23° dim. ord. B Les Carmes 5 septembre 2021

Frères et sœurs, le Seigneur serait-il un peu provocateur ? il annonce sa « vengeance », sa « revanche ». L’expression entendue dans la première lecture peut choquer mais elle est très belle : On saccage sa création, on piétine ses Plans, on ne l’écoute pas, on se moque de lui, on contrarie ses projets… Que fait Dieu ? Il se venge … en nous envoyant son Fils. Et que faisons-nous de son Fils ?

On connaît Didier Decoin, prix Goncourt, scénariste de séries télévisées à succès. Didier Decoin s’est converti en découvrant une jeune carmélite, morte en 1906, Elisabeth de la Trinité : il lui a consacré un livre : « Elisabeth Catez ou l’obsession de Dieu ». Dans une page de ce livre, il fait parler Dieu : « Je ne suis pas celui que vous croyez, dit Dieu, je ne suis pas un voleur de liberté […] tout ce que je fais c’est d’envoyer mon Fils mourir en votre nom […] Mais ça, dit Dieu, cet esclave livide et gris, cloué, cet esclave qui vous a tant aimés, […], c’est quelque chose qui ne vous dit rien […] Ce n’est pas cela que vous voulez de moi, ce n’est pas […] ce supplicié misérable que vous attendez de moi. Vous voulez que j’arrête vos guerres, que je fasse sauter vos procès-verbaux, que j’empêche les bébés tortues d’être dévorés par les frégates et les cormorans avant d’avoir atteint la mer. Vous ne comprenez donc pas, dit Dieu, que je vous ai déjà tout donné ? […] Vous avez donc oublié que mon bel Enfant déchiré avait, à son tour, déchiqueté la mort ? Et qu’il avait surgi du trou ignoble en vous tirant derrière lui ? […] Je vous avais créés, il vous a recréés. Deux fois Dieu font l’homme, dit Dieu. »

Quand nous accueillons Dieu le Fils en Jésus, que se passe-t-il ? Pourquoi Jésus ne respecte-t-il pas les gestes barrières ? Pourquoi met-il ses doigts dans les oreilles du sourd-muet ? Pourquoi met-il de sa salive sur les lèvres de cet homme ? Parce que cette personne représente l’homme marqué par le péché originel replié sur lui-même, enfermé dans sa surdité et son mutisme. Jésus refait le geste de la création décrit comme Dieu qui insuffle son Haleine de vie en Adam. Jésus le recrée. L’expression de Jésus est reprise à chaque baptême : « Ephphata ! » Et du coup, l’homme est de nouveau relié à Dieu et relié aux autres.

A Dieu. L’abbé Brémond rapporte l’histoire d’une étonnante vachère mystique perdue dans des montagnes de contemplation. Cette pauvre fille paraissait si attardée qu’une religieuse, Marie de Valence, prise de pitié, décide de lui faire le catéchisme. Mais alors « cette merveilleuse fille la prie avec abondance de larmes de lui apprendre ce qu’elle doit faire pour achever son Notre Père, car, dit­-elle, je n’y arrive jamais. Depuis près de cinq ans, lorsque je prononce ce mot « Père », et que je considère que celui qui est là-haut, dit-elle en levant le doigt, que celui-là même est mon père… je pleure et je demeure tout le jour en cet état en gardant mes vaches »

Aux autres. Pour faire écho aux encouragements de saint Jacques, deux exemples : je connais bien une association de parents qui ont adopté des enfants trisomiques et des enfants d’un orphelinat de Djibouti. Il y a parmi eux un petit Nouradine de douze ans. Il est le quatrième enfant de Sylvie et Pascal. Il est né en Ethiopie. Il a été adopté en toute connaissance de cause : Nouradine est porteur du virus HIV, épileptique et complètement sourd. Ses parents et ses trois grands frères et sœurs ont appris le langage des signes pour communiquer avec lui.

