3°carême année B 2021. Les Carmes samedi 16h30. Dimanche 10h Premiers communiants.

Frères et sœurs, Jésus en colère, c’est surprenant. Cela veut dire que la colère n’est pas forcément un péché. C’est d’abord une énergie intérieure. Je me rappelle une belle colère que nous avions prise en classe de cinquième. Un professeur nous donnait chaque semaine une heure d’histoire. Il était en fin de carrière mais il avait été chahuté toute sa vie. Certains lui faisaient encore des méchancetés. Nous nous sommes réunis et nous avons décidé de lui offrir chaque semaine une heure d’écoute attentive. Le pauvre homme n’en revenait pas. Au lieu d’aller taper les camarades qui lui mettaient des punaises sur sa chaise, nous avions canalisé l’énergie de notre colère. Que nos colères soient des explosions de tendresse !

Mais Jésus ne fait pas que se mettre en colère. Il pose un « geste prophétique ». Saint Jean-Paul II avait le génie de ces gestes prophètiques : quand il atterrissait dans un pays en descendant de la passerelle de l’avion, il s’agenouillait pour poser un baiser sur le sol. Cela disait beaucoup de l’amour du Seigneur pour ce pays en particulier. Et l’embrassade à  son agresseur Ali Agça, et quand il invite des représentants de toutes les religions à Assise,…  Quand le Pape François va en prison laver les pieds de détenus, à votre avis est-ce parce qu’ils ont les pieds sales ?

Le temple c’était le centre de toute la religion juive. Les sacrifices d’animaux qu’on y offrait chaque jour entretenaient l’alliance conclue sur le Mont Sinaï. Ce jour-là, Moïse avait fait dresser un autel en pierres. Il avait lu les dix commandements. Le Peuple avait répondu « Amen, nous les suivrons ». Moise avait alors versé du sang de taureau sur l’autel ; il en avait aussi aspergé le peuple en disant « Ceci est le sang de l’Alliance ». Le  Temple et ses sacrifices d’animaux aurait dû permettre de rester dans cette Alliance. En prenant le fouet et en renversant les tables des changeurs, Jésus dit que ce but a été oublié. Au lieu de servir Dieu, on se sert de Dieu. Le Nouveau Temple  que celui de Jérusalem ne faisait qu’annoncer, c’est le Corps de Jésus, ce corps vraiment tissé par le Saint-Esprit pendant neuf mois, vraiment né de la Vierge Marie, vraiment crucifié, vraiment ressucité, et vraiment présent dans l’eucharistie. Rappelons-nous le rêve de Dieu : c’est de faire des hommes, des êtres pleins d’amour. Dieu veut que brûle dans nos cœurs un amour semblable au sien : «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés».  Et comment cela est-il possible ? Parce que Dieu répand dans notre cœur l’Esprit-Saint. Mais, comment Dieu répand-il l’Esprit-Saint dans le cœur des hommes ? Par le Corps de Jésus né de la Vierge Marie. Jésus est celui qui est tellement rempli de l’Esprit-Saint qu’il peut le répandre abondamment sur tous ceux qui s’approchent de lui avec confiance et amour. Nous sommes sauvés par le corps de Jésus, le même à la crèche, à la croix et à la messe. Nous ne sommes pas seulement sauvés par une parole, par un message, mais par le corps de Jésus. De même qu’une maman nourrit de son corps et de son sang le bébé qui est en formation en elle, de même qu’elle le nourrit d’elle-même en lui donnant le sein, de même Le Père nous nourrit du Corps et du Sang de Dieu-le-Fils. Mais d’autres détails de la messe le rappellent. 1) Pourquoi le prêtre tient-il les mains levées quand il prie au nom de tous devant le corps de Jésus ? Un enfant français a répondu : « Parce qu’il fait « haut les mains ». Un enfant africain a répondu : « C’est comme lorsque la pluie arrive : on dit la pluie c’est bon ! » Et les deux réponses, si différentes, expriment bien, au fond deux réalités de la messe. D’abord la supplication. « Haut les mains !… Seigneur, je suis en danger… Ne permets pas que le malheur me frappe. Je ferai tout ce que tu demanderas pour cela… » La deuxième réponse exprimait toute la prière de louange : « C’est bon la pluie !… Merci, mon Dieu, pour tout ce que tu nous donnes… »   2) Au moment de l’offertoire, le prêtre met une petite goutte d’eau dans le vin. Une fois mélangée au vin, il est impossible d’enlever cette goutte d’eau. C’est pour dire que nous voulons par l’eucharistie devenir inséparables de Jésus. 3) Et puis à la messe, nous prions pour les défunts. On donne des messes pour eux. Parce que c’est par le corps de Jésus que nous pouvons passer au Père. Le Père n’a pas un deuxième circuit de distribution. Tout passe par le Corps de Jésus. «Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui». Amen !

