3 octobre 2021. 27° dim. ord. B. Homme et femme, il les crée.

Frères et sœurs, un grand savant m’a dit un jour que le texte biblique que nous avons entendu en première lecture est un des plus beaux textes de toute l’humanité parce qu’un enfant de six ans peut comprendre beaucoup de choses en l’entendant et qu’il nourrit la réflexion de grands philosophes et de grands théologiens. Voyons de près. Nous sommes dans un récit qui est comme une parabole. Ce récit nous parle de notre lien avec Dieu et du projet de Dieu quand il lance l’univers.

Dans ce récit, le Bon Dieu est d’abord potier-sculpteur. Avec l’argile du sol, il façonne l’homme. Que d’enseignements dans cette simple image. J’ai un frère sculpteur ; dans chacune de ses œuvres il met beaucoup de lui-même ; de l’inspiration et de la transpiration. Le Bon Dieu met beaucoup de lui-même en chacun de nous. Nous lui coûtons cher … ! (Nous avons chacun du prix à ses yeux). Quand l’œuvre est terminée, il insuffle son haleine de vie. (Le Bon Dieu souffleur de verre.. !) Quand il créera les animaux il ne soufflera pas comme on fait le bouche à bouche ; c’est le signe que l’homme a quelque chose de spécial. Et un enfant peut ainsi comprendre que nous sommes en argile donc très fragiles (il suffit d’un degré de plus de température pour nous mettre au lit). Mais nous sommes infiniment grands parce que nous avons en nous le Souffle de Dieu … !

Imaginons l’homme à ce moment-là : il est très réussi, mais il est tout seul, les pieds dans l’argile. Le Bon Dieu se fait alors paysagiste-jardinier. L’homme a tout à disposition, à profusion, les légumes, les fruits, les tisanes. Mais il est seul. Alors le Bon Dieu se fait éleveur d’animaux. Et là, coup de génie : tout est dit en une demi-ligne : c’est le Bon Dieu qui crée les animaux mais c’est l’homme qui les nomme. Celui-ci hippopotame, celle-ci girafe, celui-ci perroquet, celle-ci hirondelle, … coccinelle, crocodile, etc … Le peuple qui écrit ce texte sous l’inspiration du Saint Esprit est tout petit (le pays d’Israël est seulement grand comme deux fois la Haute-Loire). Or il est entouré de deux colosses, deux immenses civilisations, l’Egypte et Babylone. Mais les Egyptiens vouent un culte au crocodile et les Babyloniens au serpent. Au contraire, la Bible dit que l’homme domine tous les animaux. Pourvu qu’il les respecte et ne les fasse pas souffrir, il peut les apprivoiser, les dresser, les manger … L’animal est au service de l’homme. L’homme ne doit pas les idolâtrer.

Mais une fois que le petit canari est passé ainsi que le poisson rouge, le petit chat, le chien, le cheval, l’homme ressent toujours cette tristesse de ne pas avoir une compagne qui lui corresponde, un vis-à-vis, avec qui il puisse avoir des côte à côte et des cœurs à cœurs.  Alors le Bon Dieu se fait chirurgien – anesthésiste : il fait sombrer l’homme dans un sommeil mystérieux, puis il prend de la chair de son côté et il en fait la femme. (Entre parenthèse la génétique nous dit que pour une fille les chromosomes sont XX, les garçons XY. Or pour faire un Y il suffit d’enlever un petit trait au X. Ne serait-ce pas la fameuse côte que le Bon Dieu a pris à l’homme pour faire la femme ? C’est une blagounette évidemment, mais la génétique moderne rejoint le message biblique. Le Professeur Jérôme LEJEUNE aimait dire que la génétique vient à l’appui de la révélation du Prologue de l’Evangile selon St Jean : « Au commencement est le message. En lui est la Vie … »)

Un commentaire juif de ce passage pose la question : Pourquoi Dieu n’a-t-il pas tiré la femme de la tête de l’homme ? Parce qu’il n’a pas à la dominer. Pourquoi Dieu n’a-t-il pas tiré la femme du pied de l’homme ? Parce qu’elle n’a pas à être son esclave. Pourquoi l’a-t-il tirée du côté de l’homme ? Pour qu’elle reste près de son cœur.

