Vendredi 12 juin 2026 Sacré-Cœur

" En mon coeur quel émoi pour lui, je l'aime, oui je l'aime !... " Devinez qui a dit ça ? Non, ne cherchez pas du côté de la chanson, bien que : " Je t'ai donné mon coeur... " soit, au fond, une chanson de toujours. Ne cherchez pas non plus dans vos recueils de poésie. Je sais, je sais, il y a de belles choses aussi de ce côté-là, mais ce n'est pas ça. Alors, qui a dit ça ? Mais Dieu lui-même, figurez-vous ! " Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d'Israël ", dit solennellement le prophète Jérémie (qui était loin d'être toujours aussi triste qu'on le croit). " Ainsi parle le Seigneur : " Mon peuple est pour moi un fils chéri, un enfant qui fait mon bonheur ; en mon coeur, quel émoi pour lui, je l'aime, oui je l'aime !... " (Jérémie 32,41) Le coeur de Dieu, on en parle tout au long de l'Ancien Testament. Mais il y avait quelque chose qui n'allait pas : c'était seulement une façon de parler. Alors, Dieu envoie son Fils qui prend chair, qui prend coeur, un vrai coeur qui bat, comme le nôtre. Il est un vrai homme parmi les hommes, pour nous aimer à la façon d'un homme, mais avec toute la puissance de l'amour immense de Dieu. L'Ancien Testament, c'est une histoire d'amour tumultueuse et malheureuse entre un Dieu qui aime mais qui n'arrive pas à convaincre, et un peuple qui voudrait l'aimer mais qui, à tous les coups, est dépassé. Mais Dieu a maintenant un coeur, Il ne nous parle plus par le truchement des prophètes. Sa façon d'aimer est la même, mais il en est un qui peut dire avec une assurance tranquille : " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton coeur ! " Il sait que c'est possible pour nous maintenant, parce qu'il est là et que nous pouvons passer par lui.

L'évangile ce n'est pas un livre de bonne conduite. C'est une déclaration d'amour. Et même une imploration d'amour : celle d'aimer et se laisser aimer.

On discute à n'en plus finir, et cela ne date pas d'aujourd'hui, pour savoir si Dieu existe, mais la chose la plus importante n'est pas de savoir si Dieu existe, mais s'il est amour. Si, par hasard, il existait mais n'était pas amour, il y aurait bien plus à craindre qu'à se réjouir de son existence, comme cela a été le cas dans divers peuples et civilisations. La foi chrétienne nous garantit justement ceci : Dieu existe et il est amour ! »

Que ferons-nous après avoir entendu combien Dieu nous aime ? Nous aimerons Dieu « en retour » ? Nous nous aimerons « les uns les autres comme il nous a aimés » ? Ces deux réponses sont valables, mais avant, il y a autre chose à faire : « croire » à cet amour. Le grand converti et apologiste de la foi Clive Staples Lewis (l'auteur de la série des 'Chroniques de Narnia', a écrit un roman insolite intitulé 'Tactique du diable' .  Ce sont des lettres qu'un diable ancien écrit à un petit diable, jeune et inexpérimenté occupé sur la terre à séduire un jeune londonien qui vient tout juste de renouer avec la pratique chrétienne. Son intention est de lui enseigner la stratégie pour y parvenir. Il s'agit d'un traité de morale et d'ascèse, moderne et d'une très grande finesse, à lire à l'envers, c'est-à-dire en faisant exactement le contraire de ce qui est suggéré. A un moment donné, l'auteur nous fait assister à une sorte de discussion entre les démons. Ils sont incapables de comprendre que l'Ennemi (c'est ainsi qu'il nomme Dieu) puisse vraiment aimer ces vers que sont les hommes, et désire leur liberté. Ils sont certains que cela n'est pas possible. L'amour de Dieu pour ses créatures est, pour eux, le mystère des mystères ; là au moins, les démons ont raison.

Contrairement aux apparences, ce n'est pas « facile » de croire que Dieu nous aime. Si nous le croyions vraiment, notre vie, nous-mêmes, les choses, les événements, la souffrance même, tout se transformerait immédiatement sous nos yeux. Nous serions aujourd'hui même au paradis parce que le paradis n'est rien d'autre que cela : vivre pleinement de l'amour de Dieu.

C'est difficile de croire à l'amour à cause des épreuves de la vie. Qui a un jour été trahi ou blessé, a peur d'aimer et d'être aimé, parce qu'il sait combien cela fait mal d'être trompé.  

Puis il y a l'expérience de notre pauvreté et de notre misère qui nous fait dire : 'Oui, cet amour de Dieu est beau, mais il n'est pas pour moi ! Je n'en suis pas digne... '. Les hommes ont besoin de savoir que Dieu les aime et personne mieux que les disciples du Christ n'est en mesure de leur apporter cette bonne nouvelle. D'autres, à travers le monde, partagent avec les chrétiens la crainte de Dieu, la préoccupation pour la justice sociale et le respect de l'homme, pour la paix et la tolérance ; mais personne ni parmi les philosophes, ni parmi les religions, ne dit à l'homme que Dieu l'aime, qu'il l'a aimé le premier, qu'il l'aime d'un amour de miséricorde et de désir : avec eros et agape ».

Nous sommes invités à faire comme saint Paul dans la Lettre aux Romains : à regarder notre vie, telle qu'elle se présente, à faire remonter à la surface les peurs qui s'y cachent, les tristesses, les menaces, les complexes, tel défaut physique ou moral, ce souvenir pénible qui nous humilie, et à tout exposer à la lumière de la pensée que Dieu nous aime.

Nous sommes invités à regarder le monde qui nous entoure et qui nous fait peur. La 'hauteur' et la 'profondeur' (...) l'univers et l'atome. Tout est prêt à nous écraser ; l'homme est faible et seul, dans un univers tellement plus grand que lui et devenu même encore plus menaçant après les découvertes scientifiques qu'il a faites et qu'il ne réussit pas à maîtriser. Tout peut être remis en question, toutes les sécurités peuvent venir à nous manquer mais jamais celle-ci : que Dieu nous aime et est plus fort que tout. Amen !

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