Vendredi 14 février 2025 l’inter-dit et le défendu
Lecture du livre de la Genèse (Gn 3, 1-8) : « Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : “Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin” ? » La femme répondit au serpent : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : “Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.” » Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus. Ils attachèrent les unes aux autres des feuilles de figuier, et ils s’en firent des pagnes. Ils entendirent la voix du Seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour. L’homme et sa femme allèrent se cacher aux regards du Seigneur Dieu parmi les arbres du jardin. »
Si je vous pose la question « dans le livre de la Genèse comment est exprimé le péché originel ? » Vous allez me dire que Dieu avait interdit de manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Or, ce n’est pas exactement ce qui est écrit. Le texte commence ainsi : « Dieu dit : tu mangeras des fruits de tous les arbres du jardin. Quant à la l’arbre de la connaissance du bien et du mal, vous n’y toucherez pas… » C’est un interdit au sens étymologique. Au sens original, en effet, je peux vous dire : « Il est interdit de continuer de rouler au feu vert » « Il est interdit de s’arrêter au feu rouge »… C’est cela le premier sens du mot : « Il est dit entre nous. Nous sommes convenus qu’à un feu vert, il faut continuer de rouler. Il est dit de moi à vous qu’à un feu rouge, il faut s’arrêter. » Pourquoi le mot interdit a-t-il pris le sens restreint de « défendu » ? Le démon est le prince de la confusion. Il nous fait croire que Dieu se réduit à une parole moralisatrice, à des injonctions culpabilisantes, à une figure qui empêche de vivre. Or l’interdit est libérateur. Il permet de s’exprimer. Jésus est l’interdit ultime du Père. La Parole au deuxième chapitre de la Genèse c’est d’abord une invitation… « Jouis de tous les arbres c’est pour toi ». Le Seigneur commence par un interdit, pas un défendu. Il met une limite pour éviter la confusion. Imaginez un fiancé qui apporte des bonbons à sa fiancée, parce que « les fleurs c’est périssable, mais les bonbons c’est tellement bon » (… !) Il lui apporte des truffes parce qu’il sait que ce sont ses chocolats préférés. Elle lui dit : « oh ! Des truffes ! » Elle est heureuse comme tout. Le cœur du fiancé bat très fort. Il est si heureux et si fier d’avoir trouvé ce qui lui fait plaisir. Elle prend une truffe, puis deux, puis trois…. Elle ne s’arrête pas… Dostoïevsky dit : « Quand tout est permis, plus rien ne vaut et la vie est absurde ». Le fiancé se rend compte qu’en fait, elle préfère les truffes à son amour. Les rives sont les chances d’un fleuve. Dans sa croissance, l’enfant a besoin de découvrir ses limites. Elles sont un Don de Dieu. L’enfant est dans la toute-puissance, il va essayer de transgresser. Il a besoin d’un papa très aimant mais très ferme. Jésus est doux et humble de cœur mais quelle autorité ! Il ne faut jamais confondre l’interdit et le défendu. Sans la fermeté, il y a de l’insécurité en nous. Hébreu 12,5 : « Sans correction, nous sommes des bâtards ». Le Père éduque l’enfant à l’obéissance. Ce mot vient de ob-audire qui signifie « écouter en dessous, bien écouter ». L’obéissance, ce n’est pas la servilité. L’obéissance est une écoute qui tend à une communion de volonté. Or la définition de l’amour est aussi la communion des volontés. Il n’y a donc pas d’amour vrai sans désir d’obéissance. « Qu’est-ce que je peux faire pour toi ? ». Jésus dit à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements ». Ce qui signifie : « Celui qui m’aime c’est celui qui m’obéit. » Il m’ouvre un chemin de vérité qui me fait devenir moi-même. C’est sécurisant. Le monde a besoin d’une figure de père à la fois exigeant et très miséricordieux. Le Bon Dieu n’a jamais exigé que nous ayons des bottes de sept lieux mais que nous posions un pas. Les papas doivent être à l’image de ce Père des Cieux. Pas facile. Il faut alors qu’ils pensent à quelque chose qui est bien exprimé dans ce témoignage. Une dame raconte que quand elle était jeune fille, elle travaillait à la ferme de ses parents, un travail pénible sous la houlette d’un papa dur, exigeant, perfectionniste, distant. Mais tous les soirs, elle voyait ce papa quitter ses sabots et s’agenouiller devant la statuette de Notre Dame de Lourdes. Il égrenait son chapelet. Il se mettait à genou devant plus grand que lui. Sa paternité n’était que relative. Elle comprenait qu’elle pouvait compter sur un autre père, celui devant qui son paternel fléchissait le genou.
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