29 et 30 juin 2024

(car aux Carmes, nous fêtons saint Pierre le dimanche après la solennité)

Frères et sœurs, pourquoi cette page d’évangile pour la fête de saint Pierre et saint Paul ? Saint Pierre personnifie l’Eglise ; et quelle est la mission de l’Eglise ? faire connaître Jésus : il est le Messie, le Fils du Dieu vivant, Dieu le Fils. Et ce n’est pas évident. A preuve d’abord deux petites histoires souriantes avant d’exposer les enjeux incommensurables de répandre cette affirmation de foi.

C’était avant le concile Vatican II, à une époque où le catéchisme consistait en une série de questions-réponses à apprendre et à réciter par cœur.  « Qui est Dieu ? Où est Dieu ? Que fait Dieu ? etc. … »  Dans cette paroisse, c’est le dimanche de la fête patronale. On a aménagé un bel autel en plein air sur le podium où, l’après-midi, se produiront les enfants qui ont passé des semaines à préparer des danses, des petits sketches, et des morceaux de musique. Mais avant le divertissement, la prière ! Le Père curé célèbre la messe de la kermesse. Quatre enfants de chœur l’assistent. Soudain, une petite bourrasque de vent se lève qui emporte l’hostie consacrée et la fait tomber quelque part sur l’estrade. Ne voyant pas où elle est tombée, le prêtre se tourne vers l’enfant de chœur et lui dit : « Où est le Bon Dieu ? »  Et l’enfant croyant à une question de catéchisme par surprise lui répond : « Dieu est au Ciel, sur terre, et en tous lieux. » Le prêtre l’interrompt et lui dit : « Pas celui-là ! L’autre ! » C’était probablement sous le coup de l’émotion que lui avait jailli cette expression pour le moins maladroite. Et pourtant, aussi incroyable que cela puisse paraître, le Créateur de l’univers est bien le même que celui que nous recevons dans l’hostie ! Dieu se met à notre portée pour nous hisser à son niveau.

Un prêtre curé en milieu rural visite une famille. Il trouve la grand-mère qui garde son petit-fils de sept ou huit ans. Elle lui dit tout de go : « Monsieur le Curé, je suis en colère    –  Et pourquoi ?   –  Parce que le petit vient de blasphémer.»  Le Père curé se demande bien ce qu’un petit de cet âge peut dire pour blasphémer et mettre sa grand-mère dans un pareil état. – « Qu’est-ce qu’il vous a dit ?   –  …  –  Vous n’osez pas me le dire ?   –  Il a dit que le petit Jésus faisait pipi dans ses culottes. »   Le prêtre se tourne alors vers le petit : «  Tu t’es trompé parce qu’à cette époque-là, les petits ne portaient pas de culotte. »    Et, en se tournant vers la grand-mère, il lui dit :   « Jésus, c’était un homme comme nous.   –  Mais il est Dieu ! – Oui mais il était vraiment homme. »  Alors, il lui dit : « Je vais vous dire une chose : vous êtes monophysite. »   Cette dame se demandait sans doute s’il s’agissait d’une maladie psychiatrique ou d’un nouveau péché ;  c’est une hérésie, l’hérésie de ceux qui niaient l’humanité de Jésus, qui disaient qu’en Jésus il n’y avait qu’une seule nature (mono -physis), la nature divine. Selon eux, le Fils de Dieu avait fait semblant d’être homme. Le chemin a été long avant que l’Eglise définisse qu’en Jésus, il y a une seule Personne, et deux natures…

Comment bien dire que Jésus est Dieu, qu’il est égal au Père, égal au Saint-Esprit, et complètement home ? On dit que Jésus est 100% Dieu et 100% homme.

Mais quels sont les enjeux ? Ce n’est pas une question en option. C’est le cœur du réacteur. Historiquement, savez-vous que c’est la pensée chrétienne qui a forgé le concept de « personne »? Dès les premiers siècles de l’Eglise, pour parler du mystère de la Sainte-Trinité, un seul Dieu en trois personnes, il a fallu réfléchir, préciser, définir ce terme. Il existait déjà mais il a fallu dire clairement que Père, Fils, Saint-Esprit, ce ne sont pas trois façons de parler comme quelqu’un peut être à la fois père de famille, médecin et pianiste ; ou bien trois effets de Dieu comme l’électricité produit de la chaleur avec les convecteurs, de la lumière avec les lampes, de la force avec les machines. Non ! le Père est bien distinct du Fils et le Saint Esprit n’est pas un deuxième Fils : Ce sont trois personnes. On a pâti pour l’exprimer avec justesse. Et comme la Bible nous dit que l’homme est à l’image et à la ressemblance de Dieu, l’Eglise a dit : « Chacun est une personne. » Avant, quand on croyait que Dieu était un vieux solitaire, grand architecte un peu tyrannique, on disait : individu. « Personne », cela dit beaucoup plus. Une personne, ce n’est pas un numéro, c’est quelqu’un. C’est un être en relation. Et en relation d’abord avec son créateur. On demandait un jour au Père Sève comment il expliquait que si peu de chrétiens vivent vraiment l’amour pour leurs frères. André Sève a répondu : « J’ai peut-être une explication. Sur ma route, je n’ai pas tellement fréquenté de chrétiens inébranlablement persuadés que Dieu les aime avec tendresse. La plupart n’arrive pas à vivre dans cette certitude. Alors, eux-mêmes, pour Dieu et pour leurs frères, n’ont guère de tendresse. Les deux choses se tiennent, je le vois bien : plus on se sait aimé par Dieu, plus on a envie d’être bon. »

Aujourd’hui, alors qu’on ne sait plus ce qu’est un homme, une femme, un enfant, une personne âgée, une personne porteuse de handicap, il est absolument crucial que l’Eglise soit là pour rappeler que Dieu s’est fait homme, et pas seulement « humain », que si Dieu lui-même s’est fait embryon et a accepté d’être crucifié, c’est que chacun a un prix infini, qu’il soit petit bébé caché sous le cœur d’une maman ou personne totalement dépendante.   

Que nous ne nous fatiguions pas de proclamer à la suite de saint Pierre et de saint Paul : « Jésus tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant » Amen !

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