27 novembre 2020
Génération Jésus

Quand Jésus dit « Cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive » il dit trois choses en une, en jouant sur le mot « GÉNÉRATION ». (Les trois ne s’excluent pas mais se complètent.)

  1. « Génération » : dans son sens le plus évident, ce mot désigne ceux qui écoutent Jésus au moment historique où il prononce ces paroles. Dans ce cas, Jésus parle de sa mort, de sa résurrection, et de sa pentecôte. Il sait que ces trois événements – qui n’en font qu’un – sont le centre de l’histoire, son sommet insurpassable. Il en parle en terme de séisme. Ce sera comme un tremblement de terre. Les disciples auront l’impression que le sol s’écroule sous leurs pieds, que le ciel leur tombe sur la tête. « Ne vous effrayez pas, leur dit-il, c’est le jour de la Rédemption, l’inauguration du Royaume des Cieux. » On pourrait traduire ainsi en jouant sur les mots : après un tremblement de terre il y a des survivants. Justement, grâce à la « secousse sismique » de la croix de Jésus, ceux qui connaissent le Ressuscité sont des « sur-vivants », des « super-vivants » : les baptisés vivent de la vie pleine, débordante de Jésus.
  2. Deuxième sens du mot « génération ». Quand l’évangile est proclamé, la Parole de Jésus est rendue actuelle, contemporaine, présente. Il s’agit donc de nous qui écoutons aujourd’hui. Tout homme ne vit qu’une fois. Tout homme ne meurt qu’une seule fois. Or, quand quelqu’un apprend qu’il a un cancer, ou le sida, ou qu’il va être licencié, ou qu’un de ses enfants vient de mourir, c’est pour cette personne comme la fin du monde. Les Paroles de Jésus sont alors comme un piton solidement fixé auquel peut s’accrocher l’alpiniste qui dévisse. Elles sont sources d’espérance, de confiance et de force. Saint Louis Marie Grignon de Montfort disait qu’il y aura eu trois déluges dans l’histoire de l’humanité : le déluge d’eau qui était celui de Noé, le déluge de sang, celui du Christ sur la croix, et le déluge de feu. Non pas un feu qui tomberait du ciel, mais l’amour de l’Esprit-Saint qui va embraser les cœurs, qui va purifier son Eglise, qui va brûler tout ce qu’il y a de péché dans le monde et faire resplendir tout ce qu’il y a de beau. Une petite Gaëlle de trois ans et demi, devant le feu de la cheminée qui s’éteignait, a eu ce bon mot : « Maman, le feu a froid… » Il semble parfois, en effet, que le feu de l’Esprit-Saint ait froid. Nos coeurs sont frileux.

    Quelqu’un qui circulait à mobylette pendant la nuit expliquait qu’il craignait beaucoup les voitures qui arrivaient en face de lui parce qu’elles l’éblouissaient. En revanche, il appréciait celles qui venaient derrière lui parce qu’elles lui éclairaient la route. C’est une belle parabole pour expliquer ce que Jésus nous dit sur le Royaume qui est au milieu de nous. N’attendons pas Le Seigneur comme un événement qui nous éblouirait, qui nous obligerait tous à croire en Lui. Le Seigneur est « doux et humble. » Il nous éclaire le chemin au fur et à mesure que nous avançons. Il faut savoir le reconnaître en dehors de nous et aussi en nous.
  3. « Génération » a un troisième sens, plus subtil mais tout aussi vrai. Ce nom commun vient du verbe « engendrer ». Or ce verbe est employé pour désigner deux réalités : tout d’abord la filiation divine de Jésus. Par exemple à son baptême au Jourdain, on entend la Père : « Tu es mon Fils bien-aimé, de toute éternité je t’ai engendré ». Et aussi notre adoption par Dieu grâce au baptême. Saint Paul n’hésite pas à parler des baptisés comme de « ceux qu’il a engendrés dans le Christ Jésus » (1Cor 4,15). Dans ce cas, « génération » désigne donc l’ensemble de ceux qui ont été engendrés par le baptême d’eau et d’Esprit-Saint. Et nous savons que l’ensemble des baptisés, c’est l’Eglise. Génération et Eglise sont deux synonymes. Quand Jésus dit : « Cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive », il annonce simplement que l’Eglise ne sera jamais détruite. Les monarchies passeront, les civilisations disparaîtront, les idéologies s’effondreront, mais l’Eglise traversera les siècles comme une barque traverse toutes les tempêtes.

26 novembre 2020
La fin du monde

Où allons-nous ? Que se passera-t-il à la fin ? A ces questions, les hommes apportent trois sortes de réponses :

  • Une réponse optimiste et volontariste (en gros, c’était la réponse marxiste) : génération après génération, par son effort et son intelligence, l’homme s’achemine vers la cité idéale. Retroussons nos manches et ne nous aliénons pas en comptant sur quelqu’un d’autre que nous-mêmes.
  • Réponse pessimiste et passive : une catastrophe viendra un jour ou l’autre mettre fin à l’aventure humaine : soleil refroidi, collision astrale, déflagration nucléaire, épidémie (les scenarii ne manquent pas dans les romans et les films). Tout sombrera dans le néant et nous n’y pouvons rien. Alors, à quoi bon nos projets et nos efforts ?
  • Et puis il y a la réponse de l’évangile.

La fin du monde est déjà arrivée. Nous sommes à la Plénitude des temps depuis que Dieu le Fils s’est fait petit enfant. Saint Augustin disait « nous sommes à la dernière heure même si cette heure est longue »… le mot « fin » a deux sens : la conclusion, le terme (la fin de l’année, la fin d’un film, la fin du match). Et but, objectif, visée : il est parvenu à ses fins, qui veut la fin veut les moyens, …  L’évangile nous apprend que nous ne sommes pas ici par hasard : nous sommes les fruits d’un projet qui nous précède. Nous allons vers le Royaume de Dieu. Notre responsabilité n’en est pas moins entière : notre manière de vivre chaque jour nous achemine vers ce Royaume ou nous en éloigne. Il n’y a ni automatisme, ni fatalité. Nous sommes pris au sérieux, nous ne sommes pas des pantins irresponsables. Et notre existence prend sens par rapport à quelqu’un qui nous précède, nous appelle, nous invite. Jésus est la fin de notre vie, il en est le but, le modèle, la raison d’être, il est le Chemin, la  Vérité, la Vie.

Du coup, le chrétien vit d’espérance, la puissance créatrice de Dieu a réuni le corps du Christ à son âme le troisième jour : ressuscité il est devenu le Seigneur des morts et des vivants, lui seul est le maître de la vie et de la mort. Non pas que, désormais toujours vivant, il fuit la mort et ne la rencontre jamais, mais au contraire, maître de la vie et de la mort, pouvant se tenir avec les vivants et avec les morts sans que la mort ne puisse lui faire aucun mal : sur son corps désormais incorruptible et immortel, la mort n’a plus de pouvoir ; et en son âme incapable de pécher au titre de son union au Verbe Incréé, et remplie de toute la grâce créée et source de la grâce, la mort ne peut pas insinuer même le regret d’un progrès ultérieur qu’elle aurait empêché. Sur lui la mort n’a plus aucun pouvoir. C’est pourquoi nous pouvons le croire, lorsqu’il promet qu’il sera avec nous jusque dans la mort, qu’il nous donnera la récompense, et nous ressuscitera au dernier jour.

L’espoir porte sur un bien humain qui passe et qui ne saurait nous combler parfaitement. L’espérance, elle, est un désir que Jésus lui-même met dans notre coeur de le voir un jour et en lui de contempler le Père et le Saint Esprit : c’est le désir de voir Dieu. Les grands saints l’expriment à leur manière et souvent avec humour. Je pense ici à cette religieuse étonnante qui s’appelle sainte Thérèse d’Avila. Quelques heures avant qu’elle meurt, une sœur s’approche d’elle et lui dit :

– Quelle est le désir de votre cœur ?

– Oh ! Ma fille j’ai dit à mon époux (Jésus) : « A cheval et au galop » je veux le rencontrer très rapidement. »

Quelques siècles plus tard et à quelques mois de sa mort, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus répond aussi à une soeur qui veille à son chevet : « Je ne crains pas le voleur… je le vois de loin et je me garde bien de crier « au voleur ». Au contraire, je l’appelle en disant « Par ici, par ici ». »

Les grands saints font grandir notre désir de voir Dieu.


25 novembre 2020
Pas un de vos cheveux

« On vous persécutera… Mettez-vous dans l’esprit que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense. » Les anecdotes des grands missionnaires catholiques nous font rire mais elles nous apprennent beaucoup. Le Père Roger Buliard, oblat de Marie Immaculée, se trouve en face d’un sorcier esquimau qui s’apprête à le transpercer de sa lance et qui lui dit : « Si ton Dieu est meilleur que le mien, je vais te percer le ventre et tu ne sentiras rien. » Et le Père de lui rétorquer : « Moi, je fais autre chose ! » Il enlève lentement son dentier et le remet de la même manière. A partir de ce moment-là, le sorcier lui a laissé la paix : « Le Père est capable d’enlever ses dents et de les remettre ! »

Pour annoncer Jésus, il faut être courageux. Le Seigneur Esprit-Saint nous rendra inventifs. Il nous fera aussi beaucoup aimer les personnes et beaucoup aimer Jésus.

Courageux : aujourd’hui on ne risque pas trop d’être torturé mais on peut être regardé avec pitié et subir des moqueries (« Le pauvre, il y croit en son truc ; mais moi il y a longtemps que je sais que ce ne sont que des contes de fée ») ou peut-être plutôt violemment bousculé sur les pages sombres, réelles ou supposées, de l’histoire de l’Eglise ou de son présent.

Pour évangéliser, il faut accepter d’être évangélisé soi-même quotidiennement c’est à dire être convaincu que sans Jésus, je ne peux faire que des bêtises et que sans Jésus, je vivote, je me perds dans une vie sans consistance, je ne vis qu’à 1 % de mes potentialités.

Evangéliser c’est mettre en contact avec la Personne du Seigneur et sa Parole. Témoignage : un fioreto de la Communauté du Verbe de Vie. Sœur Marie se rend à la sacristie, lorsqu’une dame, de passage dans le sanctuaire, l’interpelle : « Excusez-moi, ma sœur, est-ce je peux vous poser une question ? » « Bien sûr », lui répond notre sœur. « J’aimerais savoir pourquoi, si Dieu existe, une personne bonne meurt jeune ? » Sœur Marie lui répond : « Je n’ai pas la réponse, mais, poursuit-elle, si une personne est bonne, elle continue de faire du bien sur la terre depuis le Ciel. » Visiblement touchée, la dame lui dit : « Merci, c’est ce que j’avais besoin d’entendre. » Sur les conseils de la sœur, elle décide de rester à la veillée introductive dédiée à sainte Anne et elle s’assoit au milieu des 400 enfants présents ! Avant de quitter la basilique, elle partage à sœur Marie le verset biblique qu’elle a reçu lors de la démarche finale : « Je t’exhorte à ranimer le don de Dieu que tu as reçu par l’imposition de mes mains. » (2 Tm 1,6) Sœur Marie s’exclame : « Magnifique ! Le Seigneur vous invite à raviver le don reçu, c’est-à-dire à raviver votre baptême ! » Cette dame est seulement baptisée, mais n’a jamais été catéchisée. Elle habite à côté de la fraternité, un rendez-vous est pris pour poursuivre le chemin. » Il a suffi d’une réponse remplie de sagesse pour que le cœur d’une personne s’ouvre.

