Secret
« Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt en lui disant : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un témoignage. » Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. » (Mc1,40-45)
Vous connaissez la définition malicieuse d’un secret : un secret c’est quelque chose que l’on ne dit qu’à une seule personne à la fois. « Je vous le dis à vous – on est entre nous – en toute confidentialité, ne le répétez pas. »
Une blague (un peu machiste !) dit que les dames savent qu’un secret, c’est très difficile à tenir, donc elles se mettent à plusieurs pour le tenir.
Jésus demande au lépreux qu’il vient de guérir la discrétion absolue « attention ne dis rien à personne ». Mais il ne l’obtient pas (entre parenthèse, cela nous rappelle que le Seigneur a mis cette limite à sa Toute-Puissance qui est notre liberté).
D’après vous, entre la médisance et la calomnie, quelle est la plus grave ? La médisance consiste à faire connaitre le mal qu’une personne a réellement commis. La calomnie consiste à faire circuler des bruits faux, à inventer sur une personne un mal qu’elle n’a pas commis. On répond assez spontanément que c’est la calomnie qui est la plus grave. Est-ce si sûr ? Si j’invente, si je dis qu’une personne a commis tel acte mauvais alors que ce n’est pas vrai, cette personne aura une petite chance de pouvoir se défendre. Mais si je divulgue ce que telle personne a commis effectivement, cette personne ne pourra pas se défendre, les preuves sont là. Quoiqu’il en soit, les deux sont graves. Il faudrait nous rappeler que même le pire des pécheurs a droit à sa réputation.
Mais en ce qui concerne Jésus, il ne s’agissait pas de faire savoir de mauvaises choses, mais une guérison miraculeuse. Quel mal y avait-il ?
Cela faisait courir de gros risques à Jésus, et pour le moins, risquait de bousculer son programme. « Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. »
Et si nous mettions notre honneur à garder les confidences, à tenir notre langue ! Je crois que la devise de Scotland Yard est « Keep your secret secret » : gardez secret votre secret, gardez le mystère.
Il faut beaucoup de maitrise de soi et aussi d’habileté pour ne rien dire. Un ami prêtre m’a raconté qu’un jour, il avait été invité à un repas qui réunissait une bonne douzaine de convives. Lors des présentations, un monsieur à l’autre bout de la table, lui dit : « Mais Père, vous vous rappelez bien : je me suis confessé à vous. » Le prêtre ne répond rien et fait celui qui ne se rappelle pas. Car le secret de confession recouvre non seulement les péchés avoués mais ce que le prêtre a dit, et d’une certaine façon la rencontre elle-même. Mais à l’autre bout de la table, la personne insiste : « Mais si ! Vous vous souvenez bien ! » Alors l’ami prêtre tire le registre de l’humour et lui dit : « Ah oui, c’est vous qui avez tué père et mère… ça y est je me rappelle très bien ! » Et le monsieur rebondit : « Et le chien aussi »… Et après un petit temps de silence pour réaliser ce qui se passe, un éclat de rire général a couvre le secret de confession.
Pour nous aider à cultiver la vertu de discrétion, nous avons cet avertissement de Jésus : « La mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous » (Mt 7,2). Nous avons aussi quelques proverbes : « La parole est d’argent, le silence est d’or » ; « Il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler »…Nous avons même une histoire, l’apologue des trois tamis : un jour, quelqu’un vient voir Socrate et lui dit : – Ecoute, Socrate, il faut que je te raconte comment ton ami s’est conduit. – Arrête, interrompt l’homme sage. As-tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois tamis ? – Trois tamis ?, dit l’autre rempli d’étonnement. – Oui, mon ami, trois tamis. Examinons si ce que tu as à me dire peut passer par les trois tamis. – Le premier est celui de la vérité. As-tu contrôlé si tout ce que tu veux me raconter est vrai ? – Non, je l’ai entendu raconter et… – Bien, bien. Mais assurément tu l’as fait passer à travers le deuxième tamis, celui de la bonté. Ce que tu veux me raconter, si ce n’est pas tout à fait vrai, est-ce au moins quelque chose de bon ? Hésitant l’autre répondit : – Non, ce n’est pas quelque chose de bon, au contraire… – Hum ! dit le sage, essayons de nous servir du troisième tamis et voyons s’il est utile de me raconter ce que tu as envie de me dire… – Utile ? pas précisément… – Eh bien ! dit Socrate en souriant, si ce que tu as à me dire n’est ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère ne pas le savoir et, quant à toi, je te conseille de l’oublier.
Seigneur, selon les belles expressions de saint Jacques et du psaume 141, s’il te plait, mets un frein à ma langue (Jc 1, 26) et mets une garde à mes lèvres (Ps 141,3) !
Les bonus : (3564) ” UNE PART D’ETERNITE ” Le Monastère de la Trappe de Soligny – Version intégrale 28 mn – YouTube