2° dimanche de l’avent. 5 décembre 2021 – Les Carmes 18h30 (confirmands) Valvert 10h45 (2° étape du Baptême pour 7 enfants )

Frères et sœurs, le mot d’ordre de ce 2°dimanche de l’avent est simple : « Préparez le chemin du Seigneur ». Qu’est-ce que cela veut dire concrètement ?

L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur  de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée, son frère Philippe dans le pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias en Abilène, les grands prêtres étant Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie.

Deux mille ans après cette proclamation solennelle, saint Jean Baptiste n’est pas aussi célèbre que Jésus mais il est tout de même très connu ; et Baptiste est un prénom qui est encore beaucoup donné.  Pourquoi cette notoriété ? Parce que saint Jean-Baptiste a entendu la Parole de Dieu et qu’il l’a prise au sérieux. Il a laissé à la parole de Dieu le soin de le conduire. Il en a perdu la tête… puisque c’est parce qu’il a rappelé à Hérode le commandement  de Dieu concernant la fidélité dans le mariage, que celui-ci l’a fait emprisonner et à cause de désir de vengeance d’Hérodiade, il a été décapité. Mais Jean-Baptiste est saint, il a réussi sa Vie pleinement et il continue de nous aider.

Alors il faudrait dire aujourd’hui, en nous amusant un peu : L’an cinq de la présidence d’Emmanuel Macron, Laurent Wauquiez étant président de la région Rhône-Alpes-Auvergne, Eric Etienne étant préfet de Haute-Loire, François étant Souverain Pontife, Emmanuel Dursapt administrateur diocésain pendant la vacance du siège épiscopal du Puy, la Parole de Dieu fut annoncé à … toi, à moi, à chacun de nous. Quelle Parole de Dieu qui vous fait vivre, frères et sœurs, pourriez-vous citer ?

Petite anecdote :  le jeudi était jour de marché à Yssingeaux. Un paysan était allé vendre un veau. Quand le marché avec l’acheteur était conclu, quand la « pache » (comme on dit en Haute-Loire) était terminée,  on allait l’arroser au bistrot. Parfois un peu trop. C’était le cas pour cet homme qui n’avait pas l’habitude de boire. Il entreprend quand même le retour à la maison mais en chemin, il est obligé de s’arrêter. Il s’allonge près d’une maison et s’endort. Un moment après, ce sont des voix de femmes qui le réveillent. Il entend ce genre de commentaires peu amènes venant de ces femmes qui ont fait cercle autour de lui : « C’est quand même pas possible de se mettre dans des états pareils ! il est allé vendre son veau et au lieu de garder son argent il est allé le boire au bistrot ! Et sa pauvre femme qui doit faire le travail toute seule à la ferme ! On n’aurait pas cru ça de lui ! » Il écoute sans bouger puis il leur dit : « Femmes, ne pleurez pas sur moi ; pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants »… ! C’est la parole que Jésus dit aux femmes de Jérusalem qui lui présentent leurs enfants lors de son chemin vers le Golgotha, une parole que nous rapporte saint Luc chapitre 23 verset 28. Comment  ce paysan savait-il cette parole de Jésus si appropriée ? On peut penser que c’est grâce au chemin de croix qu’il suivait à la maison de l’assemblée, la maison de la béate chaque fois qu’il y avait un défunt dans le hameau, ainsi que chaque vendredi de carême.  L’Eglise a utilisé tous les vecteurs pour diffuser la Parole du Seigneur : le premier livre qui a été imprimé par Gutenberg est une Bible. De même après l’invention du cinématographe, on n’a pas tardé à réaliser un film sur Jésus. Le premier date de 1902, la même année que le célèbre Voyage dans la lune de Georges Méliès, premier film de science-fiction. Le Seigneur sème sa parole par le cinéma aussi. Le Père Daniel Ange raconte qu’un jour un petit garçon avait regardé le film de Zeffirelli où l’ on voit Jésus de Nazareth pardonner d’une manière très belle. Or le père de ce petit garçon était alcoolique et régulièrement, en rentrant le soir, il battait ses enfants. Et voilà qu’un soir, le père rentre ivre mort et bat son enfant à mort. L’ enfant sur le point de mourir, se rappelle cette scène extraordinaire du film de Zeffirelli, il regarde son père dans les yeux et il dit : « Papa, je te pardonne, tu ne sais pas ce que tu fais. » Le père entend cette parole qui vient d’au-delà du cœur de son enfant et il est tellement transpercé qu’il demande pardon. Et cela a été pour lui une profonde rencontre du Christ. On voit dans ce témoignage la grâce de la Parole.

