Samedi 28 avril 2026 Dieu peut-il souffrir ?
« Alors, l’un d’entre eux, Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là, leur dit : « Vous n’y comprenez rien ; vous ne voyez pas quel est votre intérêt : il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que l’ensemble de la nation ne périsse pas. » Ce qu’il disait-là ne venait pas de lui-même ; mais, étant grand prêtre cette année-là, il prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation ; et ce n’était pas seulement pour la nation, c’était afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés. »
Ce soir, nous entrons dans la Semaine Sainte. Jésus va vivre sa Passion pour nous sauver.
Comment aborder la Souffrance de Dieu ? Le Fils « a souffert sous Ponce Pilate ». Mais le Père ? Dieu peut-il souffrir ? Voici un extrait d’un livre du Père Jean-Miguel Garrigues, Dieu sans idée du mal, qui donne des pistes de réflexions :
« Un exemple aidera à faire entrevoir ce que peut être cette blessure de l’amour divin. Imaginons des parents dont l’enfant à l’adolescence tourne mal et un jour vole ses parents. Ressentiront-ils une blessure causée par la soustraction de leur avoir et le tort qu’ils ont subi ou seront-ils blessés parce que leur enfant est devenu un malfaiteur ? C’est bien sûr l’enfant qui est la blessure de ses parents, si du moins ce sont de vrais parents. Ils pourraient lui dire comme le Père de l’enfant prodigue : mon enfant, tout ce qui est à moi est à toi, pourquoi ne m’as-tu pas demandé au lieu de prendre ? L’enfant qui s’est dégradé lui-même, voilà la vraie blessure des parents. Plus l’amour est gratuit, plus il est dans l’autre et non pas dans soi. Et donc d’une certaine manière, moins il est souffrant, et plus il est efficacement aimant.
[…] Ici encore essayons de toucher cela à travers une image, ou plutôt une histoire réelle qui m’a permis à moi-même d’entrevoir la vérité de cet amour victorieux de Dieu qui ne se laisse pas abattre ni même affecter, justement parce qu’il est un amour totalement généreux et totalement gratuit. Je me suis trouvé en présence d’une maman au chevet de son enfant. Celui-ci, à la suite d’une intoxication très grave, s’est débattu pendant 48 heures entre la vie et la mort. Dans ce combat marqué par des convulsions tétaniques, l’enfant souffrait beaucoup. La maman était à son chevet pour le soutenir autant physiquement que moralement. Or quelqu’un qui passait là lui a dit : “Comme vous devez souffrir de voir ainsi souffrir votre enfant !”. Alors elle fit cette réponse étonnante : “Souffrir ! Je n’en ai pas le temps”. Cette phrase étonnante est très compréhensible : souffrir, pour cette maman, c’eût été rester en elle-même, revenir sur elle-même et donc ne pas être à son enfant : c’eût été voler à son enfant quelque chose de son amour, d’un amour bienfaisant, en acte et en vérité. Sa souffrance était entièrement passée dans les soins qu’elle donnait à son enfant, dans sa main qui prenait la main de l’enfant, dans son regard qui était posé sur lui, dans son sourire et sa sollicitude à tous ses besoins. Elle n’était pas en elle-même, elle ne souffrait pas en elle-même, elle n’était pas “affectée”. Tout son amour, toute la puissance de son amour était passée en acte.
Non, on ne peut plus souffrir en soi-même quand on s’est donné à un degré extrême. On est totalement happé par la souffrance de l’autre, répondant totalement à l’appel de sa détresse comme la source à laquelle on ne peut rien enlever parce que tout ce qu’on lui enlève ne fait pour ainsi dire qu’accroître son débit ; Qui peut discerner le creux que fait le seau avec lequel on puise l’eau ? “Là où le péché abonde, la grâce surabonde”.
Il n’y a pas de cicatrice dans l’amour de Dieu. Il n’y a pas en lui la blessure d’un manque dans l’avoir parce qu’il est l’Etre et qu’on ne peut rien enlever à l’Amour qui a déjà tout donné. Où sont alors les blessures de l’Amour divin ? Justement dans les créatures qu’il a adoptées comme ses enfants. Nous blessons la gratuité de l’Amour divin en refusant ses dons et en nous en privant. En ce sens nous sommes les blessures ouvertes du dessein bienveillant de l’Amour divin pour nous.
C’est ce que Dieu a voulu nous montrer dans l’Incarnation. Il fallait qu’une nature humaine comme la nôtre, dans son union hypostatique au Fils Unique, manifeste l’Agneau qui prend sur lui les péchés du monde : “C’était nos péchés qu’il portait dans son corps, sur le bois” (Is 2,24), dit le Chant du Serviteur repris par saint Pierre. Et saint Matthieu, dès le début de son Evangile, lors des premières guérisons, commente : “on apporta à Jésus des malades, et il les guérit tous. Ainsi devait s’accomplir l’oracle du prophète Isaïe : Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies” (Mt 8, 16-17).
En prenant dans la Personne de son Fils une humanité comme la nôtre et donc capable d’exprimer la blessure de son Amour gratuit en termes de manque et de souffrance. Dieu a voulu que nous voyons traduit dans la chair et le sang, ce que le péché représente pour son amour : le coup porté sur l’Agneau qui ne peut pas lui briser les os, parce que ses os sont le mystère divin de l’Etre et de l’Amour auquel on ne peut rien enlever ; et cependant cet Agneau peut être blessé au coeur. Il est toute force et toute vulnérabilité, inséparablement.
Les bonus : Pourquoi tant de souffrances dans le monde : https://youtu.be/nwF-l6e558k
(7155) Euthanasie : “Une solution du passé”, comme le pense Michel Houellebecq ?|LCI – YouTube