Mercredi 29 juillet - Nourrir Jésus
La scène extraordinaire de Marthe et Marie nous donne beaucoup d’enseignements à plusieurs étages. Par exemple à l’étage simplement psychologique ; De même qu’il y a des introvertis et des extravertis, des flexibles et des organisés, des « qui innove » et des « qui emboitent le pas », des intuitifs et des logiques, il y a des personnes tournées vers la tâche et des personnes tournées vers les gens. Je suis invité parfois dans des familles. Certaines vous ouvrent la porte et vous installent dans le salon et disparaissent dans la cuisine. Ils sont tournés vers la tâche ; le repas ne sera jamais assez copieux, assez bon, assez bien présenté. Chez d’autres le repas sera plus modeste mais ils veulent offrir au prêtre un moment de qualité, un temps d’écoute. Les deux ont un grand sens de l’accueil mais cela se manifeste très différemment. Jésus aurait pu dire à Marthe : « Ma petite Marthe, comparaison = poison » ; il ne faut jamais s’acoquiner avec la jalousie, ni avec le complexe. Dieu n’a raté personne à la distribution de talents, de charismes, de dons.
Saint Augustin dit joliment : « Marthe voulait nourrir Jésus. Marie voulait être nourrie par lui… Il est bon d’exercer la charité avec Marthe. Il est meilleur encore d’écouter Jésus avec Marie. Mais n'oublions pas que les bonnes oeuvres de Marthe peuvent conduire au bonheur éternel figuré par celui de sa sœur. » Quelle belle synthèse !
Marthe voulait nourrir Jésus. Et Jésus apprécie ! Il nous y encourage : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger. Venez, les bénis de mon Père. Venez prendre possession du Royaume qui a été préparé pour vous avant la création du Monde ». Sur la croix, il crie qu’il a soif. Jésus désire que nous lui donnions à manger et à boire.
Marie voulait être nourrie par Jésus.
Qu’est-ce que cela veut dire ? Georges Bernanos disait : « C’est curieux comme mes idées changent lorsque je les prie. » Se nourrir de Jésus c’est prier. Prier c’est lui redonner la main. Commencer par la prière. Être chrétien c'est un peu comme jouer à la belote. A la belote, il arrive parfois que l'un des deux partenaires a tous les atouts en main. Il ne souhaite donc qu'une chose, c'est que son partenaire, en face, lui donne la main. Il lui fait des « appels ». Ah ! si nous savions entrer dans le jeu de Dieu ! Quand on est chrétien, on sait que Dieu a tous les atouts. Il nous fait des appels. Conclusion : il faut lui « donner la main. » C'est la place de la prière.
Se laisser nourrir par Jésus c’est accueillir sa Parole. Aujourd’hui il est facile de s’abonner à l’une de ces petites revues qui contiennent les textes du jour : Magnificat, Prions en Eglise, Parole et Prière. Ou à un site internet qui vous envoie chaque jour un passage de la Bible. Ou à une émission radio qui diffuse l’évangile du Jour commenté. Se laisser nourrir par Jésus, c’est faire tout son possible pour communier.
Jésus peut nous nourrir de façon inattendue. Bénédicte Delélis théologienne donne ce témoignage. Alexandre avait 15 ans, les yeux noirs souriants, les cheveux coupés très court. Il avait frappé à la porte de l’aumônerie de la paroisse et, quelques semaines après, demandait le baptême. « Comment en es-tu arrivé là ? », questionnai-je. L’histoire était jolie. Avec sa maman, Alexandre avait fait un voyage à Milan, à la Toussaint. Après avoir visité la cathédrale, ils s’étaient tous deux assis sur un banc au milieu de la nef. Le jeune garçon observait les piliers élancés du Duomo, les voûtes, les vitraux… et soudain, il se figea. Il ne pensait à rien de spécial, raconta-t-il après, il restait là seulement en silence à regarder. Sa mère jetait vers lui des coups d’œil surpris. D’habitude, lorsqu’ils découvraient une église, elle restait prier un peu et Alexandre, lui, sortait se balader, le nez au vent. Mais ce jour-là, il demeurait fixé sur son siège, immobile.
Au bout d’un long moment, mère et fils se levèrent et s’éloignèrent du lieu saint sans mot dire. Les jours passèrent. Le séjour italien prit fin et l’école reprit. Mais Alexandre continuait de ressentir quelque chose qu’il ne parvenait pas à définir ni exprimer. Il y avait désormais au-dessus de lui, sans cesse, quelque chose de haut, de grand, présent toujours avec lui. « Quelle était cette chose ? », demandai-je. « Je ne sais pas », répondit l’adolescent. Avec ses mains, il dessina un espace large au-dessus de sa tête. « C’était quelque chose qui m’entourait, quelque chose qui m’écrasait presque. Et cette chose semblait me dire ce que je devais faire. Par exemple, avec cette chose au-dessus de moi, je ne pouvais plus me mettre en colère, alors que d’habitude je m’énerve vite, me dit-il en souriant. Cette chose me mettait dans une sorte de paix. Elle me poussait à être patient. Alors, j’ai essayé de me débarrasser de cette chose. Je me disais : “Je ne veux pas croire en Dieu ! C’est ridicule de croire en Dieu ! Je ne veux pas devenir croyant !” Mais cette chose plus grande que moi demeurait. Je n’arrivais pas à m’en dégager. »
J’écoutais, saisie. Je cherchai le Psaume 138 : « Tu me scrutes, Seigneur, et Tu sais ! Tu me devances et me poursuis, Tu m’enserres, Tu as mis la main sur moi. Savoir prodigieux qui me dépasse, hauteur que je ne puis atteindre ! Où donc aller, loin de ton souffle ? Où m’enfuir, loin de ta face ? » « C’est tout à fait cela !, s’exclama Alexandre. J’avais deviné que cette chose était Dieu. C’est pour cela que je suis venu à l’aumônerie : pour savoir qui était ce Dieu et Lui dire que j’avais bien entendu. » Il poursuivit son récit : « En arrivant, après la séance, le soir, il y avait l’adoration. Et là, c’était étonnant. Ce quelque chose de haut n’était pas seulement au-dessus de moi. Il était aussi devant moi, dans ce petit point blanc. Dans ce point blanc, je sentais une force, une puissance inarrêtable, qui rayonnait vers moi, oui, mais aussi jusqu’au bout de l’univers. »
Comme il était bon de se laisser enseigner par Dieu à travers ce jeune garçon. Oui, ses mots exprimaient magnifiquement l’Eucharistie : point blanc si puissant qu’il rayonne sur nous et jusqu’aux extrémités de la Terre… Le Saint-Esprit avait soufflé ce mystère dans cette âme. J’étais soudain témoin qu’Il ne cesse pas d’agir dans le monde, d’attirer à la lumière du Christ.
C’est bien ce que dit saint Augustin : en nous laissant nourrir par Jésus nous aurons un avant-gout du Ciel et d’autres pourront être nourris. Amen !
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