On veut bien d’un sauveur genre Zorro, Robin des bois, Mac Gyver, ou Superman, ou encore essayer de se sauver soi-même, mais Jésus, et sa croix c’est une autre paire de manche.

Comme beaucoup de peintres ou d’écrivains, Michel Tournier s’est laissé inspirer par la visite des mages de Bethléem. La tradition parle de trois rois venus d’Arabie : Gaspard, Melchior et Balthasar. Michel Tournier imagine un quatrième roi, Taor, prince de Mangalore qui n’aimait que les sucreries et cherchait celle qui lui donnerait une nourriture si délicieuse que « celui qui en goûterait une seule fois ne voudrait plus rien manger d’autre jusqu’à la fin de ses jours. » Mais Taor arrive en retard. Il rencontre les trois premiers rois qui reviennent de Bethléem. Impatient, il leur demande : « Alors, vous l’avez vu ! ? C’est un prince, un roi, un empereur entouré d’une suite magnifique ? »  Mais il est pétrifié d’étonnement quand les autres lui expliquent que c’est un petit enfant né dans la paille d’une étable entre un boeuf et un âne. Il se dit alors qu’il doit y avoir un malentendu, que celui qu’il est venu chercher, lui, c’est le Divin Confiseur dispensateur de pâtisseries si exquises qu’elles vous ôtent le goût de toute autre nourriture. Et il ne comprend pas du tout quand les autres lui redisent ce qu’ils ont vu sur la paille d’une étable et que c’est la réponse à la question de toute leur vie. Alors, Taor  va commencer un itinéraire bouleversant. Lui, le prince des sucreries, va passer par l’esclavage dans les mines de sel, puis quelques années plus tard, ayant eu vent de la notoriété de Jésus de Nazareth, il va se mêler aux foules de Palestine des années 30-33. Et alors, il reçoit les paroles dures de Jésus qui nourrit ceux qui le suivent : « manger sa chair, boire son sang », «  la fontaine d’eau vive pour la vie éternelle », «  la soif de la justice. » Puis enfin, un jour d’avril, (trop tard semble-t-il, mais…) il découvre la chambre haute où était dressée une table de douze couverts. Il mange alors les restes de pain azyme, il finit une coupe de vin, c’est-à-dire qu’il communie à la première eucharistie et ainsi il trouve enfin ce qu’il cherchait.

Jésus est au terme de tous les chemins des hommes même les plus inattendus.

Frères et sœurs,

Dans la première lecture, qui rappelle comment Le Seigneur a scellé l’Alliance du Sinaï, il y a 3200 ans, vous avez reconnu le déroulé de notre messe. Après que l’autel et le sang des taureaux aient été préparés, Moïse a lu les commandements de Dieu : c’est la Liturgie de la Parole. Le Peuple a répondu « Amen, nous le ferons » : C’est le credo. Ensuite Moïse a répandu le sang en disant : « Ceci est le sang de l’Alliance. » La messe rend présent le sacrifice de la Croix en le représentant sous nos yeux, et en nous le donnant en communion.

Quand Dieu institue ce sacrement, quel est son but?

Il y en a plusieurs. 

Imaginons une maman qui a cinq enfants. Il arrive un terrible accident. Deux de ses petits meurent dans cette catastrophe. Est-ce que pour consoler cette maman, il suffira que ses trois autres enfants lui offrent des bonbons et des fleurs ? Bien sûr que non. La seule chose qui va la consoler un peu c’est que ses trois enfants survivants lui manifestent de l’affection et se rapprochent les uns des autres. De même, très tôt, les hommes ont senti qu’ils étaient devenus pécheurs, et ont eu l’idée d’offrir à Dieu des agneaux, des taureaux, des colombes de leurs élevages. Dieu n’était pas insensible à tous ces sacrifices, il en a même institués certains,
comme on l’a entendu depuis Moïse, pour encourager les hommes à persévérer. Mais cela ne suffisait pas ni à le satisfaire pour les offenses reçues ni à les rapprocher de lui. Alors Le Seigneur est venu lui-même en son Fils pour que nous puissions lui donner un Amour qui soit vraiment comme le sien.