Le philosophe Fabrice Hadjaj, converti au catholicisme il y a quelques années raconte avec humour qu’un coiffeur chez qui il a maintenant ses habitudes, lui disait un jour sa foi tranquille. Il s’interroge sur ce qui motive cette mystique capillaire, et le coiffeur lui répond avec surprise : « Allons, vous n’avez pas la foi ? (Je croyais pourtant l’avoir, dit-il …). L’histoire de Samson et Dalila suffirait à vous suggérer la gravité d’une coupe de cheveux. (En effet, Samson avait fait confidence à Dalila que sa force résidait dans ses cheveux très longs et elle l’avait trahi en les lui coupant pendant son sommeil. Et les ennemis avait fait prisonnier Samson. Mais quand, dans sa prison, ses cheveux auront repoussé, il triomphera en faisant s’écrouler le palais sur ceux qui se croyaient invincibles). Et le coiffeur continue : pensez aussi à l’onction de la pécheresse, puis à celle de Marie de Béthanie, l’une et l’autre essuyant les pieds du Christ avec leur chevelure. Cette répétition devrait vous alerter. Rappelez-vous seulement le Seigneur Jésus lui-même en Luc 12 : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et après cela ne peuvent rien faire de plus (…). Vos cheveux même sont tous comptés » ; puis en Luc 21 : « Vous serez haïs de tous à cause de mon nom, mais pas un cheveu de votre tête ne périra.  Vous comprenez ? » Pas très bien à vrai dire. Mais ces dernières paroles furent une illumination, confesse monsieur Hadjaj : « Je voudrais témoigner de l’amour de Dieu pour la moindre partie de notre corps. Quand on a cette assurance de la gloire à venir du cheveu, quand on croit que nos cheveux même sont appelés à la vie céleste, on surmonte sa peur et l’on devient capable de témoigner jusqu’au bout. » Ce coiffeur a même appelé son salon de coiffure et mis comme enseigne « La coupe du Salut » …!


24 novembre 2020
L’immortel ici-bas

Pouvons-nous imaginer la cathédrale du Puy écroulée, la statue de Notre Dame de France cassée au pied du rocher Corneille ?

Nous devinons sans peine la tête que faisaient les auditeurs de Jésus quand il annonçait que du temple de Jérusalem, il ne resterait pas pierre sur pierre.

Aujourd’hui pas d’église écroulée, mais las, beaucoup de désarroi dans la sainte Eglise de Dieu. Désarroi qui peut conduire à l’aquoibonite : à quoi bon ? à quoi bon se marier ? à quoi bon avoir des enfants ? à quoi bon les catéchiser ? à quoi bon souffrir ? à quoi bon vivre puisque nous allons tous mourir ?

Le 18 avril 2005 le cardinal Joseph Ratzinger, la veille du Conclave qui allait l’élire Pape Benoît XVI disait dans son homélie : « Tous les hommes veulent laisser une trace qui demeure. Mais qu’est-ce qui demeure? Pas l’argent. Même les constructions ne demeurent pas; les livres non plus. Après un certain temps, plus ou moins long, toutes ces choses disparaissent. L’unique chose qui reste pour l’éternité est l’âme humaine, l’homme créé par Dieu pour l’éternité. Le fruit qui reste est donc ce que nous avons semé dans les âmes humaines – l’amour, la connaissance; le geste capable de toucher le cœur, la parole qui ouvre l’âme à la joie du Seigneur. Alors, allons et prions le Seigneur, pour qu’il nous aide à porter du fruit, un fruit qui demeure. Ce n’est qu’ainsi que la terre peut être transformée d’une vallée de larmes en un jardin de Dieu. »

Il était une fois un roi qui avait quatre épouses. La quatrième était celle qu’il aimait et choyait le plus. Il aimait aussi sa troisième femme, et s’affichait avec elle dans les royaumes voisins, tout en craignant qu’elle ne le quitte pour quelqu’un d’autre. La deuxième femme était toujours plaisante, patiente et pleine d’égard. Il l’aimait aussi beaucoup. Elle était toujours là en cas de problème. Quant à sa première femme, le roi l’ignorait totalement, même si elle l’aimait profondément.

Un jour, le roi tombe malade et se meurt. Il se rend alors compte que malgré sa vie de luxe et ses quatre femmes, il va bientôt se retrouver tout seul. Il appelle sa quatrième femme :
– Toi que j’ai aimée par-dessus tout, que j’ai parée des habits les plus précieux, veux‑tu me suivre maintenant que je me meurs ?.
– Pas question » réplique‑t‑elle, avant de s’en aller.
Le roi reçoit sa réponse comme un coup de poignard au cœur et profondément attristé, se tourne vers sa troisième femme :
– Toi que j’ai aimée toute ma vie, veux‑tu me suivre maintenant que je me meurs ? »
– Non ! répond‑elle, la vie est trop belle ! J’en profiterai pour me remarier. » 
Le roi sent tout à coup son cœur flancher et se glacer. Il pose alors la même question à sa deuxième femme :
– Tu as toujours été là quand j’ai eu besoin de toi. Veux‑tu me suivre maintenant que je me meurs ?
– Désolée, dit‑elle, tout ce que je puis faire c’est t’accompagner jusqu’à ta tombe. »

Anéanti, le roi entend alors une voix : « Moi je viens avec toi et te suivrai où que tu ailles. » Il lève les yeux et aperçoit sa première femme, qui n’a plus que la peau sur les os. Profondément attristé par ce spectacle, le roi regrette de ne pas l’avoir mieux traitée en temps voulu.

Nous aussi, nous avons quatre femmes dans la vie :

  • La quatrième c’est notre corps : malgré tout le temps, l’énergie que nous lui consacrons, nous finirons par le laisser derrière nous.
  • La troisième, ce sont nos biens matériels, notre statut, notre argent : ils passeront à d’autres.
  • La deuxième, ce sont la famille et les amis : malgré leur fidélité, ils ne pourront au mieux que nous accompagner à notre dernière demeure.
  • La première enfin, c’est notre âme, si souvent négligée. Et pourtant, c’est la seule qui nous accompagnera où que nous allions.

23 novembre 2020
Oh ce Regard !

Il ne dit pas : Cette vieille qui met son obole dans le tronc pour les œuvres du temple est une superstitieuse. Il dit qu’elle est extraordinaire et qu’on ferait bien d’imiter son désintéressement.

Le cardinal Albert Decourtray archevêque de Lyon avait écrit une chronique célèbre intitulée :  « Jamais homme n’a respecté les autres comme cet homme.  Pour Jésus, l’autre est toujours plus et mieux que ce à quoi les idées reçues tendent à le réduire. Il voit toujours en celui ou celle qu’il rencontre un lieu d’espérance, une promesse vivante, un extraordinaire possible, un être appelé, par-delà et malgré ses limites, ses péchés et parfois ses crimes, à un avenir tout neuf. Il lui arrive même d’y discerner quelque merveille secrète dont la contemplation le plonge dans l’action de grâces. »

Une histoire juive nous aide à entrer dans cette bien-veillance, peut-être faudrait-il parler de « bien-voyance », cette capacité surnaturelle de voir chez l’autre d’abord le bien. De voir chez l’autre surtout le bien. Cette histoire se passe à une époque où des villages entiers étaient juifs.  ce village vient de perdre son rabbin. Il faut le remplacer. A qui demander ? On signale un homme encore jeune vivant avec son épouse très discrètement, et très pauvrement. Le conseil des anciens lui propose d’assurer la prédication. A cette première écoute, toute l’assemblée est subjuguée. Non seulement ce qu’il dit mais aussi ses silences et toute son attitude parlent du Seigneur. Evidemment, on le prend comme rabbin. On lui fait présider le Shabbat. Au cours du shabbat, on présente au président un kougel, un plat typique. Normalement le rabbin doit partager le plat, se servir et le distribuer à chacun. Mais voilà qu’à l’étonnement général, le nouveau rabbin se jette sur le plat et le termine goulûment. Il demande même qu’on lui apporte le moule et il dévore les débris restés collés sur le moule. Alors – parce qu’il n’y a qu’un pas du Capitole à la Roche Tarpéienne – on se moque de lui et on le ridiculise par un surnom : « le goinfre du kougel ». On le garde comme rabbin mais plus personne ne l’écoute. Il continue à étudier la Thora. Il passe sa vie dans l’anonymat. Un jour, lui aussi arrive au « Rendez-vous de tous les vivants », comme dit Job. Les anges l’accueillent, mais ils annoncent son arrivée au juge suprême avec le surnom « goinfre de kougel, goinfre de kougel ». L’âme du pauvre en est toute retournée : jusqu’ici ce surnom ridicule qui avait gâché sa vie le poursuit. On dépose tous les actes du goinfre du kougel sur la balance. Sur un plateau les mauvaises actions, sur le deuxième plateau les bonnes actions. Et voici que ce deuxième plateau descend et descend. Ensuite on apporte un livre, le livre sur lequel est écrit en lettres de feu le déroulement de la vie de chacun. Il était aussi consigné de quelle manière et pourquoi le surnom humiliant de goinfre de kougel lui avait été attribué. Il avait subi toutes les humiliations à cause d’un acte de bonté. Le kougel extraordinaire qu’on avait servi ce fameux soir n’avait pas le goût de la vanille et de la cannelle mais du pétrole. Il n’avait jamais dévoilé ce secret à personne car si quelqu’un avait su cela, la cuisinière qui était une pauvre veuve chargée d’une grande famille aurait perdu son emploi et sa subsistance. Mais grâce  au jeune rabbin, son erreur resta cachée à tous, même à elle même.

Le monde tient parce qu’il est rempli de ce genre d’actions. Notre œil est plus facilement exercé à prendre en défaut. L’amour venu d’en haut, patiemment, nous apprend à flairer l’existence de trésors de bonté et de beauté en l’autre.

Puissions-nous toute la journée imiter le Seigneur : il infuse la Bonté, sa bonté dans les êtres. En regardant les autres avec bien-veillance, avec bien-voyance, nous les ferons s’élever dans le Bien, dans le Bon, dans le Beau, dans de l’éternel.

Que la certitude de savoir qu’un regard de bienveillance est posé sur nous nous remplisse d’espérance. Un jour la vérité resplendira : peut-être avons-nous été mal jugés à certains moments de notre vie. Le Seigneur révèlera nos bonnes intentions et nos circonstances atténuantes. Les Elus sauront pourquoi ce jour-là nous n’avons donné que deux piécettes.


22 novembre 2020
Christ Roi

Dans la vie d’un catholique de Haute-Loire, il y a un passage incontournable. Il faut aller passer une journée à Ars, à moins de deux heures d’ici juste au-dessus de Lyon. Vous rencontrerez ce merveilleux prêtre saint Jean-Marie Vianney curé d’Ars dans les années qui ont suivi la révolution française. Il a failli ne jamais être prêtre car il était très faible à l’école ; il n’arrivait pas à apprendre le latin. Et pourtant il était d’une intelligence très vive et très malicieuse. Un exemple. Le supérieur du grand séminaire de Lyon ne l’aimait pas. Il regardait monsieur le curé Vianney de haut. Ce supérieur part à Ars et l’attend sur le petit passage entre l’église et la cure (trois mètres). Il arrête le saint curé. Il décline tous ses titres : supérieur, docteur en théologie, docteur en philosophie et en droit canon, etc.  et lui demande : « Que dois-je faire pour être un bon supérieur ? » Le curé d’Ars lui répond – en latin (!…) – : « Averte a malo et fac bonum : Évite le mal et fais le bien. » Monsieur le supérieur en est resté sur le derrière !