La télévision nous a montré une petite fille (de 4 ou 5 ans ?) sourde de naissance. Ses parents, bien sûr, ont appris le langage des signes pour communiquer avec elle. Mais la maman a eu une idée sensationnelle, une idée que personne n’aurait osé proposer à sa place, l’idée de demander à tous les habitants de la commune d’apprendre eux aussi ce langage des sourds, afin que sa petite fille ne soit pas isolée, enfermée dans son milieu familial, mais qu’elle puisse communiquer avec le monde environnant. Sa proposition a été accueillie avec joie. On a pu voir de jeunes enfants comme des personnes âgées, apprendre avec beaucoup de sérieux à tenir une conversation avec leurs mains. Et la petite fille, au lieu d’être enfermée par son handicap, est une petite fille rieuse, enjouée, heureuse, parce qu’elle est entourée d’une atmosphère d’attention et d’amitié comme aucune autre petite fille. C’est pour elle, pour elle seulement, que tous ces gens jeunes et vieux, se sont donné tant de peine pour apprendre à « parler » avec elle. Pour elle seulement…

Puissions-nous être de ceux qui participent à la vengeance du Seigneur ! Amen !

Fête de sainte Anne, sainte Patronne de Polignac. 12 septembre 2021.

Frères et sœurs, la deuxième lecture est un des plus belles pages du Nouveau testament, un extrait du chapitre 11 de la Lettre aux Hébreux, un petit exposé sur la Foi, où revient sans cesse l’expression comme un leitmotiv : « grâce à la foi, grâce à la foi.. ; »

La foi chrétienne c’est quoi ? C’est un composé de trois éléments qui se conjuguent. Un peu comme si vous mélangez du sable, de l’eau et du ciment vous obtenez du béton. Pour avoir une foi en béton, il faut la foi confiance, la foi connaissance et la foi action. En partant de sainte Anne, développons.

La foi connaissance : Sainte Anne, maman de la Sainte Vierge Marie, et grand-mère de … Jésus. Est-ce qu’on peut dire qu’elle est la grand-mère de Dieu ? Histoire authentique : un dimanche, un petit gars de 10 ans pose la question à son oncle prêtre « Tonton, mercredi, au catéchisme, je crois que Monsieur le curé nous a dit une bêtise. Il nous a dit que la Vierge Marie était la Mère de Dieu. J’y ai réfléchi, ça ne se peut pas. »   Le tonton prêtre, qui est aussi un théologien reconnu, lui dit : «  Eh bien, figure-toi que tu penses comme un grand évêque d’Antioche du Vème siècle. » Il sent alors le petit Thomas tout fier. Mais il poursuit : « Cependant, le concile d’Ephèse en 431 lui a donné tort. Marie est bien la Mère de Dieu. »  Et Sainte Anne est bien la grand-mère de Dieu.

La question est celle-ci : qui la Vierge Marie a-t-elle enfanté ? Tout le monde est d’accord pour dire « Jésus. » Mais qui est Jésus ? Les chrétiens proclament qu’il est Dieu le Fils, le Verbe éternel. En disant que Marie est la mère de Jésus, on sous-entend qu’elle est seulement la mère de ce qui est humain en Jésus, puisqu’elle ne saurait être Mère de ce qui est divin en lui et qui l’a précédée de toute éternité. On divise alors le Christ en deux parties : l’homme, dont Marie serait la mère, et le Dieu éternel. Or, c’est justement cette division en deux blocs impossibles à rassembler que la foi chrétienne exclut absolument.

Celui qui est né de Marie est un seul et le même. Il est celui qui de toute éternité, comme Dieu, est créateur tout puissant, infini et miséricordieux, le même qui tient aussi de sa conception en Marie son humanité, une intelligence et une volonté d’homme, un cœur d’homme pour vivre et pour aimer, une âme immortelle et un corps capable de mourir et ressusciter, des mains pour travailler et des pieds pour parcourir la terre, exactement comme nous autres. Sainte Anne récitait cinq fois par jour le Shema Israël… « Ecoute Israël, le Seigneur est l’unique Seigneur, le Seigneur est Un » La foi c’est un contenu précis. Mettons notre fierté à le découvrir.