Dans ce 2ème chapitre de la Genèse nous avons la révélation du mystère du couple.

La femme est préparée pour l’homme pendant son sommeil. En clair, l’homme ne prend pas sa femme, il la reçoit. C’est le cœur du mariage. Lors du sacrement de mariage, c’est l’échange des consentements qui est le cœur de la célébration. Les mariés se disent : « Je te reçois comme époux (se) et je me donne à toi » … Cela change bien des choses quand les deux peuvent dire en vérité : Je te reçois comme le plus beau Cadeau que Dieu pouvait me faire. Il t’a préparé pour moi depuis des générations et des générations. Mais l’idéal est que les deux disent aussi : « Je suis le plus beau Cadeau que Dieu pourrait te faire ».  Voilà pourquoi, nous les adultes, les éducateurs, avons cette mission d’aider les enfants et les jeunes à avoir confiance en eux, à avoir une juste estime d’eux-mêmes. Quand je parle de ce sujet avec les collégiens, je commence par leur demander quelle est la personne qu’il nous faut aimer le premier. Ils ont du mal à répondre : soi-même … Bien sûr, il y a une façon égoïste de s’aimer soi-même, une façon égocentrique, narcissique. Mais il est essentiel de se connaître et d’être fier de ce qu’on est, d’être bien dans sa peau. Sinon un jour ou l’autre, passée la lune de miel, on accuse l’autre de ce qu’on se reproche à soi-même. Jésus le dit : il s’agit d’aimer Dieu, et d’aimer son prochain … comme soi-même.

Le récit se termine ainsi : « L’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un » … Les Juifs disent qu’à chaque mariage, il s’agit d’une œuvre de création. Le Bon Dieu prends deux personnes et il en fait une nouvelle créature, un « Nous » qui est unique dans toute l’histoire de l’humanité. Un « Nous » qui va toute sa vie rechercher l’unité. Elle n’est pas uniformité, elle n’est pas anthropophagie (l’un a mangé l’autre). Chesterton disait avec humour : « Le jour du mariage, les deux sont devenus Un mais lequel ? » Une amie malicieuse qui connaît ce bon mot de Chesterton dit : « J’aimerais bien que maintenant on fasse moi … » ! L’unité c’est une harmonie. Les deux par la grâce de Dieu s’emploient à chercher le ton juste, à bien exécuter la partition qu’il leur est donnée de jouer, à respecter le rythme, les silences, à dépasser les anicroches, pour jouer la mélodie du bonheur pour les autres. Un chrétien c’est comme un boxeur : il sait qu’il aura toujours plus de joie à donner qu’à recevoir. Amen !

28° B 10 octobre 2021 (Carmes 18h30 et Valvert (10h45)).

Frères et sœurs, imaginons : nous assistons  à ce dialogue entre Jésus et ce jeune.  Jésus vient de poser son regard sur lui, et lui fait comprendre qu’il a beaucoup d’amitié pour lui. Et Jésus lui dit :« Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. »  Nous sommes témoins de la scène. Nous voyons ce garçon en  silence en train de réfléchir.  Quels arguments pouvons-nous lui donner pour qu’il prenne Jésus comme la priorité de sa vie, celui qui passe avant tout : son portable, son ordi, son scooter, sa voiture, ses sorties en boîtes, …    ? Que lui dire pour le convaincre ?

Premièrement, avec Jésus, ce jeune pourra aller au Ciel. Prenons une comparaison : qui, ici, pourrait avoir une petite chance d’être accueilli à l’Elysée ?… Celui qui connaîtrait un fils ou une fille de madame Brigitte Macron. Le Ciel c’est mieux que l’élysée ! Le Ciel n’est pas un duplicata un peu amélioré de la terre ! Le Ciel ce n’est pas un rêve. C’est la plus éternelle des réalités, c’est être dans la Gloire du Père ! Et ça c’est bouleversant ! Dieu le Père, c’est le Créateur de l’Univers. C’est Lui qui tient dans l’existence en permanence les milliards de galaxies, les milliards de soleils de l’univers. Il est comme un peintre dont tout le monde admireraient ses tableaux mais que personne ne verrait. Or Jésus nous promet de nous introduire en sa Présence ! Il  nous dit : « Je peux te conduire au Ciel. J’ai simplement besoin  que tu me croies (je suis la Vérité), que tu me suives (je suis le Chemin), que tu m’acceptes comme nourriture (je suis la Vie). »

Deuxièmement dès cette vie, le fait d’avoir Jésus pour Ami, pour Allié, cela change tout.