Deuxièmement, chacun de nous traverse des moments de crise où le futur semble incertain. He bien, à chaque Eucharistie, nous nous rappelons le moment où le futur pour Jésus semblait se résumer à la croix. Tout semblait clos, et c’est alors que Jésus accomplit ce geste extraordinaire de générosité et d’espérance : Tout est livré pour vous. Nous aussi nous pouvons nous demander vers quoi on se dirige. Faisons confiance à Jésus. Laissons-nous embarquer dans son Plan.

Parce que le plus fort c’est qu’il nous a institués ses « alliés ». Ne lui faisons pas défaut.  Imaginons : Christophe, un enfant d’une famille modeste veut envoyer un petit colis à un correspondant en Afrique. Il se prive de plusieurs cadeaux pour pouvoir lui offrir quelques médicaments, un beau tee-shirt, des friandises et un très beau livre. Christophe confectionne le paquet patiemment. Il ne faut pas qu’il dépasse deux kilogrammes. Quand enfin il a réussi à constituer le paquet, il s’aperçoit que l’envoi coûte très cher, trop cher pour lui en tout cas. Il est très déçu. Quel dommage, son paquet ne parviendra jamais à son ami. Et puis un matin, Christophe apprend que l’Association du Grand Toukou s’apprête justement à envoyer au village de son correspondant, un conteneur entier de marchandises. Quelle aubaine ! Christophe va glisser son petit paquet dans l’énorme conteneur. Et ainsi le tout petit cadeau arrivera avec le grand cadeau.

Nos cœurs blessés par le péché n’ont pas assez d’Amour pour parvenir jusqu’à Dieu, s’ils ne sont pas offerts par Jésus, avec Jésus, en Jésus.

Ainsi à chaque messe, nous exerçons la foi de notre baptême jusqu’à la véritable Adoration de Dieu, notre Espérance est ravivée, et nous vivons pleinement la charité pour tous ceux qui vont avoir les retombées de nos offrandes. Amen !

Homélie du 13 juin 2021

12° dim. ord B 20 juin 2021 Premières communions à Saint-Laurent.

Frères et sœurs, des tempêtes, nous en traversons… En général, elles se présentent à l’improviste, sans crier gare… Des tempêtes se lèvent tout à coup au travail, dans l’association, dans la famille, dans le couple, et même parfois à la paroisse ! La société  traverse aussi des tempêtes qui nous impactent.

Que faire ? Nous venons d’entendre la solution : il nous faut faire comme les apôtres. Ils réveillent Jésus.  Il nous semble que Dieu dort. Comment dormir dans une barque sur des flots en furie ? Jésus était plein d’humour ; on peut le voir dans cette scène. L’humour c’est comme les essuie-glaces : ça n’arrête pas la pluie mais ça permet d’avancer. L’humour pas la moquerie. Humour commence come humilité et finit comme amour. Le vrai humour c’est de la tendresse pure. Et là Jésus leur fait une catéchèse, comme s’il disait : je veux bien voir si vous allez être capables de prendre une juste distance avec l’événement, si vous allez vous faire peur parce que vous vous prenez trop sérieux ou bien rester dans la confiance puisque je suis là… En fait il ne dort pas mais comme il ne veut pas s’imposer, il attend que nous lui fassions appel. « Réveiller le Seigneur », c’est se jeter dans la prière. Réveiller le Seigneur, c’est crier au secours, c’est lui demander conseil, et suivre ses conseils. Dans le récit évangélique, un petit détail peut nous aider… C’est le coussin. Que faisait ce coussin dans cette barque ? Une barque de pêcheurs, ce n’est pas une felouque pour sultan empoté ! … On pense qu’il servait lorsqu’on avait à transporter un bébé. Le fait que Jésus y dorme nous donne une indication : nous sommes sur la terre pour apprendre à vivre en enfants de Dieu.