La Foi confiance. On raconte qu’un moine trappiste très savant mais très distrait respectait les temps de récréation mais pour ne pas perdre son temps, se promenait en lisant. Absorbé par sa lecture il n’a vu passer ni le temps ni la distance et en fin d’après-midi il se trouve très loin du monastère. La nuit tombe d’un coup, il se perd. Soudain, il met le pied dans le vide. Il était au bord d’un ravin abrupt. Il dégringole en lâchant le livre et glisse le long de la paroi ; on ne sait par quel miracle il arrive à se raccrocher à une branche qui arrête sa chute. Mais il reste là suspendu dans le vide… Il fait nuit noire. Il n’y a pas de lune. Il ne voit rien du tout. Il reprend son souffle puis se met à crier : « Au secours ». Seul l’écho lui répond. Le monastère est loin. Il crie plusieurs fois malgré tout, puis dans le grand silence qui suit, il a la surprise d’entendre une voix venue du Ciel : « Lâche tout ! » Il crie à nouveau. La voix reprend  : « Abandonne-toi ! Aie confiance ». Alors lui : « Y a pas quelqu’un d’autre là-haut ? » …. ! Mais à force de rester suspendu, ses doigts s’engourdissent et ses bras n’en peuvent plus. Il finit par lâcher prise ; le sol n’était qu’à un petit mètre …! Sainte Anne a vécu de Confiance dans le Seigneur. Elle a préparé le Oui de sa fille à l‘ange Gabriel.

La foi action. Quelle foi pour Moïse de lever le bâton et de frapper le rocher simplement parce que le Seigneur le lui demande ! Imaginons la scène. Et s’il ne se passe rien !? Il aura l’air malin devant tout le peuple qui marmonne et est prêt à en venir aux mains ! Sainte Bernadette Soubirous, lors de la 9ème apparition le 25 février 1858 a posé le même acte de foi. Sur la parole de la Vierge Marie, elle gratte la terre au fond de la grotte du rocher de Massabielle. Elle porte de la boue à sa bouche et se fait prendre pour une « dérangée ». C’est seulement quelques heures plus tard que l’eau jaillira à flots pour ne jamais s’arrêter (depuis 163 ans !) et provoquer plusieurs guérisons dès les premiers jours.

Quand nous posons un acte de foi que ce soit pour prier, pour aller à la messe, pour répondre à une invitation lancée par la paroisse, pour rendre visite à un malade, pour se confesser, nous sommes comme Moïse qui lève son bâton. Et s’il ne se passait rien ?! Mais le Seigneur bénit nos actes de foi.

La foi est agissante ou elle n’est pas une vraie foi. La foi nous bonifie, la foi nous améliore.

La foi, c’est personnel, mais aussi social.

La foi, c’est intérieur, mais cela doit se remarquer.

La foi, c’est intime, mais aussi visible

La foi, c’est connaître Jésus, c’est lui faire confiance, lui donner sa vie, mais c’est aussi porter les autres devant Jésus…

Soyons porteurs de foi :

  • comme une maman porte son enfant dans la patience,

Porteur de foi :

  • comme un facteur porte le courrier avec application et assiduité

Porteur de foi :

  • comme un arbre porte des fruits avec détachement

Porteur de foi :

  • comme on porte le nom de chrétien, avec fierté et humilité

Porteur de foi :

  • comme un livre porte titre avec clarté et visibilité

Porteur de foi :

  • comme on porte une responsabilité avec courage

Porteur de foi :

  • comme on porte témoignage, avec amour

Porteur de foi :

  • comme on porte la tête haute avec reconnaissance

Porteur de foi :

comme on porte la contestation avec un esprit un peu farouche, rebelle et opiniâtre.

La foi s’intéresse au bien commun, pas seulement à son bien propre. Car la foi est d’utilité publique.  Amen !

25° dim. B ; 19 septembre 2021 ; l’enfant « sacrement ».

Avez-vous remarqué que l’on peut rapprocher ce que nous venons d’entendre de  l’institution de l’eucharistie :

Prenant alors un enfant/ Il prit du pain il le plaça au milieu d’eux/Il le rompit. Il l’embrassa / il le bénit. Et il leur dit : Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille / Ceci est mon corps livré pour vous. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé/ Vous ferez cela en mémoire de moi.

Voilà un autre apport extraordinaire de Jésus à l’humanité : à  son époque, les enfants n’étaient pas considérés, et en raison de la mortalité infantile, et parce qu’ils n’étaient utiles qu’à partir d’un certain âge.