Autres exemples : de nombreuses fois j’ai vérifié la force de cette parole du Seigneur recueillie dans le Livre de Michée : « On t’a fait savoir, homme, ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que de faire le bien, d’accomplir la justice, d’aimer avec tendresse, et de marcher humblement avec ton Dieu ».

Un prêtre était à l’hôpital très malade. Il savait qu’il allait mourir. Un frère prêtre qui le visite lui demande s’il n’a pas peur. Le Père Paul lui répond : « Dans la préface des funérailles à la messe, il y a écrit : « Pour ceux qui croient en toi, Seigneur, la vie n’est pas détruite, elle est  transformée », donc j’ai parfaitement confiance.

Nous comprenons maintenant ce que veut dire « préparer le chemin du Seigneur » : il nous faut trouver le moyen d’apprendre par cœur des Paroles du Seigneur pour que, le moment venu, elles puissent agir en nous, et, suivant le cas, nous éclairer, nous consoler, nous interpeller, nous édifier. Amen !

3° AVENT C. 12 décembre 2021

                Frères et sœurs, la Parole de Dieu nous indique les deux sources fondamentales de la joie. La première: « Exulte, fille de Sion, car le Seigneur est en toi! » (Sophonie 3, 15) Nous sommes joyeux parce que le Seigneur est au milieu de nous. Le Fils de Dieu est devenu l’un de nous et il l’est pour toujours. La deuxième: « Soyez dans la joie  parce que le Seigneur est proche. » (Philippiens 4, 5) Il vient nous prendre avec lui; il a le pouvoir de nous introduire dans la maison du Père pour une éternité de gloire: il l’a prouvé en ressuscitant d’entre les morts.

            Seulement voilà: nous vivons dans une société qui n’a rien à faire de la présence du Seigneur; quant à l’éternité de gloire, le matérialisme pratique en a fait oublier jusqu’à l’idée. Quand on a bouché à ce point les deux sources de la joie, il est normal de ne pas être joyeux: morosité, tristesse, désespérance sont le lot d’aujourd’hui, c’est le contraire qui serait étonnant. Nos sociétés se sont organisées comme si Dieu n’existait pas. Et cela, au prix d’un énorme mensonge qui n’est viable que parce qu’il flatte notre orgueil. Mais tout le monde sait bien que c’est un mensonge, parce qu’il s’oppose à un certain nombre de vérités qui sont inscrites en nous, et que chacun de nous peut retrouver immédiatement dans son Cœur dès qu’il échappe à la propagande ambiante.  (Parce qu’elles sont notre nature même et l’expression de sa plus haute dignité. Parce que Dieu parle toujours au plus secret de notre cœur.)

L’Evangile (Lc 3, 10-18) nous rappelle providentiellement ces vérités. Elles sont très sérieuses. Une « blagounette » illustrera chacune.

La première vérité : « Voici qu’il vient derrière moi, celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales ».  N’importe qui sait que Dieu est plus puissant que nous. En URSS, une institutrice voulait démontrer que Dieu n’existe pas Elle rapportait aux enfants le mot ironique soi-disant de Gagarine le premier cosmonaute : « Je n’ai pas trouvé Dieu » dans l’espace. Un petit de 9 ans lui dit  : « C’est parce qu’il volait trop bas ». Le Père Johannès M. discutait avec le Père Rémy G., tous les deux âgés de près de 90 ans : « Moi, quand je mourrai, qu’est-ce qu’il se passera ? Mais je me jetterai dans les bras du Bon Dieu ! »  Le Père Gratas souriait en lui disant : « Ne loupe pas ton coup, parce que tu pourrais tomber de haut ! »