Par exemple, Jésus nous introduit dans une grande liberté intérieure. La preuve c’est que l’on compte 46 millions de chrétiens, depuis 2000 ans qui ont donné leur vie librement pour rester fidèles à Jésus. Parmi ceux-ci saint Thomas Moore, premier ministre du roi Henri VIII, alors qu’il monte sur l’échafaud, continue de plaisanter : il dit au bourreau qui va lui trancher la tête avec sa hache : « aidez-moi à monter, pour descendre, je me débrouillerai très bien ». Et en posant sa tête sur le billot, il dit : « Il faut que j’arrange bien ma barbe ; il ne faut pas que vous la coupiez parce qu’elle n’a pas trahi, elle » … !

Jésus est source de joies profondes. Parce qu’il est plein d’humour. Dans ce passage nous en avons deux exemples : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des Cieux. » C’est l’humour par exagération.  Et ensuite il dit que celui qui aura tout quitté pour lui recevra « le centuple dès cette vie, la Vie éternelle » (c’est très alléchant !) , …et il ajoute « avec des persécutions ». Il n’a pu dire cette précision qu’avec un grand sourire parce que promettre des persécutions, ce n’est pas très « vendeur ».. C’est vrai qu’en suivant Jésus, on s’expose à des ennuis, des oppositions, voire le martyre. Mais la balance bénéfice-risque est très très largement avantageuse !

Un prêtre : Pourquoi veux-tu faire ta première communion ?

Thomas, 7 ans, avec un humble sourire : Parce que Jésus et moi, on s’aime !

Jésus est de très bon conseil pour nous orienter. Dimitri, 9 ans : Tu le sais Seigneur, les hommes ne savent pas choisir le bon chemin sans ton aide. Corrige-nous, Seigneur, mais sans te fâcher pour ne pas nous décourager.

Corentin, 8 ans : Mon Père, pourquoi êtes-vous devenu prêtre ?

-Un jour, quand j’avais 11 ans, Jésus m’a demandé : « Veux-tu être prêtre ? » Il m’a « parlé » dans le silence, avec beaucoup de douceur et de force.

Corentin très sérieux : Tiens, c’est bizarre ! Moi, il ne m’a pas encore demandé d’être directeur de zoo.

Si je peux donner un petit témoignage personnel. Pendant mon service militaire, l’aumônier avait repéré ma très grande timidité. Il avait pris la peine de venir dire aux prêtres du Puy qui nous formaient qu’il ne fallait pas m’ordonner prêtre. Et il avait raison d’être inquiet pour moi.  Mais mon Père spirituel lui a dit : « Il ne faut pas confondre angoisse et vocation ». Un autre fait : «J’étais jeune prêtre je terminais mes études à Rome. Un soir je vais voir mon Père spirituel (pas le même que celui du Puy ;  le Père Thibaut était un vieux missionnaire qui était resté très longtemps en Afrique) et je lui dis que jamais je n’aurais dû accepter d’être prêtre. Il m’écoute longuement, puis il me dit : « Dis-donc , Pierre, est-ce que tu as déjà entendu dire qu’en Haute-Loire on ait déjà laissé mourir un prêtre de faim ? » Depuis, chaque fois que je me prends la tête, je me dis «  Tu as à manger à ta faim, de quoi te plains-tu ?! »  Jésus s’arrange toujours pour nous guider discrètement mais surement.