Jésus nous demande d’accueillir chaque enfant de façon inconditionnelle. Dans les médias, on ne peut pas dire que l’Eglise ait vraiment bonne presse. Cependant, nous entendons parfois des hommages assez inattendus. Un livre a recueilli le dialogue entre le célèbre avocat Maître Jacques Vergès et le Père de La Morandais, aumônier des parlementaires. Il s’intitule « Avocat du diable, avocat de Dieu » Dans l’introduction, le Père de La Morandais rappelle cette anecdote : au cours d’une émission de télévision, la journaliste pensait tendre une belle perche à Maître Vergès pour lui faire critiquer le Pape. Il lui a dit alors qu’il ne la suivrait pas sur ce chemin, expliquant que si, dans notre humanité, personne n’indique l’idéal, notre humanité va se dégrader en animalité.  Effectivement, dans le livre, l’avocat que l’on a qualifié souvent de « sulfureux » dit ceci : « A partir du moment où vous vous arrogez le droit de tuer un enfant porteur de handicap dans le ventre de sa mère, moralement, quel obstacle y a-t-il à tuer un handicapé de trente ans, qui est déjà sorti du ventre de sa mère ? Quittant le domaine de l’absolu, nous sommes dans le relatif. C’est pourquoi je pense que la position de l’Eglise, dans ce domaine, est d’une nécessité absolue. Autrement la vie humaine devient quelque chose de relatif. Or, la vie humaine, n’est pas relative, c’est un absolu. » Et un peu plus loin : « La vie n’existe pas à moitié. Ou on respecte cette vie même si cette vie est celle d’un malheureux. Ou bien on ne la respecte pas. Le problème est simple. »

Ensuite Jésus nous a éclairés : l’enfant est marqué par le péché originel. L’accueillir c’est l’éduquer. Depuis trente ans, nous avons inventé les enfants-rois, voire les enfants-tyrans, alors que par ailleurs nous les faisons souffrir en leur faisant porter beaucoup trop jeunes nos problèmes d’adultes. Or les vrais éducateurs savent que la vie, c’est la conjonction de coordination « ET » et non pas « OU ». De la même façon que l’être humain est corps ET âme, ainsi en ce qui concerne l’éducation, c’est toujours ET… ET… Amour et rigueur, récompense et sanction, un être unique et social, savoir obéir et savoir user de sa liberté, des hiérarchies et tous les hommes sont égaux en dignité (pas en fonction), « La vie c’est toujours l’union des contraires », nous dit saint Thomas d’Aquin. Du coup, accueillir un enfant  à la manière de Dieu, c’est tout un art.

En plus de l’éduquer, les parents chrétiens reçoivent la belle mission de faire connaître la foi chrétienne à leurs enfants. « Oui, mais on ne peut pas leur imposer. » Quand ils me disent cela, je leur réponds en trois points.

Premièrement, le nombre de choses que vous allez leur « imposer » est faramineux : la vie d’abord. Ils n’ont rien demandé. Des gênes très précis. Une couleur de peau. Une langue maternelle. Une famille avec ses habitudes, ses faiblesses, sa situation. L’école obligatoire. Des loisirs. Une santé plus ou moins robuste. etc etc. Et vous pensez que le spirituel tombera du Ciel ? Non, il passe par les mêmes canaux que le reste : le désir des parents, leurs efforts, le soutien des spécialistes, la persévérance. Il faut que vous leur répétiez pendant quinze ans tous les soirs : « N’oublie pas de te brosser les dents. » La foi demande autant d’investissement.

Deuxièmement : Un soir, lors d’une réunion de préparation au baptême, une maman dénigrait la demande de son fils de huit ans de se faire baptiser. Elle disait :  « C’est le grand-père qui le pousse. C’est pour les cadeaux. C’est pour faire comme les autres. »  Le prêtre qui animait la rencontre lui dit : « Ces influences ont sans doute joué mais elles ne sont peut-être pas l’essentiel. Il faut bien écouter sa demande. »  Alors cette dame s’est énervée et lui a dit : « Pour choisir une religion, il faudrait les connaître toutes. »  Calmement, il l’a questionné : « Etes-vous mariée ? » « Oui » « Comment avez-vous fait pour vous marier ? Avez-vous aligné dix garçons et les avez-vous soupesés l’un après l’autre  ? »  « Non. » Cette façon de faire convient pour les poudres à laver, les voitures, ou les cartables. Pour les grands ressorts de notre vie humaine, nous ne fonctionnons pas ainsi. Vous êtes devenue amoureuse. Vous avez été attirée. C’est seulement après que vous avez introduit de la réflexion : est-ce qu’une vie commune est envisageable ? Nous sommes des êtres incarnés. Pour nous structurer il faut que ceux qui sont responsables de nous nous donnent le meilleur de la tradition qu’ils ont reçue. Un chrétien doit donner le meilleur de l’évangile. Comme ils sont malheureux les enfants qu’on laisse pousser comme des herbes sauvages !

