7 janvier 2026 Marcher sur l’eau.

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 6, 45-52) : « Aussitôt après avoir nourri les cinq mille hommes, Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, vers Bethsaïde, pendant que lui-même renvoyait la foule. Quand il les eut congédiés, il s’en alla sur la montagne pour prier. Le soir venu, la barque était au milieu de la mer et lui, tout seul, à terre. Voyant qu’ils peinaient à ramer, car le vent leur était contraire, il vient à eux vers la fin de la nuit en marchant sur la mer, et il voulait les dépasser. En le voyant marcher sur la mer,les disciples pensèrent que c’était un fantôme et ils se mirent à pousser des cris. Tous, en effet, l’avaient vu et ils étaient bouleversés. Mais aussitôt Jésus parla avec eux et leur dit : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez pas peur ! » Il monta ensuite avec eux dans la barque et le vent tomba ; et en eux-mêmes ils étaient au comble de la stupeur, car ils n’avaient rien compris au sujet des pains : leur cœur était endurci. »

Peut-être vous souvenez-vous de ce sketch de Roland Magdane à une époque où nos humoristes avaient une bonne culture chrétienne, qu’ils connaissaient bien l’évangile et ne s’autocensuraient pas à cause du politiquement correct. Dans ce sketch, Roland Magdane met en scène une maman « méridionale » avec un fort accent du midi, une maman très fière de son fils. « Il n’est pas comme le petit des voisins, ce Jésus qui épate les copains en changeant de l’eau en du vin, en multipliant les goûters, et qui fait le zazou à la piscine pour épater les gonzesses,  avec le peigne dans le maillot et en marchant sur l‘eau, qui ceci qui cela, … » Et le sketch se termine ainsi : cette maman s’aperçoit que son fils s’éloigne un peu trop ; alors elle lui crie très fort : « Judas, viens ici !!!… »

Il me semble que cet épisode de l’évangile où l’on voit Jésus marcher sur l’eau (Mt 14, 22-33 // Mc 6,45-52 // Jn 6,16-21) est plus souvent raillé que cité sérieusement. Il n’a pas été mis en scène souvent au cinéma ;  à ma connaissance, je ne l’ai vu que dans l’ « évangile selon saint Matthieu » de Pasolini. Serait-ce parce qu’on prendrait ce passage d’évangile volontiers pour une parabole mais pas pour un fait réel ?

Cela me rappelle une histoire. Un mercredi à midi, un gentil garçon revient du catéchisme. Sa maman lui demande ce qu’il a appris. Il lui dit que monsieur le curé leur a raconté la sortie d’Egypte. « Ah très bien ; de quoi te souviens-tu ? Eh bien Les Hébreux étaient esclaves des Egyptiens. Ils devaient travailler très dur pour construire des villes. Alors le Seigneur a appelé Moïse, Moïse a été sauvé des eaux du Nil. Il a grandi ; il a dû s’en aller vivre au désert pour se faire oublier. Le Seigneur lui a parlé dans le Buisson ardent. Il a fallu qu’il aille souvent voir le pharaon qui ne voulait pas laisser partir cette main-d’œuvre à bon marché. Finalement, parce que Pharaon a perdu son fils aîné, il a donné aux Hébreux la permission de quitter l’Egypte. Ils sont partis la nuit en emportant tout ce qu’ils pouvaient, heureux comme tout. Mais assez vite ils se sont retrouvés devant la Mer Rouge infranchissable. Et ils ont pris peur parce qu’ils ont vu au loin que les Egyptiens regrettaient de les avoir laissés partir et qu’ils étaient à leurs trousses. Alors Moise a téléphoné à son Chef à Jérusalem pour qu’il leur fasse parvenir du renfort. On leur a envoyé des avions bombardiers, des hélicoptères, et des blindés qui ont anéanti l’armée de Pharaon… Cette maman est interloquée. « C’est monsieur le curé qui vous a raconté cette histoire ? » – « Non, mais si je te disais ce qu’il nous a raconté, tu ne me croirais pas. »

Et cependant cet épisode de Jésus qui marche sur la mer rapporté par les quatre évangiles, et le passage de la Mer rouge à pieds secs par les Hébreux libérés de l’esclavage d’Egypte raconté par le Livre de l’Exode nous parlent beaucoup. Nous sommes esclaves de tellement de « pharaons » aujourd’hui qui nous tiennent avec internet, avec la publicité qui attise notre soif de consommation, les addictions de toutes sortes, de la fièvre acheteuse à la fièvre affectueuse. Jésus peut nous en libérer. Mais on ne le sait pas avant d’avoir posé un acte de foi pour lui demander. Moïse a posé un acte de foi en levant son bâton pour fendre la mer en deux ; et si ça n’avait pas marché ? Il aurait eu l’air malin ! Les disciples ont fait une place à Jésus dans la barque. Et si cela avait été une illusion, ils auraient eu l’air malin de s’écarter et de faire le geste de l’inviter ! Ils ont posé cet acte de foi. Nous y sommes invités à notre tour, parce que nous sommes dans la barque agitée par les flots. Nous « naviguons à contre-courant» dans les absurdités de certaines organisations que nous subissons, nous « galérons » à cause des caractères des autres, nous ressentons les flots impétueux dessous, les pluies torrentielles dessus. Nous avons peur de démâter, de dériver, de couler. Nous avons alors la tentation de nous mettre en fond de cale en repli boudeur ou colérique. Quelle est la solution ? C’est d’inviter Jésus dans la barque. Un acte de foi. Parce que rien n’est impossible à celui qui marche sur les eaux.

Les bonus : BOULEVERSANT : Sous les verrous, la foi !