Jésus nous donne des frères et sœurs absolument merveilleux. Je fais partie des Equipes Notre-Dame. Quand nous avons des sessions à Paris, nous sommes accueillis gratuitement par des équipiers que nous ne connaissions pas et nous nous parlons comme si nous étions amis depuis toujours. En 1995, je suis allé en Terre Sainte pendant douze jours avec un ami prêtre et six séminaristes. Nous avions loué deux voitures et nous avions emporté des provisions ; au bout des douze jours, nous avons donné toutes nos provisions parce que nous avions été accueillis tous les jours somptueusement par des personnes qui nous reconnaissaient comme leurs frères en Jésus. Et dans nos paroisses, la foi en Jésus nous introduit dans des amitiés incroyables  qui ensoleillent nos vies !

Avec Jésus, chacun est assuré de n’être jamais seul. Un prêtre : Comment bat le cœur de Jésus ? Jonathan, 8 ans : Doucement. -Que veux-tu dire par « doucement » ? -Un cœur qui fait les choses pas trop vite, qui n’est pas pressé, qui a tout son temps. Mélanie, 5 ans : Un cœur qui fait des câlins.

Est-ce que cela aurait convaincu ce jeune ? Espérons ! Amen !

Dimanche 17 octobre 2021.

« Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Mc 10,35-45)

Nous sommes Dimanche, le 29ème du temps ordinaire de l’année B, année de l’évangile selon saint Marc.

A l’église Saint-Laurent nous célébrons le 800ème anniversaire de l’arrivée des Frères prêcheurs, des Dominicains au Puy. Mais c’est aussi aujourd’hui la Journée Mondiale du Refus de la misère (ou de la Lutte contre la misère) voulue par le Père Joseph Wresinsky, fondateur du mouvement ATD Quart Monde (Aide à Toute Détresse), le Père Joseph étant lui-même issu du quart-Monde. On se souvient que le Pape Jean-Paul II avait tenu à aller au Trocadéro se recueillir sur la plaque commémorative ; c’était en 1997, lors des Journées mondiales de la Jeunesse à Paris.

Qu’est-ce que le Quart-Monde ? On entend plus souvent parler du Tiers Monde. On désigne ainsi les pays de l’hémisphère sud dit « pays en voie de développement ». Le Quart-Monde se trouve dans nos pays occidentaux. Des millions de familles vivent depuis des générations en-dessous du seuil de pauvreté. Le Quart-Monde, on peut passer à côté sans même s’en rendre compte. Et parfois avec la meilleure bonne volonté du monde… Une petite histoire nous dit mieux qu’un discours ce qu’est le Quart-Monde. C’est l’histoire de la petite Sandra. Ce matin-là, Sandra se lève plus rapidement que d’habitude parce qu’elle est toute heureuse : aujourd’hui, c’est son anniversaire. Elle sait bien qu’à la maison, on ne pourra pas le lui fêter. Ses parents sont trop pauvres. Ils sont déjà criblés de dettes. Ils essaient tant bien que mal d’assurer le minimum pour Sandra et ses quatre frères et sœurs. Ils ont d’autres chats à fouetter qu’à guetter la date des anniversaires. Mais à l’école en revanche, c’est une tradition. Le jour où un des élèves fête son anniversaire, la maîtresse fait chanter à toute la classe happy birthday to you. Et elle offre un cadeau sous les applaudissements des petits camarades. Sandra avale un verre d’eau et dévale quatre à quatre les escaliers de l’immeuble, avec son cartable à bretelles sur les épaules.  Elle rêve, la petite Sandra. La maîtresse, dans la matinée va interrompre le cours  et elle va annoncer avec un large sourire que c’est un grand jour pour l’une d’entre eux. Tout le monde va chercher à deviner de qui il s’agit. Son cœur va battre très fort… jusqu’à ce que la maîtresse prononce son prénom !

