6° dimanche du Temps Ordinaire B – 14 février 2021 – Saint-Laurent 10h30

Frères et sœurs, depuis belle lurette, Dieu merci,  nous ne rencontrons pas de lépreux chez nous. Mais la crise que nous traversons nous met dans l’ambiance. Nous avons entendu la première lecture  :  « Le lépreux portera des vêtements déchirés et les cheveux en désordre, il se couvrira le haut du visage jusqu’aux lèvres… il habitera à l’écart » Le haut du visage couvert jusqu’aux lèvres, et la mise à distance…Ajoutez des jeans troués et des cheveux en désordre, et vous avez la scène sur nos trottoirs…   Le plus terrible dans cette crise c’est la peur… Et peut-être plus qu’une  peur psychologique,  la peur métaphysique, peur des autres, peur de soi, peur de Dieu. On a l’impression d’entendre parfois sous les masques non pas « impur ! impur ! » mais « perdu ! perdu ! » Perdu comme une paille dans une tempête.

Il nous faut beaucoup prier, car seule la miséricorde divine, Dieu Créateur qui est au fond de tous les cœurs humains, peut faire mystérieusement que le cri: « perdu! Perdu!» devienne: « au secours, Jésus! » en les retournant vers le seul Sauveur. Car ce cri, Jésus l’entend et y répond immédiatement. Les pages des revues des Nouvelles Communautés sont pleines de ces témoignages poignants. Une jeune femme que je connais depuis quelques années vient d’écrire le récit de sa jeune vie ; j’espère qu’il sera publié. Conçue dans la violence et abandonnée, elle est adoptée. Elle a 10 ans le jour où elle apprend par une petite cousine qu’elle n’est pas une enfant fait-maison ; c’est pour elle un tsunami ; et la dégringolade. Elle va connaitre les pires violences de notre société qui vont la laisser muette pendant plusieurs années, et les pires maux : boulimie, anorexie, spiritisme, drogue, scarification, et les fameux dreadlocks ! Mais voilà, le jour où elle touche le fond, dans ce malheur, elle pense à son ange gardien en qui elle croit depuis qu’elle est toute petite.— Mon cher ange, s’il y a un Dieu et une religion à suivre, laquelle est-elle ? Il se trouve qu’elle fait des ménages.  Ce matin-là, devant la première porte qu’elle s’apprête à ouvrir, que trouve-t-elle ? une médaille de la Vierge, la Médaille Miraculeuse ! Elle comprend immédiatement qu’elle tient dans sa main la réponse à la question qu’elle a posée à son ange gardien avant de partir…Sa vie va changer du tout au tout. Aujourd’hui, elle est mariée et maman rayonnante de trois beaux enfants. Elle a écrit son livre pour témoigner de Jésus.

Pour être sauvés, nous dit l’Apôtre Paul, il faut imiter Jésus Christ. Saint Thomas d’Aquin, avec sa concision et sa clarté habituelles, commente: il faut seulement chercher ce que cherchait Jésus en montant sur la Croix; il faut laisser ce que Jésus laissait en montant sur la Croix. C’est très simple; trop simple pour nous qui sommes compliqués. Mais à part ces sommets, il suffit de lire l’Evangile pour y trouver les instructions concrètes pour notre vie, en imitant Jésus Christ. Je tourne les pages, et encore les pages, et je ne trouve ni « le pouvoir d’achat», ni « la relance de la consommation »! Mais bien sûr! Pour ces choses-là, ce n’est pas l’Evangile, c’est la Doctrine Sociale de l’Eglise! Et là, je trouve! Et je trouve quatre « principes » qui sont la base de tout, absolument tout : Premier principe: la dignité absolue de la personne humaine; deuxième: le bien commun (c’est différent de l’intérêt général); troisième: la subsidiarité (on doit veiller à ce que chacun à la place où il est puisse vraiment prendre les responsabilités qui sont les siennes) ; quatrième: la solidarité. Comme, par exemple, l’Etat envers la famille: il ne doit pas lui prendre ses prérogatives, mais la seconder et l’aider à remplir sa mission, comme institution primordiale, berceau de toute humanité et cellule de base de tout le corps social. Je trouve aussi quatre « valeurs », qui font partie de chaque personne : elles soutiennent donc toutes les activités et orientent tous les efforts. Première valeur: la vérité, sans quoi, tout le reste est faux; En 250 avant J.C., un prince, en Chine était sur le point d’être couronné empereur. Cependant, selon la loi, il devait se marier auparavant. il décida de convoquer toutes les jeunes filles de la région pour trouver parmi elles celle qui en serait digne. Une vieille servante qui travaillait au palais depuis plusieurs années fut peinée lorsqu’elle entendit parler de ce concours. En effet, sa fille nourrissait un amour secret pour le prince. Elle en parle à  sa fille qui saisit l’occasion d’être en présence du prince. Lorsque la jeune fille se rendit au palais, les plus belles filles du pays étaient déjà là. le prince annonça le début de la compétition : « Je vais donner à chacune d’entre vous une graine. Dans six mois, celle parmi vous qui viendra avec la plus belle fleur sera élue impératrice de Chine. » La jeune fille emporta sa graine et la planta dans un pot en terre cuite. Trois mois s’écoulèrent et rien ne poussa. Elle se rend au palais malgré tout au jour et à l’heure dits. Elle vit avec effroi que toutes les autres prétendantes avaient obtenu d’excellents résultats ; toutes les fleurs étaient aussi belles les unes que les autres. Le prince fit son entrée. Il observa avec attention et intérêt chacun des concurrentes. Après être passé devant toutes les candidates, il annonça son verdict : L’impératrice de Chine est … la jeune fille au pot vide ! Le prince révéla alors le secret de l’épreuve : « Elle seule, dit-il, a planté la graine qui la rendait digne d’être impératrice. Elle a récolté la Fleur de l’Honneur et de la Vérité. Toutes les graines que je vous avais confiées étaient stériles et ne pouvaient fleurir d’aucune façon. Deuxième valeur : la liberté; troisième: la justice; quatrième: l’amour, en vertu de quoi chacun considère les bonheurs et les malheurs des autres comme les siens propres et agit en conséquence. Voilà ce que l’Eglise a comme trésor à offrir au cinq continents, ce que l’Eglise propose dans le dialogue social actuel. Voilà ce dont nous avons à témoigner. Comme dit saint Paul: « ne cherchant pas mon intérêt personnel, mais celui de la multitude des hommes, afin que tous puissent être sauvés ». Amen !