Rameaux 29 mars 2026
« Béni soit Celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur ! Paix dans le Ciel et gloire au plus haut des Cieux ! », clament les disciples à pleins poumons, alors que Jésus entre à Jérusalem, perché sur son âne. Les pharisiens frémissent. Un blasphème public ? Ces hommes dépenaillés, aux pieds poussiéreux, aux Tuniques rapiécées, ce ramassis informe et sans allure : pêcheurs incultes, zélote dangereux, collecteur d’impôts peu reluisant, avec des femmes en plus, dont Madeleine, autrefois possédée de sept démons ! Comment osent-ils profaner la Ville sainte en acclamant dans les rues leur prophète comme le Messie, au nez et à la barbe des chefs des prêtres savants et hostiles ?
« Fais-les taire ! », commandent les pharisiens au Nazaréen. Mais, impérieuse, la phrase du Christ tombe : « S’ils se taisent, les pierres crieront ! » (Lc 19, 38-40). Et nous, est-ce que nous ne nous taisons pas ? Dans la durée des jours, dans le temps long des saisons, des années, dans l’âpreté de la persévérance, est-ce que nos âmes continuent d’éclater de reconnaissance ?
Cher Jésus, si Tu avais été juste un petit bébé à Bethléem, tenant au creux des mains calleuses de saint Joseph, émerveillant, avec son petit nez, son menton et ses paupières closes encore transparentes, les mages et les bergers. Si Tu avais été seulement cet Enfant limpide et doux, cela aurait été déjà le miracle le plus grand de toute la Terre. Si toi, le Dieu vivant, Tu avais simplement été le Fils du charpentier, trente ans à jouer au sifflet avec ses cousins Jacques, Joseph, Simon et Jude, comme leur simple frère, à balayer le sol avec Marie, réparer des charrettes, aider monsieur Jacob et monsieur Zacharie pour leur toiture qui fuyait, leurs chaises bancales ou la table de la salle à manger… Cela aurait été déjà stupéfiant et splendide.
Si Tu avais seulement appelé des Apôtres, fait jaillir la joie à des noces devenues tristes, si Tu t’étais contenté de guérir des malades, de ressusciter Lazare et la petite fille de Jaïre, nous aurions déjà été les plus chanceux de tous les hommes. Si Tu avais seulement pardonné nos fautes en les jetant au fond de la mer, si Tu avais seulement inscrit nos noms dans les Cieux, nous aurions été comblés au-delà de tout ce que nous pouvions imaginer. Mais… Tu as détruit nos péchés en les portant sur ton dos, Tu nous as ouvert la résurrection en mourant toi-même, Tu as inscrit nos noms dans les Cieux en laissant déchirer tes mains par les clous, en nous gravant pour toujours sur ton Cœur transpercé.
Et cela n’était pas assez à tes yeux. Tu as encore livré ton Esprit pour qu’Il palpite en nous, rompu ton Corps afin qu’Il soit nôtre et que nous devenions tiens comme les doigts sont à la main. Et Tu as continué de nous appeler de génération en génération, gens cabossés derrière gens cabossés, gens ingrats derrière gens ingrats… Et Tu as persévéré au long des jours, des saisons, des années, des centenaires et des millénaires, et Tu t’es entêté à faire des disciples pour que nous éprouvions l’étonnante joie de Te suivre et de T’aimer.
Si nous nous taisons, les pierres crieront… Chante, mon âme, ton chant d’Action de grâce. Jusqu’au dernier battement du cœur, jusqu’à ce que Tu t’échappes enfin vers Celui qui t’a faite, que ne se taise pas ta louange pour Celui qui vient à toi aujourd’hui encore, juché sur son petit âne.
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Lundi 30 mars 2026 L’Onction de Béthanie.
