Mémorial sacrifice sacrement
La messe est vraiment la matrice de la vie d’un catholique. Comment en parler au mieux ?
Le plus simple est la théologie la plus classique. La messe est un mémorial, un sacrifice, et un sacrement.
Ces trois aspects de la messe qui se conjuguent sont annoncés dès le début de la messe par un petit signe : pendant le chant d’entrée, le prêtre pose un baiser sur l’autel. C’est que l’autel représente trois choses : la table du Jeudi-Saint : nous sommes à la Cène avec Jésus et ses apôtres, la Sainte-Cène est la charnière entre l’Ancien Testament et le nouveau Testament. Elle récapitule tout l’ancien Testament et annonce le banquet Céleste. L’autel est l’autel du sacrifice : nous sommes aussi au pied de la croix avec la Vierge Marie et saint Jean. L’autel c’est aussi le tombeau ouvert le premier jour de la semaine : les deux cierges représentent les deux anges qui annoncent : « Pourquoi cherchez vous parmi les morts celui qui est vivant ? »
La messe est un mémorial. Il y a un mot compliqué que les animateurs de chants apprennent très vite car avant la messe, il faut qu’ils s’entendent avec le prêtre et l’organiste à son sujet : c’est l’anamnèse juste après la consécration. Un amnésique c’est quelqu’un qui va chez son médecin et qui lui dit : « Docteur je suis embêté parce que depuis quelque temps je perds la mémoire ». Le docteur lui demande : « Depuis quand ça vous le fait ? » et l’amnésique répond : « Depuis quand quoi, docteur ? » An-amnèse, c’est le contraire : c’est garder la mémoire. Pour ne pas oublier, on bâtit un monument aux morts, on donne son nom à une rue, on tourne un film, on entretient le souvenir avec émotion et reconnaissance. Pour la mort de Jésus c’est tout différent. Parce qu’il est mort et ressuscité, parce que sa mort ne concerne pas qu’un peuple, qu’un pays, qu’une patrie mais tous les hommes de toutes les époques, parce que sa mort est le plus grand acte d’amour de tous les temps. Insurpassable. Voilà pourquoi pour Jésus il ne suffit pas de se souvenir, il faut s’unir à Lui.
C’est pour cette raison qu’il a institué la messe. Pendant la guerre de 39-45, la résistance recevait par la radio des messages codés. Ainsi, tous les résistants savaient que lorsqu’ils entendraient ces vers de Verlaine au complet : « Les sanglots longs des violons de l’automne/Blessent mon cœur d’une langueur monotone », le débarquement était là. Imminent. Et chacun savait ce qu’il avait à faire. De même, la messe est comme un « code confidentiel » pour les disciples de Jésus. Il nous a dit : Quand vous verrez un prêtre prendre du pain et du vin et dire « Ceci est mon corps, ceci est mon sang » vous saurez que Je suis là, en train de vous attirer dans le cœur brûlant d’amour de Notre Père des Cieux. Le mémorial de la messe ça sert à nous rendre contemporains de l’événement que nous rappelons.
La messe est un sacrifice. Saint Maximilien Kolbe s’est sacrifié pour sauver un père de famille au camp d’extermination d’Auschwitz le 14 août 1941 , Arnaud Beltrame s’est sacrifié pour sauver une caissière de supermarché le 23 mars 2018. Un sacrifice, dans le monde chrétien c’est fait pour sauver des vies. Dieu me donne la possibilité de m’associer au sacrifice de son fils Jésus pour sauver les vies des défunts qui sont au purgatoire sans la possibilité de se confesser, de faire un pèlerinage, de faire des actes de charité pour se convertir.
La messe est aussi un sacrement et même le sacrement par excellence .Les autres nous donnent une action de Jésus, la messe nous donne Jésus lui-même. Un prêtre rapporte un fait qui l’avait beaucoup ému et lui avait permis de mieux entrer dans le mystère de l’Eucharistie. Comme tous les jeunes de son âge, pendant la guerre, il avait été envoyé aux chantiers de jeunesse. Dans ce milieu, les garçons éloignés de leur famille attendaient impatiemment l’arrivée du courrier, surtout ceux qui avaient laissé une fiancée au village. Sans le vouloir, un jour, il surprend le visage de l’un de ses camarades, s’illuminant au moment où on lui remet une lettre. Il le voit se mettre un peu à l’écart, décacheter l’enveloppe, puis lire et relire la missive. Et le jeune fiancé fait ce geste surprenant : il froisse dans sa main la feuille de papier, patiemment, longuement… Puis, petit bout après petits bouts, il porte à sa bouche et avale toute la lettre. Sans doute voulait-il soustraire cette précieuse missive au risque qu’elle soit lue par des yeux malveillants. Mais surtout, ce garçon ne venait-il pas de découvrir l’intuition de la communion ?!… Pour supporter l’éloignement, les conditions difficiles du chantier de jeunesse, la promiscuité, l’angoisse, l’incertitude face à l’avenir, il avait besoin de la force de l’Amour de sa fiancée. Manger son écriture, la feuille sur laquelle elle s’était appliquée, le papier auquel elle avait confié son amour, c’était pour lui recevoir de l’espérance et de la paix. À la messe, quand nous communions, nous recevons l’amour de Jésus pleinement déployé sur la croix. La différence avec la communion par la lettre c’est que nous recevons Jésus lui-même, en personne, et pas seulement un signe de sa Présence. Un enfant à qui le Père curé de la paroisse demandait ce que sa première communion allait lui apporter a eu ce joli mot : « Je vais pouvoir me donner à Jésus ».
Les bonus : L’homme existe je l’ai rencontré! Sketch de Raymond Devos – Bing video