Mardi 7 Juillet- Tout Dieu dans une mangeoire.
Si un jour vous n’avez pas le moral, je vous conseille d’aller voir sur internet un fou-rire, celui de Mgr Desmond Tutu archevêque anglican d’Afrique du Sud, compagnon de Nelson Mandela. Desmond Tutu nativity story - YouTube Mais il suffit de taper son nom et « saint Joseph ». Dans une conférence il raconte ce qui s’est passé quand Joseph a frappé à la porte d’une auberge pour demander de l’aide : « S’il vous, plait, est-ce que vous pourriez nous accueillir parce que ma femme est enceinte. » Et l’aubergiste lui dit « Si votre femme est enceinte moi j’n’y suis pour rien ». Et saint Joseph répond du tac au tac : « Et moi non plus je n’y suis pour rien ». Et Mgr Desmond Tutu part d’un grand éclat de rire.
On s'est plu à souligner - et on avait raison - combien le plan de salut de Dieu était suspendu au oui de Marie. Dieu ne fait jamais rien pour l'homme sans l'homme. Le fiat de Marie a toujours inspiré à l'humanité une reconnaissance infinie envers celle qui a accepté d'être la mère du Sauveur. Mais on a tendance à oublier que Joseph lui aussi a été partie prenante de la grande aventure de la Rédemption. Sans être comme le oui de Marie une condition sine qua non, le oui de Joseph au plan de Dieu était capital: Joseph était chargé d'insérer Jésus dans l'authentique filiation de David. Autrement dit, Joseph n'a pas joué qu'un rôle de paravent, un cache-mystère de la virginité de Marie. Il n'a pas été le "père de la soupe".
Jésus est le Fils Bien Aimé du Père de toute éternité. Une fois sur terre, il sait qui il est. Il se voit Fils dans les bras du Père, dans le sein du Père. A trois ans, il le sait déjà, au sommet de sa conscience. Il a la science infuse de tous les mystères. Mais il y a des choses qu’il a dû apprendre dans sa conscience d’homme : parler, lire la Tora (livre qui est la Parole de Dieu), comment il allait exercer le salut. Tenez, imaginez ce moment. Avec Joseph, ils en arrivent au passage d’Isaïe chapitre 53 (le fameux portrait du Serviteur Souffrant). Jésus a vu concrètement l’agneau qu’on égorgeait, qui ne se défendait pas. Au moment ultime, l’agneau ne se défend pas. Jésus a dû demander à Joseph : de qui parle le prophète ? Il a dû y avoir un grand silence. Il y a une tradition qui représente notre Joseph en train de tailler une croix avec Jésus. C’est inouï : c’est un homme qui a appris à Dieu comment il devait sauver l’humanité !
Justement pour sauver l’humanité… Si vous aviez à citer une parole de Jésus, la plus facile à retenir, la plus connue, mais la plus mystérieuse aussi, en quatre mots…Peut-être pourrions-nous dire « Ceci est mon corps ». Il ne dit pas : Ceci représente mon corps ou ceci évoque mon corps ou ceci fait penser à mon corps. Il dit Ceci est mon corps. C’est bien moi.
Or il le dit en montrant un bout de pain.
Or il se trouve que Le Seigneur qui ne laisse rien au hasard a voulu naître à Bethléem et Bethléem, ce mot signifie « La Maison du Pain ». Et par ailleurs saint Luc dans son pourtant très court récit de la nativité, prend bien soin de nous préciser par trois fois que Dieu-Le-Fils a été déposé dans une …mangeoire ! ce qui est mis dans une mangeoire est fait pour être mangé. Est-ce que l’on ne dit pas de deux amoureux qu’ils se mangent des yeux ?
N’avez-vous jamais surpris une jeune maman dire à son bébé : « Je t’aime tellement que je te mangerais » ? C’est que l’amour porte au désir de fusion, de communion… Une amie malicieuse fait remarquer :« On dit ça quand ils sont bébés et quand ils ont quinze ans, on regrette de ne pas l’avoir fait … ! »
Ceci est mon corps. Dans les années 90, la télévision diffusait une publicité pour les yaourts dont elle vantait le principe Bifidus actif. On y voyait une silhouette féminine évidemment très fine, très svelte, et le slogan : « Ce qu’il fait à l’intérieur se voit à l’extérieur ». On peut facilement transposer à Jésus Hostie. Nous n’allons pas communier parce que l’hostie a bon goût mais parce qu’elle a le principe le plus actif qui soit : Jésus hostie imprime petit à petit sa beauté en nous.
Dans le Notre Père, notre prière par excellence, nous disons: « Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien », en pensant naturellement au pain de chaque jour pour nous et pour tous les hommes. Mais cette demande contient également quelque chose de plus profond. Le terme grec que nous traduisons par « de ce jour », pourrait également faire référence au pain « supra-substantiel », au pain « du monde à venir ». « Donne-nous aujourd’hui notre pain supra-substantiel ». Je suis allé rendre visite une fois à la petite fraternité des Pères orthodoxes qui sont à Lissac près de Saint-Paulien. Ils disent « Donne-nous aujourd’hui notre pain sur-essentiel ». C’est bien sûr, une référence à l'Eucharistie, le pain de la vie éternelle, du nouveau monde, qui nous est déjà donné aujourd'hui dans la Messe, afin que dès à présent, le monde futur commence avec nous. Avec l'Eucharistie donc, le ciel descend sur terre, le demain de Dieu se fond avec le présent et le temps est comme embrassé par l'éternité divine. En disant cette demande du Notre Père, on peut demander les trois : le pain, la tartine sur laquelle on met du beurre ou de la confiture. Mais aussi Le Pain de la Parole du Seigneur, et le pain supra-substantiel, le corps du Christ.
La théologie du corps : remettre la sexualité dans le bon sens par Frère Maxime et Père Antoine