Deuxième dimanche de Pâques 2025.

Frères et sœurs,  le doute de saint Thomas nous donne l’occasion de réfléchir à nos propres doutes qui peuvent nous traverser l’esprit. On dit que « la Foi c’est pas évident mais que c’est une certitude ». Or on entend dire parfois : « J’ai la foi mais j’ai des doutes ».

Dans « La Bible de l’humour juif », j’ai trouvé une histoire que je « traduis » en catholique.   Un moine reçoit la visite d’un jeune qui se présente comme fervent athée. – « Cher jeune, dit le moine, avant d’accepter ou de repousser une religion, avant de croire ou de ne pas croire, il faut d’abord connaître de quoi on parle, es-tu d’accord avec moi ? » – « Oui, approuva le jeune. – « Alors je te demande ! as-tu étudié l’évangile ? » – «  Un petit peu oui, avant de faire ma première communion, je suis allé au caté. » – « Et as-tu étudié les Lettres de saint Paul, et l’ancien Testament ? » – « Père, vous savez bien que plus personne n’ouvre la Bible de nos jours ! » «  Hmmm… Et nos grands penseurs, saint Augustin, saint Thomas d’Aquin, et nos théologiens actuels, le Père Descouvemont, Frère Paul-Adrien, Joseph Ratzinger, Le Père Daniel-Ange,…. ?» – «  Non, je ne connais pas… » – « Jeune homme, conclut le moine, tu connais très peu l’évangile, tu ne sais rien ou presque de la Bible, tu n’as jamais entendu parler de nos grands penseurs, et tu te permets de te prendre pour un athée. Mon cher, tu n’es pas athée, tu es tout simplement ignorant ! ». Nos doutes sont parfois uniquement de la paresse intellectuelle.

Un homme et son fils, un garçon de huit ans, marchent depuis déjà longtemps côte à côte, le sac au dos bien amarré. Le petit pose des questions :  – « Dis papa, pourquoi le ciel est bleu ? » – « Là, tu me poses une colle. » – « Dis papa, pourquoi au printemps, les fleurs des arbres arrivent avant les feuilles ? – « Je n’en ai pas la moindre idée. » – « Dis papa, pourquoi les avions si lourds arrivent à voler ? » – « Je ne me suis jamais posé la question » – « Dis papa, j’ai l’impression que je t’agace avec mes questions. » – « Mais pas du tout mon fils, si tu ne poses jamais de question, comment sauras-tu les choses ? » Ce pauvre papa était porté de bonne volonté mais il ne transmettait pas grand-chose à son fils. Pour surmonter nos doutes, il faut deuxièmement poser les questions à qui a les réponses. 

Mais il faut autre chose. Dieu ne nous reprochera jamais de Lui poser des questions, mais tout dépend du ton de ces questions.  Il y a le pourquoi hargneux qui accuse plus qu’il ne questionne, et il y a le pourquoi secrètement humble du « blasphème » de Job. Il y a la question émerveillée de l’enfant qui demande pourquoi le soleil se lève : ce « pourquoi » fait plaisir aux parents, même s’ils ne savent pas répondre. Et c’est au fond le pourquoi des savants, s’ils sont de vrais savants… c’est-à-dire des contemplatifs. Un vrai savant, c’est un enfant qui a de la patience. Il échafaude des hypothèses, mais si ça ne marche pas, il recommence : il ne critique pas la réalité, il critique son hypothèse. Il s’efface et il s’oublie : ses questions à la Nature sont des questions d’amoureux, non de jaloux. Il y a le pourquoi du sceptique, qui n’attend même pas de réponse, comme Pilate. (Entre parenthèse, il peut y avoir des fausses sceptiques qui soient de vraies croyantes… !) Il y a des questions qui sont des blasphèmes, et il y a des « blasphèmes » qui sont une adoration. Il y a le pourquoi des enfants en colère.

Sur quel ton posons-nous des questions à Dieu, à l’Eglise et aux prêtres ? En avril 2024, nous avons vu arriver au Puy un frère avec une belle croix pectorale représentant le Christ de Saint Damien, sur une bure franciscaine bleue. Il marche avec une ânesse qui se prénomme Espérance, et un petit chien. Il est venu partager notre repas du soir au presbytère et nous a raconté son histoire pas banale. Ses parents sont athées et anticléricaux. Aujourd’hui ils ne comprennent absolument pas son choix mais préfèrent qu’il soit sur la route plutôt que dans un monastère, ce qui serait pour eux l’abomination de la désolation. La Moselle, son département d’origine étant concordataire, même à l’école publique, il a eu droit aux cours de religion chrétienne. Et c’est ainsi qu’il a préparé et fait sa première communion. En collège, il lit les évangiles mais pour y rechercher des contradictions, des incohérences, des preuves que tout cela est faux dans le but d’embêter les prêtres avec ses questions. Un jour il va piéger un prêtre. Mais c’est le prêtre qui le piège en lui disant : « Maintenant ça suffit ; c’est moi qui vais poser les questions et toi qui vas répondre. Dis-moi si tu connais un Dieu comme celui de la religion catholique, un Dieu qui vient sur terre pour mourir sur une croix. Si tu avais eu à imaginer Dieu, est-ce que tu l’aurais imaginé comme celui dont parle l’évangile ? Et si tu avais eu à fonder une Eglise, est-ce que tu aurais raconté ce que dit l’évangile des apôtres : jaloux, peureux, lâches, renégat, lents à comprendre ? ». Ce sont ces questions qui le font basculer dans la foi en Jésus.  Ce prêtre le Père André Dukiel va aider Brice à trouver sa vocation : ni chez les Carmes, ni chez les Bénédictins, ni chez les trappistes, mais une vie d’évangélisation au grand vent comme une espèce de saint Benoît Joseph Labre.  Il sillonne à pied les routes de l’Europe avec le désir de se rendre à Jérusalem.

Sommes-nous capables d’écouter la réponse à nos questions et déjà prêt à en accepter les conséquences ? Pensons à la question de la Vierge Marie : « Comment cela se fera-t-il ? » et au pourquoi du Christ en croix : « Mon Dieu pourquoi m’as-Tu abandonné ? »… et la réponse, c’est la Résurrection.

Les bonus : Comment l’espérance chrétienne change tout (même nos souffrances) – Don Paul Préaux

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