4° dimanche de carême année B. 14 mars 2021

La première lecture peut nous faire penser à la situation de l’Eglise en France. En 1960, 1 Français sur 4 allait à la messe chaque dimanche ; aujourd’hui 1 Français sur 25 ou 30. Mais le plus grave c’est ce que décrit un américain dans son livre Le Pari Bénédictin : on réduit le christianisme à des « valeurs » mais à une version très creuse de ces valeurs. Les gens croient grosso modo : que Dieu existe, qu’il nous demande d’être bons, qu’il veut notre bonheur, et qu’il veut que nous nous sentions bien. Il s’agit d’une version molle, gentillette, et sans exigence de la religion : ce n’est pas du christianisme !

Que faire ? Prier pour qu’arrive un homme providentiel comme Cyrus ? Ce Roi perse ne connaissait pas la religion juive. Et pourtant quand il accède au trône, il fait reconstruire le Temple de Jérusalem et il encourage les Juifs déportés à revenir en Israël. (Cela se produit de temps en temps ; on pense à Mickaël Gorbatchev qui a permis aux soviétiques  de ré-ouvrir les églises, les monastères, les séminaires).   

Mais, en fait, nous avons déjà deux personnes providentielles :  Jésus  et … chacun de nous… ! Saint Paul vient de nous le dire : par notre baptême il nous est donné de « siéger dans les cieux » dès maintenant ! 

Comment être une « personne providentielle » pour aujourd’hui ? Ecoutons Jésus : « Celui qui fait la vérité vient à la lumière ». La vérité ne s’oppose pas à l’erreur mais au …mensonge. (Et Jésus dit que le père du mensonge c’est le diable.)

J’emprunte beaucoup au Père Guillaume de la Menthière, (prédicateur du carême à Notre-Dame).  Nous constatons tous ce climat de mensonge qui s’est installé. Tout le monde se méfie de tout le monde. Nous avons la pénible impression que tout le monde peut dire absolument n’importe quoi et son contraire. Derrière la façade des chasses aux fake-news il faut bien se rendre à l’évidence : nous avons perdu peu à peu le respect de la vérité. Dans la Divine Comédie, Dante illustre le sort misérable réservé à ceux qui pèchent contre la vérité. Quand il visite l’Enfer, il aperçoit avec effroi au plus bas de ce gouffre dont on ne peut sortir, les faussaires, les menteurs. Pourquoi les menteurs sont-ils au plus profond de l’enfer ? Pourquoi est-ce la pire des situations, pire que les assassins, les tortionnaires, les prédateurs de toutes sortes ?  La réponse est simple. Quand un pécheur se convertit, on peut supposer que son regret est sincère, et cela suffit pour la miséricorde de Dieu. Mais le repentir du menteur, on peut douter qu’il soit sincère…Comment savoir si les regrets qu’il exprime ne sont pas un mensonge de plus… une ultime tromperie ?

Oui, mais vous pourriez me  dire   :  il y a mensonge et mensonge. Ne faut-il pas distinguer entre la tromperie et un petit arrangement avec la vérité quelquefois nécessaire pour ne pas heurter, pour ménager les susceptibilités, pour favoriser le vivre ensemble ? Le prieur de la Grande Chartreuse, Dom Dysmas de Lassus, a montré dans un livre remarquable que la plupart des dérives sectaires dans les communautés religieuses avaient commencé par une toute petite entorse à la vérité, juste pour ne pas faire de vague. Gardons-nous donc de toutes ces finasseries car, comme l’écrit saint Augustin s’imaginer qu’il pourrait y avoir un mensonge qui ne soit pas un péché, c’est se tromper grossièrement. Seule la vérité rend libre, dit Jésus (Jn 8,32).. Pour être un « diseur de vérité », il n’y a qu’une seule vraie solution : s’attacher à Celui qui est La Vérité en Personne : Jésus. Croire en Jésus, faire confiance en Jésus, s’appuyer sur Jésus, mettre Jésus au centre de tout, que Jésus- Lumière soit mon coach, mon Maître à penser, mon guide. Amen !

21 mars 2021. 5° dimanche de  carême B. Saint-Antoine (16h30 et 9h00).

Frères et sœurs, quelle est cette alliance que le Seigneur établit et qui va permettre le pardon des péchés et l’inscription d’une Loi à l’intérieur de l’homme ?

