27° A Carmes Espaly Valvert (3 – 4  octobre 2026)

Frères et sœurs, cette parabole de Jésus est terriblement actuelle si on l'applique à notre Europe. On peut dire que Jésus a été « jeté hors de la vigne», expulsé par une culture qui se proclame post-chrétienne, ou même anti-chrétienne. « Voici l'héritier : allons-y ! tuons-le, nous aurons l'héritage » : l’Europe ne veut plus entendre parler de ses racines chrétiennes ; la croix, la crèche, le sapin de Noël, tout doit disparaître. Toussaint est remplacée par Halloween. Noël par la frénésie de la consommation. La Saint-Jean par la fête de la musique. Parfois c’est plus bête que méchant : un jour, au cours d’un mariage, on a vu la mariée entourée des petits garçons d’honneur, costumés en… diablotins. Mais pour certains c’est voulu, programmé, orchestré. Sartre met ces terribles déclarations dans la bouche d'un de ses personnages : « Il n'y a plus rien eu au ciel, ni Bien, ni Mal, ni personne pour me donner des ordres. [...] Je suis un homme et chaque homme doit inventer son chemin ». Pas héritier mais Patron.

Dans ce climat, que pouvons-nous faire nous qui essayons de nous cramponner à Jésus  ? Il nous faut bien entendre le Père quand il dit : « Ils respecteront mon fils. » Cette parole est bouleversante: DIEU EXPRIME SON AMOUR. Et il n'est pas comme un gros naïf: IL SAIT ce qui va se passer; il sait ce qu'on fera de son Fils, et il l'envoie quand même parce qu'il veut vraiment tout faire pour nous sauver. Respect, comme on dit. On en a un écho au cours de la Passion, quand saint Luc commente: "Il le livra à leur bon plaisir", en parlant de Pilate. Encore plus fort: au moment où Jésus marche vers sa Passion, IL SAIT non seulement l'horreur que ça va être, et il y va quand même; mais au moment où il va mourir sur la Croix pour tous les hommes, il connaît jusque dans son âme, qui sera effectivement sauvé, et qui rendra vaine pour lui la Croix du Christ, en repoussant jusqu'au bout sa miséricorde. Et il offre quand même son sacrifice, et il donne sa vie par amour, SACHANT CELA. Une telle grandeur d'âme, force le respect.

Comment bien respecter le Fils ? Nous-mêmes, quand nous sentons-nous respectés ? Quand nous sommes écoutés à fond c’est-à-dire à la fois compris, et obéis ; écouter vraiment une personne ce n’est pas seulement bien l’entendre mais c’est accomplir ses désirs profonds. Nous respecterons Jésus en prenant le temps de l’écouter. Comment ne pas être impressionné par le choix de ces jeunes qui entrent dans un monastère, et qui y restent ! carmélite. Elle serait aujourd’hui médecin certainement très appréciée pour ses compétences et ses qualités de cœur. Ecouter Jésus amène toujours à beaucoup d’audace. Un jeune avait surpris ses copains qui l’attendaient à la sortie de la chapelle de l’adoration à Paray le Monial : « Qu’est-ce que tu faisais si longtemps dans la chapelle ? - J’écoutais Dieu. - Ah bon, tu as une ligne directe ? Qu’est-ce qu’il te disait ? - Il me disait : « Tu es mon fils bien aimé ».

Respecter vient d’un mot qui signifie « regarder en arrière ». Entendons-le nous parler à Paray le Monial par  sainte Marguerite Marie Alacoque :  Jésus lui montre son cœur et lui dit : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes … Et pour reconnaissance je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, [des sacrilèges, du mépris, de l’indifférence]…». Nous pouvons donc consoler Jésus, réparer. Disons-le avec un peu d’humour… En Italie le plus célèbre des auteurs est certainement Dante. Dante Alighieri est un poète, écrivain, penseur et homme politique florentin né entre la mi-mai et la mi-juin 1265 à Florence et mort le 14 septembre 1321 à Ravenne. « Père de la langue italienne » . Par son art d’écrivain il a exploré beaucoup la question de la grâce de Dieu et de la liberté de l’homme.  Dante raconte qu’un guerrier se retrouve au Ciel. On lui demande de raconter ce qui s’est passé. Ce soldat  explique qu’il participait à un combat et qu’il a été transpercé mortellement par une lance. A ce moment-là, il voit arriver le diable qui crie: « celui-ci est à moi ; après tout ce qu’il a fait, il m’appartient ». Mais l’Archange saint Michel survient et l’archange qui voit le moindre détail, essuie une petite larme sur la joue du guerrier : c’est une larme de repentir. Dante commente : « Per Dio, basta una lacrimetta » (Pour Dieu, une petite larme suffit). Et il continue le récit du guerrier : « e il diavolo, col cullo, fecce la trompetta » (et le diable, se retournant, montra son derrière ; et avec le derrière, il fit comme un ballon de baudruche qui se dégonfle tout en s’éloignant. « Avec son derrière il fit la trompette »… ! Une larme de repentir suffit.