Evite le mal. C’est tout un travail ! Il faut beaucoup de prudence. Qui va sur inter-pas-net aura du mal à lutter contre certaines tentations et risquera de contracter la fièvre … acheteuse, ou la fièvre affectueuse ou la fièvre de la violence. Il faut de la prudence et l‘aide de Jésus. Il ne faut pas hésiter à dire : « Au nom de Jésus, je prends autorité sur cet agacement… Au nom de Jésus, je prends autorité sur ce mauvais désir… Au nom de Jésus, je prends autorité sur ce découragement. »

Mais quand nous serions en règle avec les commandements de Dieu et de l’Eglise, il reste encore à faire le bien. Une petite histoire raconte qu’après sa mort, une femme toute simple se sent soudain emportée dans la longue procession des personnes qui avancent lentement vers le Juge suprême. Au fur et à mesure qu’elle approche du but, elle perçoit de plus en plus distinctement les paroles du Seigneur. Elle entend ainsi Jésus dire à quelqu’un : « Tu m’as porté secours quand je gisais blessé sur l’autoroute et tu m’as transporté à l’hôpital, viens, entre dans mon Paradis ! Puis à un autre. « Tu as prêté de l’argent sans intérêt à une pauvre veuve, viens recevoir la récompense éternelle ! » Et encore : « Tu as fait gratuitement des opérations chirurgicales très difficiles. Tu m’as ainsi permis de redonner espérance à beaucoup de gens, entre dans mon Royaume ! » Et ainsi de suite. La pauvre femme est prise de frayeur. Elle a beau se creuser la tête, elle ne se souvient pas d’avoir accompli quelque chose d’exceptionnel au cours de sa vie. Elle essaie de quitter les rangs pour avoir le temps de réfléchir, mais sa tentative échoue. Un ange, d’un geste ferme, mais avec un beau sourire, la retient dans la longue file d’attente. Apeurée, le cœur battant très fort, elle parait enfin devant le Juge. L’aimable sourire du Seigneur a vite fait de la rassurer. Une immense confiance la submerge. « Tu as repassé toutes mes chemises, entre dans mon Bonheur ! » dit-il. A un autre il dira « J’étais triste et tu m’as fait rire ». Il nous est parfois bien difficile d’imaginer combien l’extraordinaire peut se vivre tout simplement dans l’ordinaire du quotidien. Chaque bonne action a valeur d’éternité. Et quelle belle motivation de savoir que Jésus se cache dans celui que nous aimons ! Un jour, un journaliste qui interviewait Mère Térésa lui dit : « « moi je n’ai jamais rencontré Dieu ». Mère Térésa lui dit « Comment vous n’avez jamais rencontré un pauvre ? ». Saint Vincent de Paul conseillait à celui qui était triste : « Va voir ton pauvre ». Et moi, dans ma vie, quel est le pauvre sous les traits duquel Jésus s’est déguisé pour me donner un avant-goût du Ciel ?


21 novembre 2020
Résurrection de la chair

Les sadducéens ne croyaient pas en la résurrection de la chair. Et nous ?

Les scientifiques estiment à 100 milliards le nombre de personnes qui ont déjà vécu sur la terre. La terre ne serait-elle qu’un vaste tombeau ?  Nous aurons toujours bien des raisons pour ne pas croire en la résurrection de la chair. Cela paraît tellement invraisemblable. Nous sommes dans la situation du bébé avant la naissance ; il ne peut pas imaginer une vie en dehors de l’enveloppe du liquide amniotique, et sans le cordon ombilical. Nous sommes comme la petite larve dans l’étang à qui il est impossible de s’imaginer petite libellule ; ou bien comme la chenille qui est incapable de penser qu’elle pourrait bien devenir papillon. Et pourtant c’est vrai.  En effet comme pour Jésus, nos corps sont destinés, à la résurrection glorieuse.  Le Concile de Florence définit que « L’âme est la forme du corps ». La « forme » est ce qui donne l’information. Je suis une information vivante, c’est la même chose que de dire : « je suis une âme ». Pour comprendre prenons une comparaison. Il nous est arrivé de passer dans une ville comme le Puy ou Lyon dans un quartier historique. Un jour vous voyez avec peine que l’on a détruit la maison du XVIIIè. Quel dommage ! On a mis des étais pour que les deux maisons d’à côté ne s’écroulent pas. Et puis un an plus tard, on repasse. Et voilà la maison reconstruite… !!! Et l’architecte explique : « Oui, tout a été démoli mais on a reconstruit : on a creusé des caves très profondes, on a mis des isolations thermiques, on a farci d’électronique, de domotique mais on a reconstruit la maison parce qu’on avait l’information, les plans. » Et bien cette maison c’est nous ressuscités. La mort va tout démolir, mais il va rester le plan, l’information. C’est notre âme, « une information vivante ».

Mieux que cela, en fait. Au ciel, nous nous reconnaîtrons par le signe de l’Amour. De quoi s’agit-il ? Pensons à l’apôtre saint Thomas ; il est le plus croyant des apôtres parce qu’il ne demande pas de voir le visage de Jésus mais les signes de sa crucifixion. Il a touché l’humanité et il a confessé la divinité. Au Ciel, nous nous reconnaîtrons par les signes de l’Amour. Témoignage d’un ami prêtre : « J’entendrai longtemps les bruits des talons de ma maman qui court vers un métro alors qu’elle nous a laissés, mes frères et moi, chez la nounou. Elle était pressée mais elle se retournait encore pour nous faire un petit coucou. » Une sociologue allemande a écrit avec malice que les gens du Moyen-Age vivaient beaucoup plus longtemps que nous. Nous avons une espérance de vie de 80 ans. Eux ils vivaient quarante ans et toute l‘éternité ! Oui, la terre n’est pas qu’un vaste tombeau. C’est un aéroport, une piste d’envol pour mettre sur l’orbite de l’éternité ceux dont l’ambition est de devenir des saints, des êtres qui finiront par ne faire qu’aimer et se laisser aimer.


20 novembre 2020
D’un Temple à l’autre

Saint Luc est le plus succinct des quatre évangiles pour nous raconter l’épisode des vendeurs chassés du temple. Pourquoi notre Jésus doux et humble de cœur a-t-il pris le fouet ?  à son procès on lui reprochera d’avoir prétendu qu’il pouvait relever le temple en trois jours. Saint Jean précisera qu’il parlait de son corps.

Le geste de Jésus, ce jour-là, n’est pas qu’un mouvement de sainte colère. Ce geste fort s’inscrit dans la ligne des gestes des prophètes :

  • Jérémie avait déambulé dans les rues de Jérusalem avec un joug sur les épaules pour supplier le peuple d’accepter de se soumettre à Babylone.
  • Quand saint Jean-Paul II embrassait le sol à ses descentes d’avion, que disait-il ? Peut-être quelque chose sur la souveraineté de chaque peuple.

Pour bien comprendre la prophétie gestuelle, audio-visuelle, de Jésus, il faut se rappeler à quoi servait le Temple de Jérusalem.

1200 ans avant, a été scellée l’Alliance sur le Sinaï. Ce jour-là, Moïse a proclamé la Loi des Dix Paroles. Le Peuple a répondu solennellement qu’il les mettrait en pratique. Moïse a fait sacrifier des taureaux sur un autel de pierres. Il a pris de ce sang, en a aspergé le peuple en disant : « Ceci est le sang de l’Alliance que le Seigneur a conclue avec vous. » Le Temple a pour fonction de faire entrer et de maintenir dans cette alliance toutes les générations (y compris les défunts, comme nous le raconte le Livre des Maccabées – qui n’étaient pas des morts comme on pourrait le penser (… !) mais une famille de résistants très courageux.). Pour cela on offre des sacrifices d’animaux, on chante les psaumes, on lit la Parole du Seigneur. Le problème : à cause du péché, toute ces pratiques sont insuffisantes pour permettre à l’homme de demeurer en présence du Seigneur.

Le temps est venu de conclure une alliance nouvelle et définitive. Jésus va proclamer la Loi nouvelle et le sang va être répandu, non pas du sang de taureaux, mais le sang de Dieu le Fils ! L’Alliance ne va pas se limiter à un Peuple mais va être élargie à tous les hommes.

Le Nouveau Temple qui va être construit en trois jours, c’est quoi ? C’est la nouvelle liturgie  qui va dispenser les flots de grâce jaillis du sacrifice du Corps du Christ sur la croix. Alors pour sourire, voici quelques mots d’enfants qui disent à leur manière l’importance du nouveau culte  qui donne accès à Dieu le Père.

Une maman raconte qu’un jour, elle a surpris son petit garçon en train de jouer au « prêtre qui dit la messe » avec un copain de son âge. Il avait installé une petite table  au bas de l’escalier qui partait du salon pour rejoindre les chambres.  Tout allait bien jusqu’au moment où son petit copain lui dit qu’il est lassé de faire seulement le servant de messe.  Le petit garçon le réprimande sèchement: « Il n’y a que moi qui ai le droit de prêcher ! Toi tu ne sais pas faire ! C’est à moi de prêcher ! » Alertée par les cris, la maman intervient. Elle explique à son fils que les règles de l’hospitalité lui imposent de permettre à son copain de prêcher lui aussi. Mécontent, le petit garçon se met à bouder. Puis soudain son visage s’illumine. Il monte sur la plus haute marche et répond : « O.K., il peut faire le prêtre. Moi je ferai Dieu ! ». Ce petit garçon avait raison (… !) Il nous faut avoir beaucoup d’ambition.

A la messe, une grand-mère surveille de près son petit-fils plutôt remuant. Au moment de la consécration : « Attention, tiens-toi tranquille, le petit Jésus va venir. » Et à ce moment-là, l’enfant de choeur agite la sonnette. Alors le petit se lève sur ses pieds et regarde entre les épaules des gens : « Il vient à vélo ?! »…

« Il est grand le Mystère de la Foi ». C’est par l’humanité du Christ, c’est par le Corps de Jésus « né de la Vierge Marie, qui a souffert sous Ponce Pilate, qui est ressuscité à jamais » que l’Esprit-Saint est répandu dans le cœur de tous les hommes de bonne volonté, fussent-ils hindous, musulmans. C’est par un corps que nous sommes sauvés, c’est par un corps que nous recevons la plénitude de l’Esprit-Saint. Il est « Le Christ » (participe passé du verbe oindre, en grec) « le Messie » (participe passé du verbe oindre, en hébreu). Le Christ est celui qui est tellement rempli de l’Esprit-Saint qu’il peut le répandre abondamment sur tous ceux qui s’approchent de lui avec confiance et amour.

Dieu n’a pas deux circuits de distribution, tout passe par le Corps de Jésus. Nous sommes sauvés par un corps né du ventre d’une femme. Il y a eu un peu de potassium, de calcium, de magnésium qui ont été le potassium, le calcium de Dieu, c’est dingue et c’est vrai ; « incroyable mais vrai » dirait l’autre. C’est par le corps du Christ que nous sommes sauvés, c’est par le corps du Christ que nous recevons la plénitude de l’Esprit-Saint.


19 novembre 2020
Passages de Dieu

Jésus a pleuré trois fois : devant le tombeau de son ami Lazare (Il pleurait devant nos morts inhumaines), à Gethsémani durant son agonie (devant sa Passion et devant nos souffrances), et devant Jérusalem (devant notre cœur fermé à triple tour par les trois péchés fondamentaux : l’orgueil, l’égoïsme et le mensonge). Il est peiné parce que, dit-il : « tu n’as pas reconnu le moment où Dieu te visitait ».