Petit témoignage personnel. Quand on demande à un prêtre de changer de paroisse, ce n’est pas vraiment facile pour lui. On s’éloigne d’amis très chers, on perd ses marques, et les jours qui suivent l’acceptation de la nouvelle, on est pris d’inquiétude. C’est un peu une tempête. Dieu merci, pour moi entre deux affectations en 1994, il y a eu la béatification à Rome d’Eugénie Joubert. Le dimanche matin, je me suis retrouvé, comme tout le monde, dans l’extraordinaire basilique Saint Pierre, mais dans une nef latérale, loin de tout, et sans chaise. Nous avions chacun un petit pliant en carton : cela ne vaut pas un fauteuil, mais c’est ultra léger et – détail qui va avoir son importance – cela mesure 35 cm de hauteur au lieu de 50 cm pour une chaise normale. Vous voyez à quelle hauteur était ma tête ! Comme il reste trois-quarts d’heure avant la messe, je m’asseois et je dis mon bréviaire. Mais les gens affluent et mon espace vital se réduit de plus en plus. Je suis pressé par une foule d’Italiens venus pour la béatification du Père Claudio. Je vois beaucoup de coudes et de sacs à main à hauteur de ma tête. Et j’entends tout à coup : « Io mi preoccupo sopratutto di questo bambino » ( « Moi, je m’inquiète surtout pour cet enfant.» Bambino, en italien, désigne un bébé mais aussi un petit enfant ). Une dame n’apercevant que ma tête imaginait qu’il s’agissait d’un enfant qui risquait d’être étouffé : Je n’ai pas pensé tout de suite qu’il s’agissait de moi mais la voisine de cette dame lui dit, parce qu’elle a sans doute aperçu mon bréviaire : « Ma non è un bambino, è un prete ! » (« Mais ce n’est pas un enfant, c’est un prêtre ! »)  Ce jour-là, j’ai reçu une belle leçon sur la confiance du « bambino » à son Père des Cieux !

C’est l’occasion de se rappeler qu’il y a deux péchés contre l’espérance : le désespoir et la présomption. La présomption c’est une grosse erreur qui consiste à être trop sûr de soi. Deux sortes de présomptions : ou bien l’homme est trop sûr de ses capacités (il pense qu’il peut se sauver sans l’aide du Seigneur), ou bien il est trop sûr de la toute-puissance ou de la miséricorde divines (il espère obtenir son aide sans avoir besoin de se convertir).

On peut résumer avec une comparaison : la vie est comme un lac à traverser avec ses tempêtes et ses moments calmes. Nous avons trois solutions : marcher sur l’eau. C’est réservé à Jésus et aux grands saints : saint Jean-Paul II, saint Jean Bosco, sainte Bernadette Soubirous, saint Padre Pio… Il y a aussi la brasse : j’exerce une poussée sur l’eau et j’avance, je contrôle la trajectoire, je maîtrise l’eau, je gère, j’assure le cap. Je je je je… C’est la tentation moderne. Je fais tout. Puis, il y a la troisième solution : la planche à voile. On devine que c’est très difficile d’apprendre à tenir debout sur une planche à voile. C’est beaucoup plus difficile que la brasse. Ceux qui font de la brasse peuvent rire des véliplanchistes. Avant que ces derniers aient appris, les nageurs à la brasse sont loin devant. Mais un jour les autres ont réussi à jouer avec le Vent (de l’Esprit) et avec l’Eau (Jésus qui nous porte) avec la voile (la confirmation qui nous permet de capter le Vent de l’Esprit) et la planche de Salut (le baptême) et cela peut aller très vite. Demandons au Seigneur que nous tous nous devenions des véliplanchistes, des surfeurs de la Foi. Amen !

Le Valvert, dimanche 27 juin 2021. Premières communions.

Frères et sœurs,  ici au Puy – et au Valvert en particulier –  nous sommes touchés par cette page d’évangile puisqu’un groupe de musique célèbre porte le nom de Talitha Koum : « Jeune fille, debout » ! Jésus a ressuscité trois morts. Ce sont ses miracles les plus impressionnants. Remarquons  qu’il ne fait pas ses miracles comme un magicien. Il met tout le monde dehors et il « ordonne fermement de ne le faire savoir à personne ». Pourquoi fait-il des miracles ? par amour pour les personnes ; et aussi pour nous éclairer sur lui et sur le sens de la vie. Jésus annonce ce jour-là sa propre résurrection, et aussi la nôtre qu’il réalisera pleinement à la fin des temps, mais qu’il commence à notre baptême. Talitha Koum : Debout ! Les corps de certains saints sont conservés intacts c’est pour nous dire que Jésus aime autant notre corps que notre cœur. Saint Jean-Marie Vianney à Ars depuis 1859, sainte Bernadette Soubirous à Nevers, saint Jean XXIII, sainte Catherine Labouré, le saint Padre Pio, le Bienheureux Pier-Giorgio Frassati (depuis 1925) et tant d’autres.. ! 

