Magnificat

Aujourd’hui la Vierge Marie chante son Magnificat

Elle qui avait toutes les raisons de se pencher sur soi,  ne parle pas d’elle-même, mais de Dieu. Tout le chant a trait à Lui et à ce que Lui a fait. Pas à ce qu’a fait Marie. Certes, toutes les générations la diront bienheureuse, mais seulement  en raison des grandes choses que le Tout-Puissant a faites pour moi. Le sujet de chaque phrase est quasi toujours Dieu.

Vraiment, le salut n’est pas l’aboutissement d’un maximum d’efforts de notre part, mais d’un maximum de grâce et de miséricorde de Dieu. Comment recevoir des grâces ? Par l’action de grâce !  Ce chant de la Vierge Marie nous encourage à l’action de grâce.

L’une des clefs du bonheur, c’est de prendre conscience en toute sérénité de notre caractère d’être fini, de nos limites et de notre petitesse. Et de compter sur plus grand.

Dans l’histoire de « La caméra invisible », il y a une scène impayable, filmée à la gare de Bièvres : images en noir et blanc bien révélatrices de la télévision « gentille, sans médisance » qui prévalait dans les années 1960. Voici donc : un voyageur, choisi au hasard, était reçu à sa descente de train par un comité d’accueil composé d’une fanfare, d’une rosière avec son bouquet et d’une délégation d’élus locaux. Le comique de la situation provenait non pas tant de l’absence de surprise manifestée par le quidam que de sa façon de se laisser circonvenir, en musique, « Bienvenue à notre grand ami » ; était-il inscrit sur un calicot. Tout sourire, le voyageur SNCF se voyait entraîné vers un buffet organisé en salle d’attente. Monsieur le maire (Jean Yann) lui exprimait « la grande joie que j’éprouve à vous recevoir ici, et qui n’a d’égal que l’étonnement de vous y voir. » Rien n’y faisait, l’inconnu à casquette ne subodorait aucune mise en scène, et dégustait volontiers son champagne. Ployant sous les fleurs, il prenait même la parole au micro pour rendre la politesse aux représentants du peuple, qui le remerciaient de son remerciement. C’est alors que le faux adjoint au maire (Jacques Legras) dévoilait le fin mot de l’histoire : « Nous fêtons ici notre grand ami, qui est le centième participant au jeu de la caméra invisible. » L’inconnu, ravi, mettait un terme à cette belle réception sur une question innocente, sur une interrogation qui donnait une chute exquise à cette séquence au ton passé de mode, inimaginable désormais à la télévision : « Dites, je ne vous dois rien ? »

Depuis, n’avons-nous pas perdu cet esprit de reconnaissance ? Alors que c’est une des spécificités du christianisme.

Un ami prêtre raconte que lorsqu’il avait quinze ans (c’était en 1963), il avait eu sa période rebelle. En famille, il avait osé déclarer qu’il ne voulait plus aller à la messe. Son père était un homme qui parlait peu. Il laisse causer son adolescent. Puis après un temps de silence, il conclut simplement : « Allez, on y va, le Bon Dieu y a bien droit »…

Certains se justifient souvent en disant : « La messe, ça ne m’apporte rien »… C’est significatif : on se sent encore le centre du monde. Or la messe est avant tout l’eucharistie, c’est-à-dire un merci, le plus beau des mercis puisque le merci au Père c’est Jésus en Personne.

Même sans faire de sujets directement religieux, les réalisateurs de cinéma ont souvent des intuitions géniales qui peuvent nourrir notre foi.

A la fin du film « L’ours » de Jean-Jacques Anneau, il y a une séquence magnifique mais angoissante. On y voit un lynx affamé poursuivre un ourson pendant plusieurs minutes. Il se rapproche dangereusement. Finalement, l’ourson est acculé à se percher sur un rocher de la rivière. Il tente le tout pour le tout et contre toute attente, en criant, en montrant ses petits crocs, il fait fuir le lynx… On sent chez lui un sentiment de fierté… Il se retourne alors, la caméra aussi et l’on voit derrière lui le grand ours terrible. On comprend alors pourquoi le lynx est parti. Nous aussi, nous croyons faire, remuer, travailler, protéger…, servir, aider… En fait, c’est Le Seigneur qui nous donne de faire, et surtout d’aimer.

Vous connaissez l’histoire de l’éléphant qui était tombé amoureux d’une petite souris. Ils se promenaient bras dessus bras dessous. Mais le grand plaisir de la petite souris était de grimper dans l’oreille de son chéri et que, lui, court à toutes jambes dans la savane. Et elle lui disait : « Eh bien à nous deux qu’est ce qu’on soulève comme poussière ! » A la messe nous venons d’abord remercier Dieu. Tout simplement.