Dans une société où règnent la surinformation, la suroccupation la surconsommation, le chrétien qui prie freine sa vie ; il peut regarder le Seigneur qui passe dans sa vie, car on ne peut voir Dieu que de dos, nous dit la Bible, que lorsqu’il vient de passer. Mais alors il peut nous donner toutes les audaces. Nous le respecterons en recueillant sa déclaration d’amour, en accueillant sa miséricorde, en lui laissant  agir notre vie. Amen !

Les bonus : (6116) Mgr David MACAIRE : Lumières du Christ dans ce monde qui passe: Regarder sereinement vers l'avenir 2 - YouTube

Jérusalem de la Passion

Lundi 5 octobre 2026 Edmond Prochain

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc : « En ce temps-là, voici qu’un docteur de la Loi se leva et mit Jésus à l’épreuve en disant : « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? »  L’autre répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. » Jésus lui dit :« Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. »Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? »  Jésus reprit la parole : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort. Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l’autre côté.  De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l’autre côté. Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion.  Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant : “Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai.”  Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? » Le docteur de la Loi répondit : « Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. » Jésus lui dit :« Va, et toi aussi, fais de même. »

Nous l’avons bien compris : Jésus introduit une très grande nouveauté. Il inverse la question. Il ne s’agit plus de savoir qui est mon prochain mais de se poser la question : de qui dois-je me faire le prochain ?

Le Seigneur attend que je me rapproche de qui en ce moment ? Et la réponse est parfois étonnante. Un exemple dans la vie de saint Jean-Marie Vianney. On parle beaucoup de " principe de précaution " aujourd'hui, tant pour se protéger que parfois pour se dédouaner. Le Curé d'Ars aussi utilisait parfois un tel principe mais différemment ; son but était le Ciel, donc le salut, et aucune prédication n'est de trop en ce domaine...

Le Curé d'Ars avait un jardin, accolé à sa maison sur lequel poussaient quelques pommiers. C'était, paraît-il, les meilleurs pommes de toute la paroisse. Or voici qu'un jour, il s'aperçoit qu'on lui vole des pommes dans son jardin. Qu'aurions-nous fait à sa place ? Peut-être aurions-nous surveillé le jardin pour empêcher le voleur de venir, pour l'identifier, pour nous protéger...
Le saint Curé, lui, voit plus loin, ce qui l'intéresse ce ne sont pas ses pommes mais le voleur. Alors il décide de couper les arbres à la base, plus de pommiers, donc plus de pommes. A un habitant qui regrettait un tel acte et une telle radicalité, et qui lui proposait de l'aider à trouver le voleur, Monsieur Vianney répondit simplement qu'il avait simplement voulu empêcher quelqu'un de commettre un péché.

Sa logique est différente. Il fait tout pour que l'autre, celui dont il se sent responsable devant Dieu, ne pèche pas, ne fasse pas le mal. Ce qui lui importe ce ne sont pas ses pommes ou le tort qu'il a subi, mais l'éventualité d'un nouveau péché commis. Le péché offense Dieu et détruit la personne, et cela est bien plus grave que quelques pommes disparues... Il met donc en place un " principe de précaution ", non pour se protéger, mais pouf servir son prochain et l'aider à être meilleur...

Même " principe " à la Providence. Comment changer le coeur de mes paroissiens en profondeur et leur faire percer la tendresse de Dieu, se demande saint Jean-Marie Vianney ? En touchant les mères de famille.
Jean-Marie Vianney accueille des orphelins et des jeunes filles à la Providence. Il leur donne de l'instruction, il les nourrit et se met en quatre pour elles. Mais le but de toute cette oeuvre, est finalement de former des mamans car, soulignait-il : " La vertu passe si bien du coeur des mamans à celui des enfants ". En fait ce qu'il vise encore une fois c'est le salut, et tout spécialement celui de ceux qui lui sont confiés. Si je touche les mamans se dit-il, je rejoins les enfants, le mari, finalement tout le village ; leur influence est grande sur les coeurs, et leur exemple a une grande portée tant sur la vie spirituelle qu'humains. L'évangélisation est plus " efficace " en passant pas les mamans, alors le Curé d'Ars va former des mamans, et le Royaume de Dieu avancera... Voilà son sens de l'éducation chrétienne, faire grandir chacun pour le remettre dans sa dignité, en faire un être libre. Ce " principe de précaution " a pour seul fin d'engendrer des saints. Ce qui compte pour lui, c'est de garder les gens du mal et les faire " mouiller " à la grâce, le reste lui importe peu...

Que le Seigneur nous donne de ne manquer aucune occasion aujourd’hui de nous rapprocher d’une personne en souffrance, de devenir son prochain.

Les bonus : The sound of Silence #musik #handbells #sondofsilnce #sinmon

(10522) Action de grâce - YouTube