19 janvier 2025 Semaine de prière pour l’unité des chrétiens
et deuxième dimanche du temps ordinaire.
Frères et sœurs, Comment se pose la question de l’unité entre chrétiens catholiques, protestants, orthodoxes? Nous devons croire de toutes nos forces que l’unité n’est pas perdue, même si elle est cachée par nos faiblesses ou nos péchés. Il y a une vingtaine d’années, le Pasteur protestant Thomas Roberts avait reçu cette vision : il voyait des étangs, des lacs, des pièces d’eau un peu partout et dans chaque pièce d’eau vivaient des poissons complètement différents – et, à part les anguilles, ils ne pouvaient pas aller d’une mare dans une autre pour rencontrer des poissons différents d’eux. Alors il y a eu des réunions de poissons et ils ont dit : « Comment peut-on faire pour se joindre aux poissons des autres étangs ? » Ils ont parlé très très longtemps mais ils ne se rejoignaient toujours pas ! Certains poissons pouvaient décrire un peu ce qu’ils voyaient dans d’autres mares. Certains aussi disaient : « Dieu a fait la diversité et c’est bien comme ça ; restons séparés… » Cependant, les poissons avaient dans le cœur la certitude qu’ils étaient faits pour vivre ensemble dans la diversité. Un jour le ciel est soudain devenu noir et menaçant et les poissons ont eu très peur. Il a commencé à pleuvoir, il a plu pendant très longtemps… Et l’eau dans les mares a monté, l’eau a débordé, certaines mares ont commencé à communiquer, les poissons ont commencé à aller d’une mare dans l’autre ; et ils ont trouvé que cela était très bon ! Chaque mare est restée ce qu’elle était mais en même temps tous les poissons pouvaient se visiter.
Et la Vierge Marie dans le dialogue œcuménique ? N’est-elle pas un obstacle ? Les catholiques et les orthodoxes l’ont en très grande vénération. Les protestants s’interdisent presque d’en parler. Le Père Raniero Cantalamessa théologien de la maison pontificale raconte qu’il avait été sollicité pour parler au cours d’un rassemblement de protestants. Comme il est de sensibilité charismatique, il demande au Seigneur quel sujet il doit aborder. Le Seigneur lui répond : « La Vierge Marie ». Il a voulu obéir mais il appréhendait beaucoup. Et pourtant, après avoir fait sa conférence que ces milliers de frères chrétiens avaient écouté d’une façon très attentive, il a surpris une dame dire à une autre : « Ne me parle pas de ce que nous avons entendu ce matin sinon, je vais pleurer ». Cela avait été un moment de guérison ; et le Père Raniero dit qu’il est temps de ne plus penser que la Vierge Marie est un sujet de discorde mais qu’elle est un moyen parmi les plus puissants de concorde et d’unité entre tous les enfants du Seigneur, comme toute maman s’applique à l’être entre ses enfants.
Pourquoi ? Parce que la Vierge Marie est un modèle de foi. Elisabeth lui dit en la voyant : « Bienheureuse toi qui as cru en l’accomplissement des paroles qui te furent dites de la part du Seigneur ». Cette phrase est prononcée par Elisabeth mais saint Luc nous dit qu’elle était rempli de l’Esprit-Saint. C’est donc le Seigneur Esprit-Saint qui béatifie Marie.
La foi de Marie a-t-elle été une foi facile ? Marie connaissait la Loi de Moïse : « La Jeune fille qui le jour de son mariage ne sera pas trouvée vierge sera reconduite dans la maison de son père et lapidée ». Par ailleurs Marie n’avait aucun exemple, aucun antécédent sur lequel s’appuyer. L’Ancien Testament raconte bien des naissances miraculeuses mais il s’agit de femmes âgées ou stériles et la naissance arrive finalement par la façon habituelle. Carlo Carreto est un « Petit frère de Jésus », un petit frère de saint Charles de Foucault. Il a vécu longtemps en ermite au désert du Sahara. Dans son livre sur la Vierge Marie, il raconte ce fait bouleversant. Un jour arrive dans son ermitage une caravane de Bédouins. Il prend conscience qu’il y a un jeune couple officiellement marié mais qui ne vit pas ensemble. Ce petit couple le touchait parce qu’il lui rappelait Joseph et Marie ; trois ans plus tard, il voit revenir les mêmes bédouins mais il ne voit pas le jeune couple. Il en demande des nouvelles et il sent un malaise. Finalement, on fait devant lui un geste sans équivoque : on a tranché la gorge de la fille parce qu’elle n’a pas été trouvée vierge à sa nuit de noces. Carlo Carreto dit qu’il a compris ce jour-là la hauteur de la foi de Marie, et qu’il l’a prise comme Maitresse de foi.
La foi de la Vierge Marie est à la fois « objective » et « subjective ». Objective c’est à dire qu’elle n’a pas cru en un dieu à sa mesure, à son idée. Elle a reçu le Dieu de son Peuple, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Sa foi est insérée dans l’histoire du Salut. Mais sa foi est aussi « subjective », faite de confiance, d’abandon à Dieu, de remise d’elle-même.
On le sent dans l’évangile d’aujourd’hui, Marie et Jésus, c’est 30 ans de complicité. On sent que Marie est impatiente que Jésus dise qui il est. ET Jésus semble la rabrouer : « Femme que me veux-tu ? » On peut traduire la parole de Jésus par : « Qu’est-ce qu’il y a entre toi et moi ; nous avons ressenti la même chose, n’est-ce pas ? » Benoît XVI écrit « Jésus l’appelle « Femme » – pourquoi ne dit-il pas: « mère »? En réalité, ce titre exprime la position de Marie dans l’histoire du salut. Il renvoie à l’avenir, à l’heure de la crucifixion, où Jésus lui dira : “Femme, voici ton fils – Fils, voici ta mère” (cf. Jn 19, 26-27). Il indique donc à l’avance l’heure où Il fera devenir la femme, sa mère, mère de tous ses disciples. D’autre part, ce titre évoque le récit de la création d’Eve: Adam, au milieu de la création et de toute sa richesse, se sent seul, comme être humain. Eve est alors créée, et en elle, il trouve la compagne qu’il attendait et qu’il appelle du nom de “femme”. Ainsi, dans l’Evangile selon saint Jean, Marie représente la femme nouvelle, définitive, la compagne du Rédempteur, notre Mère: l’appellation apparemment peu affectueuse exprime en revanche la grandeur de sa mission éternelle. »
Quand elle dit à l’ange Gabriel « qu’il me soit fait selon ta parole» cela veut dire : « Ce qui te plait à toi, Seigneur, me plait aussi à moi ».
En plus la foi de Marie est une foi joyeuse. Comment le savons-nous ? L’évangile a été écrit en grec. Le verbe grec traduit en français par « Qu’il me soit fait » est à un mode que nous n’avons pas dans nos langues européennes actuelles. Nous avons l’indicatif qui dit ce qui a été fait, ce qui est fait, ce qui sera fait. Nous avons le conditionnel qui dit ce qui pourrait se passer ou pas. Le grec a un autre mode : l’optatif. On l’emploie quand on veut exprimer le désir que quelque chose arrive, l’impatience même. Saint Luc et à travers lui le Seigneur Esprit-Saint nous dit que Marie n’a pas répondu oui en inclinant la tête comme une soumission à une volonté étrangère, mais qu’elle a dit : « Oui, je suis contente de faire ta volonté ».
Qu’elle nous obtienne la grâce d’imiter cette foi généreuse, joyeuse, enthousiaste, ingénieuse ! Amen.
Les bonus : Cet exorciste nous raconte comment il expulse les démons !