La deuxième vérité concerne le jugement dernier :  « Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son plan de grange, là où l’on bat le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. » Tous savent, même les plus endurcis, que le mal devrait être puni, et que le bien devrait être, au moins à la fin, récompensé. Ce sens de la justice est si fort que c’est lui qui a guidé les premières croyances en l’au-delà. Tout le monde connaît l’histoire de ce PDG qui avait racheté les usines de sidérurgie dans l’est de la France en donnant de faux espoirs aux ouvriers. Il meurt et arrive à la porte du Ciel. On le met en enfer. Quelques jours après, le diable en personne vient voir saint Pierre et lui demande de prendre ce nouveau venu chez lui. -« Pourquoi cela ? », rétorque saint Pierre ? -« Parce qu’il nous a déjà éteint trois fours. » ! Les blagues sur l’enfer et le paradis, sur la punition ou la récompense sont pléthores. Les anciens le disaient : « Aquo se payara dïn l’autre Mounde » ! (« Tout cela se paiera dans l‘Au-delà ») ou encore : « Il ne l’emportera pas en paradis » !          

La troisième définit clairement le bien et le mal. C’est la règle d’or que tous les peuples ont formulée : « ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse, toi, ne le fais pas non plus aux autres », c’est la voix de la conscience qui nous dit ce qui est mal ; « et ce que tu voudrais qu’on te fasse, commence, toi, à le faire pour les autres », c’est la voix du bon pasteur, le vrai berger qui nous dit ce qui est bien. Il est touchant de voir qu’à la question « que devons-nous faire? », saint Jean Baptiste répond simplement par le bon sens quotidien que l’honnêteté minimum nous garantit : collecteur d’impôts, tiens-t’en au règlement; si tu as deux manteaux alors que tu es à côté de quelqu’un qui meurt de froid, donne-lui l’un des deux; soldats, vous avez une solde? Contentez-vous de votre solde. Seulement voilà, sans Jésus, nous ressemblons au « Grand frère » Soviétique qui a plumé les autres pays de l’URSS. On raconte qu’un Russe et un Polonais se promenant ensemble dans une rue, trouvent par chance un sac plein de dollars. Ils sont émerveillés. « Je propose, dit le Russe, que nous partagions en frères ». – « Je préférerais faire moitié-moitié, dit le Polonais ».

            Dieu vient, non pour faire sentir sa puissance, mais sa douce pitié. Nous annonçons l’avènement du Sauveur. Il est venu prendre sur lui toute la méchanceté dont est capable le monde. Il peut alors nous pardonner en vérité et nous combler de ses dons dans la vie chrétienne. Et nous regardons désormais les autres non plus comme des ennemis mais comme des frères, parce que, comme dit le Concile Vatican II, la vocation humaine est unique à savoir divine: « par son Incarnation, en effet, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni à tout homme ». Amen !

Dimanche 19 décembre 2021 – 4ème dimanche de l’Avent

Comment bien résumer le plan de Dieu ?

Une des clefs pour entrer dans le mystère de l’incarnation est le psaume 40 (39) plus précisément les versets 7-9 d’ailleurs cités par la Lettre aux Hébreux: « Frères, en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ;  alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre» (He 10, 5-10).  Ce psaume nous dévoile le dialogue à l‘intérieur de la Sainte Trinité quand Le Seigneur a décidé l’Incarnation. Le Fils dit au Père : « Tu ne veux ni sacrifice ni holocauste mais tu me fais un Corps. Alors je réaliserai dans mon corps d’homme ta Volonté, Père, et je ramènerai leurs cœurs dans notre Communion ». Et voilà pourquoi le prophète Michée annonçait que nous serions sauvés par un enfantement !: « Mais Dieu livrera son peuple jusqu’au jour où enfantera… celle qui doit enfanter, et ceux de ses frères qui resteront rejoindront les fils d’Israël. Il se dressera et il sera leur berger par la puissance du Seigneur » (Mi 5, 1-4a). Et voilà pourquoi les premiers sauvés sont ceux qui sont en contact avec le corps de Dieu le Fils : la Vierge Marie d’abord, puis Elisabeth et Jean Baptiste, et ensuite Joseph, les bergers. Il faut être en contact avec le Corps de Jésus et ouvrir son cœur.

