Jeudi-Saint 2026 Les Carmes, avec les enfants de la première communion

Frères et sœurs, vous, surtout, les enfants de la première communion 2026, nous pouvons nous poser la question : Mais quelle idée a eu Jésus ?!

Ce soir il prend du pain, un petit morceau de pain, même pas du pain du boulanger mais du pain que l’on appelle azyme, c’est-à-dire un peu de  farine et d’eau cuit sur une pierre chaude, du pain raplapla. Et il ne dit pas : « Ceci représente mon corps », ou bien « Ceci vous fera penser à mon corps qui est comme du blé moulu, écrasé par la meule du meunier, mélangé aux larmes de la Passion, cuit dans le feu de la résurrection ». Mais il dit « Ceci est mon corps ».

Ceci est mon corps.  On voit bien que Jésus est quelqu’un de très équilibré, de très sensé, de très intelligent. Et il dit pourtant : « Ceci est mon corps ! » Il faut donc le prendre au sérieux.

 Je vais essayer de vous dire pourquoi il faut venir communier souvent, régulièrement. Il y a quelques temps, la télévision diffusait une publicité pour les yaourts dont elle vantait le principe Bifidus actif. On y voyait une silhouette féminine évidemment très fine, très svelte, et le slogan : « Ce qu’il fait à l’intérieur se voit à l’extérieur ». On peut facilement transposer à Jésus Hostie.  Nous n’allons pas communier parce que l’hostie a bon goût mais parce qu’elle a le principe le plus actif qui soit : Jésus hostie imprime petit à petit sa beauté en nous. Mais une seule cuillère de bifidus une fois pour toutes ne suffit pas. Il faut en prendre régulièrement.  Quelqu’un qui communie régulièrement fait des choses qu’il ne ferait pas naturellement.

Un témoignage. Séminariste à 14 ans… Ordonné prêtre à 63 ans ! Père Joseph. Au Vietnam (le pays de notre sœur Marie-Paul), les chrétiens ont été très persécutés par le gouvernement communiste.   Joseph entre au séminaire à 14 ans, mais arrivé en quatrième année de théologie, on le renvoie parce qu’il est fils de propriétaire, donc ” ennemi du peuple “. On cherche des raisons politiques pour l’emprisonne. Des années de travail forcé très dures.  Avec ses compagnons, ils témoignent pour Jésus. Comme les lettres des familles sont  lues par tous les prisonniers parce qu’ils n’ont rien à lire, des prisonniers bouddhistes, païens lisent des lettres des femmes chrétiennes, par exemple : «  … Quand à la fidélité conjugale, ne t’inquiète pas, sois tranquille. Comment une femme chrétienne pourrait-elle avoir des relations mauvaises avec un autre quand son mari est en train de souffrir pour Jésus ? Non c’est une chose impossible ! Souviens-toi des promesses sacrées que nous avons faites à l’église devant le prêtre et toute la communauté, le jour de notre mariage… » Tous les catholiques désirent communier. Mais comment se procurer la communion dans une prison communiste ? L’Esprit-Saint a éclairé un frère. Il a écrit à sa famille : « Ici, nous avons beaucoup de malades et nous avons besoin de l’huile de la manne ». Par ce code secret, ce mot de passe, la famille a bien compris. Elle a dû insister pour obtenir cinq ou six petites hosties auprès du prêtre de la paroisse. La sœur de ce compagnon a acheté un petit flacon de baume aromatique. Elle a enlevé tout le contenu et a posé au fond les hosties, ensuite elle a remis le baume. Elle a entremêlé le flacon avec les viandes, les poissons, les épices, tout ce qu’on apporte aux prisonniers. Elle a fait plus de mille kilomètres de route, en train, en autocar et à pied. A l’entrée de la prison, un policier a pris un cure-dents et l’a enfoncé dans le baume mais il n’a rien trouvé… il n’a pas vu que Jésus était au fond, silencieux, sans bouger ! Pendant le déjeuner, le frère nous a dit : « J’ai reçu de l’huile de la manne » Nous nous sommes arrêtés de manger et nous avons pleuré abondamment. Comment Jésus pouvait-il nous aimer autant pour courir mille dangers, passer le contrôle, accepter d’être entremêlé avec tous les aliments pour nous rejoindre là où même les plus hauts cadres communistes ne peuvent entrer, là où les êtres les plus chers ne peuvent venir ? Pour plus de sécurité on a décidé de mettre le flacon dans une tige de bambou cassé d’une étagère. Le soir, le diacre, doyen de la communauté, nous dit : « Faut-il laisser Jésus dans ce bambou alors qu’il a fait tant de route pour nous rencontrer ? J’ai décidé de le faire passer pour l’adoration nocturne. » Quand est venu mon tour, j’ai mis l’Eucharistie sur ma poitrine. J’ai pleuré et j’ai oublié toutes les douleurs de la prison. Il ne restait que Jésus et moi. J’ai prié, j’ai parlé avec Lui et j’ai composé un poème que j’ai appris par cœur. Nous avons gardé l’Eucharistie à peu près un mois pour pouvoir la partager à nos frères des autres maisons. L’adoration nocturne ne suffisant plus; nous avons dû l’étendre à la journée : il fallait aller travailler durement toute une semaine et se faire porter malade à l’infirmerie pour assurer son tour près du Seigneur. Après un mois d’adoration, nous avons dû nous partager les hosties pour la communion, mais comme il n’y en avait pas suffisamment pour tous, seuls ont pu communier ceux qui avaient plus de quinze ans de prison. Moi-même je n’ai pu en profiter parce que je n’avais que dix ans de prison. Le père Joseph dit encore : « Je vais vous raconter une belle histoire : « Il y avait avec nous, un prisonnier non chrétien, un prisonnier politique qui était là depuis 25 ans. Il collaborait avec les policiers. Il était le rapporteur le plus cruel pour faire torturer les prisonniers chrétiens. Au bout de 25 ans, il est devenu aveugle et tous l’ont abandonné. C’est nous, la communauté chrétienne qui l’avons recueilli. – Comment pouvez-vous m’accueillir ? comment pouvez-vous me pardonner ? disait-il. – C’est le secret du christianisme, c’est Jésus qui nous a enseigné cela. Alors il s’est mis à pleurer et il a demandé à se convertir et à recevoir le baptême. »

Ce que Jésus-hostie fait à l’intérieur, se voit à l’extérieur. Amen !

Les bonus : Les chrétiens persécutés dans le monde. Et en France ?