Aujourd’hui nous ferons la joie de Jésus en reconnaissant ses passages. Comment repérer ses passages ?

Chaque jour, une famille confiait à leur jeune garçon le soin d’aller faire manger la chèvre. Et tous les soirs elle revenait visiblement rassasiée, épanouie, et surtout pleine de bon lait crémeux, savoureux. A vrai dire, le garçon ne s’inquiétait pas tellement de la chèvre. Il préférait grimper aux arbres, faire du feu, bâtir des cabanes et explorer la forêt. Mais un jour il eut la curiosité de savoir où sa chèvre partait brouter. Il grimpe dans un arbre et la surveille discrètement. Dès qu’il la voit partir, il saute de l’arbre et court après elle. Car elle gambade vite. Elle s’enfonce dans la forêt. Il a du mal à la suivre. Sa veste s’accroche aux buissons. Il finit par perdre ses sandales. Il se blesse méchamment un genou. Mais il ne la perd pas de vue. L’un et l’autre continuent de courir.

Finalement, il la voit disparaître entre deux rochers. Il la suit et se retrouve alors dans un endroit merveilleux, plein de lumière, exubérant de verdure, de fontaines, de couleurs. Il comprend qu’il vient de trouver une entrée secrète au Paradis. Généreux, il pense aussitôt qu’il va pouvoir aller le dire à sa famille et même à tout le village. Mais un ange saisissant sa pensée lui dit qu’il ne peut pas sortir du Paradis. – « Et la chèvre alors ? » – « Elle, elle ne parle pas. » Et comme l’ange lui assure qu’il peut lui confier un message, il sort de sa poche un crayon et un bout de papier sur lequel il écrit : « J’ai trouvé l’entrée du paradis, suivez la chèvre, elle vous y conduira » Il roule le papier du mieux qu’il peut et le coince derrière l’oreille de la chèvre en se disant que, dès qu’ils la caresseront, ils trouveront le message.

Ce soir-là, la chèvre revient toute seule au village. On s’inquiète, on appelle, on organise une battue, on finit par retrouver la veste accrochée à un buisson, les sandales, et quelques traces de sang. Mais pas l’enfant.

Rentré au village, on comprend qu’il ne reste plus qu’à organiser la cérémonie des funérailles. Pour cela il faut faire le sacrifice d’un animal. Ce sera la chèvre. Et c’est en lui tranchant la gorge que l’on voit tomber le message… Trop tard, une simple caresse les aurait conduits au paradis.

Dieu nous crée, c’est-à-dire qu’il nous tient dans l’existence par sa Toute-Puissance. Il nous sauve par sa toute faiblesse. Il est là où on sert son Œuvre. 

Tout récemment, nous préparions les funérailles d’une personne de 90 ans environ. Une de ses filles se met soudain à dire, les larmes aux yeux : « Où est Dieu ? Maman a tellement prié dans sa vie et elle n’a pas été exaucée. Depuis cinq ans elle traîne chez elle ou dans les hôpitaux. » Nous l’avons laissé dire sa peine. Puis un moment après nous avons pu lui faire remarquer : « Votre maman a largement été exaucée : Dieu lui a envoyé sa fille c’est-à-dire vous-mêmes. Vous nous avez dit tout ce que vous faites pour elle depuis que votre papa est décédé. Il est clair que vous êtes la réponse de Dieu à ses prières. » Tout au long de la journée Le Seigneur va nous visiter. Son Amour va nous servir ; il faut repérer ses grâces. Son amour va passer à travers nous : il faut bien guetter ses appels.


18 novembre 2020
Que Jésus règne

« Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous. » Est-ce que ce n’est pas le drame de notre société : nos contemporains, dans une réaction « adolescentrique » refuse l’autorité de Jésus qui a pourtant fait ses preuves en matière de droit de l’homme, de droit des femmes, de droit des enfants, de droits des malades, de droits des marginaux, de droits des isolés, des captifs, etc. Le chrétien est une personne qui veut que Jésus règne sur lui, qui fait tout pour cela. 

Est-ce si facile ? Les Corses ont suffisamment d’histoires pour que nous puissions les taquiner. Rappelons-nous aussi que les stéréotypes, c’est bien pratique !

Nous sommes au bistrot d’un petit village. Alors qu’il y a déjà beaucoup de tables occupées, entre un aveugle avec ses lunettes noires et sa canne blanche. Il va s’asseoir à sa place habituelle. Le barman s’approche de lui. L’aveugle a repéré qu’il y a dans le bistrot quelqu’un qui n’est pas du village et il demande à voix basse : « Doumé, qui c’est ce gars avec l’accent qui n’est pas de chez nous ? »  Et le barman lui dit : « Eh bien, figure-toi que c’est Jésus » « Oh, dit le malvoyant porte lui un café de ma part ».

Un moment après, entre dans le bar un gars sur un fauteuil roulant. Dès qu’il entre il aperçoit au fond de la salle ce beau jeune homme d’une trentaine d’années, belle barbe, très beaux cheveux longs… Et comme il demande au barman qui est ce nouveau venu, il a la surprise de s’entendre dire que c’est Jésus… « Jésus lui-même ?! » « Oui, c’est Jésus » « Oh, écoute, offre-lui une liqueur de châtaigne de ma part ».

Quelques minutes plus tard arrive dans le bar un villageois d’une quarantaine d’années. Lui ne semble pas avoir de handicap particulier. Lui aussi repère tout de suite cet homme qui n’a pas du tout le type ni l’accent corse. Discrètement, il se renseigne auprès du barman. Et quand il apprend que c’est Jésus, il lui fait porter de sa part un pastis.

Un moment plus tard, Jésus se lève. Il s’approche de l’aveugle et lui dit : « Je te remercie infiniment pour le café. Cette attention m’a beaucoup touché ». Et comme il donne une petite tape amicale sur le dos de l’aveugle, voici que cet homme retrouve la vue. Jésus s’approche ensuite du jeune homme sur son fauteuil roulant et lui dit : « Mille mercis pour la liqueur. En vérité je te le dis, qui aura donné un simple verre d’eau fraîche à l’un de ces petits qui sont les miens ne perdra pas sa récompense ». En disant cela, il le prend par les épaules. Et voilà que le paralysé ressent une grande chaleur dans son corps. Il retrouve aussitôt l’usage de ses jambes ! Jésus s’approche enfin du troisième qui avait eu une attention pour lui. Mais celui-ci lui dit : « Ne me touche pas, je suis en arrêt maladie ».

C’est une « blagounette ». Mais elle peut nous faire réfléchir. Souhaitons-nous vraiment l’action de Jésus sur nous ? Sommes-nous vraiment prêts à le laisser agir en nous ? Avons-nous suffisamment confiance en lui pour lui laisser les clefs de tous les secteurs de notre vie : notre façon de gérer internet, notre façon de conduire, l’usage que nous faisons de tous les biens à notre disposition, notre façon de veiller sur notre santé, sur notre équilibre. Se laisser toucher par Jésus n’est peut-être pas aussi évident que cela ! Il est important de Le laisser régner en nous, car il y a un enjeu personnel, notre guérison, notre sanctification. Il y a un enjeu aussi pour le monde.

Le Père Caffarel le disait avec la fable du violoniste. Nous sommes à la fin d’un concert, le « one-man-show » d’un violoniste. Les applaudissements éclatent tandis que le rideau tombe. Ils redoublent d’enthousiasme. Le violon – oui, l’instrument (c’est une fable) – vient sur le devant de la scène, fait une révérence et, désignant le violoniste timide qui se tient à l’écart s’adresse au public : « Je souhaite que vos félicitations aillent également à monsieur ; je dois à la vérité de reconnaître que privé de son concours je n’aurais pas aussi bien réussi. »

Permettez-moi de faire savant quelques secondes… En théologie, on distingue l’Amour « quod » et l’amour « quo ». Souvent, et nous avons bien raison, nous imaginons Dieu face à nous, et nous le prions, nous lui disons merci, nous lui faisons des demandes, nous lui demandons pardon. Il est l’Amour « quod », l’Amour que nous offensons, que nous prions, que nous célébrons, que nous louons, que nous remercions. Mais il n’est pas seulement l’Amour « quod », l’amour que nous aimons. Il est aussi l’amour « quo », l’amour par lequel nous aimons. Le chrétien sait qu’il n’est qu’un instrument, et il en fait sa joie… Il est un canal de l’Amour de Dieu et cela fait son bonheur et son espérance : Dieu peut donner beaucoup à son insu, à travers lui. Au fond, l’humanitaire c’est – dans le meilleur des cas – « l’affaire de l’homme avec le concours de Dieu… » Tandis que la charité chrétienne c’est « l’affaire de Dieu avec le concours de l’homme. »

Il règne dans les cieux qu’il règne sur la terre !


17 novembre 2020
Zachée

La rencontre de Zachée avec Jésus est devenue le prototype de la conversion chrétienne. Pourquoi ? Elle a eu lieu à Jéricho. Cette ville est la plus basse du monde, à moins 400 mètres au dessous du niveau de la mer. N’est-ce pas un signe supplémentaire de l’abaissement du Seigneur ? Il est venu chercher et sauver ceux qui sont au plus bas. Zachée, lui, était monté sur un sycomore. Il représente bien l’homme qui se cherche facilement des piédestaux, des podiums, des tribunes, des mises en valeurs, des faire-valoir, des ascensions sociales, … (Et nous n’avons pas tous l’humour de Winston Churchill, le célèbre Premier Ministre anglais pendant la guerre 39-45. Un  jour, il assistait à l’inauguration de sa propre statue. « Quelle impression éprouve-t-on ? » lui demande un ami. « Je ne peux vous dire qu’une chose, répond-il. On regarde les pigeons d’un tout autre œil. »)

Spontanément, l’homme cherche à s’élever. Dieu s’est abaissé. Essayons de nous émerveiller devant ce mystère. Le livre qui a fait connaître Christian Bobin s’intitule « Le Très-Bas ». Dieu est le Très-Haut, bien sûr, puisqu’il crée tout continuellement. Mais ce que nous révèle l’évangile – et qui est proprement incroyable, quand on y pense – c’est qu’ « il est descendu aux enfers ». C’est à dire au cœur du malheur.

Comment définir au mieux le lien entre Jésus et tous les « zachées » qui le rencontrent ? D’un ami à un ami ? C’est vrai (ce qui était dit seulement de Moïse est vrai pour chacun désormais).  D’un amoureux à son amoureuse ? C’est vrai (relisons le Cantique des Cantiques, et Sophonie : « Il dansera pour toi avec des cris de joie »). Mais c’est encore plus que cela, il s’agit d’une greffe.  La greffe, c’est quelque chose d’assez fascinant. Même si nous ne sommes pas jardiniers, nous en connaissons le principe. Pour réaliser une greffe, il faut un tronc, que l’on appelle le porte-greffe, et un greffon. Depuis longtemps, mon père aime beaucoup greffer. Il y a plusieurs techniques, mais en gros, on fait une incision entre l’écorce et le tronc et on y glisse le petit greffon taillé en biseau. Il y a deux blessures l’une contre l’autre. On les entoure d’un mastic spécial et d’un peu de raphia, une espèce de pansement. Quelques jours plus tard, le greffon se met à bourgeonner. Il va être envahi par la sève du porte-greffe et il va pousser, grossir et un jour se mettre à fruits. Avec mes frères, nous étions tellement fascinés devant ce miracle du jardinage que nous avions essayé de greffer des genêts avec de la pâte à modeler et de la ficelle. Évidemment, cela n’avait pas marché, mais qu’une petite branche morte reprenne vie, cela a de quoi nous émerveiller.