Alors commençons par nous émerveiller devant le Plan de Dieu. Je pars de deux phrases maladroites. J’avais lu une fois un texte dont l’auteur expliquait qu’ « à Noël, Dieu se donne un fils ». Non ! à Noël, Dieu se donne en son Fils. En nous donnant son Fils, Dieu se donne pleinement, complètement.  Il y a une deuxième expression maladroite dans une œuvre très célèbre. Nous n’en voulons pas à Yvan Audouard. Sa « Pastorale des santons de Provence » est tellement belle ! Et puis c’est de la poésie. Mais le début est .. hérétique (!) :  « Moi, je suis l’ange Bouffaréou ; ils m’ont appelé comme ça  à cause des grosses joues que j’ai fini par attraper à force de jouer de la trompette chaque fois que le Bon Dieu est content. Et cette nuit-là, jamais il avait été aussi content de sa vie, le Bon Dieu : il allait être papa d’un moment à l’autre. Et moi j’avais jamais soufflé aussi fort de mon instrument…. » Il allait être papa ; Non ! Dieu est Papa depuis les siècles des siècles. Il est Papa-Fils-Esprit-Saint. A Noël, Dieu-le-Fils vient transcrire en une vie d’homme sa façon de vivre éternellement : il se reçoit continuellement du Père et il se donne à Lui.  

Dieu avait deux possibilités : il a choisi la troisième. Première possibilité : créer et laisser le monde aller tout seul avec les lois inscrites dans la nature et la conscience de l’homme. Deuxième possibilité : intervenir dès qu’il y aurait des « pépins » ; un dieu interventionniste, un dieu dépanneur, un papa-poule en quelque sorte. Mais il a choisi une troisième solution que nous raconte l’Ancien Testament : il a voulu faire alliance avec l’homme et ceci de plus en plus près jusqu’à se faire homme lui-même. En Jésus, Dieu vient partager la vie des hommes. Mais cette venue dans sa création ne se déroule pas comme une simple visite chez un voisin, en venant frapper inopinément à sa porte. Cette venue de Dieu est d’abord un acte d’amour. Et il entend venir vivre parmi nous afin de nous unir à sa propre vie qui est une communion d’amour. Lorsqu’il s’est agi de créer l’univers, Dieu l’a décidé de sa seule autorité. Mais lorsque, par amour, Dieu désire nous partager sa vie, il ne peut le faire qu’avec notre accord.  L’amour ne s’impose pas.

Aujourd’hui encore, comme à la Vierge Marie, comme à Elisabeth, Le Seigneur demande à chacun de nous : « Acceptes-tu de m’accueillir en toi ?» Et cela marche ! Voici un fait qui le montre : Luc et Laurence ont trois enfants : Axel 10 ans, Chloé 7 ans, et Lise 3ans1/2. Pour le temps de l’avent, mamy et leur tatie Marion leur ont acheté un calendrier. Chaque matin au petit-déjeuner, ils ouvrent une petite fenêtre. Ce jour-là, le calendrier de l’avent propose comme petit effort de la journée de partager son goûter. Le soir, voilà ce que les enfants racontent : Axel a partagé son goûter en deux parts et n’a rien gardé pour lui. Chloé a donné deux bouts de son goûter à deux camarades de classe qui lui ont demandé pourquoi elle faisait cela. Alors Chloé a expliqué : la préparation de la fête de la naissance de Jésus, le temps de l’avent, le calendrier avec la fenêtre chaque jour, et l’effort du jour. Alors les deux filles ont partagé entre elles leur propre « quatre-heures » (… !) Pour Axel, il a eu la joie que le lendemain, ce soit son camarade qui partage avec lui son goûter ! Heureux qui accueille Jésus ; il donnera à d’autres l’idée de savourer la même joie ! Nous ne pouvons pas ne pas imaginer Dieu dans la joie quand il peut ainsi se donner en ses fils.