Comment ça marche ? Monseigneur Henri Brincard notre ancien évêque, avait vraiment un charisme pour parler aux jeunes de tous âges. Aux enfants et aux confirmands de 13-14 ans, il faisait faire des gestes. Un jour, il reçoit des jeunes confirmands à l’évêché. Il les a fait installer dans le grand salon. Le cadre est splendide mais les huisseries sont très vieilles ; les vitres des portes intérieures sont très anciennes.  Or voilà que le Père évêque assigne à un des jeunes le rôle de Jésus et le fait mettre derrière la porte en lui disant : « Tu fais Jésus qui frappe à la porte de mon cœur… Frappe plus fort. Toc toc toc… Je vais voir qui est-ce. Je le regarde dans les yeux. Je reconnais Jésus et je lui claque la porte au nez en lui disant : « Ah non !». Quand je connais Jésus et que je ne fais pas ce qu’il nous a indiqué, je lui claque la porte au nez. »  La première fois que lui est venue l’idée de représenter ainsi ce qu’est le péché, il a fait mettre le jeune derrière la porte vitrée ;  le jeune a joué avec tellement d’application le rôle de Jésus qui frappe à la porte de notre cœur qu’il a cassé le carreau ! Il s’est entaillé la main. La religieuse de l’évêché l’a emmené pour lui faire un beau pansement. Quand il est revenu, le jeune confirmand a dit : « Père Evêque, je viens de comprendre la croix ». Dieu le Fils en mourant sur la croix, s’est donné le droit de frapper à la  porte de mon cœur. Il est mort sur la croix pour entrer en amitié avec moi, pour demeurer dans mon cœur.

Si je l’accueille, je deviens à mon tour capable de vivre le mystère de la croix, d’entrer dans cette obéissance qui amené Jésus à la perfection (2° lecture). Jésus exprime ce mystère avec l’image du grain de blé.  Pour un grain de blé, il y a trois façons de mourir.  Premièrement, moisir dans un sac.  Deuxièmement, être désagrégé par la terre.  Troisièmement, être moulu pour devenir de la farine.  Les trois sont douloureuses. Mais les deux dernières, la germination et la transformation en farine, c’est pour plus de Vie.

  1. Moisir dans un sac. Deux ténors se rencontrent. – « Pour moi, tout va à merveille. J’ai été plébiscité par le public et la critique au Metropolitan Opera à New York dans La Traviata. Juste après, j’ai enchaîné à Vienne avec six représentations triomphales de La Bohême. Le mois dernier, j’étais à Covent Garden où je jouais le duc dans Rigoletto ; on s’en souviendra longtemps… Au fait, je ne parle que de moi. À ton tour, un peu. Comment m’as-tu trouvé hier soir dans la Tosca ? » C’est l’enfermement sur soi. Je rencontre quelqu’un et je suis finalement beaucoup plus intéressé par mes propres soucis que par celui qui se trouve devant moi. Sans même m’en rendre compte, je finis alors par ne plus penser qu’à moi et, dans certains cas, à ne plus parler que de moi. C’est le risque de finir racorni, aigri, moisi.
  2. Etre désagrégé par la terre. « Celui qui n’aime pas reste dans la mort ». Tiens, il y aurait donc une mort plus grave que la mort physique. « Voici à quoi nous avons reconnu l’amour : Lui, Jésus a donné sa vie pour nous ». Les adversaires de Jésus croyaient bien lui voler sa vie. Mais, il n’y avait rien à voler. Il vivait depuis toujours en se donnant lui-même : son temps, son cœur, son corps et son sang, son pardon, sa maman, sa parole… Nos vies sont réussies à la mesure du don de nous-mêmes au quotidien… Le Père Pierre Ceyrac (une espèce de Mère Teresa au masculin) dit même que « tout ce qui n’est pas donné est perdu ». Le chrétien qui entretient cette attitude intérieure, même si un jour il ne peut plus bouger, il peut encore sourire ; il ne pourrait plus sourire, il peut encore bénir les autres dans une prière intérieure silencieuse. (Entre parenthèses, pour un chrétien malade ou en fin de vie, recevoir l’onction des malades c’est au fond demander au seigneur de mettre le pilote automatique pour que quoi qu’il arrive, le cap soit bien gardé).
  3. Pour le grain de blé il y a une troisième façon de « mourir » : c’est d’être moulu par la meule du meunier… La loi de la création c’est « tue et mange ». Les êtres vivants pour pouvoir subsister sont obligés de se nourrir de la chair de ceux qu’ils ont fait mourir, même les simples légumes. Contre cette loi, il y en a une autre, c’est l’eucharistie. Je me laisse manger par amour pour les autres. Jésus grain de blé est devenu pain par la meule de Gethsémani, le pétrin de la croix et le four de la Résurrection. Nourris de ce pain, nous pouvons nous aussi devenir du gain à moudre… Un prêtre libanais raconte ce souvenir émouvant. Il est d’une famille très pauvre. De nombreux frères et sœurs. Il entre au séminaire. Sa maman a beaucoup de travail à la maison. Pour se donner du courage, elle invente ce stratagème. Chaque fois qu’elle fait quelque chose qui lui coûte, elle dépose un grain de blé dans un bocal (un « sacrifice » disons nous). Cette maman avait trouvé cette astuce pour faire son ménage, participer à la messe, prier, bien faire la cuisine ou le repassage, aider les voisines, ne pas se mettre en colère pour rien, repeindre une pièce, etc. Et elle offrait chaque fois ce grain de blé pour que son fils Mansour aille au bout de sa vocation et devienne un bon prêtre. Au bout de cinq années de séminaire, Mansour va être ordonné prêtre. La veille de son ordination, sa maman moud tous les grains de blé qui remplissent le bocal. Elle tamise la farine. Elle pétrit la pâte. Et elle confectionne les hosties qui vont servir à la première messe de son fils prêtre. Quel merveilleux symbole : tous les sacrifices de cette maman deviennent le Corps du Christ.

