32° dim. ord. B Le Valvert 7 novembre 2021.

Frères et sœurs,

Nous nous rappelons le sketch de Raymond Devos : « Rien ce n’est pas rien ! La preuve c’est qu’on peut le soustraire. Exemple : rien moins rien = moins que rien ! Si l’on peut trouver moins que rien, c’est que rien vaut déjà quelque chose ! On peut acheter quelque chose avec rien ! En le multipliant ! Une fois rien, c’est rien ! Deux fois rien ce n’est pas beaucoup. Mais trois fois rien ! … Pour trois fois rien, on peut déjà acheter quelque chose. »

Suivant le point de vue dans lequel on se place, la veuve de Sarepta et cette femme de l’évangile ont donné trois fois rien. Ou bien elles ont tout donné ; elle n’ont plus rien. L’histoire de l’Eglise est remplie de ces personnes qui ne sont rien et qui changent tout. Quand on parle d’un grand personnage de l’histoire, on résume sa vie à grands traits en rappelant ses exploits : Christophe Colomb ? L’audacieux marin qui a découvert le « Nouveau Monde »… Gagarine ? Le premier homme dans l’espace… Ou même encore Piccard et son fabuleux tour du monde en ballon, Félix Baumgartner qui en octobre 2012 a battu trois records. Celui du saut le plus haut : 39 kms au-dessus de la terre, celui de la vitesse d’un homme sans appui mécanique, 1341 km/h, et l’exploit d’avoir dépassé le mur du son.

Quand, au contraire, il s’agit des grands personnages que sont les saints, on ne s’arrête pas tellement aux grandes choses qu’ils ont pu accomplir, mais à des petits faits qui caractérisent leur sainteté. Si je vous dis : « Saint Martin », vous ne pensez pas à l’apôtre prodigieux qu’il a été, lui qui a évangélisé une grande partie de notre pays encore païen. Mais vous pensez tout de suite au manteau partagé avec le pauvre. Saint François d’Assise ? Un fondateur au rôle capital pour l’Eglise qui, grâce à lui, a connu alors un nouvel et puissant élan. Mais on pense d’abord au doux François qui parlait aux oiseaux et qui priait en disant : « Là où est la haine, que je mette l’amour ». Sainte Thérèse de Lisieux ? Que le Pape l’ait nommée Docteur de l’Eglise a certes réjoui le peuple chrétien ; mais sans plus. Elle reste avant tout, pour chacun, « la petite Thérèse », l’humble carmélite des « petits pas ». Et plus proche de nous encore, Mère Teresa de Calcutta. Le monde entier a reconnu l’ampleur de son œuvre. Elle a eu des funérailles grandioses : des dizaines de chefs d’Etats s’étaient déplacés. Mais curieusement, on les sentait gênés de ne pas trop savoir quoi dire sur elle. Quelqu’un qui l’a bien connue expliquait : « Mère Teresa recueillait un pauvre dans le ruisseau, le nettoyait, lui tenait la main pendant des heures… Elle l’a fait des milliers de fois ; il n’y a pas d’autres grands faits à rapporter… »

Les héros sont admirables. Les saints sont imitables. Leur secret : ils savent qu’ils ne sont pas des héros mais des zéros. Cependant, un zéro, quand vous mettez un 1 devant, cela donne 10. Je suis le zéro, Jésus est le 1. Encore faut-il que le zéro accepte le Un !

Trois fois rien. Une dame âgée, Juliette, répétait souvent avec émotion : « Comme le Bon Dieu est bon de m’avoir donné Albert ! ». Albert ne disait rien, mais dans son regard attendri, on lisait que, pour lui, la réciproque était vraie. En riant beaucoup, Juliette racontait qu’ils ne s’étaient pas rencontrés vraiment : ils se connaissaient depuis l’enfance et c’étaient leurs parents respectifs qui avaient arrangé l’affaire. Après quelques entrevues pas très emballantes, Juliette avait décidé qu’au prochain rendez-vous, elle annoncerait bien honnêtement à Albert qu’elle ne souhaitait plus le revoir. Or voilà qu’au moment où Albert arrive, Juliette est piquée par une abeille !… Albert s’empresse, s’affole, tente de faire quelque chose, emmène finalement Juliette chez le pharmacien… « Vous comprenez que je ne pouvais pas lui dire ce jour-là ce que j’avais à lui dire… » A quoi ça tient, l’amour !… Une abeille !… L’abbé Pierre qui a pourtant passé sa vie à remuer des montagnes, disait : « Je n’ai jamais pris tellement d’initiatives mais je me suis efforcé de ne pas me dérober aux circonstances ». Jésus donne l’occasion. Est-ce que nous la saisissons ou non ?  Il y a un proverbe français qui ne convient pas à la foi chrétienne : « Une hirondelle ne fait pas le printemps » puisque c’est une fille de 14 ans qui a fait entrer l’humanité dans le printemps par son petit oui à l’ange Gabriel dans le secret de sa maison de Nazareth. Tout ce qui est réalisé avec amour a une force nucléaire ! Nos petits riens font arriver le Royaume de Dieu. C’est vrai pour nos actions en faveur du bien, du beau, du juste, de la vérité. Parfois un silence plutôt qu’une explosion de colère, un sourire plutôt qu’une grimace. C’est vrai aussi pour la prière : la prière c’est comme un cercle dans l’eau, ça va très loin. Certains sont de la spiritualité de la goutte d’eau dans l’océan ; ils disent : « Que vous la mettiez ou que vous ne la mettiez pas, le niveau ne change pas ». Il vaut mieux être de la spiritualité de l’étincelle : elle suffit à embraser des centaines d’hectares de forêt.  Amen !