Fête de la sainte Famille. 26 décembre 2021.

Monique est une jeune grand-mère qui reçoit très souvent durant la semaine ses petits enfants dans son petit appartement. Au début de l’Avent, elle a profité du calme d’un dimanche après-midi pour installer la crèche. Avec du papier rocher, elle a confectionné une belle grotte sur le buffet, et elle a disposé tous les petits santons. Mercredi matin, arrive un de ses petits-enfants, accompagné de sa maman. Il s’appelle Gabin. Il a cinq ans. Il remarque d’emblée la belle crèche et en est tout heureux. Il observe. Puis soudain, il demande : « Mamy, comment ils sont venus ? » Sa grand-mère explique :  «  ils sont tous venus à pied. Oh, peut-être la Vierge Marie est-elle montée sur l’âne ; mais à cette époque, rares étaient ceux qui pouvaient monter à cheval ou même sur des chars à bœufs. Ils sont tous venus à pied… ! » Gabin dit alors :  « Mais ça ne va pas… ça ne va pas »  Et joignant le geste à la parole, il enlève un à un tous les santons et les met sur la table de la cuisine. Sa maman pousse les hauts cris mais grand-mère dit à sa fille de laisser faire son garçon…  «Mamy, où est mon camion en bois ? – Tu sais bien où il est. Il n’a pas changé de place. Il est dans ton placard. » Gabin va chercher son beau petit camion tout en bois. Gabin essaie de mettre le santon de saint Joseph dans la cabine sur le siège du chauffeur. Mais le santon est trop grand ; il ne passe pas. Qu’à cela ne tienne, il prend place sur l’impériale. Et Gabin, imitant alors le bruit du moteur, comme savent le faire les enfants, transporte en autant de voyages qu’il est nécessaire, tous les santons ; et il les dispose là où sa grand-mère les avait mis. Et voilà tous les santons bien arrivés à Bethléem, non pas « Toutankhamon » mais tous en camion. Traditionnellement en effet, les santons de la crèche représentent l’Eglise, le corps du Christ composé des pauvres et des savants, des hommes, des femmes, des enfants de toutes les nations, des ânes et des chameaux. Pour le chauffeur du camion, Gabin avait mis spontanément  saint Joseph.

Il est le Chef de la sainte Famille. Ce n’est pas Marie qui a ouvert la Tora (la Bible) à Jésus. Le Père Philippe Mestre dit : « Il faut remettre Joseph au même niveau que Marie. Il faut réajuster le cerveau gauche et le cerveau droit. Saint Joseph a été nécessaire pour la croissance de Jésus. Il a pris les responsabilités de l’éducation de Jésus.» Explication : il y a deux étapes très importantes dans la croissance de Jésus : à 12 ans et au baptême à 30 ans. A douze ans, il reste trois jours au temple de Jérusalem. La Vierge Marie et Joseph, le cherchent pendant trois jours. Un vrai ado, quoi !  qui ne s’est pas rendu compte qu’il allait inquiéter ses parents. Au temple, il dit : « C’est chez moi. Dans quelques années je vais prendre un fouet et chasser les marchands. » Pourquoi ?  Le temple c’est le lieu où l’on fait des offrandes pour obtenir la bienveillance de Dieu. C’est un commerce spirituel. Il chasse tous les animaux ;  il n’en laisse qu’un seul : l’Agneau de Dieu, lui-même. Il a préparé sa propre offrande. Il s’est préparé à ça.  Qui l’a préparé ? C’est Joseph ; qui a éduqué spirituellement Jésus ? C’est Joseph !

