, son supérieur, de ses trois neveux et nièces et de ses deux soeurs, il reçut le sacrement. Puis il prit la parole : "Dans la Bible, avant de mourir, les Patriarches faisaient un discours. Je ne suis pas un patriarche. Je vais quand même faire un discours." Et se tournant vers ses neveux, il dit : "A vous mes neveux..."
Il faut préciser que l'aînée venait d'être reçue à l'agrégation de lettres, la deuxième à sa licence, et le troisième à Normale supérieure et Polytechnique. Leur père était mort en déportation sans avoir connu le denier et le père Chifflot donnait toute son affection à les suivre.
Il leur dit alors : "Vous mes neveux, vous avez été une des grandes joies de ma vie. Je n'ai qu'un mot de testament à vous laisser" (un silence). "N'aimez pas l'argent. Vous pouvez vous retirer."
Pas un mot sur le Christ, aucune élévation pieuse... et cependant y a-t-il dernière "volonté" plus proche de l'Evangile ? L'argent : ce qui emprisonne, ce qui rend esclave, ce qui empêche de s'adoucir. "N'aimez pas l'argent."
Les bonus : (9092) Bilan de mon débat avec Thomas Durand sur le Crayon - YouTube