Durant le trajet, elle se repasse plusieurs fois le film dans sa tête. Arrivée dans la cour de récréation, elle garde bien son secret. Elle est impatiente d’entrer en classe. Est-ce que le paquet cadeau qui a été préparé pour elle sera déjà sur le bureau de la maîtresse ou bien caché dans un tiroir ?  La sonnerie retentit. Elle entre mais elle n’aperçoit aucun paquet. Cependant, une heure et demie après, tout se déroule comme Sandra l’avait imaginé : l’interruption du cours, l’annonce de l’anniversaire, le nom de Sandra, les applaudissements… C’est pendant le chant du joyeux anniversaire que la maîtresse se penche derrière le bureau pour en sortir un beau paquet cadeau. Sandra poursuit son rêve : est-ce que ce sera un beau livre comme pour Quentin, ou un DVD comme pour Loanne, ou bien un jeu éducatif comme pour Pierrick ? la maîtresse ne manque pas d’imagination et elle sait trouver ce qui convient le mieux aux garçons, aux filles,  aux intellectuels, aux manuels, aux patients et aux turbulents. Les autres élèves aussi attendent impatiemment que Sandra enlève le papier cadeau. Sandra coupe le plus délicatement possible le scotch, comme pour faire durer le plaisir. Et elle découvre … trois savonnettes et un tube de dentifrice… !

L’institutrice croyait bien faire. Elle voulait un cadeau utile. Mais quelle honte pour Sandra.

C’est pour éviter ces trop grandes peines à ce peuple de la misère que le Père Joseph leur promit de leur faire gravir un jour les marches de l’Elysée, du Vatican et des Nations-Unies. Il y est parvenu. Aujourd’hui, non seulement ils ont une plaque sur la place du Trocadéro mais des milliers de volontaires  vivent auprès de ces familles non seulement pour qu’elles puissent se laver, mais surtout pour qu’elles puissent avoir accès au meilleur de l’informatique, de la culture et de l’art sous toutes les  formes. Ils ont descendu l’échelle sociale pour leur permettre de la monter.

Dimanche 24 octobre 2021. 30° B. Polignac 10h30

Frères et sœurs,

Dans l’évangile selon saint Marc, c’est le dernier miracle de Jésus. Et c’est le dernier disciple appelé, disciple dont on connait le prénom, Bartimée. Cela fait plusieurs raisons pour prendre cette guérison comme une parabole de la vie chrétienne ! Partons de la fin. Récemment j’ai reçu un faire-part de naissance d’un petit Pierre : à côté d’un beau dessin, il y a cette phrase astucieuse (c’est le bébé qui parle) : « Je les entendais depuis des mois. Aujourd’hui enfin, je les vois !!! ». Grâce à Jésus qui « ne s’est pas donné à lui-même la gloire de devenir grand prêtre ; il l’a reçue de Dieu, qui lui a dit : Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré, car il lui dit aussi dans un autre psaume : Tu es prêtre de l’ordre de Melkisédek pour l’éternité. », grâce à Jésus, la mort c’est une naissance, la naissance au ciel. Par conséquent toute notre vie sur terre est un temps de préparation comme les neuf mois de gestation. Nous entendons Dieu. Grace à Jésus, nous sommes nourris de son corps et de son sang. Mais c’est seulement à notre mort, qu’enfin nous le voyons. La vie ici-bas c’est comme traverser une longue pièce dans l’obscurité. Nous tâtonnons, nous nous heurtons à des obstacles sans savoir ce qu’ils sont vraiment ; parfois, nous avons comme un éclair, une illumination, mais c’est toujours assez furtif et partiel. Au moment de la mort, la lumière s’éclaire. Et que se passe-t-il ? Penons une comparaison. Vous êtes à la campagne. C’est l’été. Vous vous êtes couchés tard mais vous avez pris soin de bien fermer volets et rideaux pour que la lumière du jour ne vous empêche pas de faire la grasse matinée. Le matin vous vous réveillez, et vous vous dites : « Ah ce que l’air est pur ! Comme on est bien à la campagne ! » Mais dès que vous entrebâillez les persiennes, le rai de lumière qui pénètre dans la chambre montre que cet air si pur est plein de grains de poussière. La Lumière du Seigneur éclairera notre âme et comme le projecteur qui accuse le relief, elle mettra en évidence toutes nos poussières, tout notre péché. Et il faudra que ces grains de poussière deviennent grains de soleil. C’est ce qui s’appelle le purgatoire. C’est une belle invention de la miséricorde de Dieu qui nous sauve les uns par les autres. Si à notre mort, notre être n’est pas tout à fait évangélisé, s’il reste des zones non encore acquises à l’amour du Seigneur, le Seigneur, par son Eglise, poursuit et achève le travail. Un ami prêtre dit que lorsqu’il sera au Purgatoire, il sera content car cela signifiera qu’il aura réussi l’examen écrit. Il ne lui restera plus qu’à passer l’examen oral. Mais il a dit cela en présence de notre Père Evêque, et Monseigneur lui a donné, ce jour-là, comme pénitence de dire un chapelet. En effet, un chrétien doit ne pas désirer seulement le Purgatoire, mais le Ciel, non pas seulement un strapontin, mais un fauteuil.