Joseph n’est pas que le charpentier qui a appris à Jésus à raboter le bois. Sa responsabilité c’est de nommer l’enfant : « Tu es Jésus, c’est-à-dire que tu es Dieu-qui-sauve ; on va chercher dans la Tora là où il est dit que le fils de David est Dieu qui sauve. Ils ont lu la Tora ensemble. Ils ont dû faire une grande exégèse.  Isaïe, le portrait du Messie « L’Esprit du Seigneur est sur moi » Quand à trente ans, il dira cela, « Aujourd’hui cette parole s’accomplit », on lui dira : « Tu n’es pas le fils de Joseph ? »   « Si, c’est lui qui m’a appris. »

Etant le Fils Bien Aimé du Père de toute éternité, il sait qu’il est. Il se voit Fils dans les bras du Père, dans le sein du Père. A trois ans, il le sait déjà, au sommet de sa conscience. Il a la science infuse de tous les mystères. Mais il y a des choses qu’il a dû apprendre dans sa conscience d’homme : parler, lire la Tora (livre qui est la Parole de Dieu), comment il allait exercer le salut. Tenez, imaginez ce moment. Avec Joseph, ils en arrivent au passage d’Isaïe chapitre 53 (le fameux portrait du Serviteur Souffrant). Jésus a vu concrètement l’agneau qu’on égorgeait, qui ne se défendait pas. Au moment ultime, l’agneau ne se défend pas. Jésus a dû demander à Joseph : de qui parle le prophète ? Il a dû y avoir un grand silence. Il y a une tradition qui représente notre Joseph en train de tailler une croix avec Jésus.  C’est inouï : c’est un homme qui a appris à Dieu comment il devait sauver l’humanité !

Dans la Sainte Famille il y a trois personnes : Dieu-le-Fils, l’Immaculée Conception et un pauvre type. Ça, c’est la hiérarchie. Dans la hiérarchie de la sainteté, l’enfant est premier (« Devenez comme ces enfants »). Vos femmes sont infiniment plus spirituelles que vous, les hommes, et pourtant vous êtes le chef de la famille.

Joseph est le chef de la Sainte Famille. Il a toutes les raisons de dire : « Je ne suis pas à la hauteur. Qui suis-je pour parler ! pour intervenir ? » On pourrait lui dire : on sait que tu es nul. La question n’est pas là …  La question de la légitimité est à mettre de côté.  Est-ce-que je suis légitime pour agir ? Oui !  Joseph avait toutes les raisons de dire : « C’est le fruit des entrailles de Marie ». Joseph prend sa juste place.  L’humilité ce n’est pas la fausse modestie. C’est s’engager là où on n’est pas en zone de confort, là où on n’est pas le meilleur. Les papas ne sont pas forcément les meilleurs dans la famille. Un papa donne justement son témoignage :  « En couple, on avait laissé tomber la prière. Et puis on a eu un petit dernier.  Il est comme un ange ».  Et il s’entend dire : « Alors reprends le leadership, ce petit a besoin de voir son père à genoux. Saint Jean-Paul II a dit combien il a été saisi en voyant son père qui était la plus grande personne du monde se mettre à genou devant plus grand que lui encore. Ça vaut mieux que tous les discours. » Les papas ont le leadership en ce qui concerne le spirituel.

Chez les Juifs, celui qui préside le shabbat, c’est le Père.  La femme allume la menora et l’homme dit la Parole et conduit la prière. Peu importe qu’il soit moins disposé, moins spirituel. C’est la même chose pour un Prêtre qui confesse des saints et des saintes ;  c’est lui qui doit dire : « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, je te pardonne » ! Pour donner une comparaison : un Prêtre avait été sollicité par Mère Teresa.  A la fin de sa confession, il hésitait à lui donner l’absolution. Elle lui dit : « Vous voulez m’envoyer en enfer ? »  Un pauvre homme qui donne l’absolution à une Sainte !  Elle avait besoin de cette parole d’autorité. Dans votre maison, votre famille, votre travail, vous avez autorité. L’autorité, c’est parler et agir au nom d’un autre, pas en vertu d’une qualité.  

Tugdual Derville aime faire cette comparaison : « Tout père est un roi, toute mère une reine, les enfants des princes et princesses, le domicile familial un palais ». A l’image de la sainte Famille de Nazareth, dans chaque famille la souveraineté est entre les mains des parents pour le bien du Royaume. Demandons au Seigneur la grâce que chacun trouve sa juste place. Amen .