Jeudi 9 juillet - Ne pas gémir.
Nous pourrions nous arrêter sur ce conseil de saint Jacques : « Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres ». Comment ne pas gémir ou moins gémir ? Le Seigneur nous fera progresser par les deux rames de notre barque que sont le psychologique et le spirituel.
Il faut d’abord nous rappeler que face aux agressions, nous ne sommes pas égaux. Nous avons tous un filtre et un filtre plus ou moins négatif. La maman d’une petite Myriam raconte : « Je me souviens du jour où j’ai dit à Myriam : « Tu as taché ta robe ». Elle m'a répondu : « ça fait une décoration ! » Le lendemain, je lui fais remarquer un accroc à sa jupe. Et sa réponse fut : « ça fait une dentelle ! » Sa fille a vingt-cinq ans aujourd’hui et elle a toujours un regard aussi positif. Nous n’avons pas hélas tous ce regard positif sur les événements et sur les personnes. Et quand nous avons un filtre négatif, nous sommes plus portés à nous plaindre.
Pourquoi nous gémissons ? Une paroissienne qui avait alors une soixantaine d’années, me dit : « J’ai confié mon souci à notre médecin de famille. En effet, mes parents se sont toujours beaucoup aimés. Nous les avons toujours vus plein d’attention l’un pour l’autre. Et voilà que maintenant à l’âge de 80 ans ils n’arrêtent pas de se chamailler. Cela nous rend tristes, leurs enfants, de les voir se faire de la peine. Et le docteur m’a répondu : vous savez on ne se plaint qu’à ceux qu’on aime ». Il faut que nous acceptions d’être des éponges pour nos proches, des exutoires.
Sans doute connaissez-vous l’histoire de Kirikou et la sorcière. Il s’agit d’un conte africain repris par Michel Ocelot. Un village souffre énormément du mal incarné par Karaba, la sorcière orgueilleuse et jalouse du bonheur des villageois : elle « mange » les hommes dès qu’ils s’approchent d’elle. Le mal est sans remède et la lutte totalement inégale, mais un enfant, le petit Kirikou est très malin. Il découvre la faille : Karaba est méchante car elle souffre ! Elle souffre parce qu’une épine a été enfoncée dans son dos. Kirikou réussira ce tour de force de la lui enlever et la méchante sorcière se transformera en une très belle femme, douce et aimante. Kirikou grandira rapidement et se mariera avec Karaba. Elle est méchante car elle souffre. J’avais raconté ce conte à un groupe d’enfants de sixième. Deux se sont regardé d’un air entendu et ont dit en parlant d’un camarade qui n’était pas présent : « Lui, ce n’est pas une épine, c’est un véritable hérisson… ! » J’ai su qu’ils avaient compris que si leur camarade était agressif, c’est qu’il souffrait.
Les moines n’ont pas le droit de se plaindre. Or voici qu’un frère au cours du repas en silence comme il se doit, a la désagréable surprise de voir arriver dans son assiette au milieu de la louche de haricots, une souris. Elle avait dû tomber dans la marmite et cuire en même temps que les fayots. Que faire ? Il appelle le frère qui vient de lui remplir son assiette, et lui dit tout bas, en lui montrant son assiette et celle de son voisin : « Pourquoi mon frère, lui, n’a-t-il pas de viande ? » Cultiver l’humour nous aide.
Se constituer un arsenal de salut. Une réflexion très courte mais qui vaut son pesant d’or de Anne-Dauphine Julliand, une journaliste écrivain d’une quarantaine d’années. Avec Loïc, son mari, ils ont perdu trois de leur quatre enfants. Elle écrit dans son petit livre « Ajouter de la vie aux jours ». Toutes mes journées commencent comme ça. « Allez, on y va ! » Je le répète parfois deux fois. Même trois. « Allez, on y va ! » Où ça ? Nulle part. Ou du moins pas loin. Dans la cuisine petit déjeuner, dans la pièce d’à côté travailler. Pour cela, il faut se lever, avancer, aller à la rencontre de la réalité. Pourquoi ne pas rester couchée, attendre que la journée s’achève, que la vie passe ? Chaque matin, je connais cette hésitation, cette négociation intérieure. Alors … je convoque les mots : « Rien que pour aujourd’hui. » Lève-toi rien que pour aujourd’hui, agis rien que pour aujourd’hui, souris rien que pour aujourd’hui, …Il m’arrive encore de renoncer, de me cacher sous la couette, de déserter le jour. Mais ces démissions se font moins fréquentes. Les pourparlers ne s’éternisent plus autant. … C’est la victoire de la volonté sur l’apathie, du courage sur le désespoir, de la force de vivre. Quand je pose un pied sur le sol, j’ai l’impression de me relever. D’être au milieu du chaos toujours, mais d’être debout encore. J’entends Loïc murmurer lui aussi en s’extirpant du lit :« Allez, on y va ! »
Il faut nous dire aussi qu’il y a le niveau psychologique mais aussi le niveau spirituel. Nous sommes engagés dans un combat spirituel. Pour cela, il suffit de penser que nous pouvons appeler Jésus au secours.
Voici le témoignage d’une paroissienne. Marie avait été invitée à un repas par des amis. Mais envahie par la peur, elle avait préféré leur téléphoner de ne pas l’attendre. Le soir, elle s’adresse à Jésus : « Seigneur ça fait quarante ans que je vis dans la peur de rencontrer certaines personnes, il n’y a que toi qui peux me délivrer de ces peurs, de ces angoisses, de ces appréhensions. Je t’en supplie : libère-moi ». A ce moment-là, elle entend monter dans son esprit ce chant d’acclamation que l’on entend notamment à Lourdes pour la procession du Saint-Sacrement : « Lauda Jerusalem Dominum, Lauda Deum tuum Sion ! Hosanna Hosanna Hosanna Filio David ! » En même temps, elle « voit » Jésus sur un petit âne blanc monter la route qui le conduit à Jérusalem. Elle est allée joyeusement au repas.
Se rappeler que Jésus est le Roi du recyclage. Il a transformé de la trahison, de la bassesses[W1] , de la lacheté, de l’abandon, de la moquerie, de la torture morale et physique en Résurrection. Si un petit grain de sable s’introduit dans une huître, il provoque une irritation telle que celle-ci cherche aussitôt à se débarrasser du corps étranger. Ne pouvant réussir, elle l’enveloppe de nacre. C’est ainsi que se forme une perle. Que de “grains de sable” s’introduisent dans nos vies : contrariétés, ennuis de famille, soucis de travail, difficultés dans nos rapports avec nos semblables. Pourquoi ne ferions-nous pas une “perle” de chacun de ces petits problèmes irritants ? On m’adresse une remarque peu aimable que je n’ai pas méritée ? Voilà le grain de sable qui me blesse. Si j’y réponds par la douceur, c’est comme une perle précieuse. On me traite injustement ? Encore un grain de sable. Si j’accepte l’injustice dans un esprit d’humilité, c’est aussi une perle. Le secret : compter sur Jésus, et au besoin, l’appeler au secours.
Les bonus : (8889) Eglise vs nazis : ce que personne ne vous dira - YouTube