Jeudi  18 juin 2026 Ne rabâchez pas

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 6, 7-15) : «En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. Ne les imitez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l’ayez demandé. Vous donc, priez ainsi : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié,  que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Car, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne pardonnera pas vos fautes. »

Quand vous avez entendu cette demande de Jésus « ne rabâchez pas », peut-être avez-vous pensé «  Et le chapelet ? ». C’est vrai que si vous dites un chapelet, vous répétez 53 je vous salue Marie, et 6 Notre Père et 6 Gloire au Père, en une vingtaine de minutes. N’est-ce pas du rabâchage ? Est-ce que nous ne contournons pas la volonté du Seigneur quand nous récitons le Rosaire ?  

Le Père Jérôme est une des grandes figures spirituelles du XXème siècle. Moine de l'abbaye Notre-Dame de Sept-Fons de l'Ordre cistercien (trappiste), ingénieur agronome, né dans l'île de Rhodes, de nationalité suisse, il vécut toute sa vie dans son monastère, en Bourbonnais. A une époque difficile de l'histoire de l'Eglise contemporaine, il sut transmettre sa "science" à des élèves, et les conduire à Dieu par des chemins sûrs. Sans Père Jérôme, Sept-Fons ne connaîtrait sans doute pas son efflorescence actuelle. Un jour, il confiait sa façon de prier le je vous salue Marie : « Lorsque nous disons des Je vous salue Marie, ne traitons pas à la légère ni celle que nous saluons, ni le salut que nous lui adressons. Quand je salue quelqu’un, c’est dans l’intention qu’il tourne son regard vers moi, qu’il s’arrête à cause de moi. Ô Vierge Sainte, en cet instant où je vous salue, arrêtez-vous. Arrêtez toute occupation céleste, et faites attention à moi. De mon côté, souvent je m’arrête aussi un instant après ces derniers mots, pour attendre que vous soyez tournée vers moi. Je veux vous laisser le temps de dire : « Ah ! C’est encore toi, mon enfant ! » C’est beau ! « Arrêtez toute occupation céleste et tournez votre regard vers moi » ! Quel réconfort de penser que la Vierge Marie entend notre salutation parmi des millions au même moment et qu’elle a une attention pour chacun …j’allais dire de ses fans… de ses enfants ! Les amoureux qui se disent cent fois par jour « je t’aime » savent que ce n’est pas du rabâchage… !

Par ailleurs la prière du chapelet est très bien organisée : à chaque dizaine nous méditons un mystère de la vie de Jésus et de sa Sainte Mère. Il y en a 20 depuis l’annonciation jusqu’à son couronnement au Ciel. Ainsi pendant quatre minutes nous sommes à Nazareth en présence de l’ange Gabriel.  Les quatre minutes suivantes à Aïn Karem chez Elisabeth et Zacharie. Ensuite  à Bethléem dans la grotte de la nativité, puis à Jérusalem pour la présentation au temps avec Siméon et la prophétesse Anne. Le lendemain les mystères douloureux nous emmènent à Gethsémani, puis devant la flagellation,  le couronnement d’épines, sur la Via Crucis pour le portement de la croix, et sur le Golgotha. Etc etc…

            Mais il est possible de  dire le chapelet d’autre autre façon, dans un autre esprit. Ecoutons le Père Guy Vandevelde : « Le chapelet c’est : énonciation du Mystère, fruit du mystère, Notre Père, dix Je

vous salue Marie dans la foulée et à allure assez vive, Gloire au Père, et la petite adresse finale demandée à Fatima qui fait toute la différence « O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous » ; puis deuxième Mystère et ainsi des cinq. Quand c’est fini, au revoir et merci : «Ai-je bien prié, ai-je médité, c’était bien, c’était raté, j’étais distrait ? En plus, c’est répétitif, on n’en peut plus… ». Mais la grâce puissante du chapelet est tellement plus profonde que tout ça ! Le chapelet est la fronde de David contre Goliath. En matière d’armement, on a beaucoup progressé depuis David et Goliath. Quand on dit le chapelet, il faut penser au tir de barrage : on tire en face n’importe comment et surtout sans s’arrêter ; l’Ennemi est empêché et bloqué par la puissance de feu. Cela, pour la défensive. Et pour l’attaque, il faut penser aux orgues de Staline : une cinquantaine de tuyaux comme ceux d’un orgue, mais pour une autre musique, embarqués sur des camions, qui envoient des croquettes chacun à son tour en quelques secondes et en continu, jusqu’à ce qu’on puisse avancer et reprendre le terrain. En vérité, le génie c’est l’humilité de prendre le moyen qui est offert par le Ciel, la dévotion au Coeur immaculé de Marie, Tout est dans ce Coeur. « A la fin, mon Cœur immaculé triomphera » a promis la Sainte Vierge ; et le Sacré-Coeur de Jésus à sainte Marguerite-Marie : « Ne crains rien, je régnerai malgré mes ennemis et ceux qui voudront s’y opposer ».

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