Cependant, dans la comparaison avec la vie chrétienne, il y a une différence. Dans le jardinage, c’est le greffon qui permet à un arbuste sauvage sans intérêt de produire de bons fruits. Dans le baptême, c’est au contraire le porte-greffe qui change la nature du greffon. « Sans moi vous ne pouvez rien faire » : Jésus est l’arbre de vie qui a dans ses mains et dans son côté les incisions pour accueillir les greffons. Par le baptême, la greffe est réalisée. À partir de ce moment-là, le cœur du chrétien est irrigué par l’Esprit de Jésus, par sa sève d’Amour et de Lumière. On comprend alors qu’il ait pu dire : « Vous ferez les mêmes choses que moi, vous en ferez même de plus grandes. »

La greffe suppose deux blessures, l’une au greffon, l’autre au porte-greffe, et que les deux blessures soient placées l’une sur l’autre. Tout le mystère est là. Il y a la blessure de la passion de Dieu qui est à notre recherche. Et puis il y a la blessure de notre passion, de notre vie. Un cœur blessé contre un cœur qui cherche la vie, c’est ainsi que la greffe de Dieu peut prendre dans l’humanité. Conclusion : surtout n’ayons pas peur de nos « blessures »…

Voici un petit conte qui le dit autrement. Un Prince possédait une pierre précieuse magnifique dont il était fier à l’extrême. Un jour, par accident, ce joyau fut profondément rayé. Le Prince convoque alors les spécialistes les plus habiles pour remettre en état la pierre précieuse. Malgré tous leurs efforts, ils ne peuvent pas effacer la rayure (et l’on sait combien on peut être attaché à une pierre précieuse). Mais un jour, arrive dans le pays un tailleur de pierres précieuses d’un génie inégalé. Avec douceur, ténacité, art et patience, il prend la pierre et taille le diamant en forme de rose. Il est assez habile pour utiliser la rayure, l’égratignure, afin d’en faire la tige même de la rose de telle sorte que la pierre précieuse apparut, après la reprise, infiniment plus belle, plus magnifique qu’elle ne l’était auparavant.

Dans la pierre précieuse, nous pouvons nous reconnaître nous, blessés par un événement. Le tailleur de pierres, c’est Jésus. Le Prince, c’est Le Père. La cassure, la rayure, l’égratignure qui normalement dévalorisait tout, ce sont nos faiblesses, nos blessures, nos péchés, notre passé – celui dont on n’est pas très fier, qui est lourd à porter. La rose, c’est l’existence nouvelle, infiniment plus belle après la Rencontre avec Jésus qu’avant. C’est la manière dont désormais Dieu nous voit, nous recrée, nous porte, nous aime. A nos yeux, une rayure est une rayure, une blessure est une blessure, une égratignure est une égratignure. Cela fait mal et c’est tout. Il y faut autre chose : une main de tendresse, de respect, de bonté. Il y faut la main, le regard de Jésus, un amour venu d’ailleurs, le regard du Tailleur de pierres précieuses.


16 novembre 2020
Si le Christ revenait

Si le Christ revenait ? Il continuerait.

Vous me dites ce qu’Il a fait, mais veuillez un instant,  pour une fois, dresser le bilan de ce que le Christ n’a pas fait.

En trois ans de Galilée, Il a guéri trois paralytiques. Admettons que les Évangélistes n’aient pas donné le détail complet, et supposons douze guéris. Mais dans cette époque sans hospices, Il a trébuché dans les ruelles de Jérusalem sur des centaines de grabats. Sur les routes de Samarie, le Christ a croisé des milliers de paralytiques. Il aurait pu aussi, d’un mot, les guérir un par un. Il ne l’a pas fait.

L’aveugle‑né, pour le guérir, Notre‑Seigneur a mélangé de la boue avec de la salive. Il aurait pu employer de la pénicilline, en dévoiler la formule. Avec ce médicament révélé, quel gain pour des millions de malades qui, sans lui, ont dû souffrir jusqu’au XXe siècle. Quel adoucissement pour l’humanité souffrante : une phrase suffisait. Ce geste, Il aurait pu le faire. Il ne l’a pas fait.

Le Christ aurait pu écrire un livre. Quel écrivain unique Il aurait été! Quel texte précieux pour l’humanité! De sa propre main, le Verbe aurait pu écrire au moins une page, une phrase. Quelle incomparable relique! On viendrait visiter, du monde entier, la vitrine où serait exposé le parchemin avec l’écriture même du Seigneur Jésus. Il aurait pu écrire un volume indiscutable, un texte indiscuté des exégètes. Il ne l’a pas fait.

Il a parlé pendant trois ans. Pourquoi pas six ou neuf ans? Au lieu d’envoyer Pierre et Paul à Rome, pour un séjour dont nous savons si peu, Il aurait pu faire le voyage Lui‑même, entrer au Palatin, dialoguer avec César, implanter Lui‑même son Église au cœur même de cet Empire Romain. Cela gagnait des siècles à l’Église et cela lui gagnait à Lui‑même des âmes par millions. Il aurait pu le faire. Il ne l’a pas fait.

Mais je tiens à a méditation sur « ce que le Christ n’a pas fait » parce que je pense au vertige de tant d’âmes authentiquement charitables : justement, parce qu’elles voient mieux la misère du monde, elles risquent de céder au découragement dès qu’elles font le bilan, le maigre bilan de leurs réalisations.

Le responsable national ou international d’une entreprise charitable, le délégué diocésain ou le représentant très local d’une œuvre secourable sont à la merci de ce vertige. La fin de l’année, la simple lecture des nouvelles du monde entier ou l’examen clair de sa propre conscience provoquent ce bilan et cet effroi. Devant les gigantesques statistiques de la famine, du froid, de la misère publique ou secrète, de l’esclavage nommé ou déguisé, que l’aveu de nos bilans personnels conduise à se donner plus, mais qu’il ne paralyse point.

Méditons sur les quelques miracles de l’Évangile, bien sûr. Sur tout ce que le Seigneur a fait. Mais aussi, je vous prie, sur ce qu’Il aurait pu faire et qu’Il n’a pas fait. Du travail, oui, mais à l’échelle de nos humaines dimensions: ne pas vouloir tout faire…


15 novembre 2020
Journée du Secours Catholique et des pauvres

Une jeune fille, Alexandra, était entrée au monastère. Quand on devient sœur, c’est comme un « coup de foudre ». Elle était tombée amoureuse de Jésus et savait que sa place était dans ce monastère. Cette sœur mettait beaucoup d’application à apprendre la vie religieuse. Il n’y avait qu’une chose qui l’ennuyait : elle n’avait pas assez à manger. Alors le soir, quand toutes ses sœurs étaient couchées, elle allait à la réserve se couper de bonnes tranches de pain et de fromage. Mais la sœur économe s’aperçoit que de la nourriture disparaît. Elle va le dire à la supérieure, Mère Abbesse. Et Mère Abbesse, un soir va se cacher derrière les boîtes de conserve. Et quand sœur Alexandra arrive, pour lui faire peur, Mère Abbesse commence par se racler la gorge. Sœur Alexandra sursaute, laisse tomber le couteau et reste figée. Pour l’impressionner encore plus, Mère Abbesse prend sa voix la plus grave et se met à dire : « C’est le diable… » A ce moment-là, sœur Alexandra : « Ouf ! j’ai cru que c’était Mère Abbesse. »

Frères et sœurs, quel est le point commun entre la première lecture qui vante la femme parfaite, le psaume et l’évangile ? La femme parfaite « craint le Seigneur », dans le psaume celui qui « craint le Seigneur » est dit heureux, et celui qui a enterré son talent dit qu’il « a eu peur ». 

Il y a donc une peur qui nous paralyse et une crainte qui nous transforme en bénédictions vivantes !  Des peurs nous en avons plein : peur de perdre l’affection de ses parents et de ses proches ; peur d’être isolé ; peur de se sentir marginalisé par le groupe ; peur du ridicule ; peur d’avoir honte ; peur de ne pas être normal ; peur de ne pas réussir ; peur d’être en dehors des normes reçues, etc. Mais il y en a une fondamentale : peur de Dieu, peur qu’il nous en demande trop. Donc la peur vient du diable, mais la crainte de Dieu vient de Dieu, comme la foi. Qui a la crainte de Dieu n’a qu’une peur, celle de lui faire de la peine, c’est à dire la crainte de l’offenser par nos péchés. Un enfant peut avoir peur de son papa violent. Il peut aussi avoir la crainte de causer des soucis à son papa. Ce n’est pas la même chose. Qui a la crainte de Dieu est d’abord dans l’émerveillement devant sa grandeur, sa beauté, son immensité, sa « Gloire ». Qui a la crainte de Dieu est ensuite à son écoute ; c’est ainsi qu’il peut découvrir les talents qui sommeille en lui.  Qui a la crainte de Dieu prend surtout conscience de la confiance extraordinaire qu’il nous fait ; alors il développe ses talents quitte à prendre des risques parce qu’il sait que son Papa du Ciel le récupèrera toujours. La « trouille » de Dieu conduit à la fuite, à la révolte, à la démission. Au contraire la crainte de Dieu conduit à la délicatesse de cœur, à la disponibilité, à la mission. Quand on entre dans la crainte de Dieu c’est comme une vanne qui s’ouvre. Regardez dans la vie de  Tim Guénard ; il est devenu un époux, un papa plein de tendresse, un éducateur plein d’ingéniosité, un évangélisateur infatigable  à  partir du moment où il a découvert la crainte de Dieu. Conclusion: conjuguons nos talents pour permettre aux autres de découvrir la source de notre attitude en toute circonstance: la crainte de Dieu, et de Dieu seul. Amen


14 novembre 2020
Prière de demande

Il faut que Jésus veuille vraiment nous encourager à la prière de demande Jésus pour aller jusqu’à se comparer à un juge dépourvu de justice et comparer la personne qui prie à une veuve casse-pied !

Certains pensent volontiers que demander, c’est manquer de respect à Dieu, puisqu’il sait bien nos besoins. D’autres disent : « J’ai prié, prié, prié, et je n’ai vu aucun résultat. »

On raconte l’histoire vraie de ce professeur de séminaire. A l’époque, il y avait des cours de « cas » – des cas difficiles exerçant la sagacité des étudiants. Question : « Si un cultivateur demande de la pluie, et un vacancier du soleil, que va-t-il se passer ? » Le séminariste britannique, qui faisait ses études en France, et qui était toujours au fond de la classe, avec son accent et son humour inimitables, répond : « Cela va faire du brouillard ! »

Est-ce que prier, cela voudrait dire faire pression sur Dieu jusqu’à ce qu’il craque ? Ce n’est pas évident !

