Mercredi 10 juin 2026 Accomplir
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 5, 17-19) : «En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux. »
« Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. » Accomplir cela veut dire d’abord « achever, terminer ». Jésus est venu pour porter à son achèvement toute l’Ecriture. Il est le dernier mot, la conclusion, le moment où on reçoit la clef de tout, où l’on comprend le fil rouge, l’intention première. Accomplir, cela veut dire aussi « effectuer, exécuter, réaliser, mettre en pratique ». Jésus est la seule personne au monde dont toute la vie était déjà décrite par le détail dans la Bible : sa conception virginale, son passage en Egypte, sa prédication, les signes du Royaume, ses miracles, les persécutions, sa bienheureuse passion comme dit le Canon Romain, sa mort sur la croix et sa résurrection, la fondation et le rayonnement universel de son Eglise, Nouveau Peuple de la Nouvelle Alliance.
« Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. »
Jésus a tout réalisé. Et il nous donne de participer à sa Mission de Prêtre, Prophète, et Roi. Et nous pouvons mettre beaucoup d’amour à veiller à ce que pas un iota de la Loi ne manque.
Un jeune collégien d’origine maghrébine, qui s’appelle Younés, travaille très bien à l’école. C’est non seulement un bon camarade agréable et sympathique mais c’est aussi un bûcheur, un élève très appliqué. Les devoirs sont parfaits. Il a 20/20 en mathématiques, 18/20 en anglais et en allemand, 17/20 en SVT et même 17/20 en éducation physique… Mais, mais, mais… - car il y a toujours un « hic » - Younés semble fâché avec l’histoire. Il rend toujours sa feuille blanche. En cours d’histoire, il semble comme absent. Il n’ouvre jamais son livre. Comme c’est un élève qui ne fait pas de bruit, on ne lui fait pas trop de remarque mais un jour, le professeur principal, n’ayant pas obtenu d’explication satisfaisante de la part de Younés, convoque son papa : « Monsieur Bilhal, nous sommes très satisfaits de votre fils. Younés est un élève très studieux. Il réussit très bien à l’école sauf en histoire… On ne comprend pas… ». Et monsieur Bilhal répond : « C’est tout qu’est-ce que je lui dis : mon fils, tu travailles bien à l’école… Il faut bien travailler à l’école et tu n’fais pas d’histoire ! »….
On peut admirer l’obéissance de ce pré-ado vis-à-vis de son papa... Obéissance au pied de la lettre qui l’empêche de progresser.
Dans l’Eglise, à partir de 1968, on a vécu l’excès inverse sous le prétexte que Jésus aurait fait prévaloir une religion du pur amour au lieu des commandements tâtillons de jadis. Foin de l‘observance du jeûne et de l‘abstinence à des dates fixes ! Foin de l‘obligation de la messe et du repos dominicaux ! On peut toujours s’arranger avec le Bon Dieu qui a l’esprit suffisamment large pour ne pas s’offusquer d’un morceau de jambon dans l’omelette d’un vendredi de Carême. Si on ne peut aller commodément à l’unique messe du dimanche matin, on ira le jeudi, qu‘importe, et si on ne va pas à la messe, on fera un acte de charité. Est-ce que Dieu ne préfère pas l’amour à tout le reste ?
Un prêtre dit qu’il se souvient de la remarque de son curé du temps où il était vicaire dans une paroisse de Paris. Il avait raconté à table qu’il habituait les étudiants dont il s’occupait à exiger au Resto U du poisson le vendredi, sinon à refuser le plat de viande qu’on leur servait. Sincèrement scandalisé, il lui répondit que le seul point sur lequel les catholiques devaient se distinguer c’était l’amour du prochain. Et il ajoutait « nous ne sommes pas des pharisiens ».
Or Jésus ne reproche pas aux pharisiens d’accorder une importance extrême à l’obéissance aux moindres prescriptions de la Loi.
Il leur reproche plutôt leur manque de perspective d’ensemble, la tendance à mettre tout sur le même plan, sans tenir compte de la primauté des règles morales : « C’est ceci qu’il fallait faire sans négliger cela » (Matthieu 23,23)
Le danger que nous courons n’est certainement pas aujourd’hui celui du légalisme (perversion possible du sens de la Loi de Dieu) mais bien plutôt le « spiritualisme » qui ramène tout à une attitude de l’esprit, à une intention. Certes, l’intention est première et sans elle aucun geste religieux n’a de valeur. Mais, en refusant que notre amour pour Dieu s’incarne dans des rites et des interdits, en étant prêts à remplacer une chose par une autre pour ne pas nous gêner, nous manifestons que nous sommes les seuls maîtres du jeu et en définitive que nous sommes la mesure du bien et du mal.
Nous avons à apprendre l’exigence abrupte du Dieu, trois fois saint, de Celui que Moïse a salué comme le Tout-Autre. Ses commandements en sont la trace dans notre vie. A vouloir les humaniser, les rationaliser, les spiritualiser, nous risquons fort de mettre à la place l’idole de nos désirs, de notre confort et de nos fantaisies. Et ce ne sera pas une libération.