Mais dès maintenant, la Lumière d’En-Haut vient nous visiter. Un apologue peut nous faire comprendre la nécessité d’être éclairé d’En-Haut. Un prince fit venir au palais quatre aveugles et leur demande de décrire le même objet qu’il venait de faire entrer dans la cour. Le premier aveugle s’avança, palpa et dit assez vite « Il s’agit d’un tronc d’arbre. » Le deuxième aveugle marcha prudemment les mains en avant. Il rencontra l’objet, le palpa et dit : « il s’agit d’un tuyau d’arrosage. » Après avoir bien réfléchi, le troisième dit : « c’est une balayette »… Le quatrième était perplexe. Il tâte longuement l’objet et lâche finalement : « c’est une énorme feuille de la jungle »… En fait, les quatre aveugles venaient de toucher le même éléphant. Le premier avait rencontré une des quatre pattes, le second avait touché la trompe encore humide. Le troisième était venu par derrière et avait caressé la queue, et le quatrième se trouvait à côté d’une des deux grosses oreilles. « Un éléphant, ça trompe énormément. » Si Dieu lui-même ne vient pas nous éclairer, nous nous tromperons facilement. Qui est Dieu ? un magicien qui devrait résoudre toutes nos difficultés comme par enchantement ? un Jupiter effrayant ? un gendarme toujours prêt à nous verbaliser ? un épicier à qui on demande sans arrêt et qui est souvent en rupture de stock ? un ingénieur solitaire ? de l’énergie cosmique à capter du mieux que nous pouvons ? Une vidéo surveillance implacable et culpabilisatrice ?  ou bien Celui qui se révèle dans l’évangile comme Père Fils et Saint-Esprit ? et qui nous promet par son prophète Jérémie : « c’est une grande assemblée qui revient. Ils avancent dans les pleurs et les supplications, je les mène, je les conduis vers les cours d’eau par un droit chemin où ils ne trébucheront pas. Car je suis un père pour Israël, Éphraïm est mon fils aîné ». Parce que la grâce d’En-Haut nous permet de connaitre le vrai Dieu , mais aussi de nous mieux connaitre, nous-mêmes et nos semblables. Amen !

31 octobre 2021 31° dim B Laisser Jésus aimer en moi. (Mc 12,28b-34)

« Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force   Et Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »

Un jour, une jeune maman qui a vécu la rencontre avec Jésus et qui est devenue une pratiquante fervente, dévouée, et zélée, me disait avec une pointe d’humour et un milligramme d’amertume : « Mais pourquoi c’est mon frère qui est si bon, si bienveillant, qui est apprécié de tout le monde alors que lui n’a pas rencontré Jésus ? »  sous-entendu : il me serait plus facile de témoigner de Jésus si j’avais le caractère de mon frère. Je lui ai répondu que le concile Vatican II a rappelé que « personne n’est sauvé par sa bonté naturelle mais par sa foi en Jésus-Christ ».  Commencer par aimer Jésus, le fréquenter, nous laisser aimer par lui, c’est la meilleure façon de lui permettre de diffuser sa Bonté à travers nous, quels que soient nos caractères, nos tempéraments et nos blessures.

Qu’est-ce qui est plus probant qu’un fait ? Deux faits ! En voici trois parmi les innombrables bienfaits que ce commandement de l’amour ne cesse de produire.