Et pourtant, Jésus nous y encourage ! « Demandez et vous recevrez » (Mt 7, 7-11) « Ce que vous demandez avec foi vous l’obtiendrez » (Mt 21, 22) « Si deux d’entre vous, sur la terre s’unissent pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux » (Mt 18, 19) « Quand vous priez dites… : donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour » (Mt 6, 11) Et l’évangile est rempli de ces prières très simples que Jésus a exaucées : « Fais que je voie ! Aie pitié de moi ! Guéris mon fils ! Sauve-nous ! » et même « Ils n’ont plus de vin ! »

Il y a une façon de demander. Peut-être avez-vous lu Manon des sources de Marcel Pagnol. Il y a dans ce roman une homélie extraordinaire. Le Père curé dit notamment : « Il y en a qui sont inquiets pour les jardins, d’autres pour la prairie, d’autres pour les cochons, d’autres parce qu’ils ne savent plus quoi mettre dans leur pastis ! Ces prières que vous avez la prétention de lui faire entendre, ce sont des prières pour les haricots, des oraisons pour les tomates, des alléluias pour les topinambours, des hosannas pour les coucourdes ! ça ne peut pas monter au ciel, parce que ça n’a pas plus d’ailes qu’un dindon plumé. »

Nous ne nous adressons pas à un distributeur automatique, ni à un agent administratif qui devrait nous faire notre droit, ni à Zorro. Nous nous adressons à un Père.

Cette histoire vraie s’est passée au temps des grandes journées de batteuse. Aujourd’hui, avec les moissonneuses batteuses, on n’imagine pas ce que représentaient ces journées de battage. C’était à la fois un travail très pénible et un grand moment de convivialité, même de fête pour tout un village. Les hommes avaient chacun leur poste à la batteuse. Les femmes se levaient tôt pour préparer le grand repas pour tous. Ce matin-là – pas de chance pour cette ferme – il se met à pleuvoir. Pas une simple averse mais une pluie fine et drue qui promet de durer. Parmi les femmes réunies pour préparer le repas, il y a une servante qui est connue pour sa discrétion et sa piété. Elle ne parle pas beaucoup mais elle est efficace et ne manque pas ses prières ni sa messe. Les hommes lui disent alors :

  • « Eugénie, vous qui êtes bien avec le Bon Dieu, demandez-lui pour nous d’arrêter la pluie. »
  • Elle a répondu : « Vous savez la prière, c’est comme les sous, il vaut mieux en avoir toujours un peu d’avance… »

Il est bon de demander, d’appeler, de supplier. Mais notre prière n’a pas pour but d’influencer Dieu, ou de l’informer, ou de capter son attention et ses bonnes grâces : Lui-même nous aime et sait ce dont nous avons besoin. A celui qui se plaint : « Pourquoi ne suis-je jamais exaucé ? », on peut répondre par ce jeu de mots : « Le plus important n’est pas d’être exaucé, mais d’être « exhaussé ». » La prière est là pour nous élever au-dessus de nous-mêmes.

« Nous demandons à Dieu ce qu’il nous plaît. Il nous donne ce qu’il nous faut. » (Léon Bloy.)


13 novembre 2020
Irruption de Dieu

Un des messages de l ‘évangile d’aujourd’hui pourrait être que l’irruption de Dieu dans nos vies est toujours une surprise mais qu’il faut s’y préparer.

Dans le diocèse nous conservons les anecdotes du Père Jolivet. Il était connu pour être très distrait. Ainsi un jour, il prêchait une retraite à des enfants de la communion solennelle, des jeunes de 12 ans ; il leur disait : « Il faut toujours se tenir prêt. J’ai bien connu un jeune : ce jour-là, il avait étudié, joué, mangé, fait du sport, comme les autres jours. Le soir il s’est couché. Mais le lendemain, il s’est réveillé mort.

L’expression est souriante. Mais l’actualité avec les attentats terroristes et les morts de la covid nous prouve que même en 2020, même sans faire d’excès de vitesse, même sans conduite à risque, on peut plier bagage beaucoup plus vite que prévu.

Que faire ? Je me rappelle une histoire qui m’amusait beaucoup lorsque j’étais en CM2, on disait alors la « septième ». Cette histoire de notre livre de lecture était illustrée par une image. Un coiffeur malicieux avait affiché sur sa devanture ce petit écriteau : « Demain, on coupe les cheveux gratis. » On imagine un client qui arrive devant le salon de coiffure. En voyant l’affiche, il se dit que ses cheveux peuvent très bien attendre un jour de plus. Il revient le lendemain tout heureux à l’idée de gagner le prix d’une coupe. Mais le coiffeur triomphant lui montre l’écriteau : « Demain » Le client comprend alors que demain, cela veut dire jamais…

Parfois on me demande : « mais que ferons nous au Ciel toute une éternité ? La question est importante car comme disait Woody Allen l’éternité c’est long, surtout vers la fin ! Que ferons nous : nous avons du mal à nous imaginer en dehors de l’action, du « faire quelque chose » ; Or, au Ciel nous ne ferons rien : nous aimerons et nous nous laisserons aimer. Nous sommes donc sur terre pour ces deux apprentissages : aimer et se laisser aimer, servir et se laisser servir, laver les pieds des autres et se laisser laver les pieds par les autres. Pour servir, il faut triompher de notre égoïsme. Pour se laisser servir, il faut triompher de notre orgueil ? Etes-vous égoïste ou orgueilleux ? Les deux mon capitaine !

Reconnaissons qu’avoir Jésus comme coach nous aide beaucoup pour relever ces deux défis ! Il nous ramène toujours à l’essentiel. Le prendre comme sauveur nous évite de nous décourager car nos sorties de pistes avouées, nos écarts reconnus, il en fait l’occasion de nous rapprocher de lui. Les prêtres, nous allons essayer de vous proposer des permanences de confessions, ou simplement d’accueil dans nos églises. A Saint-Laurent c’est tous les après-midis de16h à 18h. Aux Carmes, tous les matins de 10 h à 11h.

Pour vous encourager, une petite anecdote authentique.

Le Père Binet raconte qu’il avait été appelé en renfort de l’aumônier pour confesser les carmélites de Dijon.  Le jour dit, il arrive à l’entrée du Carmel et tombe sur le jardinier. Celui-ci lui tend la perche pour qu’il dise ce qu’il vient faire.
– Je viens confesser les sœurs.
– Ah bon, mais elles ont bien un aumônier !
– Oui, mais dans sa sagesse, l’Eglise permet aux religieuses d’avoir le choix entre deux prêtres.
– Ah bon ?! Enfin ce sont vos affaires !
Un mois plus tard, le Père Binet revient. Il tombe de nouveau sur le jardinier qui lui dit tout étonné : « Elles ont recommencé ?! » Oui, même si nous recommençons, Le Seigneur nous rattrape, il nous remet debout à chaque fois.

Parfois tel ou tel pénitent commence sa confession en disant : « Mon Père je ne sais pas bien ce que je peux vous raconter ». Si je le connais bien, je me risque à lui dire avec un bon sourire : « allez me chercher votre femme ». Il est vrai que nos proches sont beaucoup plus lucides que nous sur nos péchés. Mais la pratique de la confession nous permet ainsi de nous préparer à ce grand moment que sera le jour de notre mort quand nous verrons enfin Celui que notre cœur recherche, parfois même confusément comme du temps de Noé ou des gens de Sodome dans les excès les plus étonnants.


12 novembre 2020
Esquimau et pigeon

« Le règne de Dieu est au milieu de vous » (Lc 17, 20-25)

On raconte qu’un Esquimau quitta son pays avec son matériel de pêche, débarqua sur le continent européen et se mit en quête d’un espace glacé pour pêcher et attraper de nouvelles variétés de poissons. Après bien des recherches, il put enfin faire un trou dans la glace, lancer son hameçon et attendre que le poisson se fit prendre. Tout à coup, une voix se fit entendre : « Il n’y a pas de poisson ici ». Surpris l’esquimau alla un peu plus loin, refit un trou dans la glace, lança l’hameçon… Encore une fois la voix retentit : « Il n’y a pas de poisson ici, je vous l’ai déjà dit ». Alors l’esquimau se déplaça encore une fois, refit un trou dans la glace, lança l’hameçon et attendit… La voix se fit entendre avec force : « Il est formellement interdit de faire des trous dans la patinoire ».

Jésus nous invite à la prudence et au discernement quant à savoir où se trouve le Règne de Dieu. On peut le chercher là où il n’est pas.  Un sociologue américain vient de publier un livre qui s’appelle Le Pari Bénédictin. Dans ce livre il parle de la conception fausse du christianisme, fausse et qui est pourtant dans beaucoup d’esprits. Il l’appelle le christianisme des valeurs ou le déisme éthico-thérapeutique. C’est une forme de pseudo-christianisme qui n’en a que l’apparence, qui est sans contenu intellectuel et qui repose en fait sur le sentimentalisme.

« On réduit le christianisme à des valeurs mais à une version très creuse de ces valeurs. Les gens croient que Dieu existe, qu’il nous demande d’être bons, qu’il veut notre bonheur, et qu’il veut que nous nous sentions bien. Il s’agit d’une version molle, gentillette et sans exigence de la religion : ce n’est pas du christianisme ! Et même, c’est un cancer parce que les gens ne comprennent pas que c’est décadent. »

Les valeurs de l’évangile sont le renoncement à l’argent comme une idole, l’indissolubilité du mariage, le pardon des ennemis, l’amour fraternel jusqu’au sacrifice de sa vie, et tant d’autres dont on ne parle jamais comme la chasteté ou la vertu de religion et pas seulement une vague solidarité, une tolérance qui est en fait un souci que l’on me laisse tranquille, une liberté qui est la possibilité de suivre son instinct, etc.

Dans le même ordre idée une deuxième histoire qui peut nous donner à réfléchir sur notre persévérance dans la foi.

Un paysan chinois avait un pigeon auquel il tenait beaucoup. Un mandarin vint à passer par là. Il vit le pigeon et dit au paysan : « Je n’aime pas le noir, les plumes noires de votre pigeon me font offense ».

Le paysan pour contenter le mandarin, ôta les plumes noires de son pigeon.

Un autre mandarin passa n’aimant pas les plumes blanches. Le paysan les enleva.

Un troisième mandarin passa n’aimant pas voir un pigeon couvert de duvet. Et le paysan enleva le duvet du pigeon. Et le pigeon creva de froid.

Tenons bon dans la foi !


11 novembre 2020
Gratitude

Jésus nous donne en exemple l’homme malade de la lèpre ; une fois guéri, il revient sur ses pas pour rendre gloire à Dieu. Pour laisser résonner un des messages de cette page d’évangile j’utilise quelques pages du livre du Père Pascal de La Puissance de la gratitude… Une amie philosophe dit qu’il faut distinguer le bonheur et la joie. Le bonheur au fond, nous ne l’aurons qu’au Ciel. Mais la joie peut cohabiter avec nos épreuves. Comment être dans la Joie ? Je vous laisse le découvrir avec cette blagounette…

Au-dessus de chez monsieur J’ai Pas Envie, 53 rue de la Colombe de Pluie, habite une petite dame toute ronde et rose qui s’appelle madame Ça C’est Chouette. Quand il pleut, madame Ça C’est Chouette dit : « Ça c’est chouette, je vais sortir et comme ça ma toilette sera faite ! » Quand il fait soleil, elle dit : « Ça c’est chouette, ma tarte va cuire toute seule sur la fenêtre ! » Si personne ne vient la voir, elle dit : « Ça c’est chouette, je vais finir mon livre ! » Si quelqu’un vient, elle dit : « Ça c’est chouette, j’avais justement cuit un gros gâteau ! » Or, un beau jour, monsieur J’ai Pas Envie et madame Ça C’est Chouette se retrouvent tous les deux dans l’ascenseur. Et l’ascenseur tombe en panne.