En quoi est-ce important de savoir que chacun de nous ressuscitera ?

Le Pape Benoît XVI, à Pâques 2006, a eu des expressions très audacieuses pour parler de la résurrection de Jésus : « Si  une fois quelqu’un avait été réanimé, et rien d’autre, en quoi cela devrait-il nous concerner ? Mais précisément, la résurrection de Jésus est bien plus. Elle est – si nous pouvons pour une fois utiliser le langage de la théorie de l’évolution – la plus grande « mutation », le saut absolument décisif dans une dimension totalement nouvelle qui soit jamais advenue dans la longue histoire de la vie et de ses développements : un saut d’un ordre complètement nouveau, qui nous concerne et qui concerne toute l’histoire. » Pour rebondir avec le sourire sur les propos du Pape Benoît XVI, on peut donc dire qu’après l’homo erectus, l’homo habilis, puis l’homo sapiens, puis l’homo sapiens sapiens, grâce à Jésus, voici l’homo ressuscitatus. Qui est-il cet homo ressuscitatus ? C’est le baptisé. Nous ne sommes pas des vivants qui allons vers la mort mais des mortels qui allons vers la vie. Pour cela, Jésus nous a rendus capables de relever deux défis : Il nous met « au » travail. C’est ce qu’il nous dit par saint Paul : « Qu’il y ait abondance dans votre don généreux ». Il nous met aussi « en » travail. Se mettre au travail c’est servir les autres. Finalement, nous aimons cela. Parce que nous découvrons que faire passer les autres avant soi-même cela procure beaucoup de joie. En revanche, se mettre en travail, c’est accepter les remarques des autres, c’est se remettre en question, c’est changer sa façon de faire. Pour aimer les autres, il faut triompher de notre égoïsme. Pour se laisser améliorer par les autres, il faut triompher de notre orgueil. Les deux nous sont difficiles. Seul Jésus peut nous aider à persévérer, à aller jusqu’au bout.  

Un ami prêtre m’a dit la jolie réponse que lui a donné un futur communiant à qui il demandait : « Ta communion, qu’est-ce que cela va te faire ? » Le garçon lui a répondu : « Je vais pouvoir me donner à Jésus ». Jésus nous met « AU » travail, par exemple avec cette parole : « Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi ».  Le sage chinois Confucius disait qu’il ne faut pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu’ils nous fassent. Mais Jésus va beaucoup plus loin. Et son conseil est une force de progrès merveilleuse.  J’aime quand un inconnu croisé dans la rue me dit bonjour. Alors je m’exerce à croiser le regard des personnes et avec un bon sourire leur souhaiter une bonne journée. J’aime recevoir des paroles valorisantes ; alors je fais des  compliments et je distribue des encouragements. J’aime qu’on soit indulgent avec moi quand j’ai commis une maladresse, une erreur, voire une offense ; je m’efforce de dire « pas grave , pas grave » dès que je suis contrarié  par une parole blessante.  J’aime quand on a des attentions pour moi gratuitement sans que je réclame ; je m’efforce d’être ingénieux en amitié, inventif en affection, créatif quand il s’agit de faire plaisir.

Jésus nous met « EN » travail par exemple avec cette parole : « qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? » C’est le principe du doigt pointé. Quand nous disons : « Tu as vu l’autre comment il est ? C’est un égoïste. C’est un coléreux. Tu as vu comment il se comporte avec ses parents ? Tu as vu comment il parle à sa mère ? Et puis tu as vu l’autre là, c’est un orgueilleux. » Observez : quand on montre du doigt quelqu’un, il y a un doigt qui montre la personne et trois qui nous montrent nous. Quand je vois quelque chose chez un autre, je dois me dire : « C’est peut-être trois fois pire chez moi. » En fait, c’est à moi-même que je reproche ce qui m’agace chez l’autre. Jésus donne ainsi plein d’astuces pour se corriger et s’améliorer.

L’homo ressuscitatus  ce n’est pas quelqu’un qui ne tombe jamais. C’est quelqu’un qui se relève toujours. Il ne se juge pas au nombre de fois qu’il tombe mais au nombre de fois qu’il se relève. Parce que aimer et se laisser aimer, c’est comme pour le foot, il faut s’entraîner avec persévérance. Au moins un entrainement par semaine, le dimanche matin ou le samedi soir…Amen !