Mardi 21 avril 2026. Mangez-moi
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 6, 30-35) : « En ce temps-là ,
la foule dit à Jésus : « Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions le voir, et te croire ? Quelle œuvre vas-tu faire ? Au désert, nos pères ont mangé la manne ; comme dit l’Écriture : Il leur a donné à manger le pain venu du ciel. » Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel ; c’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel. Car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. » Ils lui dirent alors : « Seigneur, donne-nous toujours de ce pain-là . » Jésus leur répondit : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. »
Certaines personnes, hélas, souffrent d’une maladie psychique qui les fait se prendre pour un personnage célèbre ou parfois pour un objet. C’est ainsi qu’un monsieur avait dû être interné en clinique psychiatrique parce qu’il se prenait pour un grain de blé. C’est très gênant de se croire grain de blé parce qu’on vit dans l’angoisse de finir moulu, réduit en farine, ou picoré par une gallinacée… ! Il était à la clinique depuis deux mois et la guérison progressait. A force d’entretiens, de groupes de parole, de traitements, il était maintenant convaincu de sa vraie personnalité. Comme ce monsieur était sympathique, le jour de son départ, les infirmières et le médecin ainsi que les personnes du service avaient organisé un petit pot d’adieu avec les autres résidents. On se sert la main, on se dit au revoir chaleureusement, et le monsieur guéri prend son petit sac et sa valise et s’engouffre dans l’ascenseur. A peine un quart d’heure s’était écoulé, on n’avait pas encore fini de ranger les gobelets et les petits fours, qu’on le voit arriver en trombe, visiblement bien angoissé…-« Que se passe-t-il ? Qu’est ce qui ne va pas ?…lui dit le médecin psychiatre.
-C’est que juste en sortant de la clinique, j’ai vu une poule.
-Eh bien, où est le problème ? Vous savez bien maintenant que vous n’êtes plus un grain de blé. -Oui, mais la poule, elle, elle ne le sait pas… ! »
Dans l’évangile, il y a un certain Jésus de Nazareth qui affirme avec insistance qu’il est du pain… Il dit aussi qu’il est une vigne. A d’autres moments, il se prend pour la lumière du monde et même pour un grain de blé. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. » De deux choses l’une : ou bien cet homme est « dérangé », et il faut le soigner. Ou alors il est bel et bien ce qu’il prétend être. Et cette révélation est bouleversante. Il a un lien avec chacun aussi fort que le lien entre la vigne et le petit sarment. Sa seule présence est aussi éclairante que la lumière du soleil. Il se donne à chacun de ses disciples aussi docilement, totalement, qu’un bout de pain que l’on engloutit avec bonheur… Il s’est livré à la terre comme un grain de blé se laisse désagréger par l’humidité du sol. Il nous a aimés au point de passer pour un dérangé, au point que des gens de sa propre famille disait : « Il a perdu le sens » ou bien « il est possédé »… Il nous a aimés jusque là .
Il y avait une fois trois animaux qui vivaient dans une forêt au bord du lac : Kiri l'écureuil, Zidu le renard, et Nono le lapin. Ils étaient très joyeux parce que tout était beau et ils s'entendaient bien. Si bien que Dieu voulut voir ça de plus près. Il s'approcha d'eux sous la forme d'un mendiant et il leur demanda à manger.
- Volontiers, disent-ils car ils étaient très gentils, dans une heure vous aurez de quoi manger. »
Au bout d'une heure, Kiri revient avec des noix et des noisettes ; Zidu avec un beau poisson que lui a donné Tom le pêcheur.
- « Et toi ? demande Dieu à Nono.
- Lui, disent les deux autres, il n'a rien trouvé, il n'est pas débrouillard, nous l'aidons toujours pour tout. »
Nono a ramassé du bois pour faire un feu. Il a dit à Kiri et à Zidu : « Jetez-moi dans le feu. » Et il a dit à Dieu : « Mange moi ». Nous donnons quelque chose de notre vie à Dieu. Un peu de prière ici, un peu de charité fraternelle là . En gardant finalement la haute main sur nos heures et nos soucis. Dieu attend plus. Beaucoup plus. Que nous lui offrions tout : « Mange-moi. »
Au cours d’une interview, on demandait au cardinal Philippe Barbarin : « Pouvez-vous nous dire en quoi le Christ a changé radicalement votre vie ? » Il répond : « Disons plutôt qu'il m'appelle à la changer. Ma conversion est toujours devant moi. Depuis longtemps, ce qui me stimule dans cette direction, c'est cette parole dite au coeur de l'Eucharistie : « Ceci est mon corps livré pour vous. » Il me semble que je dois répondre au Christ de la même façon : « Merci, Seigneur, voici mon corps et toute ma vie, livrés pour toi. » Il a tout donné et nous, ses disciples, nous devons agir de même : tout donner pour Lui, pour les hommes qu'Il nous envoie servir, pour la gloire du Père. Quel combat ! Chaque matin, on offre tout, mais le soir on s'aperçoit du décalage entre les promesses et la réalité. »