– Ça c’est chouette, dit madame Ça C’est Chouette, je vais commencer mon déjeuner ici.
– Moi, j’ai pas envie, dit monsieur J’ai Pas Envie.
– Oh, mais si, mais si, dit madame Ça C’est Chouette, goûtez-moi un peu ce jambon de pays. Allez, bon appétit, monsieur J’ai Pas Envie ! »

Mais le repas est fini, et la panne d’ascenseur dure encore.
– Ça c’est chouette, dit madame Ça C’est Chouette, je vais finir le pull de mon neveu.
– Moi, j’ai pas envie de tricoter, dit monsieur J’ai Pas Envie.
– Ah, allez, tricotez donc un peu ! dit madame Ça C’est Chouette. Ça passe le temps ! »

Et le tricot s’allonge, s’allonge, il s’allonge tellement qu’il devient trop grand pour le petit neveu de madame Ça C’est Chouette.
– Ça c’est chouette, dit madame Ça C’est Chouette, comme ça, je vais vous le donner. Et monsieur J’ai Pas Envie enfile le pull.

Et la panne dure toujours.
– Ça c’est chouette, dit madame Ça C’est Chouette, parce que je dors debout. Et elle baille.
– Mais j’ai pas envie de dormir debout, moi, dit le pauvre monsieur J’ai Pas Envie.

Madame Ça C’est Chouette ne lui répond pas parce qu’elle dort déjà. Alors, il la regarde dormir debout, si jolie, toute rose, avec ses bouclettes. Et quand on vient les délivrer, monsieur J’ai Pas Envie dit à madame Ça C’est Chouette :
– J’ai pas envie de vous quitter.
– Ça c’est chouette, dit madame Ça C’est Chouette, parce que moi non plus ! »
Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants.

Qu’est ce qui fait que madame Ça C’est Chouette est toujours dans la joie ? Est-ce parce qu’elle est une optimiste inconditionnelle ? Elle vit dans le réel : la preuve en est son ouverture aux autres. Le motif de sa joie est le don sans contrepartie : elle partage son jambon de pays, tricote pour son petit neveu, donne le pull devenu trop grand. Mais son véritable secret réside dans la gratitude. Si elle ne semble jamais lasse de donner, c’est d’abord qu’elle ne se lasse pas de se réjouir : « Ah, ça c’est chouette ! » Au point que, contagieuse, sa reconnaissance rejaillit sur monsieur J’ai Pas Envie.

On trouve la joie si on s’exerce à dire MERCI ! « La joie du Seigneur est notre Rempart » Et Le Seigneur s’est mis à notre merci !

On m’a raconté que des personnes observaient des baleines sur la mer à Cortez, à partir de leur petit bateau. Leur attention est alors attirée par une jeune baleine à bosse qui est prisonnière d’un filet de pêche – et donc irrémédiablement condamnée. Ils la pensent morte lorsque, soudain, ils l’entendent respirer et décident de l’aider en coupant le filet. Ce ne fut pas sans fatigue – le cétacé, sans doute effrayé, les traîne pendant une demi-heure et contrarie leurs efforts -, ni sans danger – pour les nageurs qui tentent de la dégager et pour le bateau qui apparaît soudain bien fragile face à l’énorme nageoire caudale. Après plus d’une heure de travail acharné, les hommes parviennent enfin à libérer la baleine. C’est alors qu’ils observent un phénomène totalement inattendu. Après s’être un peu écartée, elle effectue pendant presque une heure plus de quarante plongeons spectaculaires. Spontanément, les sauveteurs interprètent ce festival, d’une durée équivalente à celle de leur sauvetage, non seulement comme la jubilation de l’animal rendu à la vie et à la « liberté », mais aussi comme un acte de gratitude. « Baleines et bêtes de la mer, bénissez le Seigneur », chantaient les trois jeunes gens dans la fournaise (Dn 3, 79).

Voici ce que le Pape François a dit un jour dans une homélie du matin : « On me dit : Mais Père, la louange est pour ceux du renouveau dans l’esprit, non pas pour tous les chrétiens ! » Non, la prière de louange est une prière chrétienne pour nous tous ! Lors de la Messe, tous les jours, lorsque nous chantons en répétant « Saint, saint, saint », c’est une prière de louange : nous louons Dieu pour sa grandeur, parce qu’il est grand ! Et nous lui disons de belles choses car nous aimons qu’il en soit ainsi. « Mais, Père, je ne suis pas capable de louer » Mais tu es capable de crier de joie lorsque ton équipe de foot marque un but et tu ne serais pas capable de chanter les louanges au Seigneur ? De sortir un peu de ta contenance pour chanter ? Louer Dieu est totalement gratuit ! Nous ne lui demandons pas, nous ne remercions pas : nous louons ! Pour nous encourager à prendre cet engagement, Dieu envoie des signes.

Témoignage : Il y a quelques années, je sors d’une session des familles à Paray-le-Monial, et je suis fatiguée car j’y ai peu dormi. Il pleut, la session est finie, il faut reprendre le quotidien… Sur la route du retour, mon mari me lance : « Et si on prenait un chant du carnet vert ? » J’en suis incapable. Pas le moral et pas le cœur du tout à louer ! Je fais alors cette prière intérieure : « Impossible, Seigneur ! Si tu veux que je loue, il faudrait un truc vraiment énorme, sinon, c’est impossible. » A ce moment-là, nous devons nous arrêter net dans un virage car un camion fait une manœuvre pour sortir d’un garage et nous barre le passage. Je lève alors la tête et vois écrit en énorme et rouge sur le camion : « Louez-moi ! » Le Seigneur m’a prise au mot ! Merci Seigneur pour ton humour, et ton appel à la louange.


10 novembre 2020
Serviteurs inutiles

« Quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : « nous sommes des serviteurs inutiles, nous n’avons fait que notre devoir ». La nouvelle traduction liturgique : « de simples serviteurs » moins offensant.

Cette parole pourrait laisser penser que Dieu est ingrat. Mais en fait c’est une parole qui nous libère… de nous-mêmes, de nos soi-disant mérites, et aussi de certaines inquiétudes ou de certains scrupules qui nous feraient penser que nous n’en faisons jamais assez.

Une anecdote nous le fera comprendre : Le cardinal Feltin était archevêque de Paris. Il rencontre le bon pape Jean XXIII et lui confie son souci : « J’ai en charge 8 ou 10 millions de Parisiens. Et beaucoup semblent prendre leur distance vis-à-vis de l’Eglise… et cela m’empêche de dormir ». Jean XXIII lui aurait répondu : « Nous-mêmes (il employait le pluriel de majesté), quand nous avons été élu pape, de penser que nous avions en charge toute l’Eglise et même toute l’humanité, nous avons perdu le sommeil. Et puis, une nuit, Le Seigneur nous a fait dire par notre ange : « Angelo, pour qui te prends-tu ? »

Un confrère prêtre dit volontiers en réunion de secteur, lorsque les prêtres se lamentent sur ce qu’ils ont fait ou pas fait, ce qu’il aurait fallu faire ou ce qu’il faudrait faire  : « je vous signale que la Rédemption est déjà faite »… !

Etre disciple de Jésus c’est trouver l’équilibre en quelque sorte entre le pélagianisme et le quiétisme ; le pélagien dit que Jésus est un modèle et que nous avons les capacités de l’imiter, naturellement. Le quiétiste se dit que la grâce de Dieu fait tout, qu’il n’a qu’à attendre qu’elle tombe du ciel.

Au fond saint Anselme a tout résumé en disant : « il faut prier comme si tout dépendait de Dieu et agir comme si tout dépendait de nous. »

Et rendre grâce d’avoir été appelés au Service d’un tel Maître ! Amen !


9 novembre 2020
Dédicace Saint Jean de Latran

Aujourd’hui, on célèbre la fête de la dédicace de l’église-mère de Rome, la basilique du Latran, à l’origine dédiée au Sauveur puis à saint Jean Baptiste. Que représente  la dédicace d’une église et l’existence même de l’église comme lieu de culte ? Il faut partir de l’Evangile de Jean 4, 21 qui dit : « L’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père ». 

Jésus enseigne que le temple de Dieu est tout d’abord le cœur de l’homme qui a accueilli sa parole. Saint Paul écrit ceci aux chrétiens : « n’oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu » Un enfant va au catéchisme le mercredi matin. L’abbé lui explique ce que dit saint Paul à savoir que nous sommes le Temple du Saint-Esprit c’est à dire que, depuis notre baptême, le Saint-Esprit habite en chacun de nous comme dans un sanctuaire sacré. L’après-midi, parce qu’il a fait une bêtise à la ferme paternelle, il reçoit un magistral coup de pied au derrière de la part de son père. Le gamin se tourne alors calmement vers le paternel et lui dit : « Tu viens de faire un gros péché Tu viens de donner un coup de pied au Temple du Saint-Esprit »… Mais son père, qui a au moins autant de répartie que lui, a le dernier mot : « Un coup de pied, peut-être à la sacristie du Temple, mais pas au Temple »… Mais Jésus dit aussi que « là deux ou trois sont réunis en son nom, il est là au milieu d’eux ». Le Concile Vatican II arrive jusqu’à appeler la famille chrétienne une « église domestique » (LG, 11), c’est-à-dire un petit temple de Dieu justement parce que grâce au sacrement du mariage, celle-ci est par excellence le lieu dans lequel « deux ou trois » sont réunis en son nom. 

Pourquoi les chrétiens donnent-ils alors tant d’importance à l’église, si chacun de nous peut adorer le Père en esprit et en vérité dans son cœur ou chez lui ? Pourquoi cette obligation d’aller à l’église tous les dimanches ? La réponse est que Jésus Christ ne nous sauve pas séparément les uns des autres ; il est venu pour se constituer un peuple, une communauté de personnes, en communion avec lui et entre elles. 

L’église est pour la famille de Dieu ce que la maison d’habitation est pour une famille. Il n’y a pas de famille sans maison.

Par ailleurs, que d’enthousiasme quand un quartier construit une nouvelle église. Pensons à l’aventure de l’église du ValVert ou de la chapelle sainte Bernadette à Guitard. Pensons aussi l’entrain d’une paroisse pour rénover l’église, ou à la joie d’un village pour restaurer l’assemblée de la Béate ! Quelle joie de travailler avec le prêtre pour donner à la communauté un lieu de culte et de rencontre !

Il faut cependant souligner un phénomène douloureux : l’abandon en masse de la fréquentation de l’église et donc de la messe du dimanche. Les statistiques sur la pratique religieuse sont désastreuses. Cela ne veut pas dire que tous ceux qui ne vont pas à l’église ont perdu la foi, mais que la religion « sur mesure » a remplacé la religion instituée par le Christ. Aux Etats-Unis on l’appelle la religion « pick and choose » (prends et choisis), comme au supermarché. Métaphore à part, chacun se fait sa propre idée de Dieu, de la prière, et a la conscience tranquille. 

On oublie ainsi que Dieu s’est révélé à travers le Christ, que le Christ a prêché un évangile, a fondé une ekklesia, c’est-à-dire une assemblée d’appelés, qu’il a institué des sacrements, comme signes et canaux de sa présence et du salut. Celui qui ignore tout cela pour cultiver sa propre image de Dieu s’expose au subjectivisme le plus total. Dieu se réduit à la projection des nécessités et des désirs de chacun ; ce n’est plus Dieu qui crée l’homme à son image, mais l’homme qui se crée un dieu à son image. Mais c’est un Dieu qui ne sauve pas ! 

Les grands génies religieux étaient des hommes d’une intériorité profonde et très personnelle et en même temps ils étaient intégrés dans une communauté, fréquentaient leur église. Ils étaient « pratiquants ». 