Un jour, un professeur chrétien donne un ballon à chaque élève de sa classe. Il leur demande de le gonfler, d’y écrire leur nom dessus et de le lancer dans le long  couloir de l’école. Ensuite, le professeur mélange tous les ballons. Les élèves ont 5 minutes pour trouver leur propre ballon. Malgré une recherche mouvementée, personne ne trouve son ballon ; c’est tellement difficile. À ce moment-là, le professeur dit aux élèves de prendre le premier ballon qu’ils trouvent et de le remettre à la personne dont le nom est écrit dessus. En moins d’une minutes, chacun avait son propre ballon. Le professeur dit alors aux jeunes : «Ces ballons sont comme le bonheur. Nous ne le trouverons jamais si tout le monde cherche le sien.  Mais si nous nous soucions du bonheur des autres … nous trouverons le nôtre aussi. »

Anne-Dauphine Julliard est bien connue. Elle reste discrète mais ne cache pas le ressort que représente sa foi catholique. C’est elle qui a écrit ce livre qui a bouleversé des millions de personnes Trois petits pas sur le sable mouillé. Elle y raconte la maladie évolutive de sa fille Thaïs morte à cinq ans.  Un jour qu’elle  veillait Thaïs, dont la vie touchait à sa fin, dans le cadre d’une hospitalisation à domicile, elle était dans la peine et la panique. Les capteurs de sa tension et de sa respiration laissaient craindre le pire. Quand l’infirmière arrive, avec sa fraîcheur et son sourire, Anne-Dauphine comprend dans son froncement de sourcils vite effacé, que la situation est grave. Sa détresse monte d’un cran. L’infirmière reste calme et s’approche doucement de Thaïs, en se positionnant juste en face de Anne-Dauphine qui demande : – « Vous la trouvez comment ? » avec le ton de quelqu’un qui attend un verdict très grave. L’infirmière garde le silence quelques secondes, avant de répondre dans un sourire tendre : – « Belle … , je la trouve belle. »  Alors le regard de la maman quitte les chiffres inquiétants de la machine pour se poser sur le visage paisible de sa fille. Et elle sourit à son tour, laissant les larmes charrier sa douleur. En quelques mots, simples et beaux, cette jeune femme a décentré sa peine, non pas pour l’en détourner, mais pour recentrer son attention sur l’essentiel : Thaïs en cet instant. Les mots de l’infirmière ont apaisé sa souffrance et désarmé sa peur. Aimer c’est aussi consoler. L’infirmière lui a  permis de ne pas se focaliser sur ce qui risquait d’arriver, mais de profiter de ce qui était. Elle l’a invitée à continuer à aimer. (extraits de Une journée particulière)

Les Petites Sœurs de l’Agneau sont nées de l’Ordre dominicain il y a une quarantaine d’années. Elles évangélisent en mendiant leur pain à midi et le soir, mais aussi en accueillant les pauvres dans leur petit monastère. Elles racontent ce genre de fioretti : « Pendant les vêpres de l’Ascension, un groupe d’une quinzaine de personnes attend de recevoir le diner, mais elles parlent tellement fort que nous entendons chaque mot de la conversation dans la chapelle. La prière terminée, deux petites sœurs, s’ingénient à leur expliquer la grande fête que nous célébrons et leur mendient cette faveur : – «  S’il vous plait, lorsque nous sommes en train de prier, mettez-vous un peu plus loin ou allez en face pour parler. Nous vous le demandons parce que nous avons besoin de prier. Si nous ne prions pas, nous ne pouvons rien vous donner. Dans la prière, nous prions pour chacun de vous. C’est pour cela que nous vous demandons chaque fois vos prénoms… »  Ils écoutent très attentivement. Soudain, un homme lance : « Et moi, comment je m’appelle ? ».  « Et moi ? » enchaîne aussitôt un autre. « Et moi ? » répète un troisième. Les uns après les autres, ils lèvent la main pour demander : « Et moi ? Et moi ? ». Nous connaissons les noms de chacun. En entendant leurs noms jaillir sur nos lèvres, ils sourient, leurs visages s’illuminent, parce qu’ils découvrent qu’ils sont connus, qu’ils sont nos frères bien-aimés. »

Que Jésus inscrive en nous le réflexe de « chercher le ballon de l’autre avant le nôtre », soit en détectant la beauté, la justesse, la vérité, le bien, chez l’autre soit tout simplement en apprenant son prénom. Amen !