22 août 2021 21°B – Un Messie qui se donne pour que ses disciples se donnent.

Frères et sœurs, l’évangile du jour clôture le discours du « Pain de Vie » prononcé par Jésus dans la synagogue de Capharnaüm. Laissons-nous surprendre, comme les disciples, par les paroles du Christ. Ceux qui suivent Jésus comprennent qu’il n’est pas un Messie tel qu’ils le voulaient: il est celui qui vient donner sa vie pour Dieu et pour son peuple, il est « le pain, le corps et le sang offerts en expiation ».

Jésus a fait ce discours pour faire perdre leurs illusions à ces foules et surtout pour provoquer une prise décision chez les disciples : il s’agit d’accueillir Jésus avec foi, sans se scandaliser de son humanité ; et il s’agit de « manger sa chair et de boire son sang » pour avoir en soi la plénitude de la vie.

Jésus ne  promet pas à ses disciples de marche triomphale, pas de place privilégiée, pas de vie plus facile ;  mais par l’image du pain, Jésus affirme avoir été envoyé pour offrir sa vie, et celui qui veut le suivre doit s’unir à lui de manière personnelle et profonde, en participant à son sacrifice d’amour.

Il invite à se décider, à faire le pas, à « plonger ». Un soir d’été, session « des familles », grand sanctuaire français : le décor est planté. Des « couples- témoins » et des soupirants, des hésitants, des louvoyants se débattent avec cette question : « S’engager pour la vie ou pas ? ». Et voici que Jacques, appelons-le ainsi, s’avance, timide et gauche : – « Cela fait quatre ans que Mathilde et moi nous nous voyons. Et nous n’arrivons pas à nous décider à nous marier. On a beau y réfléchir sérieusement, il y a toujours un point qui coince. Comment être sûr ? Je ne sais plus que faire… » Réponse – « Mais allez-y ! Ben oui mon vieux : il faut y aller ! Arrive un moment où il faut se lancer ! » Sinon vous serez encore là l’année prochaine. Dialogue savoureux et authentique entre un cardinal français, Primat des Gaules, décédé depuis, et un jeune homme en nième session de discernement. Pas question de se moquer de qui que ce soit ici. Catho ou pas, le mal d’indécision reste un des grands fléaux de l’époque.

J’invite les fiancés pour leur déclaration d’intention à s’écrire une lettre. Beaucoup trouvent l’exercice très intéressant. Je me rappelle comment un fiancé terminait sa lettre : « Donc inquiet devant l’ampleur de la tâche et les risques encourus mais également confiant car sûr de me lancer dans l’aventure avec la bonne personne ». Et sa fiancée :cette lettre n’a de fin que sur le papier car elle va se prolonger durant toute la vie. Elle est notre pacte secret et « j’essaierai faire de mon mieux pour vivre avec toi indéfiniment est ma devise ». Il y a un moment où il faut faire comme Guillaume le conquérant : pour envahir l’Angleterre il avait armé des vaisseaux. Ils ont traversé la Manche. Une fois accostés, il a fait descendre les hommes , les provisions et les munitions puis il a fait mettre le feu aux vaisseaux. Il s’interdisait l’idée même de tout repli en arrière. Il est devenu Roi d’Angleterre.

Le Père Aubry du diocèse de Versailles racontait cette anecdote. Ce prêtre avait de grandes responsabilités diocésaines. Dans la prière, il comprend que Le Seigneur l’invite à laisser tomber toutes ces organisations, réunions ou colloques pour se mettre au service des jeunes délinquants en prison. Et le père Aubry est ainsi à l’origine d’un grand mouvement de conversion dans les prisons, mouvement qui s’appelle  Le Bon Larron  . Un jour dans la chapelle de l’aumônerie de Bois d’Arcy, il baptise un jeune Farid qui a pris comme prénom de baptême Jean. Arrive le moment crucial. – Farid-Jean, crois-tu en Dieu le Père Tout-Puissant, créateur du ciel et de la terre ? Farid est d’origine musulmane. Pour un musulman Dieu n’est pas Père mais qu’il soit tout-puissant et créateur, cela ne fait aucun doute. Farid répond effectivement :
– Oui – Farid-Jean, crois-tu en Jésus-Christ, son Fils Unique conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie, etc. (Pour les musulmans, Jésus est un prophète mais surtout pas Dieu le Fils. Pour eux nous sommes des polythéistes. Mais Farid est un converti Pourtant il répond au Père Aubry :
– Non – ? ! ? Comment, dit le Père, ça fait 4 ans que tu réclames le baptême, des mois que nous préparons cette célébration tu ne pouvais pas le dire avant ? ! Et Farid-Jean lui fait alors un sourire malicieux : – Père, je ne crois pas j’en suis sûr. Le Père Aubry dit que ce jour-là, en une minute il a vieilli d’un an, mais en même temps cette astuce a dissipé tous ses doutes sur la sincérité de ce jeune. Il avait parfaitement compris ce que veut dire :  croire en Dieu.

La messe entretient cette décision de fond. La loi de la création c’est « tue et mange ». Les êtres vivants, pour pouvoir subsister, sont obligés de se nourrir de la chair de ceux qu’ils ont fait mourir, même les simples légumes. Contre cette loi, il y en a une autre, c’est l’eucharistie. Je me laisse manger par amour pour les autres. C’est comme l‘allaitement maternel : la maman donne sa propre substance sous cette forme lactée à l’enfant qui va pouvoir en vivre et en même temps la maman lui donne sa parole.

La messe, c’est le Seigneur qui nous donne sa Parole. Et grâce à lui nous pouvons donner la nôtre. Une fois que nous avons communié, c’est comme pour le repas pascal de la sortie d’Egypte : le sang de l‘agneau est répandu sur nos lèvres (la porte de notre être), non pas pour dire « Do not disturb » (ne pas déranger, fichez moi la paix), mais au contraire : « paix à revendre », paix à donner sans compter. Amen.