Dans les Confessions (VIII, 2) saint Augustin raconte comment le grand rhéteur et philosophe romain Marius Victorinus se convertit du paganisme. Désormais convaincu de la vérité du christianisme, il dit au prêtre Simplicien : « Sache que désormais, moi je suis chrétien ». Simplicien lui répondit : « Je ne te croirai pas tant que je ne te verrai pas dans la maison du Christ ». « Ce sont donc les murs qui font de nous des chrétiens ? » rétorqua-t-il. La discussion se poursuivit quelque temps mais un jour Victorinus lut la parole suivante du Christ, dans l’Evangile : « Celui qui aura rougi de moi et de mes paroles dans cette génération… le Fils de l’homme aussi rougira de lui ». Il comprit que c’était son amour propre, la peur de ce qu’auraient dit ses collègues savants, qui le retenaient d’aller à l’église. Il alla voir Simplicien et lui dit : « Allons à l’église, je veux devenir chrétien ». Je crois que cette histoire a aussi quelque chose à dire à plus d’une personne de culture.


8 novembre 2020
32è dimanche du temps ordinaire – Année A

Frères et sœurs,

Voilà une curieuse histoire : un époux sans épouse, des jeunes filles qui attendent en dormant, des jeunes filles prévoyantes mais égoïstes, une porte qui se ferme cruellement… ?!? Mais il s’agit d’une parabole. Il faut s’attacher non pas aux détails mais au sens général.
Jésus nous invite à la prévoyance et à la persévérance.
L’huile est symbole de durée :
Tant que vous avez de l’huile dans votre lampe, vous avez de la lumière.
Tant que la charnière a de l’huile, la porte ne se plaint pas.
Tant que les chaussures ou le ballon de football sont cirés, le cuir reste souple.
Tant que le moteur a de l’huile il ne claque pas.

L’huile pour un chrétien c’est l’huile des catéchumènes et le Saint-Chrême du baptême, le Saint-Chrême de la confirmation, le Saint-Chrême de l’ordination sacerdotale.
C’est l’huile de l’onction des malades.
L’huile c’est le symbole de la grâce de la vie spirituelle. Et la grâce c’est toujours 100 % Don de Dieu, 100 % volonté de la personne humaine.  

Et Jésus nous dit que la vie spirituelle n’a aucun instinct de survie.
Quand vous ne mangez pas, vous ressentez la faim.
Quand vous ne buvez pas vous ressentez la soif.
Quand vous vous brûlez, la douleur vous donne le réflexe de vous écarter du feu.

Mais, si vous ne priez pas, vous n’avez pas d’indicateurs.
Si vous laissez tomber le spirituel, les warnings ne s’allument pas.
Parce que la vie spirituelle c’est la fine pointe de notre liberté.
C’est un trésor sur lequel il faut veiller, sinon ça peut mourir.

Heureux ceux qui font régulièrement provision d’huile, ils finiront par connaître Dieu comme l’époux de leur âme. Et cette révélation, change tout.

Dieu se présente comme un époux ! C’est la découverte bouleversante de Véronique Imbert qui la raconte dans un tout petit livre qui est paru il y a trois ans :  Je me suis laissé séduire Le jour où j’ai vraiment rencontré le Christ. Véronique avait décidé de s’offrir, pour ses cinquante ans, une semaine de thalasso et une retraite en silence. Catholique pratiquante dès le plus jeune âge (membre avec son mari des équipes Notre-Dame), elle n’imaginait pas un instant que ce deuxième cadeau changerait sa vie durablement. « Cet Amour, en un instant, a tout brûlé. »  Elle nous partage la rencontre bouleversante et inattendue qu’elle a faite avec Celui qu’elle pensait connaître depuis longtemps. Dieu s’est manifesté dans le cœur de sa bien-aimée pour qu’elle porte de nombreux fruits dans sa vie quotidienne. Dans son livre, elle cite Thierry Bizot, auteur de la série télévisée « Fais pas ci fais pas ça » et qui a vécu la même expérience. Les deux racontent combien le fait de vivre le lien à Jésus comme à un époux a développé leur joie, leur paix intérieure, leur capacité d’affection et de générosité.

On comprend dans la parabole que les prévoyantes n’aient pas pu partager leur huile. Cette expérience est toujours vécue à la première personne du singulier. Et cette expérience n’est vécue que si on la désire. Ne tombent amoureux que ceux qui le veulent bien. Ce mystère de Jésus époux se décline pour toutes les vocations : la meilleure définition d’une religieuse c’est qu’elle est épouse de Jésus. Elle prouve par sa consécration que son époux est bien vivant.

Les époux nous montrent ce que ça donne quand Jésus noue alliance : sécurité, liberté intérieure, fécondité. Les conjoints peuvent relire la première lecture avec cette clé : la sagesse c’est son conjoint ; mettez Jésus dans votre vie comme votre époux et vous aurez : « resplendissement,… il devance leurs désirs, …perfection du discernement, …délivré du souci, …visage souriant, …dans chacune de leurs pensées elle vient à leur rencontre. »

Le prêtre, lui, agit au nom du Christ époux qui donne au quotidien sa Parole et jusqu’à son corps et son sang.

Pour sourire : Un très vieux monsieur est assis dans son fauteuil dans son salon. Sa petite femme est assise à côté de lui. Elle a quelques années de moins. Elle est pleine d’attention pour son Claude. Il sort de sa torpeur et il dit : – « Dis-moi Paulette, je réfléchissais. Quand j’ai eu mon accident de vélo. Tu étais là ? ». – « Ben oui, nous étions juste fiancés. Tu roulais devant moi à cent mètres.  J’ai vu arriver la voiture, mais je n’ai rien pu faire… » -« Et quand j’ai eu cette indigestion terrible chez nos amis… ? » -« Mais bien sûr, chéri. On avait dix ans de mariage. Je n’allais pas te laisser y aller seul…   ! » -« Et dis-moi : quand je suis tombé de l’échafaudage alors que je repeignais l’avant-toit… -« Je m’en souviens comme si c’était hier. J’ai eu la peur de ma vie quand j’ai entendu le bruit depuis la cuisine… Mais pourquoi rappelles-tu tous ces mauvais souvenirs ? Pense à autre chose. Ce n’est pas le moment de rappeler ces épreuves. » « Et dis-moi : quand ma mère est morte, tu étais là ? » -« Bien sûr que j’étais là. … » Les questions s’arrêtent. Un petit silence, et il dit à sa petite femme : «Tu vois, Paulette, je crois que tu me portes la poisse ».

Non l’époux ne nous porte pas la poisse mais au contraire la bénédiction ! Amen


7 novembre 2020
Argent maître ou serviteur

Jésus nous parle de l’argent. C’est un bon serviteur mais un mauvais maître. Pour en faire bien comprendre la dangerosité quand il devient une idole, il l’a personnifié en l’appelant « Mammon ». Vous ne pouvez pas servir Dieu et Mammon. (Mt 6,24 ; Lc 16,13). Il faut choisir.

Nous sommes samedi alors sourions un peu avec deux anecdotes authentiques et des blagounettes souriantes..

On a un peu oublié le mot de Mammon. Autrefois on l’employait plus volontiers. C’était un beau clin d’oeil à l’évangile. Un jour, un prêtre avait été invité dans une famille. Comme il était très ami avec le père de famille, il le plaisantait facilement. La discussion vient sur l’argent. L’invité fait remarquer à son ami qu’il sert trop bien Mammon. Mais c’est tout à fait gentil. L’ami se tourne vers le petit de la maison qui est en train de jouer sur le tapis du salon pendant que les grandes personnes se charrient : « Dis, Pierre-François, c’est bien vrai que ton papa, il aime bien Mammon ! ? » Le petit, qui n’était pas dans la conversation, lui répond : « Oh, y’a bien des moments que ça barde ! » (Il avait compris « maman » au lieu de « Mammon »)

Théotime, un petit enfant de six ans trouve deux pièces d’un centime d’euros. Son papa à qui il les présente, tout fier, lui demande : « Est-ce que tu les as gagnées ? » « – Non, je les ai trouvées. » « – Alors lui dit le paternel, tu les mettras à la quête dimanche » et le petit de dire très attristé : « Pas toutes les deux ! » (!) Heureux les enfants à qui les parents apprennent le partage . Maman nous disait aussi de mettre l’argent trouvé aux « plat des âmes » ce qui voulait dire la quête du dimanche suivant.

On raconte, à Varsovie, qu’un Russe et un Polonais se promenant ensemble dans une rue, trouvent par chance un sac plein de dollars. Ils sont émerveillés. « Je propose, dit le Russe, que nous partagions en frères ». – « Je préférerais moitié-moitié, dit le Polonais ».

C’est vrai que parfois même la fraternité n’a pas le sens de la justice.

Un prêtre a été convié à célébrer la messe dans un camp de nudistes. Il raconte cela à des confrères qui lui disent : « mais tu n’étais pas gêné ? » – « J’avoue que j’étais inquiet. » – « Et de quoi ? » – « Eh bien je me demandais d’où tout ce beau monde allait sortir l’argent pour le moment de la quête. »

Les prêtres , nous vous faisons part de nos soucis à cause du confinement des entrées d’argent. Mais nous sommes toujours très édifiés par la générosité de nos paroissiens. Que nous nous entraidions à laisser l’argent à sa place de serviteur ,que jamais nous ne le laissions nous tyranniser en lui donnant la place de maitre.


6 novembre 2020
Le gérant malhonnête (Luc 16, 1-13)

Jésus nous donnerait-il comme modèle un gérant qui fait des faux en écriture en continuant de rouler son patron ?

Toutes les paraboles sont mystérieuses mais celle-là plus particulièrement.

En quoi ce gérant malhonnête et rusé est-il imitable ?

Dès qu’il apprend qu’il va être démis de sa fonction, il se projette dans l’avenir et mise sur la reconnaissance de ceux à qui il permet de gagner de l’argent, de réduire leur dette. Nous aussi, un jour nous serons démis de notre fonction. Cela s’appelle un dé-funt. Le mot défunt est formé comme dé-moralisé : dé-mis de son moral. Deséspéré : démis de son espoir. Dé-couragé : démis de son courage.

Notre fonction, nous ne l’aurons plus. Mais notre âme immortelle, si. Et pour longtemps !

Jésus nous invite donc à nous projeter dans le temps et à miser sur la reconnaissance. Régulièrement, nous sommes agacés, irrités, énervés, blessés même par certains. Si nous nous projetons, nous nous rappelons que cependant nous allons devoir passer notre éternité avec ces personnes, dans une pleine communion, en pleine transparence. La seule solution sera le purgatoire qui nous purifiera l’un et l’autre pour éliminer toute rancœur, toute tension, toute amertume.

Jésus nous invite à éviter la case purgatoire. Car pendant cet « état », cette « expérience mystique » (nous évitons d’en parler en terme de lieu et de durée puisque nous serons au-delà du temps et de l’espace), nous serons purifiés. Et nous ne pourrons pas hâter cette purification puisque nous ne pourrons poser aucun acte libre. Nous ne pourrons que laisser faire le Seigneur qui agit toujours – quand il est question du salut – par son Eglise.

Conclusion : comme ce gérant, comptons dès maintenant sur la reconnaissance des autres. Bénissons ceux qui nous maudissent. Souhaitons-leur du bien. Pardonnons à ceux qui nous font du mal. Le Seigneur ne nous demande pas de leur « faire des mamours » mais d’invoquer sur eux sa grâce. Ils nous doivent des trésors de respect, des tonnes d’attention. Ecrivons un simple geste en règlement de leur dette. Contentons-nous de très peu et même de rien du tout. Seulement de la grâce du Seigneur.