Et puis il y a une troisième raison. C’est que lorsque nous prenons la peine de faire la crèche à la maison, de parler de Jésus, de passer des cassettes vidéo sur Jésus, de faire prier les enfants, nous avons droit à des mots extraordinaires qui nous mettent en direct avec Dieu. Une catéchiste remet à chacun des enfants une grande feuille de papier blanc en leur disant : « Tâchez d’exprimer par un dessin la façon dont vous vous représentez la grandeur de Dieu. » Un enfant rend sa feuille toute blanche… « Te moques-tu ? Où est ton dessin ? » « Je n’ai pas su, répond l’enfant. Le petit point du milieu, c’est moi. Et Dieu, il est tout autour, partout. »

Bien sûr, le fait d’accueillir un enfant, le plus petit, n’est pas un sacrement. Mais la grâce du Seigneur est très présente.  Amen !

26 ord.  » B », 26 septembre 2021. Le Puy

            Frères et sœurs, on a l’impression que le Seigneur parle de beaucoup de choses. Nous ne percevons pas tout de suite, comment elles s’enchaînent. En plus, ça devient de plus en plus sinistre. C’est pourtant de la fin que vient la lumière. Le dernier verset est en effet une citation de l’Ancien Testament. Or lorsque Jésus cite un verset de l’Ancien Testament, il renvoie à tout le texte et lorsqu’on va lire le texte, on comprend ce que Jésus veut dire.     

            Donc, ce dimanche, le Seigneur nous dit  » leur ver ne meurt pas et leur feu ne s’éteint pas ». En fait, c’est le dernier verset du livre d’Isaïe. Allons le lire : nous trouvons un magnifique texte d’une dizaine de versets, une splendide prophétie de l’Eglise : « Je rassemblerai toutes les nations et toutes les langues, parmi eux je me prendrai des prêtres et des diacres ; je mettrai chez elles un signe et elles porteront mon nom vers les nations…. toute chair viendra et se prosternera devant la face du Seigneur. Quant aux ennemis de Dieu, leurs cadavres seront exposés, et leur ver ne meurt pas et leur feu ne s’éteint pas ». Jésus nous parle donc de son amour pour l’Eglise, et il nous dit le prix qu’elle a à ses yeux : la foi d’un chrétien, d’un de ces « petits » est si précieuse aux yeux de Jésus que celui qui mettrait cette foi en danger mériterait les plus durs châtiments. Il nous dit aussi que l’Eglise n’est pas figée dans le petit nombre des initiés : elle regarde au delà de ses frontières visibles tous ceux que Dieu appelle au salut, et à qui il donne des éclairs de vérité et de charité pour qu’ils commencent à s’acclimater à l’Evangile. Ou encore ceux qui resteront dehors mais qui recevront la grâce d’une certaine adhésion mystérieuse au Christ lorsqu’ils manifesteront leur bienveillance aux chrétiens, ou lorsqu’ils aideront l’Eglise dans l’épreuve.