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Jeudi 11 juin 2026. S’ajuster sur Dieu.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 5, 20-26) : «En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je vous le dis : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère,
et ensuite viens présenter ton offrande. Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge,le juge au garde,et qu’on ne te jette en prison. Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou. »
Dans notre société qui est devenue procédurière, qui pousse les personnes à porter plainte pour tout et n’importe quoi, qu’il est bon d’entendre Jésus nous avertir : « Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison. Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou. »
La justice humaine est nécessaire mais elle est toujours décevante. Jésus nous fait remarquer que « Si notre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, nous n’entrerons pas dans le royaume des Cieux. » Et il nous invite à faire en sorte de ne pas nous mettre en colère, de ne pas insulter, de ne pas même traiter quelqu’un de fou. Qu’est ce qui peut nous aider à avancer sur ce chemin ?
Dans une histoire racontée par le père de la science fiction moderne, il est question d’un terrible pécheur, le roi Achab, vieil adversaire du prophète Elie, qui se trouve placé dans la paume de la main de Dieu pour être jugé. Quand l’ange rapporteur fait la lecture de tous ses péchés, il se met à hurler et essaie de prendre la fuite; il finit par s’échapper dans la manche de Dieu pour y trouver refuge. Ensuite, arrive un saint prophète, vraisemblablement Elie, qui lui aussi s’assied dans la paume de la main de Dieu et écoute d’un air suffisant la lecture de ses bonnes actions. Et voici que les anges rapporteurs arrivent à une affaire pas très belle : Dix secondes ne s’étaient pas écoulées que le saint se précipite dans tous les sens dans la grande main de Dieu. Et voilà qu’il se met à crier lui aussi en entendant l’exposé cynique et sans pitié (de l’ange rapporteur), et il se réfugie lui aussi - tout comme l’homme méchant - dans l’ombre de la manche. Et les voilà tous les deux assis l’un à côté de l’autre, guéris de toute illusion, à l’ombre de la robe de la charité de Dieu, comme des frères. Nous sommes tous des « rattrapés de la miséricorde ».
On raconte qu’à la cathédrale du Puy, dans les années 1950-1960, un vieux chanoine qui confessait beaucoup, ponctuait chaque péché énoncé par le pénitent d’un « moi aussi ». … « moi aussi » !
Si je n’ai pas commis certains crimes, c’est uniquement parce que j’ai été protégé, c’est parce que j’ai bénéficié de la grâce qui m’est venue par l’éducation, les bonnes influences, les prévenances du Seigneur. La sagesse populaire le dit : « Il est plus à plaindre qu’à blâmer ».
Rappelons-nous aussi le conseil de saint Benoît à ses moines : « Dans un conflit, le plus fort, c’est celui qui cède ». Il faut être très fort pour dire à l’autre : « Tu veux qu’il en soit ainsi, soit ». Cela peut-être une astuce aussi de dire dans son cœur que celui qui nous fait du tort, est un bébé spirituel. Avec un bébé, on patiente, on privilégie la bienveillance et la douceur à la colère.
La capacité à pardonner est à demander au Seigneur. C’est un des plus grands signes de la Présence agissante du Seigneur. Pardonner c’est au-dessus de nos forces humaines. Voilà pourquoi, il y a à notre disposition le sacrement de la confession. Quand nous nous confessons, nous commençons en disant : « Bénissez-moi, mon père, parce que j’ai péché. » Le pardon n’est pas seulement le récurage de nos péchés, un décapage qui nous rend blancs comme si nos tâches n’avaient jamais existé. Le pardon est une bénédiction, par laquelle même nos défaillances sont assumées dans la grâce de Dieu et font partie de notre chemin vers Dieu.
Pourquoi veiller à ne parler qu’en termes positifs ? un Australien qui a connu une vie de violence et de crime avant d’être envoyé en prison raconte qu’il s’est évadé et il est parti pour l’Inde. il décrit comment il a découvert alors progressivement qui il était appelé à être ; un tournant décisif dans sa vie fut un séjour dans un village hindou. Les femmes du village lui donnèrent un nouveau nom, Shantaram, qui signifie « l’homme de paix » ou « l’homme de la paix de Dieu ». Il était arrivé dans ce village comme criminel endurci. Son visage et son corps disaient : « Ne me cherchez pas. » Mais les villageois ne pouvaient pas lire ce langage corporel australien. Et chaque fois qu’il essayait d’avoir un regard de brute, ils riaient et lui donnaient une petite tape sur l’épaule. Puis ils lui donnèrent son nouveau nom, qu’il reçut comme sa vocation, alors qu’il se tenait près d’une rivière sous la pluie : « Je ne sais pas dit-il aujourd’hui, s’ils ont trouvé ce nom dans le cœur de l’homme que j’étais à leurs yeux, ou bien s’ils l’y ont planté, comme une baguette magique, avec laquelle on fait des vœux, pour qu’il grandisse et fleurisse. Quoi qu’il en soit, qu’ils aient découvert cette paix ou qu’ils l’aient créée, la vérité est que l’homme que je suis est né dans ces moments-là, alors que je me tenais près des eaux gonflées, le visage levé vers la pluie chrismale. Shantaram. L’homme meilleur que, lentement, et beaucoup trop tard, j’ai commencé à être.
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