Jeudi 27 juin 2024 Pratiquer

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 7, 21-29) : « En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. Ce jour-là, beaucoup me diront : “Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé, en ton nom que nous avons expulsé les démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ?” Alors je leur déclarerai : “Je ne vous ai jamais connus. Écartez-vous de moi, vous qui commettez le mal !” Ainsi, celui qui entend les paroles que je dis là et les met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a construit sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé et se sont abattus sur cette maison ; la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc. Et celui qui entend de moi ces paroles sans les mettre en pratique est comparable à un homme insensé qui a construit sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé, ils sont venus battre cette maison ; la maison s’est écroulée, et son écroulement a été complet. » Lorsque Jésus eut terminé ce discours, les foules restèrent frappées de son enseignement, car il les enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme leurs scribes. »

Mettre en pratique la Parole de Jésus c’est d’abord se savoir embarqué dans une aventure qui nous dépasse ;  sinon nous en restons à de petites ambitions, petits ronrons, petits horizons qui ne nécessitent pas la Parole de Dieu. Le 28 novembre 1998, j’ai eu la chance d’aller à la “journée portes-ouvertes”, la journée des familles, sur le porte-avions Foch grâce à mon ami prêtre le Père Vandevelde qui en était l’aumônier. Le Foch, une gloire nationale était un mastodonte qui pesait 28 500 tonnes, mesurait 265 mètres de long, 52 mètres de large et comptait 2 000 marins. A 8 h 30 du matin toutes les familles de marins qui avaient répondu présentes à l’invitation – environ un millier – ont appareillé ! Au large nous avons pu visiter de fond en comble cet immense bâtiment, depuis la chaudière qui brûle 800 litres de diesel à la minute pour chauffer l’eau à 400 degrés pour produire la force nécessaire pour propulser jusqu’à 33 noeuds (environ 65 km/h), jusqu’aux avions (les super-étendards), et l’oratoire… Nous avons assisté aux catapultages et aux appontages depuis l’îlot d’admiration près du poste de contrôle. Plusieurs choses m’ont fortement impressionné et j’ai fait le parallèle avec notre vie de chrétien…
– Le porte-avion est une fourmilière hyper-organisée. Tout est minutieusement calculé pour que la somme des efforts de chacun arrive au résultat : que chaque avion accomplisse sa mission. Chaque matelot a une tâche hyper-spécialisée, souvent très difficile. Ils disent : “C’est l’usine”. La vie à bord est dure. Le confort est spartiate, le bruit est assourdissant, l’atmosphère est confinée, les distractions rares. Si l’un d’eux fait défaut, le but ne sera pas atteint.
C’est pour cela que certains jeunes en difficultés embarqués pour deux ans retombent sur leurs pieds. Ils apprennent la discipline, l’effort et surtout la fierté d’être un rouage dans une aventure à hauts risques mais de “haut vol”.
Et nous quelle conscience avons-nous de notre place dans le plan de Dieu ? Modeste à l’image des quartiers-maîtres de base – ou très en vue -à l’image des pilotes ou des commandants – elle est irremplaçable.- A l’arrière du bateau, il y a toujours une sentinelle pour ne pas laisser sans secours un homme qui serait tombé à la mer sans que personne ne l’ait vu.
De même, avant tout catapultage ou appontage un hélicoptère (un magnifique “dauphin”) décolle afin de tourner autour du porte-avion. Il transporte un plongeur équipé, tout prêt à descendre pour sauver un pilote dont l’avion serait tombé à l’eau. Il faut qu’en quelques minutes il puisse aller l’aider à ouvrir le cockpit, le dégager de sa combinaison étanche qui peut se remplir d’eau et l’entraîner vers le fond, et enfin l’hélitroyer. Et nous, quel souci avons-nous du salut de nos frères, terriens de base comme un simple maître ou personnalité de premier plan comme un pilote d’avion de chasse ?- Par providence, nous avons eu l’honneur de déjeuner avec un de ces pilotes ! Ils n’ont pas la célébrité et le salaire des pilotes de Formule 1 mais leur mission est chaque fois beaucoup plus risquée. Il nous a expliqué combien la confiance en plus de leurs compétences (patiemment acquises pendant 4 ans !) était essentielle.  Confiance au catapultage : pendant ces quelques secondes déterminantes, ils n’ont aucune maîtrise de l’appareil. Ils dépendent entièrement de la technique. Confiance à l’appontage : cela se joue à quelques centimètres. Il faut arriver bien dans l’axe du pont et accrocher avec la “crosse” un des 4 câbles qui barrent le sol et qui freinera l’avion, le faisant passer de 250 kms/h à zéro, en 80 mètres. Le pilote nous a dit que pour les premiers vols, inconsciemment ils ne faisaient pas confiance à celui qui commande la manoeuvre. Car des illusions d’optique leur font voir l’îlot plus à gauche qu’il ne l’est en réalité et ils ont tendance à apponter trop à gauche, pour l’éviter. Il faut de la pratique pour que leur mental obéisse aveuglément aux ordres du poste de commande. Et nous, où en sommes-nous de la confiance en Celui dont le seul désir est de nous sauver ?- Cette journée “portes-ouvertes” tombait la veille de l’entrée dans le temps de l’avent. Nous avons donc concélébré la messe anticipée du premier dimanche de l’Avent, Le Père Vandevelde et moi et cinq ou six frères de Saint-Jean invités par le commandant. Il y avait un peu plus de 100 personnes dans la salle du self devenue chapelle pour l’occasion. Le Père Vandevelde a commencé en disant à peu près ceci : “Nous avons eu la grande grâce de découvrir la vie des marins… Maintenant, nous prenons conscience qu’il y a aussi une communauté chrétienne à bord. Des marins participent à la messe le dimanche et par Jésus ils sont ainsi en communion avec leur famille. Nous sommes heureux qu’aujourd’hui, cette communion soit visible. Nous entendrons dans la première lecture : “On ne s’entraînera plus pour la guerre”… ? ! ! ?… C’est vrai : si on s’entraîne ici pour la guerre c’est dans le but de n’avoir jamais à la faire. Et cela peut nous faire réfléchir à notre vie spirituelle. Sur terre, ici-bas nous faisons des tas de choses que nous ne ferons pas au ciel. Et pourtant c’est un entraînement pour notre vie au Ciel. Et notre vie sur terre, toutes nos occupations, toutes nos actions n’ont pas d’autres buts. Préparons-nous à célébrer l’eucharistie en reconnaissant que la Louange de Dieu qui constituera notre Vie Eternelle n’imprègne pas encore tous les secteurs de notre vie.

Les bonus : Une méthode pour laisser l’Esprit Saint nous parler dans la Parole de Dieu – P. Raniero Cantalamessa (youtube.com)