            Mais Jésus parle aussi des ennemis de Dieu. Qui sont-ils ? Au départ, personne. Car Dieu a tout créé par amour. Mais le diable s’est fait l’ennemi de Dieu, avec les démons qu’il a entraînés dans sa chute. Normalement, pour ce qui est des hommes, aucun ne devrait être concerné par les ennemis de Dieu, parce qu’il y a dans la Croix du Christ plus d’amour que tous les péchés passés, présents et futurs. De sorte qu’aucun péché, même les plus immenses, ne peut nous perdre puisqu’on peut justement venir les confesser à l’Eglise et dans un sincère repentir être pardonné et sauvé. Le diable ne peut pas détruire l’Eglise, qui est l’œuvre du Christ, mais il peut essayer de nous faire sortir de l’Eglise pour nous perdre. C’est particulièrement clair lorsqu’il dit  « ton pied »: si nous nous en allons et sortons de l’Eglise et ne revenons plus, nous quittons la vérité et le salut. Nous prenons le gros risque de mettre notre confiance dans des choses qui nous ferons dériver loin du Seigneur.  Il dit aussi  « ton œil »: c’est lorsque nous sommes dans l’Eglise et que nous regardons avec envie les non-chrétiens en ayant l’impression qu’ils peuvent profiter de leur argent sans retenue, faire ce qu’ils veulent, regarder ce qu’ils veulent, etc.. alors on perd confiance dans l’Eglise et on commence intérieurement à se séparer d’elle. Et s’il dit « la main », c’est quand nous sommes dans l’Eglise mais tellement crispés sur les biens de ce monde (par exemple sur une certaine petite « souris »… que nous perdons de vue que l’Eglise – et c’est le plus important – nous rend capables de la vie éternelle et, si nous persévérons en elle jusqu’à la mort, elle nous conduit jusqu’au seuil des portes du paradis.

             Connaissez-vous le sketch de la visite de la léproserie de Raymond Devos ? C’est l’histoire d’une jeune coopérante en Afrique qui veut, sans plus tarder, s’initier à toutes les réalités de son nouveau champ d’action. Et c’est ainsi qu’elle décide de commencer par le plus dur : la visite d’une léproserie. Un premier lépreux se présente : il lui manque un bras. « C’est à cause de la lèpre… », dit-il fataliste. Un autre arrive : il lui manque une jambe. « C’est la lèpre… » Un troisième survient : « Venez, dit-il, moi, je vais vous montrer les membres de ma famille… » La visiteuse s’enfuit sans vouloir en voir davantage, et court encore… On peut dire aussi : « Venez visiter notre Eglise… Vous risquez de vous apercevoir que bien des membres qui devraient se trouver là, manquent à l’appel. Ce n’est déjà pas très réjouissant. Mais il y en tant d’autres qui semblent perdus définitivement et auxquels on préfère ne pas penser : ce serait trop déprimant !… Pourtant, nous sommes l’Eglise des ressuscités. De nouveaux bourgeons surgissent de partout. Ne vous sauvez pas : l’Eglise est bien vivante !…

Un de ces nouveaux bourgeons : Thierry Bizot. Il est réalisateur de jeux télévisés, scénariste de séries de télévision ; sa conversion a été tellement étonnante que son épouse en a fait un film : « Qui a envie d’être aimé ? »  Voilà ce qu’il dit sur l’Eglise : « Il y a deux façons de voir les choses. Avant, j’allais à la messe, je voyais les gens s’ennuyer. Etre catholique, pour moi, c’était s’ennuyer tous ensemble. Cela m’arrive encore de m’ennuyer à la messe. Mais j’ai découvert une deuxième façon de voir les choses. Je suis un grand «fan» de David Bowie. J’ai tous ses disques pirates. Quand je vais à un de ses concerts, j’arrive en avance. J’ai à ma droite un petit punk de 22 ans, avec des cheveux orange et douze piercings, et à ma gauche un gars genre routier avec sa canette de bière posée sur son ventre. Je les regarde : ces deux gars-là, j’ai juste rien à voir avec eux. Je n’ai rien à leur dire. Mais on commence à parler de David Bowie : « t’as été au concert de 1983 ? J’ai le disque pirate… » Ils deviennent mes frères en deux minutes. On s’échange nos numéros de portables et nos adresses mail. Maintenant, je vais à la messe. Je vois les gens : Ils sont comme moi. « Fans » de Jésus. Ce sont mes frères et mes sœurs. Instantanément. Cela fait deux mille ans que ça dure. Uniquement en se passant la parole de l’un à l’autre. Pour moi, l’Eglise est un jeune club qui a deux trésors inoxydables : La parole de Dieu et les gens qui la composent. » 

Prions afin que nos pieds, nos mains, nos yeux ne soient pas l’occasion de nous éloigner de l’Eglise mais la possibilité que d’autres découvrent quel Trésor elle contient ! Amen !