Samedi 5 septembre 2026 Le tort des pharisiens.
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc : « Un jour de sabbat, Jésus traversait des champs ; ses disciples arrachaient des épis et les mangeaient, après les avoir froissés dans leurs mains. Quelques pharisiens dirent alors : « Pourquoi faites-vous ce qui n’est pas permis le jour du sabbat ? » Jésus leur répondit : « N’avez-vous pas lu ce que fit David un jour qu’il eut faim, lui-même et ceux qui l’accompagnaient ? Il entra dans la maison de Dieu, prit les pains de l’offrande, en mangea et en donna à ceux qui l’accompagnaient, alors que les prêtres seulement ont le droit d’en manger. » Il leur disait encore : « Le Fils de l’homme est maître du sabbat. »
En quoi consiste le tort, le péché des pharisiens ? Il est multiple.
On m’a raconté qu’au Brésil, dans un quartier de Favelas, on avait fini par repérer le manège d’un garçon. Chaque matin il faisait le tour des chapelles et des églises le plus rapidement possible pour participer aux différentes messes qui s’échelonnaient sur les heures de la matinée, et chaque fois, il recevait la communion. Finalement, un prêtre l’aborde et lui demande pourquoi il fait cela, ne sait-il pas qu’il ne peut communier qu’une fois par jour ? Pourquoi reçoit-il chaque matin dix fois la communion ? Et l’enfant de répondre : - Parce que j’ai faim. Les pharisiens auraient pu proposer à Jésus et à ses apôtres de venir manger chez eux car se nourrir de grains de blés ne doit pas calmer tellement la faim. Péché d’omission. Ils ne se laissent pas interpeler.
Mais ils s’indignent que Jésus ne veille pas à ce que ses disciples respectent la loi. Ils n’ont pas réalisé que la Loi doit nous pousser à aimer mieux, à aimer plus, et non pas à chercher des poux dans la tête des autres. Péché de rigorisme, d’intransigeance. Pour les autres.
Le plus fondamental péché de pharisiens peut être illustré par ce conte. Il était une fois un roi qui était le plus fin des gourmets. On aurait dit qu’il ne vivait que pour la bonne chère tant il aimait repas et banquets. Il aimait tellement faire bombance qu’il alla jusqu’à promettre cent pièces d’or à celui qui préparerait le meilleur des repas. Aussitôt, les plus grands cuisiniers du royaume se mirent sur les rangs. Et durant près de deux mois, tous les dimanches, le roi partait pour un nouveau banquet ; il faisait ripaille jusqu’au coucher du soleil et, le soir venu, inscrivait sa note dans un calepin. Le concours touchait à sa fin, lorsque se présenta au château un vieil homme venu de la montagne. « Grand roi dit-il, si tu veux bien me suivre, je t’emmènerai dans une auberge où tu feras le repas le plus délicieux de toute ta vie. » Alléché, le roi fit aussitôt battre tambour et partit avec son escorte sur son plus beau cheval blanc, ils galopèrent toute la matinée à bride abattue. De temps à autre, il interrogeait le vieil homme : - Dis moi, c’est encore - loin ? Mais le vieil homme lui faisait signe de ne pas s’impatienter : un bon repas se mérite ! Jamais le roi n’avait autant parcouru de distance dans son royaume. Sur le chemin, ses sujets lui faisaient fête et il fallait descendre pour serrer des mains, puis se remettre en selle. On galopa au milieu des plaines, traversa des collines, passa des rivières à gué, puis on commença à grimper. - Ce n’est plus très loin, grand roi ! le rassura le vieil homme. L’auberge est au sommet de cette montagne ; tu verras, tu n’auras pas à le regretter ! Au bout de quelques heures d’effort, le roi aperçut enfin la masure en haut d’un col ; mais il fallut mettre pied à terre et finit le restant de la route en tirant le cheval par la bribe. Quand le roi poussa la porte, il était en nage et littéralement mort de faim, aussi ne prit-il pas garde à la poussière ni au délabrement de l’auberge. – « Encore quelques minutes de patience, lui dit le vieil homme. Je vais me mettre au fourneau. - Comment ! s’exclama le roi. C’est donc toi, le cuisinier ? Où sont tes assistants, tes marmitons ? Te moquerais-tu de moi ? - Attends donc de voir ! répliqua le vieil homme. Dans la montée, j'ai cueilli quelques champignons, tu m’en diras des nouvelles ! » Le roi était abasourdi. Jamais il n’avait ouï pareille impudence. Mais pour l’heure, il ne pensait qu’à manger. Il entendait dans la cuisine grésiller les girolles et une bonne odeur de friture emplit la pièce. Le vieil home lui préparait une omelette aux champignons.
Quand il la trouva dans son assiette, il n’eut pas besoin de calepin pour mettre une note. C’était bien le meilleur repas qu’il avait jamais fait de toute sa vie… car pour la première fois, il avait eu vraiment faim !
Le péché, le tort des pharisiens n’est-il pas d’être tellement satisfaits d’eux-mêmes qu’ils n’ont plus faim de l’inattendu de Dieu, le maître du Sabbat ?
Les bonus : La crise spirituelle humaine - Nicolas Buttet