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 12, 1-11) : « Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie où habitait Lazare, qu’il avait réveillé d’entre les morts. On donna un repas en l’honneur de Jésus. Marthe faisait le service, Lazare était parmi les convives avec Jésus.Or, Marie avait pris une livre d’un parfum très pur et de très grande valeur ; elle répandit le parfum sur les pieds de Jésus, qu’elle essuya avec ses cheveux ; la maison fut remplie de l’odeur du parfum. Judas Iscariote, l’un de ses disciples, celui qui allait le livrer, dit alors : « Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données à des pauvres ? » Il parla ainsi, non par souci des pauvres, mais parce que c’était un voleur :comme il tenait la bourse commune, il prenait ce que l’on y mettait. Jésus lui dit : « Laisse-la observer cet usage en vue du jour de mon ensevelissement ! Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. »Or, une grande foule de Juifs apprit que Jésus était là, et ils arrivèrent, non seulement à cause de Jésus, mais aussi pour voir ce Lazare qu’il avait réveillé d’entre les morts. Les grands prêtres décidèrent alors de tuer aussi Lazare, parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s’en allaient, et croyaient en Jésus. »
Le vase d’albâtre brisé par Marie de Béthanie permet à la maison de s’emplir de la senteur du parfum (cf Jn 12,3). Il symbolise l’humanité du Christ, vrai vase d’albâtre par sa pureté, qui doit être brisé par la Passion pour que le parfum de l’Esprit Saint, qu’il contient puisse se répandre et remplir de la senteur du parfum l’Eglise et le monde entiers. « Le Seigneur a reçu une onction parfumée (myron) sur la tête afin d’exhaler pour son Eglise un parfum d’incorruptibilité. » Si l’onction est donnée par la présence de l’Esprit, si elle est un don de l’Esprit, que pouvons-nous faire pour l’obtenir ? Nous pouvons partir d’une certitude : « Nous avons reçu l’onction venant du Saint » nous assure saint Jean. Grâce au baptême et à la confirmation, nous possédons déjà l’onction : selon la doctrine traditionnelle appuyée sur 2 cor 1,21-22, elle a imprimé un caractère indélébile en notre âme, comme une marque ou un sceau. Cette onction peut rester inerte ou inactive si on ne la « libère » pas, comme un onguent parfumé, qui n’exhale aucun parfum tant qu’il est enfermé dans le vase. Il faut casser le vase d’albâtre !
Mais revenons au texte de saint Jean. Jésus vient donner sens au geste de Marie en le reliant à sa passion à venir (mon ensevelissement) et à sa glorification auprès du Père (vous ne m’aurez pas toujours). Cette interprétation de Jésus répond à la réaction négative de Judas. Judas Iscariote oppose au gaspillage de Marie, la nécessaire aumône charitable demandée par la Loi elle-même. Par exemple au chapitre 15 du Deutéronome il est prescrit : il n’y aura pas de malheureux chez toi. Le Seigneur, en effet, te comblera de bénédictions dans le pays que le Seigneur ton Dieu te donne […] 7 Se trouve-t-il chez toi un malheureux parmi tes frères, dans l’une des villes de ton pays que le Seigneur ton Dieu te donne ? Tu n’endurciras pas ton cœur, tu ne fermeras pas la main à ton frère malheureux. La remarque de Judas vise à la fois Marie, qui est alors humiliée publiquement, et Jésus qui se laisse ainsi honorer, sans réagir. La réaction de l’Iscariote, désigné comme un voleur, est hypocrite. Il oppose ce qui n’est pas opposable : le don fait aux pauvres et le don de la vie fait par le Christ, que représente le parfum. Judas se distingue ainsi de la grâce, surabondante, et de l’amour de Marie pour Jésus, préférant l’amour de l’argent et sa lecture hypocrite de la Loi. Or la grâce de la vie donnée, que vient honorer le geste de Marie, ne s’oppose pas à la Loi, ni à l’aumône, mais vient lui donner sens.
En premier lieu, Jésus interprète le geste honorifique de Marie comme l’annonce de sa mort prochaine. Le don du parfum est lié au don de sa vie. Laisse-la observer cet usage en vue du jour de mon ensevelissement ! La passion du Fils devient un parfum de vie pour tous et annoncent la glorification de Celui qui retournera vers le Père : moi, vous ne m’aurez pas toujours. L’ensevelissement à venir est désigné par la mention du « jour ». Ce jour de l’ensevelissement n’est pas seulement un repère chronologique et factuel. Il désigne le jour de l’accomplissement du dessein de Dieu (19,30), le jour du jugement et du salut pour tous. C’est en ce jour que prend source et sens, la charité des disciples dans ce souci des pauvres. La croix vient éclairer la charité d’un jour nouveau. Celle-ci ne se réduit plus à un acte d’aumône, suivant la règle de la Loi de Moïse, mais souligne, davantage, l’amour du Christ. C’est en aimant le Christ que les disciples pourront honorer sa Charité jusque dans le souci des plus démunis.
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