Voilà pourquoi nous participons à l’eucharistie : Dieu n’a pas choisi d’opérer le sauvetage de l’humanité comme celui d’une épave, il a voulu que notre relèvement soit aussi de notre fait. Il nous offre la possibilité de tout lui offrir, même les difficultés, les contrariétés, les échecs, les hontes, pour que Jésus en fasse de la Gloire de son Père et du salut pour le monde. Amen !

Rameaux 2021.

Dans les deux procès de Jésus, le religieux et le politique, bien des faits peuvent nous étonner. Personne ne défend l’accusé. Le dossier est vide et l’accusation ne tient pas. Ne parlons pas de la procédure. « Je ne trouve en lui aucun crime », assurera un peu plus tard Pilate. Puis, il y a ce silence éloquent de Jésus ! C’est un procès fantoche, car le sanhédrin ne cherche pas à instruire un procès à charge et à décharge. Il veut justifier une condamnation en lui donnant un semblant de légalité. Jésus est silencieux face à l’issue d’un procès déjà arrêtée. Dans cette attitude, nous retrouvons la figure du serviteur souffrant, « maltraité, affligé, il n’a pas ouvert la bouche ; semblable au mouton qu’on amène à l’abattoir ».

Jésus se livre pour nous. J’avais été choqué en entendant un reportage à la télévision. Ayrton Senna, grand pilote brésilien de courses automobiles venait de se tuer sur un rallye de Formule 1, le 1er mai 1994. Le lendemain, on interviewait ses « tifosi ». L’un d’entre eux a dit : « Je suis ici parce qu’il est mort pour nous, il a donné sa vie pour nous. » Je croyais que cette expression était réservée à Jésus.  Ayrton Senna avait donné sa vie pour ses supporters, mais aussi peut-être un peu pour la gloire, pour l’argent, pour sa passion pour la Formule 1. « Pour nous » voulait dire « pour notre plaisir ». Certaines personnes donnent leur vie pour en sauver d’autres. Quand on regarde ceux qui ont donné leur vie pour en sauver d’autres on a une idée de la fécondité de la Croix. Arnaud Beltrame le gendarme qui a pris la  place d’une caissière de supermarché aux mains d’un djihadiste, Saint Maximilien Kolbe, Matin Luther King, Gandhi, …  mais on sait que cela est sans proportion. Leurs morts ont sauvé des vies. Mais Jésus est le Prince de la Vie, Dieu le Fils Eternel ; il n’aurait pas dû mourir… Il agit librement, sans contrainte. Ce ne sont pas les clous qui ont tenu Jésus sur la croix, écrit sainte Catherine de Sienne, c’est son amour pour nous. La mort de Jésus n’a aucun sens si on n’y voit pas un don. Il est amour et amour veut dire don de soi envers l’autre. À travers les yeux de la foi, la croix nous ouvre un monde immense, l’amour infini de Dieu. Dieu est défini par le don. Il est Trinité, c’est-à-dire don réciproque d’amour entre le Père, le Fils et l’Esprit. Cet amour comme un flacon de parfum très pur se répand dans le monde. Jésus avait parlé de sa mort « pour la multitude ». Jésus a donné les moyens d’y communier dans tous les siècles des siècles. Par les sacrements essentiellement.  Pour nous représenter l’efficacité de la mort de Jésus, pensons au cageot de pommes non traitées. S’il y a dans le cageot une pomme pourrie, elle fait pourrir tout le plateau. Avec Jésus c’est exactement le contraire ; Il est l’immensément Pur (sa façon de mourir le prouve). Il transmet cette pureté à tous ceux qui veulent bien s’approcher de lui.

On pouvait croire que l’amour était en forme de ♡, nous savons maintenant qu’il forme une †.